Clément de Metz

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Saint Clément conduit le Graouilly sur les bords de la Seille

Clément est réputé être le premier évêque de Metz, qui portait encore à l’époque le nom de Divodurum. On pense qu’il a vécu au IIIe ou au IVe siècle. Apôtre de la contrée messine, il est fêté le 23 novembre.

La légende[modifier | modifier le code]

Titus Flavius Clemens était un sénateur romain issu d’une famille importante. Chargé par l’empereur Néron de persécuter les chrétiens, il ne tarde pas à se convertir à la nouvelle foi et à se faire baptiser. Il sera imité par des membres de sa famille puisqu’il avait pour frère Faustinus qui sera lui-même le père du pape Clément Ier[1].

C’est en ces temps que l’apôtre Pierre, devenu évêque de Rome, confie à des membres de son Église le soin d’évangéliser la Gaule et d’y fonder leurs évêchés : Trophime d’Arles, Martial de Limoges, Paul de Narbonne, Saturnin de Toulouse, Gatien de Tours, Ursin de Bourges, Denis de Paris, Sixte de Reims[2]… Clément qui a depuis été sacré évêque se voit confier Metz (Divodurum), la cité des Médiomatriques[3].

Pendant la traversée de l’Alsace, l’un de ses compagnons de route Materne de Cologne vient à décéder. Il retourne alors à Rome où l’apôtre Pierre lui confie un bâton avant de le renvoyer en Alsace. Clément peut alors ressusciter Materne, le miracle entrainant la conversion des populations locales[4].

Il arrive en Lorraine, entre les années 40 et 50, avec un prêtre nommé Céleste et le diacre Félix, ses futurs successeurs. Lors d’une halte dans la forêt de Gorze il disperse d’un signe de sa main une meute lancée dans une chasse à courre derrière un cerf. Les veneurs, émerveillés, vont raconter le prodige à leur maître : le roi Orius qui s’était vu confier par l’empereur Octavien la gouvernance de Metz sous l’autorité de Rome. Le lendemain, le roi et sa femme se rendent eux-mêmes à la chasse. Le cerf trouve a nouveau refuge auprès de saint Clément, qui annonce sa mission à Orius. Peu convaincu ce dernier l’invite ironiquement à s’adresser directement au peuple de la cité. Clément s’installe alors sur la colline Sainte-Croix pour prêcher.

Un peu plus tard, leur fille venant à décéder, le roi Orius et la reine sollicitent Clément qui ressuscite la jeune fille. Après ce miracle, le couple royal, suivi par les habitants de la cité, se fait baptiser[5].

Un énorme dragon du nom de Graouilly sévissait alors à Divodurum et terrorisait la population. Celui-ci particulièrement impressionnant avec son corps recouvert d’écailles pouvait voler dans les airs tel un gigantesque oiseau, grâce à une paire d’ailes de chauve-souris géante. Mais le plus effrayant restait sa gueule qui crachait des flammes à l’odeur de soufre et surtout lui permettait de happer en plein vol ses proies. Il affectionnait particulièrement les jeunes filles. Clément apparait comme un sauveur et la foule lui demande aussitôt de la débarrasser de ce monstre hideux. À la demande d’Orius, Clément se rend là où le monstre a pris son refuge. Il prie sur la colline de Sainte-Croix puis reprend sa route au milieu d’une foule jacassante, qu’il fait taire d’un ferme « Taisons-nous », dans une rue qui fut baptisée à partir de ce moment « rue Taison ». Il arrive à l’amphithéâtre de Metz, domicile du dragon et se précipite sur le monstre, l’encerclant de son étole. Pétrifié, le Graouilly se met à le suivre jusqu’à la Seille, dans laquelle il se jette avec sept petits Graouilly ; juste après que le saint homme se soit signé.

Saint Clément installe son premier oratoire, consacré à saint Pierre, dans les « cavernes » — couloirs souterrains — de l’ancien amphithéâtre. Il construira également un baptistère à saint Jean-Baptiste. Enfin, non loin de là, près d’une fontaine et au-dessus d’une crypte qu’il a choisie pour sa sépulture, il fait bâtir un sanctuaire qui deviendra plus tard l’abbaye de Saint-Clément. Il aurait aussi construit un édifice dans le pays de Gorze[6]

Il éradique également l’épidémie de peste qui ravageait la région[7].

Une légende, rapportée par un religieux d’Auxerre[8], affirme que Clément aurait reçu d’un ange la liste des évêques qui devaient lui succéder, chacun d’entre eux étant désigné par une lettre de couleur. Ce récit pourrait être à l’origine des lettres majuscules que l’on retrouve dans certaines anciennes listes d’évêques de Metz[9]

Il décède un 23 novembre, après avoir exercé son épiscopat pendant 25ans et 4 mois[10].

Drogon de Metz (826-855) retrouve la dépouille de Clément dans le sanctuaire Saint-Félix qui contenait les tombeaux des premiers évêques. Au Xe siècle l'évêque Thierry Ier de Metz tente de transférer le corps dans la cathédrale mais se heurte à l'opposition de l'abbé Vindrius de Saint-Clément[10]. En 1090 on déplace la dépouille dans l'église reconstruite sur le sanctuaire Saint-Félix, dans une châsse en argent ornée de 12 tableaux de la vie du saint[11]. La désignation Saint-Félix tombe en désuétude et devient l'Abbaye Saint-Clément de Metz. Au XVe siècle Saint-Clément était réputé protéger des épidémies, notamment de la peste. Les malades venaient, jusque de la Lorraine germanophone, en pèlerinage à l'abbaye Saint-Clément de Metz et, pendant les épidémies, on portait en procession dans la ville le Saint dans un reliquaire en argent créé par le prieur Louis Barons en 1409[11]. La terre issue de l'amphithéâtre, et bénie au nom de Saint-Clément, était réputée chasser les couleuvres et les vipères[11].

Un des trésors de la cathédrale de Metz, que les visiteurs ne se lassent pas d’admirer au fond du chœur, derrière le maître-autel est « le siège » attribué à saint Clément par la tradition. Ce fauteuil en marbre cipolin est composé de deux pièces principales taillées assez grossièrement. L’histoire dit que depuis la nuit des temps, tous les évêques qui se sont succédé à Metz sont venus s’assoir sur « le siège » de saint Clément, dès leur entrée en fonction.

Analyse[modifier | modifier le code]

L’évêque Clément devant l’amphithéâtre de Metz. Sceau de l’abbaye Saint-Clément en 1300.

On connait trois grandes versions de la légende, qui s’est étoffée au fil des siècles[12].

La première provient la Gesta episcoporum Mettensium écrite par Paul Diacre vers 783. Il y est seulement dit que Clément a été envoyé à Metz par St Pierre après avoir été nommé évêque, qu’il aurait créé un oratoire consacré à Dieu dans les souterrains de l’ancien amphithéâtre et que « ceux qui connaissent cet endroit assurent que nul serpent ne peut y demeurer et que toute influence pestilentielle est écartée de ces lieux où s’est répandu le souffle du salut »[13]. Dans les récits médiévaux, les serpents étaient une métaphore traditionnelle du paganisme et l’impiété. La Gesta episcoporum Mettensium était écrite à la demande d’Enguerrand de Metz le 36e évêque et de Charlemagne. Donner à Metz une fondation apostolique permettait d’affirmer son rang d’archidiocèse. Diacre mentionne que son récit provient de sources orales ; il n’était pas lui même originaire de la région qu’il connaissait mal[10]. Les premières mentions connues de la date obituaire et de la durée du ministère sont plus tardive, durant le IXe siècle[10].

Les moines de Saint-Clément font rédiger une Vita sancti Clementis à la fin du XIe siècle qui vient ajouter quelques éléments nouveaux, comme le fait que Clément a en personne chassé les serpents de son étole; s'inspirant de la légende de Marcel de Paris[10]. Deux recueils de miracles sont rédigés, surtout des guérisons d'infirmes et des exorcismes de possédés[11].

Mais ce n’est que dans des textes du XVIe siècle (la chronique rimée de Metz attribuée à Jean Chatelain, la chronique de Philippe de Vigneulles ou encore le mystère de saint Clément) que la légende est pleinement développée. En effet à la fin du Xe siècle, le chapitre de l’abbaye Saint-Clément de Metz entre en conflit avec l’évêché. C’est à cette occasion que les moines de Saint-Clément écriront les premières légendes autour de Saint-Clément. Jusqu’au XIVe siècle l’abbaye Saint-Clément et l’évêché développeront ainsi tout un réseau de récits hagiographiques, pour faire de Clément, tantôt une figure monacale, tantôt le héraut des institutions épiscopales. La prestigieuse abbaye de Gorze, qui revendique elle aussi le patronage du Saint, participera également à l’élaboration de la légende[14].

L’épisode de la résurrection de Materne de Cologne est introduit au XIVe siècle par l’auteur de la Vie de saint Clément en dialecte lorrain. Il s’inscrit dans les rivalités qui existaient alors entre Metz et sa métropole Trèves[15].

Des fouilles du début du XXe siècle ont permis de découvrir les restes d’une chapelle, postérieure à la destruction de l’amphithéâtre par les Francs en 253. Il s’agit vraisemblablement de l’église de Saint-Pierre aux Arènes, mentionnée par la tradition comme le premier lieu de culte créé par Clément à Metz[13]. Celle-ci a été détruite durant le siège de Metz de 1552.

À partir du XVIIIe siècle la chronologie apostolique de la légende est remise en cause, et la fondation historique de l’Église de Metz, qui est l’une des plus anciennes de Gaule, est depuis estimée au IIIe siècle.

L’association avec le personnage historique de Titus Flavius Clemens ne repose que sur l’homonymie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le grand dictionnaire historique, ou le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane, Louis Moréri 1740
  2. Adolphe N. Didron, Annales archéologiques, volume 15, p. 137, 1855.
  3. Charles-Louis Richard, Bibliothèque sacrée, ou Dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, p. 418, 1827.
  4. Hayez, Mémoires couronnés et autres mémoires publiés par l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, p. 282, 1867.
  5. Auguste Prost, Études sur l’histoire de Metz : les légendes, p. 2235, 1865.
  6. Jean Baptiste Nimsgern, Histoire de la ville et du pays de Gorze, p. 24, 1853.
  7. Charles Abel, Rabelais, médecin stipendié de la cité de Metz, p. 13, 1870.
  8. Noms des anciens évêques de Metz. Bibliothèque de l’école des chartes 1896 n°57 pp. 508-509
  9. Les noms des évêques de Metz révélés par un ange. Bibliothèque de l’école des chartes, 1893, no 54, pp. 204-206.
  10. a, b, c, d et e Mireille Chazan, Les Vies latines de saint Clément, premier évêque de Metz, Francia 31/1, 2004.
  11. a, b, c et d Fiche Saint-Clément de Metz de l'Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinage chrétiens en France
  12. Auguste Prost, Études sur l’histoire de Metz : les légendes, p. 2225, 1865.
  13. a et b René Bour, Histoire de Metz, Éditions Serpenoise,‎ 1978 [détail de l’édition] p. 34
  14. Mission historique française en Allemagne, « Damien Kempf : projet de recherche » (consulté en 03 août 2008)
  15. Jean-Luc Fray, Villes et bourgs de Lorraine : réseaux urbains et centralité au Moyen Âge, p. 453, 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]