Clélie

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Clélie passant le Tibre, Pierre-Paul Rubens, 1630-1640.

Clélie est une héroïne romaine des débuts de la République romaine, qui marqua la guerre contre Porsenna d'un exploit en 507 av. J.-C.[1]. Son nom a pour origine latine Claelia, provenant du verbe cuere qui pourrait être interprêté par « avoir de la renommée ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Après la proclamation de la République en 509 av. J.-C. et l'expulsion des Tarquin hors de Rome, ceux-ci se réfugient chez le roi étrusque Porsenna et le persuadent de combattre à leurs côtés pour les rétablir sur le trône[2],[3],[4]. La guerre, d'abord à l'avantage de Porsenna qui prend le Janicule[5],[6], se transforme en un siège interminable[7],[8]. Cependant, grâce à l'exploit de Mucius Scaevola[9],[10],[11] qui suit celui d'Horatius Coclès[12],[13], Porsenna décide d'entamer des négociations avec les Romains[14] — selon certains, il agit sur le conseil de son fils Arruns[15],[16]. Il en ressort que les Romains doivent fournir des otages en échange de la levée du siège[17],[18],[11].

Exploit[modifier | modifier le code]

Clélie, otage, s'échappe et traverse le fleuve à la nage, accompagnée d'autres jeunes femmes[19],[1]. Selon certains dont Denys d'Halicarnasse, elle a eu recours à un certain stratagème pour échapper à la surveillance des gardes : elle a demandé à se baigner dans le fleuve et une fois sur la berge, a refusé que les soldats la voient nue[20]. Revenue dans Rome, elle n'y reste pas longtemps car Porsenna la réclame avec d'autres femmes romaines[21], et les Romains acceptent[1],[22] pour ne pas rompre la paix[23]. Elle est renvoyée, accompagnée par le consul Publicola, mais sur le chemin du camp étrusque, les Tarquin lui tendent une embuscade qui échoue[24],[25]. Cependant, le roi étrusque, pris d'admiration pour son exploit[26], la congédie[27] et lui permet de prendre avec elle les otages qu'elle veut[28]. Elle choisit les enfants[28], ainsi que les femmes, d'après certains auteurs[1]. Elle est acclamée pour son courage extraordinaire — on lui reconnaît une « nova virtus[29] » — et une statue équestre lui est érigée sur la Voix Sacrée[29],[1].

Interprétation[modifier | modifier le code]

La mythologie comparée amène à voir de grandes similitudes entre le diptyque formé par Horatius Coclès et Mucius Scaevola, le Borgne et le Manchot, dans le récit historique, et les frères Pandava dans le mythe indien du Mahabharata. On comprend alors Clélie, sauveuse des Romains, comme l'homologue de Draupadi, la femme des Pandava, qui exige leur libération de leur ennemi Duryodhana. Elle se distingue donc de la structure de l'action pour « sauver l'équipe romaine ». Pour l'intellectuel Georges Dumézil, elle incarne alors ce que l'on a appelé les trois fonctions indo-européennes : la fonction sacrée, par la fascination qu'elle exerce envers Porsenna — non seulement pour son courage, mais aussi pour son corps, auquel le roi étrusque refuse que les Tarquin s'attaquent —, la fonction guerrière, par son exploit viril — et les récompenses viriles qu'elle reçoit, notamment le cheval — et la fonction reproductrice, lorsqu'elle sauve les femmes et les enfants[30].

Clélie dans les arts[modifier | modifier le code]

Les nombreuses peintures qui représentent Clélie, comme celles de Rubens ou de Stella au musée du Louvre, ou encore de Beccafumi, s'attachent pour la plupart à l'exploit initial, l'héroïque traversée du Tibre telle que la décrit Tite-Live, mais montrent pourtant une Clélie épanouie, presque lascive, dont les cuisses sont aussi rondes que celles de son cheval chez Rubens et dont les compagnes se baignent avec candeur chez Stella. On retrouve donc la contradiction propre au personnage de Clélie : elle fuit Porsenna — en cela elle l'offense — en même temps qu'elle se fait désirer de lui, et que c'est ce désir même qui donne de la valeur à son exploit.

En littérature, Clélie, histoire romaine est un célèbre roman de Madeleine de Scudéry, considéré comme emblème de la préciosité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Aurelius Victor, 13 — « Clélie ».
  2. Tite-Live, II, 9, 1-4.
  3. Denys, IV, 4, 1.
  4. Plutarque, « Vie de Publicola », 16.
  5. Tite-Live, II, 10, 3.
  6. Denys, V, 4, 5.
  7. Tite-Live, II, 12, 1.
  8. Denys, IV, 4, 13-15.
  9. Tite-Live, V, 12.
  10. Denys, V, 4, 16-19.
  11. a et b Aurelius Victor, 12 — « Caius Mucius Scaevola ».
  12. Denys, V, 4, 9-11.
  13. Aurelius Victor, 11 — « Publius Horatius Coclès ».
  14. Tite-Live, II, 13, 1-2.
  15. Denys, V, 4, 24.
  16. « Vie de Publicola », 18.
  17. Tite-Live, II, 13, 4.
  18. Denys, V, 4, 27.
  19. Tite-Live, II, 13, 6.
  20. Denys, V, 4, 28.
  21. Tite-Live, II, 13, 7.
  22. Denys, V, 4, 29.
  23. Tite-Live, II, 13, 9.
  24. « Vie de Publicola », 19.
  25. Denys, V, 4, 30.
  26. Tite-Live, II, 13, 8.
  27. Denys, V, 4, 32.
  28. a et b Tite-Live, II, 13, 10.
  29. a et b Tite-Live, II, 13, 11.
  30. Dumézil, troisième partie — « Le cadre des trois fonctions », chap. IV — « La geste de Publicola », 2-9 (pp. 267).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires
Sources secondaires
  • Georges Dumézil, Mythe et épopée, vol. III : Histoires romaines, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines »,‎ 1973, 3e éd. (ISBN 2-07-028417-4)
  • Romain Turcan et Jean Gagé, « Matronalla. Essai sur les dévotions et les organisations culturelles des femmes dans l'ancienne Rome », Revue de l'histoire des religions, vol. 168, no 1,‎ 1965, p. 92-95 (lire en ligne).
  • Paul M. Martin, L'idée de royauté à Rome, vol. I : De la Rome royale au consensus républicain, Clermont-Ferrand, Adosa,‎ 1982, XXVI-412 p. (présentation en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]