Cités d'or

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Les cités d'or sont un mythe qui s'est développé principalement après la découverte de l'Amérique de 1492, lorsque les conquistadors ont exploré le Nouveau Monde à la recherche de villes regorgeant de richesses.

Les origines de ce mythe remontent au XIIe siècle mais c'est à partir de 1539 que la légende prit de l'ampleur avec le récit de Marcos de Niza, moine franciscain envoyé en exploration en Amérique du Nord et qui prétendit alors avoir découvert l'existence de sept immenses et riches cités qui ne furent jamais retrouvées. Le mythe a par la suite évolué en engendrant plusieurs autres légendes qui ont inspiré de nombreuses œuvres de fiction et durablement marqué l'imaginaire collectif (notamment en interférant avec le mythe d'Eldorado, inspiré de la mythologie et des traditions Chibchas en Amérique du Sud).

Mérida : les origines du mythe[modifier | modifier le code]

Les origines du mythe remontent aux alentours de l'année 1150 lorsque les Maures conquièrent Mérida en Espagne[1]. Selon la légende, sept évêques quittent alors la ville, non seulement pour sauver leurs vies mais également pour mettre à l'abri des reliques religieuses sacrées. Des années plus tard, une rumeur circule, disant qu'en un lieu éloigné et alors inconnu les sept évêques avaient fondé les villes de Cíbola et Quivira[2].

Toujours selon la légende, les deux cités seraient devenues très prospères, principalement grâce à la découverte d'or et de pierres précieuses. Cette idée donna lieu à de nombreuses expéditions ayant pour but la découverte des cités mythiques au cours des siècles suivants.

Évolution du mythe en Amérique[modifier | modifier le code]

Après la découverte de l'Amérique, la légende des cités grandit à tel point que Cíbola et Quivira furent remplacées dans la culture populaire par de splendides cités faites entièrement d'or.

Le mythe resta très vivace jusqu'à l'arrivée des explorateurs anglais en Nouvelle-Angleterre. Il fut nourri par les histoires colportées au retour de l'expédition infructueuse de Pánfilo de Narváez : cette dernière, partie de Floride en 1528 arriva en Nouvelle-Espagne (Mexique actuel) en 1536. Seuls quatre hommes survécurent à cette expédition : Alonso del Castillo Maldonado, Andrés Dorantes de Carranza, Álvar Núñez Cabeza de Vaca et un esclave noir prénommé Esteban (également appelé Estevanico ou Estebanico)[3]. Cabeza de Vaca écrivit Naufragios (Naufrages), ouvrage dans lequel il décrit son aventure à pied depuis la côte de Floride jusqu'à la côte de Sinaloa au Mexique ; mais il n'a jamais affirmé avoir décrit les Sept Cités de Cibola ; en revanche, Esteban eut un rôle majeur et suscita l'intérêt pour les cités d'or[3].

Le mythe des sept cités d'or mena les conquistadors en direction du nord à travers le Jornada del Muerto où ils dirent avoir découvert une « mer d'herbe » et enfin jusqu'aux positions des colons français qui résistèrent à leur avance.

Les expéditions de Marcos de Niza[modifier | modifier le code]

Première expédition à Cíbola (1539)[modifier | modifier le code]

Après avoir entendu les rumeurs de l'existence de villes à la richesse infinie au nord de la Nouvelle-Espagne, le Vice-roi Antonio de Mendoza organisa une expédition qu'il confia au moine franciscain Marcos de Niza et qui prit l'esclave noir Esteban de Dorantes (aussi connu sous le nom de Estevanico) pour guide. Il s'agissait d'une expédition de reconnaissance pacifique car elle ne comptait aucun soldat[4]. Elle partit de San Miguel de Cuiacan en Nouvelle-Galice le 7 mars 1539[4]. Durant le voyage, en un endroit nommé Vacapa (probablement situé aux alentours de l'État de Sonora), de Niza envoya Esteban en reconnaissance avec 400 Amérindiens[4]. Un peu plus tard, Esteban rencontra un moine qui lui affirma avoir entendu les autochtones évoquer des cités débordant de richesses.

Quand Marcos de Niza entendit le récit de son éclaireur, il supposa que l'histoire faisait référence aux sept cités de Cíbola et Quivira.

Esteban n'attendit pas que le frère le rejoigne, mais choisit au contraire de continuer son chemin jusqu'à atteindre Háwikuh, situé dans l'actuel Nouveau-Mexique, où il semble qu'il fut tué par les Amérindiens tandis que ses compagnons prenaient la fuite.

Marcos de Niza revint à Mexico où il dit que son expédition continua d'avancer même après avoir appris le décès d'Esteban. Il affirma qu'ils avaient vu une cité très éloignée et plus grande encore que Tenochtitlan ; dans ladite cité, les habitants utilisaient des plats d'or et d'argent, décoraient leurs maisons de turquoises et possédaient de fabuleuses perles, émeraudes et autres splendides gemmes[5].

Deuxième expédition (1540)[modifier | modifier le code]

Après avoir entendu ce récit, le Vice-Roi Antonio de Mendoza organisa immédiatement une vaste expédition militaire avec 200 fantassins et 150 cavaliers[6].

Au commandement du Vice-Roi, Francisco Vásquez de Coronado prit la tête de l'expédition, avec Marcos de Niza comme guide. Coronado partit de Culiacán avec un petit groupe d'explorateurs, le 22 avril 1540. Tandis que le plus gros de la troupe, commandé par Tristán de Arellano, avançait plus lentement, faisant étape dans chaque ville sous contrôle espagnol, une expédition maritime dirigée par Hernando de Alarcón prit la mer afin de ravitailler régulièrement les troupes au sol.

Vásquez de Coronado traversa l'État de Sonora et arriva dans l'actuel Arizona. Là, il découvrit que les histoires rapportées par Marcos de Niza n'étaient que mensonges et qu'il n'existait aucun des trésors que le moine avait décrits. Il s'avéra également que, contrairement à ce qu'affirmait le moine, la mer n'était pas visible depuis la position que la précédente expédition était censée avoir atteinte et qu'il fallait marcher encore plusieurs jours pour apercevoir la côte. L'expédition arriva à Cibola le 7 juillet 1540[6]. D'après la chronique de Pedro de Castañeda, les soldats maudirent le moine franciscain qui leur avait menti[7].

Quivira[modifier | modifier le code]

Vásquez de Coronado mentionne dans ses récits une installation indigène dénommée Quivira, dont l'emplacement reste indéterminé. García López de Cárdenas partit de cet endroit pour chercher une rivière dont les Hopis de la région lui avaient parlé.

Quand García López arriva au Grand Canyon et au fleuve Colorado, le fleuve avait déjà été découvert et baptisé à son embouchure, située à plusieurs centaines de kilomètres de distance, par Francisco de Ulloa qui, en septembre 1539 dénomma le delta Ancón de San Andrés. En outre, Fernando de Alarcón avait déjà parcouru plus de 80 lieues le long du fleuve et l'avait baptisé Río de Nuestra Señora del Buen Guía en août 1540.

García López fut incapable de trouver un chemin menant des hauteurs du Grand Canyon jusqu'aux berges du fleuve Colorado en contrebas. Cependant, il est considéré comme le premier européen à avoir visité le Grand Canyon.

Il subsiste aujourd'hui au Nouveau-Mexique des traces d'une installation d'assez grande taille dénommée Gran Quivira (« Grande Quivira »). Durant la période de la colonisation espagnole, l'endroit s'appelait Pueblo de Las Humanas.

Mythes semblables[modifier | modifier le code]

La soif d'or des conquistadors donna naissance à d'autres mythes semblables, comme celui de l'Eldorado, celui d'Antillia, celui de La Canela, celui de la Cité des Césars, celui de la Sierra de la Plata ou encore celui de Paititi.

L'évolution du mythe lui a permis de rester profondément ancré dans l'imaginaire collectif. Des explorateurs tels que Thierry Jamin sont d'ailleurs toujours, à l'heure actuelle, en train de chercher certaines de ces villes mythiques.

Œuvres de fiction inspirées du mythe[modifier | modifier le code]

Le mythe des cités d'or est un thème qui a été très souvent exploité dans les œuvres de fiction, et continue de l'être.

Romans[modifier | modifier le code]

  • Dans le livre Le Fléau de Stephen King, Randall Flagg - incarnation du Mal apparaissant dans plusieurs œuvres de King - ordonne à l'un des protagonistes de le rejoindre à Cibola, qui plus tard s'avère être en fait Las Vegas.
  • Dans le roman Thunderhead (les sortilèges de la vallée perdue) coécrit en 1990 par Lincoln Child et Douglas Preston, Quivira est découverte cachée dans une anfractuosité rocheuse et une expédition se rend sur place. L'or tant recherché s'avère être de la poterie à base de mica.
  • Dans le livre de Scott O'Dell, La route de l'or ("The king's fifth"), il est fait plusieurs fois référence aux cités d'or, ainsi qu'à Cibola. Le personnage principal est appelé Esteban et un Mendoza apparaît également.
  • Voir aussi Les sept cités de Cibola de Léonard Francis Clark, traduction de Léo Lack, (1954, réédité 1959).

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Balthazar Picsou et ses neveux découvrent les sept cités dans la bande dessinée The Seven Cities of Cibola. Malheureusement, les Rapetou les suivent et tentent de dérober le trésor, déclenchant un piège qui les ensevelit et interdit l'accès aux cités. Les canards et les Rapetou parviennent à s'échapper mais oublient tout ce qui concerne les cités d'or.
  • La bande dessinée Le trésor de Cibola de Sergio Toppi évoque la fameuse cité mythique et la quête de l'or qu'elle contiendrait.
  • Corto Maltese, le héros éponyme de la Bande dessinée créé par Hugo Pratt, part à la découverte des sept cités d'or, dans les albums Sous le signe du Capricorne et Les Celtiques.
  • Dans le manga One Piece écrit par Eichirō Oda, la cité de Shandora a très certainement été inspirée du mythe des Cités d'Or. Présente dans l'Arc de Skypiea, elle renfermerait un trésor fabuleux.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Le jeu vidéo The Seven Cities of Gold, sorti en 1984 et mettant en scène la conquête espagnole, tire son nom de cette légende.
  • Dans le jeu vidéo d'inspiration Western Gun, Quivira est un élément essentiel de l'histoire alors que le méchant du jeu, Thomas Magruder, cherche une croix d'or dont il pense qu'elle le mènera à la cité. La séquence de prologue du jeu est censée montrer Francisco Vásquez de Coronado à la recherche de Quivira lors de ce qui est appelé la Seconde Expédition de Coronado. Néanmoins, dans cette scène, Coronado et tous ses hommes sont massacrés par les Wichitas, Amérindiens de l'actuel Kansas.
  • Dans le jeu Colonization on peut découvrir une cité de Cibola.
  • Le jeu vidéo Uncharted : Golden Abyss, qui appartient à la série Uncharted, a pour thème la recherche des cités d'or par le protagoniste principal, Nathan Drake, et ses ennemis.
  • Le trait de caractère principal du leader Isabella (Espagne) dans le jeu Civilization V se nomme « Seven Cities of Gold ».
  • Le jeu vidéo Sid Meier's Pirates ! inclut quatre cités d'or (aztèques, inca, maya, olmèque) que le joueur peut découvrir en allant sur la terre ferme après avoir récupéré les cartes au trésor de chaque cité.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Raymond Friday Locke, The Book of the Navajo, Los Angeles, Holloway House Publishing,‎ 2002, 6e éd. (ISBN 978-0-87687-500-1, lire en ligne), p. 143
  2. (es) Manuel Lucena Giraldo, A los cuatro vientos: las ciudades de la América hispánica, Madrid, Marcial Pons, coll. « Historia »,‎ 2006 (ISBN 978-84-96467-17-0, lien LCCN?, lire en ligne), p. 198
  3. a et b Bennassar 2001, p. 212
  4. a, b et c Bennassar 2001, p. 213
  5. Le récit de Marcos de Niza, intitulé Descubrimiento de las siete ciudades, est conservé à l'Archivo General de Indias de Séville et a été publié en ligne par la Fundación Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes.
  6. a et b Bennassar 2001, p. 219
  7. Sánchez 1996, tome 1, pp.369-377.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • Marcos de Niza, Descubrimiento de las siete ciudades, Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, Fundación Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes.
  • Pedro de Castañeda de Nájera, Relation du voyage de Cibola, A. Bertrand,‎ 1838 (lire en ligne).

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Sánchez, Mythes et Légendes de la Conquête de l'Amérique, Presses Universitaires de Rennes,‎ 1996.
  • Bartolomé Bennassar, Cortés. Le conquérant de l’impossible, Payot,‎ 2001 (ISBN 2228894753)
  • (es) Juan Carlos García Regalado, Tierras de Coronado, Barcelona, Abraxas, coll. « Milenio »,‎ 2001, 414 p. (ISBN 978-84-95536-21-1, lien OCLC?)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]