Cité administrative de l'État

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La Cité administrative vue des jardins en contrebas de l'esplanade
Le quartier des Arcades et les jardins Pechère face à la nouvelle Tour des Finances
Le démantèlement de la cité administrative de l'État vu du côté de la rue Royale
Coucher de soleil sur les quartiers Esplanade et Vésale

La Cité administrative de l'État (en néerlandais: Rijksadministratief Centrum) est un projet de l'État belge, visant la création d'un complexe gigantesque afin de regrouper les administrations nationales. Sa construction débuta en 1958, dans le centre urbain bruxellois. La dernière pierre fut posée en 1983 à la suite de retards successifs.

Sa conception modifie définitivement la physionomie du quartier situé entre la Porte de Schaerbeek et la Colonne du Congrès.

Le rassemblement des administrations devait limiter les gaspillages de fonctionnement dus à la dispersion des services. Les plans initiaux évoquaient 14 000 fonctionnaires sur le site. Le complexe comprenait une tour consacrée aux finances, d'où le nom de Tour des Finances. Tous les bâtiments étaient recouverts de vitres réfléchissantes.

La fédéralisation de la Belgique, amenant la suppression de nombreux services étatiques (remplacés par des services régionaux ou communautaires), anéantit le projet initial.

La Cité administrative est désaffectée depuis le début des années 2000. Le complexe a été vendu à des promoteurs privés en 2003.

Historique[modifier | modifier le code]

L'idée de construire un centre administratif sur un site propre et de préférence situé dans le centre de Bruxelles remonte officiellement à 1937. Le but premier était d'améliorer la productivité des services et de réduire le gaspillage en rassemblant toute l'administration sur un même site. Le choix d'implanter la Cité sur l'ancien site des Oratoriens, motivé par le fait qu'une bonne partie des lieux a déjà été expropriée suite aux travaux de la jonction Nord-Midi, est validé le 8 juillet 1955 par le gouvernement Van Acker. L'alibi urbanistique et de salubrité est utilisé afin de démolir une partie du vieux Bruxelles appelée "Bas-Fonds", situé en contrebas de la place du Congrès, et abritant une population largement défavorisée. Un ancien marché couvert de trois ailes et son escalier monumental en gradins, œuvre de l'architecte Jean-Pierre Cluysenaar (galerie Saint-Hubert) datant des années 1850, sont ensevelis sous l'esplanade de la Cité dans l'indifférence générale.

La Cité Administrative de l'État est l'œuvre d'un collège d'architectes dont les plus éminents sont Marcel Lambrichs, Hugo Van Kuyck, Georges Riquier et le Groupe Alpha. Elle s'inscrit dans le courant d'architecture fonctionnaliste international, voire tropical (monumentalité et modernisme), des années 1950 et 60.

La première pierre est posée le 21 avril 1958 par le Roi Baudouin. Sa réalisation s'étendra sur plus de 20 ans dans des conditions budgétaires difficiles et dans le contexte de décolonisation que l'on connaît.

La Cité se compose dans un premier temps de 3 ailes (Arcades, Vésale, Esplanade) d'une superficie totale de 141 621 m² construites entre 1958 et 1968 autour d'une vaste esplanade à front de la rue Royale. En contrebas, une terrasse aménagée des jardins de René Pechère couvre deux niveaux de parkings.

La construction de la Cité trouve un terme en 1983 avec l'achèvement de la Tour des Finances, dont la décoration intérieure du grand hall et de la chapelle de recueillement est confiée à Stéphane Jasinski (1907-2000), frère de l'architecte moderniste Stanislas Jasinski (1901-1978). Jasinski, architecte d'intérieur prolifique à Bruxelles, signe également les aménagements de la salle polyvalente située au pied de la tour (salle Decroly), destinée aux congrès, réunions et autres événements publics non-officiels.

Bilan[modifier | modifier le code]

La Cité administrative, si elle présente toutes les facettes d'un échec urbanistique, pour n'avoir jamais su s'intégrer à la ville et en avoir défait le tissu populaire, est considérée par d'aucuns[Par qui ?] comme la plus belle réussite architecturale bruxelloise de l'après-guerre.

En 2003-2004, au moment où les derniers services ministériels présents dans les bâtiments s'apprêtent à en déménager et à laisser les lieux vides, alors qu'aucune procédure urbanistique n'a démarré pour préparer l'avenir du site, différents mouvements associatifs se sont mobilisés pour lancer un débat public sur la Cité administrative[1]. Ceux-ci craignaient notamment que le site reste abandonné pendant de nombreuses années et se privatise au final.

Vendue à des promoteurs privés par l'État Fédéral en deux phases (la Tour des Finances en 2001 et le reste du site en 2003), la Cité administrative est aujourd'hui destinée à une rénovation massive dans le cadre d'un projet architectural et urbanistique multifonctionnel (bureaux, logements, espaces verts). En 2009, Ce projet est encore à l'étude, bien qu'une première phase soit partiellement achevée, avec l'achèvement de la rénovation de la Tour des Finances commencée en 2006. Une fois reconstruits, la plupart des bâtiments seront à nouveau occupés par des services de l'État (comme la Police fédérale) qui les loueront au privé.

Cette opération de "sale and lease back" a été fortement contestée, car si elle a permis à l'État belge de renflouer ses caisses au moment de la vente, elle engrange sur le long terme un manque à gagner considérable[2]. D'autant que la vente s'est effectuée à un prix relativement bas et a été entachée de soupçons de fraude et de corruption sur lesquels une enquête est en cours depuis plusieurs années[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lire à ce propos le journal résultant des ateliers "MapRAC" en 2003, en néerlandais et en français. MapRAC était une initiative de City Mine(d), diSturb, Bureau Vers plus de bien être et Gwenaël Breës. Dans la foulée, le festival PleinOPENair a également développée toute une série d'activités sur le site de la Cité administrative durant l'été 2004.
  2. Infernale Tour des Finances , La Libre Belgique, 31/10/2007.
  3. Fraude de plusieurs millions lors de la vente de la Tour des finances, RTBF, 13 mai 2009. et Le parquet ne pourra pas entendre Rik Daems sur la vente de la tour des Finances, Le Vif/L'Express, 9 novembre 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Thierry Demey, Dans les Bas-Fonds de la rue Royale : La Cité administrative de l'État, in : Bruxelles, chronique d'une capitale en chantier, Bruxelles, Paul Legrain, 1992, Tome 2, 329 p. (Badeaux)
  • La cité administrative de l'état / Guido Jan Bral ; Martine Maillard. - Bruxelles : Ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, 2007
  • Plan de Développement International (PDI) de Bruxelles
  • La Cité perdue, documentaire radiophonique (produit par Radio Panik et diffusé par la RTBF en 2006-2007) en deux épisodes : Histoire d’une utopie d’Etat et Le tour du propriétaire. En ligne gratuitement sur le site du réalisateur.
  • MapRAC, journal de réflexion sur l'avenir de la Cité administrative, 2003.
  • La Cité dans tous ses états, film documentaire de Jacques Borzykowski et Vincent Cartuyvels, 2000.
  • La Vente des bijoux, film documentaire de Yves Cantraine, 2006.
  • Histoire(s) d'une utopie à vendre, film documentaire de Yves Cantraine, 2006.
  • La Cité administrative de l'État apparaît dans le roman de Nathalie Stalmans, Comme les saveurs de l'orange, Terre de Brume, 2012, ISBN 978-2-84362-485-8.