Plaies du Christ

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Andrea Mantegna
Fra Angelico, San Marco : La Résurrection, Noli me tangere, cellule 1 du couvent de San Marco, vers 1440. En agrandissant l'image on peut apercevoir deux symboles dans les fleurs sous les pieds des deux personnes représentées

Les plaies du Christ sont les cinq plaies des deux mains et des deux pieds de Jésus de Nazareth crucifié et cloué sur la croix, et de sa plaie au flanc droit faite par le centurion Longin avec son javelot, pour constater sa mort, selon l'Évangile selon Jean, 19. et selon une prophétie du psaume 22, 16 : « Ils ont percé mes mains et mes pieds ».

« Vous avez ainsi terrassé le démon, en usant de la croix comme d'une fronde garnie de cinq pierres, quand votre divin corps fut suspendu au bois de la croix par cinq plaies »

— Ludolphe le Chartreux[1],[2]

Sources bibliques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Passion du Christ et crucifixion.

Ces plaies sont mentionnées dans l'Evangile de saint Jean 19, symbolisant la victoire sur la mort, dans l'épisode de la Résurrection : le thème de l'« incrédulité de Saint Thomas (apôtre) » a de nombreuses représentations picturales . « Puis Il dit à Thomas : « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté » : La Résurrection est signe de la Divinité de Jésus mais ses plaies symbolisent son humanité, celle de l'Incarnation.

Histoire de la dévotion aux Cinq plaies[modifier | modifier le code]

Cinq Plaies sur un blason - Circa 1450 - Hyghalmen Roll - College of Arms

La première allusion au quinquepartitum vulnus se trouve chez Pierre Damien. De retour des croisades et de Terre sainte fleurit la dévotion à la Passion et aux saintes Plaies de Jésus-Christ, de même en raison des stigmates de Saint François d'Assise. On a une trace de ce renouveau de piété et de dévotion dans un Mémorial des évêques de Pologne adressé au Pape Clément XII :

«  En outre, les Cinq Plaies du Christ sont honorées par une Messe et un Office, et nous vénérons aussi en plus de ces blessures, les pieds et les mains, et le côté de notre Rédempteur Bien Aimé, ces parties du corps du Seigneur sont vénérées d'un culte tout spécial plus important que les autres précisément parce qu'Il a souffert des douleurs spéciales pour notre salut et parce qu'avec elles est vénérée une marque insigne de Son Amour par conséquent, nous pensons avec foi qu'elles ne peuvent être considérées sans en sentiment spécial de piété et de dévotion.  »

— Nilles , de rat. Fest. Cordon de para. Jesu et Mariae I, 126, Catholic Encyclopedia

Cette dévotion obtint son approbation dans l'Église pour la première fois au Concile de Lavaur en 1368 can. 128, ob reverentiam et honorem quinque vulnerum per Salvatorem nostrum in ara crucis pro redemptione nostra receptorum[3] avec des indulgences de trente jours à qui dirait cinq pater en l'honneur des cinq plaies à genoux[4] ou sept ave maria car elle était alors étroitement liée aux Sept Joies de la Vierge dans le même texte.

Symbolique spirituelle[modifier | modifier le code]

Nicolas Cabasilas décrit ainsi le sens profond de la passion et de la résurrection de Jésus, qui est l'Amour de Dieu pour les hommes et ses créatures symbolisé par les plaies qui transparaissent sur son corps glorieux, ayant échappé aux lois de la nature :

« Il porte les cicatrices sur son corps son corps est spirituel, il ne connaît plus ni pesanteur, ni épaisseur, ni aucune autre affection corporelle […] mais il n'a pas du tout effacé ses plaies ; au contraire, il a tenu à les garder, à cause de son amour pour l'homme, parce que c'est par elles qu'il a retrouvé l'homme qui était perdu et c'est en étant blessé qu'il a conquis celui qu'il aimait. »

Confréries[modifier | modifier le code]

Elles étaient très répandues dans l'Église d'autrefois : il existait une confrérie des Cinq-Plaies dans de nombreuses villes ou villages de France, par exemple à Vyt-lès-Belvoir[5] dans le diocèse de Besançon ou à Bordeaux en l'église de Saint-Éloi[6] en 1496 établie le dimanche de la Quasimodo pour demander la fin d'une épidémie de peste chez les religieux de Saint-Augustin ainsi qu'à Toulouse et à Amiens[7] dont la fête était le 14 septembre, à Mantes (procession de 1588 qui comportait une représentation des trois vertus théologales de foi, espérance et charité mentionnées dans la Prière à Jésus crucifié)[8], à Gourdon, etc. En Espagne à Jerez de la Frontera confrérie Las Sagradas cinco Llagas del Cristo, vêtus de blanc (appelée aussi le Silence Blanc, El Silencio Blanco) Sainte Marie-Françoise des Cinq Plaies était une religieuse franciscaine proche de Saint Pierre d'Alcántara.

À Lyon, une chapelle de la La Croix-Rousse est dédiée aux Cinq-plaies, avec une Archiconfrérie (Dévouées de la Maison des Cinq Plaies, sans vœu monastique, à la suite d'une œuvre pieuse fondée dans le sillon du Curé d'Ars), puis une congrégation de Sœurs du Sauveur, les Chanoinesses régulières des Cinq-Plaies de Notre-Seigneur en 1886, qui se développera au Manitoba au Canada[9].

Dévotion aux Cinq plaies[modifier | modifier le code]

Fêtes[modifier | modifier le code]

Plaies du Christ, Cologne XV e siècle
  • Dans le monastère de Fritzlar, Thuringe, au XIVe siècle, une fête fut dédiée aux Cinq Plaies le vendredi après l'octave de la Fête-Dieu, ce qui est la plus ancienne fête que nous connaissons en cet honneur.
  • La Fête des Cinq Plaies, célébrée depuis le Moyen Âge, à Évora, au Portugal et ailleurs, le 6 février et à Lisbonne le vendredi après-Mercredi des Cendres) commémore la fondation du royaume portugais en 1139, lorsque, avant la bataille des plaines d'Ourique, le Christ est apparu à Alphonse Henriquez, promettant la victoire sur les Maures et lui commandait d'insérer dans les armoiries du nouveau royaume de l'emblème des Cinq-Plaies.
  • La messe des Cinq Plaies célébrée le vendredi ou le mardi se répand dans l'Église à partir du XVIe siècle, on trouve à Lyon dans le Missel romain imprimé en 1507 une messe spéciale De Quinque Plagis que le Pape Pie V n'autorisa pas dans le nouveau Missel[10].
  • Le Proprium de Venise de 1766 qui contient les Offices de la fête des Cinq-Plaies, de la plus ancienne série de fêtes en l'honneur de la Passion du Christ, le deuxième dimanche de mars, qui a été accordée en 1809 à Livourne pour le vendredi après-Mercredi des Cendres et ceci s'est perpétué dans le diocèses de la Toscane, et à l'étranger (Mexique).
  • Depuis 1831, quand les fêtes en l'honneur de la Passion ont été adoptées à Rome par les Passionnistes et de la ville, cette fête a été affectée au vendredi du troisième dimanche de Carême. Elle est l'une de celles que nous a légué le Moyen Âge. Comme cette fête n'est pas célébrée dans toute l'Église, les textes de l'Office de la messe sont placés dans l'appendice du bréviaire et du missel[11].

Prières[modifier | modifier le code]

Cinq Plaies, Image allemande, XVIe siècle
  • L'Oraison des Cinq Plaies fut souvent copiée dans les manuscrits anciens au XVe siècle[12]. Au XIXe siècle elles furent remplacées par une prière populaire, la Prière à Jésus crucifié.
  • Les orthodoxes connaissent aussi cette prière si on en juge par celle du staretz Isidore de Russie de l'ermitage de Gethsemani (1908) qui la récitait devant un triptyque[15].
  • En 1708 Clément XI accorde sept ans et sept quarantaines d'indulgence à ceux qui réciteront au son de la cloche durant quinze jours cinq pater et ave en l'honneur de cinq plaies.
  • Le Chapelet des Cinq-Plaies de Jésus avait pour origine les Pères Passionistes, et fut approuvé par Pie VII en 1822, et se dit sur un chapelet spécial on disait aussi chaque jour, cinq Pater et Ave en l'honneur des cinq plaies, comme on récitait quotidiennement la prière à Jésus crucifié. De nombreuses indulgences furent rattachées à la Couronne des Cinq Plaies des Pères Passionnistes de l'Église Saint Jean et Saint Paul de Rome, par le Pape Léon XII par un décret du 20 décembre 1823[16].
  • Le Père Jean-Joseph Lataste avait une grande dévotion aux Cinq-Plaies[17]
  • Les gros grains du Rosaire dominicain ou cinq pater sont censés représenter les cinq plaies de Notre-Seigneur, ils étaient symbolisés par cinq roses rouges.
  • Les Chanoinesses Régulières des Cinq Plaies du Sauveur : congrégation religieuse féminine. Elles sont connues aujourd'hui sous le nom de Sœurs du Sauveur. Elles furent fondées vers 1856 à Lyon par l’Abbé Adrien Colomb de Gast et la Révérende Mère Octavie Delaunay.

Symbolique populaire[modifier | modifier le code]

Symboles religieux[modifier | modifier le code]

  • D'autres symboles des cinq plaies existent comme la coutume d'introduire dans le cierge pascal cinq grains d'encens, d'oindre les quatre côtés et le milieu de l'autel durant une cérémonie, ou dédier ses enfants aux cinq plaies du Christ ou de penser aux cinq plaies en disant les cinq pater du rosaire.

Symboles de la nature[modifier | modifier le code]

  • Un oursin des sables (Echinarachnius parma), de couleur pourpre, symboliserait les cinq plaies dans l'imagination populaire américaine ; un poème ancien d'un auteur anonyme lui est attaché : « la Légende du Dollar des sables » dont il existe plusieurs versions, la première ayant paru dans The Seattle Post Intelligencer, le 6 avril 1966[18]:
Oursin

«  D’un côté, l’étoile qui guida les Rois mages vers la crèche, Les quatre trous de la crucifixion et le cinquième, celui de la lance romaine qui donna la mort. Sur la face arrière, le dessin des pétales de la poinsettia d’hiver qui ne fleurit qu’à Noël. Lorsqu’on casse cet oursin comme une hostie, il libère cinq petits éléments calcaires qui ressemblent étrangement à des oiseaux blancs aux ailes déployées : Les colombes du Saint Esprit et la Résurrection  »

— Légende de l'oursin des sables

[19]

  • Pierres :

Plusieurs saints comparent les plaies du Christ à des pierres précieuses, sans les définir, le diamant, le rubis ou une autre pierre rouge ou violette, figurant comme Saint Jean dans l'Apocalypse, le Ciel, ceci de manière métaphorique : par exemple Nicolas Cabasilas parle « des cicatrices d'amour, qui ornent ses mains, ses pieds et son côté comme de pierres précieuses. »[20] Cette comparaison trouvait parfois une illustration concrète: Cinq pierres précieuses, cinq rubis peuvent ainsi représenter les Cinq-Plaies au Moyen Âge, sur les crucifix et les croix[21]. En Angleterre on fit des bagues représentant, les cinq plaies, à partir du XVe siècle, l'une fut découverte à Coventry et se trouve au British Museum, sur laquelle est représenté le Christ sortant de son tombeau, les instruments de sa Passion, enfin chaque plaie est associée à un puits en tout cinq Puits, de Pitié, de Réconfort, de Miséricorde, de Grâce, de Vie éternelle[22].

Fra Angelico a dans le couvent San Marco de Fiesole, représenté cinq fleurs rouges aux pieds du Jésus et de Sainte Marie Madeleine, dans la fresque de la Résurrection du Christ, symbolisant les cinq plaies, fleurs groupées en chapelet et en couronne aux pieds de sainte Marie-Madeleine et en éventail aux pieds de Jésus[23].

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Les plaies de Jésus dans les arts[modifier | modifier le code]

Église de Logonna-Daoulas, Bretagne
  • Vitrail des Cinq Plaies Louis Ferdinand Léger, Église du Sacré-Cœur d'Audincourt, Doubs,
  • Croix de chemin des cinq plaies à Stotzheim (67)
  • Peinture monumentale du Christ aux cinq plaies à Wissembourg (67) église Saint-Pierre et Saint-Paul
  • La fontaine au Cinq-Plaies à Servel en Bretagne, est perçée de cinq trous figurant les plaies du Sauveur avec jadis un Chemin de Croix pour le culte des Cinq-plaies sources du salut.

Drapeaux[modifier | modifier le code]

Les cinq plaies ont parfois figuré sur sur des drapeaux ainsi dans la province d'York en Angleterre en 1536[24] ou au Portugal.

Représentations[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses représentations picturales individualisées de ces plaies dans les livres d'Heures du Moyen Âge car elles sont un objet de dévotion et de culte :

  • Bréviaire de Bonne de Luxembourg, duchesse de Normandie, enluminure (1345) Metropolitan Museum of Art
  • Les instruments de la Passion, Heures du maréchal de Boucicaut (1477-1480) enluminure Paris musée Jacquemart-André
  • Les Plaies du Christ anonyme allemand (~1490) National Gallery of Art (Washington, D.C.)
  • Le Christ enfant dans le Sacré-Cœur (l'Enfant assis au sein de son propre cœur adulte transpercé et entouré des quatre stigmates détaillées du corps) anonyme allemand (1475-1480)

Elles sont visibles dans leur ensemble sur le corps du Christ par les représentations artistiques du Christ dans sa Passion :

  • Le Christ mort d'Andrea Mantegna dont la position du Christ, allongé, les pieds vers le spectateur, rend leur visualisation plus forte encore. La plaie au côté est rendue présente par les visages de Marie et de Jean tournés vers elle.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Cinq Plaies Du Christ : étude anatomique et expérimentale Dr Pierre Barbet, Dillen, 1937.
  • Regnabit. Revue universelle du Sacré-Cœur - 1921 Louis Charbonneau-Lassay : Figurations cordiformes des Cinq-Plaies [lire en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La grande vie de Jésus-Christ.Ludolphe le Chartreux (1300?-1378 [1]
  2. Ces plaies sont traditionnellement représentées dans les paumes, malgré la longue étude du Docteur Pierre Barbet montrant que le Christ avait été crucifié dans les poignets
    Article détaillé : Suaire de Turin.
  3. Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique. Par Heinrich Joseph Wetzer,Benedikt Welte,Isidore Goschler [2]
  4. source originale Jean Grancolas Commentarius historicus in Romanum Breviarium [lire en ligne]
  5. Vyt-lès-Belvoir
  6. [3]
  7. Amiens A morsibus serpentibus protegere, a luparum rabie delevrare, a consimilibus letharlibus morbis
  8. [4]
  9. [5]
  10. Source Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques Par Jean Baptiste Glaire [6] .
  11. Source L'Encyclopédie Catholique, Volume XV. Publié 1912. New York: Robert Appleton Company. Nihil Obstat, le 1 er octobre 1912. Remy Lafort, STD, Censeur. Imprimatur. + John Farley Cardinal, Archevêque de New York - Cité sur le Site de CROIRE (voir liens externes)
  12. CALAMES
  13. Prières de sainte Claire d'Assise
  14. [7] Texte de Jean Martin Moye
  15. [lire en ligne]
  16. [lire en ligne]Traité dogmatique et pratique des indulgences Jean Baptiste Bouvier page 168.
  17. sur le site dominicain Domuni :[lire en ligne] Le Père Lataste et la Dévotion aux cinq-plaies. Le chapelet des cinq-plaies de Notre-Seigneur
  18. Légende du Dollar des sables, legend
  19. « There's a pretty little legend That I would like to tell Of the birth and death of Jesus Found in this lowly shell. If you examine closely You'll see that you find here Four nail holes and a fifth one Made by a Roman's spear. On one side the Easter lily Its center is the star That appeared unto the shepherds And led them from afar. The Christmas poinsettia Etched on the other side Reminds us of His birthday Our happy Christmas time. Now break the center open And here you will release The five white doves awaiting To spread good will and peace. This simple little symbol Christ left for you and me To help us spread his gospel Through all Eternity »
  20. La croix, notre force, notre trésor La croix, notre force, notre trésor P. Jacques Bombardier, c.o. Esprit & Vie no 88 / août 2003 - 2e quinzaine, p. 41-42
  21. Histoire des maîtres généraux de l'Ordre des frères prêcheurs'', Daniel Antonin Mortier page 349
  22. Source : Historic rings: four thousand years of craftsmanship Par Diana Scarisbrick et The Coventry Ring
  23. Source : Voir les images en détail [8] Fra Angelico figure les stigmates du Christ par des indices, des taches ou des traces ("Noli me tangere", cellule 1 du couvent de San Marco, vers 1440)
  24. Source Histoire ecclésiastique, Volume 19 Par Claude Fleury [9] r Jésus est venu faire la paix sur le sang de sa croix.