Cimetière musulman de Bobigny

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Cimetière musulman de Bobigny
Image illustrative de l'article Cimetière musulman de Bobigny
Anciennes tombes devant le carré militaire.
Pays France
Département Seine-Saint-Denis
Ville Bobigny
Religion(s) islam
Nombre de tombes 7 000
Mise en service 1937
Protection  Inscrit MH (2006, porche d'entrée, mosquée et carré militaire)
Coordonnées 48° 54′ 02″ N 2° 26′ 01″ E / 48.90056, 2.43361 ()48° 54′ 02″ Nord 2° 26′ 01″ Est / 48.90056, 2.43361 ()  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Cimetière musulman de Bobigny

Le Cimetière musulman de Bobigny (Seine-Saint-Denis, France) est l'unique cimetière entièrement réservé aux défunts musulmans de France métropolitaine. Inauguré le 12 février 1937, il abrite un cimetière militaire.

Le porche d'entrée avec les deux pavillons - bureau et pavillon de l'imam -, la mosquée, le sol de la parcelle qui leur correspond et le carré militaire font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du 25 janvier 2006[1].

Statut[modifier | modifier le code]

Créé par décret présidentiel du 4 janvier 1934, il doit son statut musulman au fait d'être juridiquement une annexe de l'Hôpital franco-musulman ouvert en 1935, actuel Hôpital Avicenne de Bobigny. En effet, la loi de 1881 supprime le caractère confessionnel des cimetières[2]. Y sont inhumées les personnes décédées à l'hôpital.

Peu après son inauguration, un nouveau décret élargit le droit d'inhumation aux personnes proposées par le recteur de la Grande Mosquée de Paris. La saturation de l'espace arrivant plus vite que prévu, le carré musulman de Thiais est ouvert en 1957, qui compte en 2007 près de 20 000 sépultures[3]. En 1962, l'hôpital franco-musulman intègre l'AP-HP, qui néglige son entretien. L'imam Ouanissi Guenad le gère sans grands moyens ni ordre.

Au fil des ans, l'entretien du cimetière est négligé, ce qui impulse la décision de l'AP-HP d'en transférer la gestion au Syndicat intercommunal du cimetière des villes d'Aubervilliers, La Courneuve, Drancy et Bobigny. Depuis cette date, seules les personnes de confession musulmane de ces quatre villes, ainsi que les personnes ayant des liens familiaux avec d'autres personnes déjà inhumées dans ce cimetière y sont enterrées. De facto, il forme le carré musulman du cimetière intercommunal de ces villes, régi par les circulaires de 1975 et 1991[4], mais en est distant de deux kilomètres.

En 2006, « considérant que le cimetière musulman inauguré en 1937, destiné à accueillir les Musulmans décédés à l'hôpital franco-musulman, puis utilisé comme lieu de sépulture pour tous les Musulmans de la région ; que le carré militaire où sont inhumés les soldats de la 2e DB, représentent un lieu unique en France ; et que la qualité architecturale de son porche d'entrée et des pavillons attenants ainsi que de la salle de prière, présentent un intérêt d 'art et d'histoire suffisant pour en rendre désirable la préservation en tant qu'illustration d'une période importante de l'histoire de notre pays (...) » le ministère de la Culture inscrit ces éléments au titre des monuments historiques. Finalement, le porche d'entrée avec les deux pavillons (bureau et pavillon de l'imam), la mosquée, le carré militaire, ainsi que tous les parcelles correspondantes, font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 25 janvier 2006[1].

Le cimetière[modifier | modifier le code]

Salle de prière.

Avec la Grande Mosquée de Paris et l'hôpital franco-musulman, le cimetière fait partie des réalisations effectuées en hommage au sacrifice des milliers de soldats coloniaux mobilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais aussi comme gage donné aux populations coloniales déjà tentées par l'indépendance. Dès le 1er avril 1931, le Conseil général de la Seine avait voté pour la création en annexe à l'hôpital d'un cimetière, dont le statut confessionnel était permis du fait de son caractère privé en tant qu'annexe de l'établissement hospitalier[3]. Distant de quelques kilomètres de l'hôpital, il se situe alors dans une zone maraîchère, non loin du canal de l'Ourcq, sur le lieu-dit de « la Haute Borne » appartenant alors au Conseil général de la Seine, ce qui permit de passer outre les réticences de la commune de Bobigny. Aujourd'hui, les cultures (hormis quelques jardins ouvriers) ont été supplantées par une zone industrielle.

Conçu par l'architecte Édouard Crevel, son style est inspiré de l'architecture arabe telle qu'illustrée lors de l'Exposition coloniale de 1931 : murs blancs, toits plats, tuiles vertes, portes en bois, cabochons métalliques, plantes méditerranéennes (thuyas, chênes verts, micocouliers, mûriers, cyprès...)[3].

On entre dans le cimetière par un porche. Dans l'axe se trouve la salle de prière, qui est un bâtiment carré surmonté d'une coupole dorée. Sur les côtés se trouve la résidence du gardien. À droite une grille donne accès au cimetière proprement dit. Au fond du cimetière une seconde issue donne accès à un parking pour les visiteurs.

Il compte environ 7 000 tombes orientées vers le sud-ouest, de sorte que la dépouille orientée vers la droite regarde La Mecque (Qibla). À la fin du XXe siècle, de nombreuses tombes à concessions perpétuelles sont abandonnées. La mise en place d'un régime de concessions limitées dans le temps permet le transfert des dépouilles abandonnés dans un reliquaire, déposé dans l'ossuaire situé à proximité du carré militaire. En 1998-1999, des familles mal informées de ces transferts protestent et agressent l'imam Ramdame Douhi. Toutefois, la reprise en main d'un lieu un temps mal entretenu fait aujourd'hui consensus[5].

Les tombes[modifier | modifier le code]

Tombes modernes au style plus occidental.

Le cimetière ne reçoit maintenant plus des personnes nées aux colonies mais décédant en métropole sans proches pour les rapatrier, mais surtout des personnes nées en France et qui n'envisagent plus de faire transférer leur corps dans le pays d'origine de leurs parents. L'architecture minimaliste des premiers temps évolue pour se rapprocher des tombes traditionnelles françaises en marbre. Le fleurissement des tombes est notable à la période de l'Aïd, mais aussi à la Toussaint. Depuis les années 1970, on trouve également des tombes mixtes où les deux époux sont ensevelis ensemble[3].

Parmi les tombes caractéristiques, on note celles de personnes originaires de l'Océan indien avec une sorte d'escalier à cinq marches sur le sommet de la tombe. Cinq carrés ouverts entre 1940 et 1971 sont réservés aux enfants décédés en bas âge, à une époque de forte mortalité infantile[3].

Carré militaire[modifier | modifier le code]

Tombes du carré militaire.

De 1944 à 1954, le cimetière reçoit les dépouilles d'une soixantaine de soldats de l'Armée française. 17 d'entre eux ont reçu la mention Mort pour la France. Une dizaine serait issue de la 2e division blindée, libératrice de Paris, ainsi Derrar el Hadj, affecté au 40e RANA, blessé au nord de Paris et cité à l'ordre de son régiment. D'autres ont combattu dans la 1re armée française du maréchal de Lattre de Tassigny, comme Mimoun El Hadj, mort pour la France, Marocain décédé à 19 ans après ses blessures lors du franchissement du Rhin. Mohamed Ben Salah (Croix de guerre avec étoile de bronze, cité à l'ordre du régiment et de la brigade) a lui été blessé en Allemagne deux semaines avant la capitulation, et est mort à l'hôpital Villemin de Liancourt[3].

Il est à noter que le classement historique du cimetière est contemporain de la sortie du film Indigènes de Rachid Bouchareb, originaire de Bobigny, qui a ravivé la mémoire de l'engagement des soldats coloniaux pendant la Seconde Guerre mondiale.

Personnalités inhumées[modifier | modifier le code]

Tombe de la princesse Selma.

Parmi les tombes, on note des personnalités comme l'ancien marathonien champion olympique Boughéra El Ouafi (1898-1959)[6], le père d'Isabelle Adjani, Mohamed Adjani (1923-1983), la mère de l'humoriste Smaïn[5].

Akber Aga Cheikh Ul-Islam (1891-1961), ministre des Affaires étrangères de l'Azerbaïdjan, qui représentait son pays lors de la conférence de paix de Versailles en 1919, mais la révolution russe précipita la disparition de la République montagnarde du Nord-Caucase et les membres de la délégation restèrent bloqués en France.

La tombe d'Omar Zaki Pacha Afiouni, décédé en 1953, porte l'inscription arabe « Ceci à la tombe d'un grand résistant arabe », qui avait combattu la puissance coloniale française en Syrie dans les années 1920. Ahmed El Glaoui (1920-1959) est lui le fils du pacha de Marrakech, Thami El Glaoui[3].

La princesse Selma (1916-1942) est connue par le livre édité à plusieurs millions d'exemplaires écrit par sa fille Kenizé Mourad, dans son célèbre roman De la part de la princesse morte publié en 1987. Née princesse ottomane, petite-fille par sa mère du sultan et calife Murad V renversé en 1876 par son frère Abdülhamid II, elle est élevée dans les harems impériaux d'Istambul avant de connaître l'exil au Liban, le mariage avec un rajah indien pendant les derniers jours de l'Empire britannique, puis la misère de Paris sous l'Occupation, où elle meurt précocement d'une septicémie[2].

Film tourné au cimetière musulman de Bobigny[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Ange Adler, Le cimetière musulman de Bobigny : Lieu de mémoire d'un siècle d'immigration, Paris, Éd. Autrement, coll. « Français d'ailleurs, peuple d'ici », 2005, 166 p. (ISBN 2-7467-0597-4).
  • Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Le cimetière musulman de Bobigny (1937-2007), collection « Lieux uniques de la mémoire et de l'histoire de l'immigration en France », brochure du Conseil général.
  • Fathi Bentabet et Catherine Rodier, L'immigration algérienne et l'hôpital franco-musulman de Bobigny dans l'entre-deux-guerre (1915-1947), 1981, université Paris 1 et 1985, éditions de l'OPU - université d'Oran.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Cimetière musulman », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. a et b Philippe Landru, « BOBIGNY (93) : cimetière musulman », Cimetières de France et d'ailleurs,‎ 11 février 2008 (consulté le 1er mai 2011).
  3. a, b, c, d, e, f et g Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Le cimetière musulman de Bobigny (1937-2007), collection « Lieux uniques de la mémoire et de l'histoire de l'immigration en France », brochure du Conseil général.
  4. Depuis remplacées par la circulaire du 19 février 2008. Source : « Les cimetières », La Ligue de l'Enseignement (consulté le 2 mai 2011)
  5. a et b Daniel Licht, « Le repos troublé d'un cimetière musulman. A Bobigny, des familles crient à la profanation après le déplacement de 500 tombes. », Libération,‎ 6 novembre 1999 (consulté le 1er mai 2011).
  6. « Le cimetière musulman », Ville de Bobigny (consulté le 1er mai 2011).