Cimetière des Innocents
Le cimetière des Innocents, ou cimetière des Saints-Innocents, était un cimetière situé dans le quartier des Halles de Paris, à l'emplacement de l'actuelle place Joachim-du-Bellay au centre de laquelle se tient la Fontaine des Innocents.
Il tient son nom de l'église des Saints-Innocents qui se trouvait à l'angle nord-est de la place et qui a aujourd'hui disparu. Celle-ci était dédiée aux « saints Innocents », enfants de Judée massacrés sur l'ordre du roi Hérode.
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Histoire[modifier]
L'emplacement servait de cimetière depuis les Mérovingiens (des sarcophages ont été trouvés lors de fouilles en 1973-1974), époque à laquelle le site était hors des murs, à côté de la route menant de Paris à Saint-Denis. Une petite chapelle consacrée à saint Michel fut érigée au Xe siècle. Vers 1130, le roi Louis VI le Gros fit remplacer la chapelle par une église plus vaste (au nord-est, donnant sur la rue Saint-Denis), qui fut dédiée aux saints Innocents.
Le cimetière prit de l'importance quand le marché central de Paris fut installé aux Champeaux en 1137, sur l'emplacement des Halles. Sous Philippe Auguste le cimetière fut agrandi et clos d'un mur de trois mètres de haut. Se retrouvant intra-muros, le cimetière reçut du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle les corps de 22 paroisses parisiennes, plus ceux de l'Hôtel-Dieu, ceux des pestiférés et des inconnus de la morgue (les noyés de la Seine et les personnes trouvées mortes sur la voie publique) : soit un total estimé à deux millions de Parisiens. Pour les riches bourgeois, l'inhumation se faisait dans un cercueil de bois. Pour les pauvres les inhumations se faisaient dans de vastes fosses communes pouvant contenir 1 500 corps superposés ; lorsqu'une était pleine, on en creusait une autre à côté. On disait que la terre du cimetière des Innocents mangeait son cadavre en neuf jours. Les ossements retirés finissaient dans les charniers construits aux XIVe et XVe siècles tout autour du cimetière, au-dessus d'arcades, entre la voûte et la toiture (celui côté ouest, donnant sur la rue de la Lingerie, a été financé par Nicolas Flamel ; celui côté sud était décoré d'une fresque représentant une danse macabre).
En 1669, le charnier se trouvant côté sud fut détruit et remplacé par un long immeuble (120 mètres de long) toujours debout, séparant les Innocents de la rue de la Ferronnerie. Un nouveau charnier y fut aménagé entre les arcades et l'entresol.
Le 7 mai 1780, les murs de la cave d'un restaurateur situé près du cimetière des Innocents s'effondrèrent. Ce ne fut pas une carrière souterraine parisienne, mais des ossements et des cadavres qui, par leur poids et leur volume (le niveau du sol dépassant de deux mètres cinquante celui des rues), firent céder la cloison. À la suite de cet incident, le Parlement décrèta, le 4 septembre, la fermeture du cimetière. Décision qui resta sans effet, les corps continuant à être entassés dans un charnier déjà très excessivement rempli. Conformément à la déclaration royale du 10 mars 1775, il fut fermé en décembre 1780, puis vidé en 1786 pour des raisons sanitaires, tandis que l’église des Saints-Innocents fut rasée en 1785. Le 9 novembre 1785, sur la suggestion d'un lieutenant de police, Charles-Axel Guillaumot décida de transférer les restes secs (c'est-à-dire les ossements qui se trouvaient dans les charniers et sur une profondeur d'un mètre cinquante) dans les anciennes carrières transformées en catacombes situées sous le lieu-dit de la Tombe-Issoire, ce transfert se faisant pendant quinze mois selon des processions quotidiennes de tombereaux en présence de prêtres. L'espace ainsi dégagé devint un marché baptisé à l'époque « place du marché des Innocents »[1].
En 1856, le projet de construction des Halles de Baltard rendit le marché inutile. Il fut remplacé par un square aux dimensions plus restreintes, similaires à celles d'aujourd'hui.
Accès[modifier]
- Les Halles (ligne
) ; - Châtelet - Les Halles (lignes
) ; - Châtelet (lignes
).
Sources[modifier]
- Le cimetière des innocents : histoire, aspects, transformations
- Valentin Dufour, La Danse Macabre des Saints-Innocents de Paris, 1874 (sur Google books)
- Jacques Hillairet, Évocation du Vieux Paris, 1951, éditions de Minuit, Paris
- Christine Métayer, « Un espace de vie : les charniers du cimetière des SS. Innocents à Paris, sous l’Ancien Régime », dans Journal of the Canadian Historical Association/Revue de la Société historique du Canada, vol. 4, n° 1, 1993, p. 183-206
Notes et références[modifier]
- Gilles Thomas et Alain Clément, Atlas du Paris souterrain, Parigramme, 2001, 193 p. (ISBN 2840961911)