Cimetière des éléphants

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Le cimetière des éléphants est un endroit où, selon une croyance européenne apparue au XIXe siècle mais infirmée depuis par les zoologues, les éléphants d’Afrique se rendent d’eux-mêmes pour mourir. Fondée sur la découverte fortuite de groupes de squelettes et certaines similitudes entre le comportement des éléphants et celui des hommes, nourrie par l’attrait pour l’ivoire, cette croyance a marqué l’imagination et la culture populaires (fiction, cinéma, jeux, chanson) et fasciné les chasseurs d'ivoire nombreux du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. L’expression cimetière des éléphants est parfois employée de façon métaphorique pour évoquer le déclin ou la mise au rebut de personnes ou d’objets jadis valorisés.

Origine[modifier | modifier le code]

Ce mythe, déjà mentionné par David Livingstone, est probablement né de la découverte de squelettes groupés dans des lieux fréquentés par des éléphants âgés[1]. Enrico Bruhl a émis l’hypothèse que les découvertes paléontologiques de fossiles en grand nombre, comme les 27 Elephas antiquus de Saxe-Anhalt, avaient encouragé cette croyance[2]. Ces derniers pourraient avoir été victimes de chasseurs car leurs défenses avaient disparu. Pour expliquer ces regroupements, certains chercheurs proposent que les éléphants vieillissants ont un état physique et des besoins alimentaires spécifiques qui les poussent à se rassembler dans des lieux adaptés. Ils recherchent la proximité des points d’eau ou des marécages où la nourriture est plus abondante[3] ou plus tendre pour leurs molaires usées[4]. Christian Zuber propose que l’eau boueuse pourrait soulager leurs souffrances et leurs caries. Rupert Sheldrake, pour sa part, pense que les éléphants souffrant de malnutrition cherchent à s’abreuver abondamment, ce qui peut au contraire aggraver leur état en diluant le glucose sanguin. En tout état de cause, mourant souvent de vieillesse ou de maladie à proximité de réserves d’eau ou d’étendues boueuses, leur cadavre finit par disparaître. Cela expliquerait la relative rareté des restes d’éléphants remarquée par les chasseurs d’ivoire européens, qui a encouragé la croyance en l’existence de cimetières cachés.

Interprétation anthropomorphique[modifier | modifier le code]

Les cultures vivant au voisinage des éléphants reflètent l’opinion d’une ressemblance particulière entre cet animal et l’homme. En ce qui concerne la mort, Pline est le premier auteur européen à mentionner le fait que les éléphants s’attardent longtemps auprès de la dépouille d’un membre du groupe. Leur intérêt pour les ossements et les défenses de leurs congénères a été confirmée par une recherche de 2005[5]. Cette vision anthropomorphique donne du poids au mythe du cimetière des éléphants, qui peut devenir une allégorie de la mort volontaire et du chemin suivi pour mourir seul et digne, choisi par certaines cultures nord-amérindiennes, par exemple. Les ancêtres, sentant la mort arriver, s'isolaient de leur groupe afin de mourir seul en paix, souhaitant garder toute leur dignité et laisser une image belle et noble, mais aussi voulant épargner à leur famille le fardeau d'un être grabataire. Dans d’autres cultures par contre, la mort est le plus souvent traitée comme un acte partagé par un groupe ; on meurt en famille, mais aussi dans des lieux collectifs (mouroir ou hôpital).

Dans le commentaire politique l'expression cimetière des éléphants est utilisée pour désigner des institutions, fonctions ou des rôles qui abritent les activités de personnages publics en fin de carrière.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Le cimetière des éléphants est le thème de nombreux ouvrages de fiction, dont le plus notable en français est Le Cimetière des éléphants d’Henri de Monfreid. La bande dessinée y fait aussi appel, le premier tome de Freddy Lombard, une histoire de Picsou intitulée Oncle Picsou se trompe d'éléphant ! (Picsou Magazine N°156, 1985), Astérix chez Rahàzade et le premier tome de Donjon Crépuscule, Le Cimetière des dragons par exemple. Dans le domaine du cinéma, les films américains Trader Horn (1931) et Tarzan traitent le sujet. Du côté des jeux, il est évoqué dans World of Warcraft à travers le "cimetière de kodo" et nomme une carte "terrain" de Magic : l'assemblée. Le Cimetière des éléphants est aussi le nom d'un album d’Eddy Mitchell. Dans le dessin animé Le Roi lion également on retrouve un cimetière des éléphants.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Kenneth B. Armitage, « The Great Beast - Elephant Life: Fifteen Years of High Population Density », Bioscience, vol. 42, no 3,‎ March 1992, p. 196-197
  2. (en) (22-25 September 2003) « Neumark-Nord: a middle Pleistocene lake shore with synchronous sites of different functional character » Université de Rennes Données récentes sur les modalités de peuplement en Europe au Paléolithique inférieur et moyen, Rennes: Université de Rennes. 
  3. Iain Douglas-Hamilton, Richard Barnes, Hezy Shoshani, A. Christy Williams, A. J. T. Johnsingh, Robin Beck, Katy Payne "Elephants" The Encyclopedia of Mammals. Ed. David W. Macdonald. Oxford University Press, 2007. <« http://www.oxfordreference.com/views/ENTRY.html?subview=Main&entry=t227.e47 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 >
  4. Numéro spécial Éléphants de Zoobooks
  5. Biology Letters

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry de Monfreid, Le cimetière des éléphants, Grasset (26 octobre 1994), Collection : Lectures et aventures (ISBN 2246040434) (ISBN 978-2246040439)
  • Dr. René Jeannel, Mission scientifique de l'omo. un cimetière d'éléphants avec 48 planches de photographies et une carte hors texte, Sté des Amis du Muséum ASIN: B0000DSYFT