Cigogne noire

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Ciconia nigra

Description de cette image, également commentée ci-après

Deux adultes dans le parc national Kruger.

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Ciconiiformes
Famille Ciconiidae
Genre Ciconia

Nom binominal

Ciconia nigra
(Linnaeus, 1758)

Synonymes

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Statut CITES

Sur l'annexe  I  de la CITES Annexe I , Rév. du 1997

La Cigogne noire (Ciconia nigra) est une espèce d'oiseaux de la famille des Ciconiidae. À peine plus petite et plus farouche que sa cousine, la Cigogne blanche, elle peut vivre jusqu'à 20 ans. Elle se nourrit principalement d'amphibiens et d'insectes. On la rencontre en Eurasie et en Afrique, où elle fréquente les forêts profondes plantées de vieux arbres et proches de zones humides.

Description[modifier | modifier le code]

Individu debout, le bec rentré dans les plumes du cou.

La Cigogne noire est légèrement plus petite que la Cigogne blanche (Ciconia ciconia), mesurant 95 à 100 cm pour une envergure de 145 à 155 cm[1]. Elle pèse près de 3 kilogrammes[2].

Son plumage est presque totalement noir, avec des reflets verts et violet. Seules les plumes de son ventre, du bas de sa poitrine ses axillaires et ses sous-caudales sont blanches. Les plumes de la poitrine sont longues et hirsutes, formant une collerette qui est parfois utilisée lors de la parade nuptiale. Ses pattes sont longues et de couleur rouge. Sa petite tête se termine par un long bec rouge vif, qui s'affine progressivement pour finir en pointe. Son regard est souligné par une zone de peau nue rouge autour de l'œil. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel apparent dans le plumage, mais le mâle est légèrement plus grand que la femelle[1].

Chez le jeune le motif du plumage ressemble à celui des parents, mais le noir est plus brun et moins brillant. Les scapulaires, les plumes des ailes et des sus-caudales ont la pointe pâle. Les pattes, le bec et la peau nue autour de l'œil du cigogneau sont d'un gris verdâtre[1]. Il peut être confondu avec le jeune Tantale ibis (Mycteria ibis), mais ses ailes et son manteau sont plus pâles, avec un bec plus long et du blanc sous les ailes[3]. L'adulte, en vol et de loin, peut même être confondu avec la Cigogne blanche : par forte luminosité, le dessus des ailes peut sembler pâle[4].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Alimentation[modifier | modifier le code]

Jeune se nourrissant.

La Cigogne noire se nourrit principalement de grenouilles et d'insectes[4], mais aussi de poissons, crabes, de petits reptiles, oiseaux et mammifères[2].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Le nid, fait de branchages, est construit haut dans un arbre, ou sur un escarpement de falaise, toujours près de zones humides (cours d'eau ou marais) et à plus d'une douzaine de mètres du sol. Une ponte compte de 3 à 5 œufs, blancs, qui sont couvés par les deux partenaires durant 38 à 42 jours. Les cigogneaux quittent le nid de 65 à 70 jours après leur sortie de l'œuf[2].

Les poussins plus faibles ou petits sont parfois tués par leurs parents[5],[6]. Cela se produit quand les ressources alimentaires se font insuffisantes, la réduction de la taille des couvées augmentant les chances de survie des autres oisillons. Les cigogneaux ne s'attaquent pas entre eux, les poussins plus forts ne sont notamment pas agressifs envers les plus faibles membres de leur couvée comme c'est le cas chez certaines espèces (caïnisme), et la méthode de nourrissage employée par les parents — la régurgitation de grandes quantités de nourriture à la fois sur le fond du nid — ne permet pas aux plus forts de se nourrir entièrement au détriment des plus faibles ; l'infanticide par les parents reste donc le moyen efficace de réduire la taille d'une couvée mais n'est pas souvent observé[5]. Un cas d'infanticide a toutefois été filmé en 2012 sur un nid de trois juvéniles en Belgique [7].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition de la Cigogne noire, en Eurasie et en Afrique :
  •      habitat permanent
  •      habitat d'été
  •      zones d'hivernage

La cigogne noire niche dans l'est de l'Europe et dans la péninsule Ibérique près de points d'eau douce. Contrairement à la cigogne blanche, la cigogne noire est un habitant timide d'anciennes forêts fermées qui renferment des étangs et des ruisseaux. Cependant, dans certaines régions (Estrémadure, en Espagne par exemple) elle utilise des rochers pour établir son nid.

Migrations[modifier | modifier le code]

Voies de migration dans l'Ouest de la répartition :
  •      quartiers d'hiver
  •       voies occidentales
  •       voies orientales

La cigogne noire migre pour l'hiver vers l'Afrique et l'Inde. Les jeunes partent plus tôt que les adultes. Seule la population de la péninsule Ibérique reste sur place. Elle vole dans des courants d'air chaud pour faciliter le vol sur de longues distances. Elles traversent la Méditerranée et passent par le détroit du Bosphore. Elles parcourent entre 200 et 300 kilomètres par jour, mais cela peut aller jusqu’à 500 kilomètres.

Les cigognes migrent à partir du milieu du mois d'août jusqu’à la fin du mois de septembre, puis reviennent au milieu du mois de mars. Suivant leurs trajectoires, les cigognes noires migrent vers la Tunisie, au Nigeria ou au Mali.

Dénominations et systématique[modifier | modifier le code]

Cigogne noire dans un pré

Taxinomie[modifier | modifier le code]

La Cigogne noire fait partie des nombreuses espèces d'oiseaux décrites par le naturaliste suédois Carl von Linné dans la dixième édition de son Systema Naturae parue en 1758, et où il lui donne pour protonyme le binôme de Ardea nigra[8]. L'espèce est reclassée en 1760 et de manière définitive par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson dans un nouveau genre, Ciconia[9],[10]. Le nom de genre, Ciconia, vient du mot latin pour « cigogne », cĭcōnĭa[11], initialement retrouvé dans les œuvres d'Horace et d'Ovide[12] ; nigra était quant à lui le mot latin pour « noir ».

Malgré sa grande zone de répartition géographique, aucune sous-espèce n'est distinguée[13],[14].

Phylogénie[modifier | modifier le code]

Phylogénie des espèces
actuelles du genre Ciconia[15] :

La famille de la Cigogne noire, celle des Ciconiidae, est depuis 2008 la seule de l'ordre des Ciconiiformes, qui autrefois comptait notamment certains Pelecaniformes (les hérons, le Bec-en-sabot du Nil et l'Ombrette africaine)[16]. La petite vingtaine d'espèces actuelles de la famille, qui se distinguent par leurs ailes larges et arrondies, leur queue courte et leur anisodactylie avec les trois doigts antérieurs légèrement palmés[17], sont réparties en six genres constituant dans trois grands groupes : le premier rassemble les genres Mycteria (quatre tantales) et Anastomus (deux bec-ouverts), le second les grandes espèces des genres Ephippiorhynchus (deux jabirus), Jabiru (du Jabiru d'Amérique) et Leptoptilos (trois marabouts), et le troisième ne compte que le genre Ciconia, des cigognes vraies. Ce dernier groupe contient la Cigogne noire et six autres espèces actuelles[18], qui se caractérisent par leurs becs droits et pointus et leur plumage principalement noir et blanc[19].

Menaces et conservation[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Cette espèce est protégée:

  • Liste Rouge de UICN France, Statut EN [20]
  • Article 3 de la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection[21]

Europe[modifier | modifier le code]

Cette espèce est protégée:

International[modifier | modifier le code]

Cette espèce est réglementée:

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Stanley Cramp, Handbook of the Birds of Europe the Middle East and North Africa, the Birds of the Western Palearctic, vol. 1 : Ostrich to Ducks, Oxford University Press,‎ 1977 (ISBN 0-19-857358-8)
  • (fr) Karel Šťastný (trad. Dagmar Doppia), La grande encyclopédie des oiseaux, Paris, Gründ,‎ octobre 1989, 494 p. (ISBN 978-2-7000-2504-0), « Cigogne noire », p. 62
  • (en) Andrew Elliott, « Family Ciconiidae (Storks) », dans Josep del Hoyo, Andrew Elliott et Jordi Sargatal, Handbook of the Birds of the World, vol. 1 : Ostrich to Ducks, Barcelone, Lynx Edicions,‎ 1992 (ISBN 84-87334-10-5)
  • (fr) « Sa cousine la cigogne noire », L'Oiseau magazine, Rochefort, Ligue pour la protection des oiseaux, no 97,‎ octobre 2009, p. 64 (ISSN 0297-5785)

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Cramp (1977), p. 323
  2. a, b et c (fr) Oiseaux.net, consulté le 28 mars 2012
  3. (en) Cramp (1977), p. 322
  4. a et b (fr) Lars Svensson (trad. Guilhem Lesaffre et Benoît Paepegaey, ill. Killian Mullarney et Dan Zetterström), Le guide ornitho : Le guide le plus complet des oiseaux d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient : 900 espèces, Delachaux et Niestlé, coll. « Les Guides du Naturaliste »,‎ août 2010, 446 p. (ISBN 978-2-603-01695-4), p. 84-85
  5. a et b (en) Piotr Zielinski, « Brood Reduction and Parental Infanticide – are the White Stork Ciconia ciconia and the Black Stork C. nigra Exceptional? », Acta Ornithologica, vol. 37, no 2,‎ 2002, p. 113–19 (lire en ligne)
  6. (en) Francisco S. Tortosa et Tomas Redondo, « Motives for Parental Infanticide in White Storks Ciconia ciconia », Ornis Scandinavica, vol. 23, no 2,‎ avril 1992, p. 185–189 (liens DOI? et JSTOR?)
  7. Suivi par webcam d'un nid de cigogne noire en Belgique
  8. (la) Carl von Linnaeus, Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, t. I, Holmiae (Laurentii Salvii),‎ 1758, 10e éd., 824 p. (lire en ligne), p. 142 :

    « A[rdea] nigra, pectore abdomineque albo.

    Habitat in
    Europa boreali.
    Migrat æſtate ſupra Sveciam.
     »

  9. (fr) Mathurin Jacques Brisson, Ornithologie ou, Méthode contenant la division des oiseaux en ordres, sections, genres, espèces & leurs variétés, vol. 1, Paris, C. J. B. Bauche,‎ 1760, p. 48
  10. (en) Walter E. Boles, « A review of the Australian fossil storks of the genus Ciconia (Aves: Ciconiidae), with the description of a new species », Records of the Australian Museum, vol. 57, no 2,‎ 8 juin 2005, p. 165-178 (lien DOI?, lire en ligne)
  11. (fr) Définitions lexicographiques et étymologiques de « cigogne » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales .
  12. (en) D.P. Simpson, Cassell's Latin Dictionary, Londres, Cassell Ltd.,‎ 1979, 5e éd. (ISBN 0-304-52257-0), p. 103
  13. (en) Congrès ornithologique international, consulté le 27 mars 2012
  14. (fr) Alan P. Peterson, consulté le 27 mars 2012
  15. Référence Tree of Life Web Project : Ciconia (en) (consulté le 24 mars 2012)
  16. (en) S. J. Hackett, R. T. Kimball, S. Reddy, R. C. K. Bowie, E. L. Braun, M. J. Braun, J. L. Chojnowski, W. A. Cox, K.-L. Han, J. Harshman, C. J. Huddleston, B. D. Marks, K. J. Miglia, W. S. Moore, F. H. Sheldon, D. W. Steadman, C. C. Witt et T. Yuri, « A Phylogenomic Study of Birds Reveals Their Evolutionary History », Science, vol. 320, no 5884,‎ 27 juin 2008, p. 1763-1768 (lien DOI?, lire en ligne)
  17. (fr) Encyclopédie Larousse, « cigogne blanche », sur larousse.fr, Éditions Larousse (consulté le 2 mars 2012)
  18. (en) Elliott (1992), p. 437
  19. (en) M. Philip Kahl, « An Overview of the Storks of the World », Colonial Waterbirds, vol. 10, no 2,‎ 1987, p. 131–134 (lien DOI?)
  20. Liste Rouge des Oiseaux de France métropolitaine (UICN Fr)
  21. arrêté ministériel du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection