Chutes de Celilo

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Chutes de Celilo
Celilo Falls
Pêche à l'épuisette au Cul-De-Sac
Pêche à l'épuisette au Cul-De-Sac
Localisation
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Localisation Oregon / Washington
Coordonnées 45° 38′ 58″ N 120° 58′ 41″ O / 45.649447, -120.977925 ()45° 38′ 58″ Nord 120° 58′ 41″ Ouest / 45.649447, -120.977925 ()  
Caractéristiques
Hydrographie
Cours d'eau Columbia

Géolocalisation sur la carte : États-Unis

(Voir situation sur carte : États-Unis)
Chutes de Celilo

Les chutes de Celilo ou Celilo Falls (ou Wyam ce qui signifie l'« écho de l'eau qui tombe » ou le « bruit de l'eau sur les rochers » dans plusieurs langues amérindiennes locales) était un important site amérindien de pêche sur la fleuve Columbia, juste à l'est de la chaîne des Cascades, sur ce qui est aujourd'hui la frontière entre les États américains de l'Oregon et de Washington. C'était le plus ancien habitat humain continu en Amérique du Nord jusqu'en 1957, date à laquelle il fut submergé à la suite de la construction du barrage de Dalles[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

Les Celilo Falls consistaient en une série de rapides et cascades, chutant d'une hauteur totale de 25 m sur une distance de 800 mètres le long de la rivière Columbia. Il existait trois sections principales, une cataracte connue sous le nom de Horseshoe Falls ou Tumwater Falls, un profond remous connu sous le nom de Cul-de-Sac, et le chenal principal. Dans sa définition la plus large, y était aussi inclus les Five Mile and Ten Mile Rapids ou les Long Narrows[2], une série de sauts abrupts et d'ondulations s'étalant sur 18 km après les chutes jusqu'à The Dalles[3].

Ces chutes se sont formées lors d'une dernière poussée de la rivière Columbia à travers les failles du plateau basaltique pour atteindre l'océan. Alors que la rivière atteint fréquemment plus de 1,5 km de large, le passage se rétrécissait ici à seulement 43 mètres[4]. Les Amérindiens avaient construit des pontons en bois au-dessus de l'eau et attraper avec des épuisettes et des longs harpons les saumons qui remontaient le courant dans les rapides et sautaient pour franchir les chutes[5]. Historiquement, on estimait qu'entre 15 à 20 millions de saumons remontaient ce passage chaque année, en faisant le plus grand lieu de pêche d'Amérique du Nord[6].

Les chutes étaient les sixièmes plus grandes au monde et parmi les premières d'Amérique du Nord[7]. Le débit moyen de la rivière à cet endroit était de 5 400 m/s et durant les périodes de hautes eaux ou de crues, de près de 28 000 m/s, provoquant un rugissement énorme que l'on pouvait entendre à plusieurs kilomètres à la ronde[3].

Ce site était fréquenté par les Amérindiens depuis plus de 11 000 ans pour y pêcher ou y faire du troc[8]. Les chutes étaient stratégiquement placées à la frontière entre les peuples parlant les langues chinookes et ceux parlant les langues Sahaptines et il servait de centre important d'un réseau de commerce couvrant tout le plateau Pacifique[2]. Des objets d'artisanat issus du village originel suggèrent que des Amérindiens venaient d'aussi loin que les Grandes Plaines, le Sud-Ouest des États-Unis et d'Alaska[9]. Quand l'expédition de Lewis et Clark traversa l'endroit en 1805, les explorateurs trouvèrent un « grand magasin…où toutes les nations indiennes voisines étaient assemblées » et une densité de population comme il n'en avait jamais vu ailleurs[10]. En conséquence, les historiens ont parlé de l'endroit comme du « Wall Street de l'Ouest »[11]. Le peuple Wishram vivait sur la rive nord tandis que les Wasco vivaient sur la rive sud, la plus forte activité marchande se déroulant dans le village wishram de Nix-luidix[2].

Dans les années 1840 et 1850, les pionniers américains commencèrent à arriver dans la région, en descendant la Columbia sur des barges en bois, chargés de leur carriole. Plusieurs perdirent la vie dans les violents courants près de Celilo[12]. Dans les années 1870, le Corps des ingénieurs de l'armée américaine élabora un plan pour améliorer la navigation sur la rivière. En 1915, ils achevèrent le Celilo Canal, un canal d'une vingtaine de kilomètres permettant aux navires à vapeur de contourner les chutes. Lors de l'inauguration du canal, l'investisseur et personnalité de Portland Joseph Nathan Teal exprima un sentiment général qui durait depuis des décennies : « Nos eaux seront libres, libres aux usages et buts de leur création par la Divine Providence »[13] Cependant, le canal fut assez peu utilisé et totalement inactif en 1919[14].

Au fur et à mesure que plus de personnes venaient s'installer sur la côte nord-ouest du Pacifique dans les années 1930 et 1940, des voix demandèrent la construction d'un système de barrages hydroélectriques sur la rivière Columbia. Selon eux, ces barrages permettraient de :

  • améliorer le trafic de barges depuis l'intérieur des États de Washington et de l'Oregon, ainsi que de l'Idaho vers l'océan
  • diminuer les inondations des villes en aval, comme celle qui s'est produite en 1948 et qui détruisit Vanport, en Oregon
  • fournir une source sure pour l'irrigation de la production agricole
  • fournir l'électricité pour l'industrie de défense que la Seconde Guerre mondiale développa dans la région
Newsreel extraits d'actualités cinémas sur des pêcheurs amérindiens aux Celilo Falls en 1956, peu de temps avant que le site ne soit submergé par le barrage de Dalles (35 secondes)

Le laboratoire national de Hanford, la production d'aluminium et la construction de navires contribuaient à cette rapide demande régionale d'électricité qui fait qu'en 1943, 96 % de l'électricité que fournissait la rivière Columbia était utilisés par l'industrie d'armement[15]. The volume of water at Celilo Falls made The Dalles an attractive site for a new dam in the eyes of the Corps of Engineers.

Pendant cette période, les Amérindiens continuaient de pêcher aux Celilo Falls, selon les dispositions des traités de 1855 signé avec la nation Yakama[16], les tribus confédérée de Warm Springs[17], et les tribus Walla Walla, Umatilla et Cayuse[18], qui accordaient "le droit de pêcher selon l'usage et aux lieux habituels et traditionnels." En 1947, le gouvernement fédéral américain convoqua des auditions au Congrès et conclut que le barrage envisagé aux Dalles ne violerait pas les droits de pêche tribaux accordés par les traités[19]. En conséquence, le gouvernement obtint un accord financier avec les tribus touchées, payant 26,8 millions de dollars pour la perte de Celilo et d'autres sites de pêche sur la rivière Columbia[20].

Le corps d'ingénieurs de l'Armée commença à travailler sur le barrage de Dalles en 1952 et l'acheva cinq ans plus tard. Le 10 mars 1957, des centaines de personnes assistèrent à la montée des eaux dans ce qui allait devenir le lac Celilo, qui réduisit rapidement au silence les chutes, submergeant les plateformes de pêche et le village de Celilo, marquant la fin de l'âge d'or de ses habitants. Une petite communauté amérindienne vit toujours dans le nouveau village de Celilo, sur un escarpement qui dominait les chutes.

Celilo Falls conserve une grande importance culturelle pour les peuples amérindiens de la région. Ted Strong, de la Commission intertribale des pêches, indiqua ainsi un jour à un historien « Si vous êtes un Indien et que vous pensez, vous pouvez encore voir tous les détails des chutes. Si vous écoutez, vous pouvez encore entendre leur rugissement. Si vous respirez, les parfums de la brume, l'eau et les poissons reviennent. »[19] En 2007, trois mille personnes se réunirent au village Celilo pour commémorer le 50e anniversaire de l'inondation des chutes[21].

L'artiste et architecte Maya Lin travaille sur une œuvre d'interprétation à Celilo pour le Confluence Project, programmé être achevé en 2009[22],[23].

Source[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 52
  2. a, b et c (en) James P. Ronda, Lewis & Clark among the Indians, Lincoln, Nebraska, University of Nebraska Press,‎ 1984 (lire en ligne)
  3. a et b « World Waterfall database » (consulté le 2008-02-01)
  4. (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 80
  5. (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 154
  6. (en) George Rohrbacher, « Talk of the Past: The salmon fisheries of Celilo Falls », Common-Place,‎ January 2006 (lire en ligne)
  7. World Waterfall Database
  8. (en) Katrine Barber, Ed. William G. Robbins, Narrative Fractures and Fractured Narratives: Celilo Falls in the Columbia Gorge Discovery Center and the Yakama Nation Cultural Heritage Center, Corvallis, Oregon, Oregon State University Press
  9. Center for Columbia River History, « Oregon's Oldest Town: 11,000 Years of Occupation » (consulté le 2008-02-01)
  10. (en) L.S. Cressman et al., « Cultural Sequences at the Dalles, Oregon: A Contribution to Pacific Northwest Prehistory », Transactions of the American Philosophical Society, vol. 50, no 10,‎ 1960, p. 1-108 (lien DOI?).
  11. (en) Emily Alpert, « Remembering Celilo Falls », The Dalles Chronicle,‎ 10 July 2006 (lire en ligne)
  12. Waiilatpu Mission Resource Education Guide. Whitman Mission National Historic Site. 2004-11-14. Retrieved 2008-02-01.
  13. J. B. Tyrell, ed., David Thompson: Narrative of his Explorations in Western America, 1784-1812 (Toronto, 1916, 496-97; "Address of Joseph Nathan Teal, The Dalles-Celilo Celebration, Big Eddy, Oregon (May 5, 1915," Oregon Historical quarterly, 16 (Fall 1916), 107-8. (As quoted in The Columbia River's fate in the twentieth century)
  14. (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 204
  15. (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 284
  16. « Treaty with the Yakama, 1855 » (consulté le 2008-02-01)
  17. « Treaty of Wasco, Columbia River, Oregon Territory with the Taih, Wyam, Tenino, & Dock-Spus Bands of the Walla-Walla, and the Dalles, Ki-Gal-Twal-La, and the Dog River Bands of the Wasco » (consulté le 2008-02-01)
  18. « Treaty with the Walla Walla, Cayuse and Umatilla, 1855 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2008-02-01
  19. a et b (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 378
  20. (en) William Dietrich, Northwest Passage: The Great Columbia River, Seattle, WA, University of Washington Press,‎ 1995, p. 376
  21. (en) Jonathan Modie, « The Celilo Legacy commemoration brought together the tribes of the lower Columbia River and others to remember Celilo Falls, bringing a mix of sadness and nostalgia », sur Wana Chinook Tymoo (consulté le 1er février 2008)
  22. (en) Timothy Egan, « Looking Backward and Ahead at Continent's End », New York Times,‎ 4 August 2003 (lire en ligne)
  23. « Confluence Project: Celilo Park » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2008-02-01