Christopher McCandless

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Christopher Johnson McCandless

Alias
Alexander Supertramp
Naissance 12 février 1968
El Segundo, États-Unis
Décès 18 août 1992 (à 24 ans)
Piste Stampede, États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
Pays de résidence Drapeau des États-Unis États-Unis
Formation
Famille
Walt McCandless et Wilhelmina "Billie" McCandless

Christopher Johnson McCandless dit « Alexander Supertramp » (né le 12 février 1968 à El Segundo en Californie – mort le 18 août 1992 sur la piste Stampede en Alaska) est un aventurier américain, qui a fait l'objet du récit biographique Voyage au bout de la solitude (Into the Wild) de Jon Krakauer adapté au cinéma en 2007 par Sean Penn sous le titre Into the Wild (Vers l’inconnu au Québec).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Christopher McCandless est le fils de Walt McCandless (né en 1936) et de Wilhelmina Johnson (née en 1945). Son père est né à Greeley, dans le Colorado et devient ingénieur en physique ; d’un premier mariage, il a quatre enfants, puis se remarie en 1967. Deux enfants (Christopher et Carine) naissent de ce second mariage. Il s’installe à Annandale en Virginie, dans la baie de Chesapeake.

D’après Jon Krakauer, la personnalité de Chris McCandless était particulièrement complexe : il avait un sens aigu de son domaine privé, mais pouvait se montrer convivial ou extrêmement sociable ; il mesurait également les gens à l’aide d’un code moral particulièrement rigoureux. Ses relations avec ses parents se détériorèrent le jour où il apprit les circonstances de leur mariage. En effet, Walt ne se sépara de sa première femme qu'après avoir eu un autre fils (Quinn McCandless) peu après la naissance de Chris. Suite à cette naissance, Walt divorça tout en dédaignant ce fils et se maria ensuite avec Wilhelmina. Ce qui explique la colère de Chris. Son esprit se tournait vers l'idéalisme et le panthéisme. Rejetant la société moderne de consommation, il avait un certain dégoût de l'être humain qui le poussa à s'isoler. Jeune, il dévorait les livres de Henry David Thoreau, d'Emerson, de Jack London ainsi que ceux de Leon Tolstoï et partageait les idées philosophiques de ces auteurs.

En 1986, Chris McCandless obtient son diplôme du lycée Woodson. À cette époque, il part pendant plusieurs semaines vers l’Arizona, via la Virginie et le Texas. Il entre ensuite à l'Université Emory.

Il obtient son diplôme universitaire en 1990 et quitte sa famille peu après.

Personnalité de Chris McCandless[modifier | modifier le code]

Selon ses parents, Chris avait toujours été un être motivé, un gagnant qui ne supportait pas d'abandonner un projet qui lui tenait à cœur. Il avait donc une volonté de fer, résistant à beaucoup d'épreuves. Têtu, il n'écoutait guère les remarques de ses proches qui soulignaient fréquemment son égocentrisme.

Quand Christopher avait douze ans, son père et lui allèrent marcher dans les montagnes lors d'une de leurs habituelles randonnées d'été. Lorsqu'ils arrivèrent aux 3 000 mètres qui les séparaient de la vallée, tous deux remarquèrent que la suite du chemin vers le sommet était dangereuse et escarpée. Walt décida alors qu'il était temps de redescendre, mais Chris ne voulait pas et protesta. Il voulait continuer et marcher jusqu'en haut de la montagne. Son père finit par le faire descendre. « S'il avait eu 14 ou 15 ans, il aurait tout simplement continué sans moi, explique Walt. Tout petit déjà, Chris était intrépide. Il ne croyait pas que le danger le concernait, on était toujours obligé de le retenir par la chemise. »[1]

Chris était en effet un grand sportif, troisième meilleur coureur de son État et de sa catégorie. Il adorait la course à pied, participant à des cross et s'entraînant souvent. Ainsi devient-il l'entraîneur de l'équipe de cross country au lycée. Ses camarades se souviennent sûrement encore des rudes entraînements que Chris leur faisait subir. Il les égarait dans des rues inconnues et des quartiers peu fréquentables pour que, quand ils retrouvent le chemin, ils se donnent à fond. Il était rusé et intelligent et s'en servait, pensant que la seule façon d'atteindre un but était le mental, l'esprit et la volonté.

Les aspirations de Chris pour la vie sauvage lui ont été inspirées par son grand-père, vivant à la campagne. Ils s'adoraient et ne pouvaient se séparer.

Quand il arriva à l'université, où il eut d'ailleurs d'excellentes notes, il ne se liait pas d'amitié avec les autres étudiants, rejetait souvent ses anciens camarades et ne participait pas aux activités extra-scolaires de son université. Chris ne recevait pas beaucoup et ne sortait que très rarement de sa petite chambre minimaliste. Il préférait trouver le bonheur dans les livres de Thoreau, Tolstoï ou encore Jack London.

« Il était inévitable que Chris parte, raconte sa sœur. Personne n'aurait pu l'en empêcher. »[2] Après la remise des diplômes et l'anniversaire de son père, Chris partit. Il n'écrivit pas à sa famille, ne lui téléphona pas et ne la prévint pas de ce voyage qu'il considérait comme l'aboutissement de quatre années de travail stupide.

« Je ne me suis pas sentie froissée qu'il ne m'écrive pas, confie sa sœur Carine. Je savais qu'il était heureux et faisait ce qui lui plaisait ; je comprenais qu'il était important pour lui de voir jusqu'à quel point il pouvait être indépendant. »[3]

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Christopher McCandless quitte Atlanta en juillet 1990. Ses pérégrinations le mèneront tout au long du sud des États-Unis, à travers la Géorgie, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, l'Arizona, la Californie, l'Oregon, le Montana puis, via le Canada (Colombie-Britannique et Yukon), l'Alaska.

Detrital Wash[modifier | modifier le code]

Detrital Wash est une rivière qui coule en Arizona ; elle prend sa source dans les montagnes qui se trouvent au nord de Kingman et se jette dans le fleuve Colorado, en face du lac Mead, proche de Las Vegas. Pendant l’été, la convection peut provoquer des orages transformant le lit asséché de la rivière en torrent boueux.

Chris McCandless atteint Detrital Wash le 6 juillet 1990. Il gare sa voiture au fond du lit asséché de la rivière mais se trouve brusquement chassé par un orage, qui lui laisse juste le temps de se réfugier sur les berges, tandis que la voiture est noyée par l’eau. Il abandonne le véhicule et poursuit sa route à pied.

La voiture fut découverte trois mois plus tard par un botaniste, qui en fit don à l’État. Six ans après, elle était encore utilisée[4].

Californie et Pacifique[modifier | modifier le code]

Chris McCandless quitte Detrital Wash le 10 juillet 1990 et se rend dans la Sierra Nevada, où il travaille dans un ranch avant de partir pour Arcata (Californie). Il remonte la côte du Pacifique en direction de l’Oregon. Le 10 août, il reçoit une amende pour avoir fait de l’auto-stop près de Willow Creek : par inadvertance, il donne l’adresse de ses parents, qui reçurent l’amende non payée à la fin du mois.

Chris McCandless redescend ensuite vers l’Arizona et parvient, le 28 octobre 1990, à Topock. Il explore la région de la rivière Colorado et entre au Mexique ; arrêté tandis qu’il tente de rentrer aux États-Unis sans papiers d’identité, il passe une nuit en prison le 18 janvier 1991. Le 3 février 1991, il arrive à Los Angeles pour obtenir une nouvelle carte d’identité. Pendant plusieurs semaines, il vit dans les rues avec les clochards, les vagabonds et les ivrognes. En mai 1991, il s’installe à Bullhead City, où il trouve un emploi comme serveur chez Mc Donald's, qu’il quitte cependant au bout de trois semaines.

Il arrive plus tard au bord de la Salton Sea, océan miniature situé au sud de Las Vegas et créé par un accident technique survenu au cours des années 1900[5]. Il y vécut pendant plusieurs semaines au milieu des vagabonds, puis quitta la région pour San Diego puis pour l’Alaska.

Dakota et Alaska[modifier | modifier le code]

En mars 1992, Chris McCandless arrive au Dakota du Sud, à Carthage, où il travaille dans un ranch afin de faire des économies et de partir en Alaska.

Il quitte le Dakota du Sud le 15 avril 1992 et arrive en Alaska 6 jours plus tard. Il est alors pris en auto-stop par Gaylord Stuckey, qui l’emmène à Fairbanks où ils arrivent le 25 avril. Chris McCandless part alors vers le sud, en direction de la piste Stampede où il arrive deux jours plus tard.

La piste Stampede et la fin de son aventure spirituelle[modifier | modifier le code]

La piste Stampede a été tracée dans les années 1930 par un mineur nommé Earl Pilgrim et conduit à des concessions d’antimoine, situées à 60 km de la ville de Healy. La piste subsiste toujours, malgré l’abandon de la mine ; elle est exclue du parc national Denali et traverse la rivière Teklanika. En 1961, elle fut partiellement transformée en route : la compagnie Yukan, chargée de réaliser les travaux, acquit alors trois vieux autobus hors d’usage qu’elle transforma en logement sommaire ; lorsque les travaux furent arrêtés, deux des autobus furent rapatriés mais l’un d’eux demeura sur place, à 40 km à l’ouest de Healy (63° 52′ 06.25″ N 149° 46′ 09.55″ O / 63.8684028, -149.7693194 ()).

La rivière Toklat qui passe près de la piste et du lieu où se trouve le bus de McCandless

C’est dans cet autobus que Chris McCandless s’installe le 1er mai 1992 ; il y passe près de quatre mois, les derniers jours de sa vie (112 jours de survie dans une nature sauvage), se nourrissant essentiellement, outre de petits animaux qu'il chassait à la carabine, de racines de pomme de terre sauvage.

Le 6 septembre 1992, Ken Thompson, Gordon Samuel et Ferdie Swanson se rendent à l’autobus pour chasser l’élan ; ils y rencontrent un jeune couple qui, alerté par l’odeur et un message de détresse manuscrit, se tenait à quelques mètres de l’autobus, effrayé. Passant la tête par une fenêtre cassée, Gordon Samuel aperçoit un sac de couchage d’où dépasse la tête de Chris McCandless, mort.

L'hypothèse reprise par le film de Sean Penn est que McCandless aurait consommé par erreur, au lieu des graines de pomme de terre sauvage (Hedysarum alpinum), les graines d'une plante très proche (Hedysarum mackenzii), toxiques, qui l’auraient empoisonné au point de ne plus pouvoir digérer la nourriture. Cette hypothèse est remise en cause par Jon Krakauer et Ron Lamothe ainsi que par les conclusions de l'autopsie pratiquée à Anchorage. L'explication de Jon Krakauer est que les graines étaient contaminées par une moisissure toxique. Ron Lamothe remet également en cause cette hypothèse, et considère que la dégradation de l'état sanitaire de Chris McCandless par insuffisance alimentaire permet simplement de parvenir aux conclusions du médecin légiste, qui conclut à un décès par malnutrition deux semaines environ avant la découverte du corps.

Son corps fut incinéré et ses cendres remises à sa famille, le 20 septembre 1992.

Controverses[modifier | modifier le code]

La sortie simultanée, en 2007, d'un film de fiction et d'un documentaire consacrés au voyage de Chris McCandless (Into the Wild, de Sean Penn et Call of the Wild, de Ron Lamothe) a permis de mettre en lumière le décalage entre l'histoire racontée par Jon Krakauer dans son ouvrage – histoire dont s'est directement inspiré Sean Penn – et la réalité factuelle.

Il est ainsi apparu que, contrairement à ce que laisse entendre l'acteur et réalisateur américain, McCandless n'a jamais détruit ses pièces d'identité. Son portefeuille, intact, a en effet été retrouvé dans son sac à dos, qui fut découvert dans le bus de la piste Stampede par Will Forsberg, un trappeur habitant la région. Le portefeuille contenait la carte de sécurité sociale de McCandless (alors que Penn montre McCandless détruisant cette carte au début de son film), ainsi que son certificat de naissance, son permis de conduire, des cartes de bibliothèques, une inscription sur les listes électorales et une carte de santé émise dans le Nevada. Il contenait également 300 US$. Ces éléments, sur lesquels Krakauer insiste peu et que Penn choisit d'ignorer, jettent une lumière différente sur l'aventure de McCandless : on peut en effet prudemment en déduire qu'il avait bien l'intention de retourner à la civilisation au terme de son séjour en pleine nature. Malgré tout, dans la dernière édition de son livre, Krakauer développe largement l'idée du retour de McCandless, comparant son aventure extrême à sa propre expérience de jeune homme, réalisant au péril de sa vie l'ascension du mont Devils Thumb, en Alaska également. Certains estiment néanmoins qu'il a forcé le trait en faisant de McCandless un héros romantique en rupture complète avec la société. Penn, quant à lui, peut se défendre en indiquant qu'il a fait œuvre de fiction en s'inspirant d'une histoire vraie. La fin du film montre McCandless tentant de rentrer et empêché par les crues. Sean Penn le laisse rêver de retrouvailles familiales dans son agonie.

Dans la dernière édition de son livre, Krakauer a également suggéré qu'en fait, McCandless aurait pu être intoxiqué par des semences de pomme de terre sauvage contenant un alcaloïde (la swainsonine), fait ignoré par la science à l'époque de la mort de McCandless et encore non prouvé aujourd'hui. Cette thèse est également démontée par Ron Lamothe dans son documentaire Call of the Wild. Les causes réelles de la mort de Chris McCandless demeurent donc mystérieuses car comme l'indique son journal, il put trouver du gibier dans ses derniers jours, rendant spécieuse l'hypothèse de la dénutrition. Ron Lamothe semble lui convaincu que McCandless est réellement mort de faim, et qu'il était peut-être également affaibli par une blessure, probablement à l'épaule[6].

Loin du point de vue idéaliste et romantique de beaucoup de lecteurs de Krakauer, certains habitants de l’Alaska portent un jugement très sévère sur cette aventure. Ainsi, un garde forestier du Parc national de Denali, Peter Christian[7], souligne que McCandless était très insuffisamment préparé et ne possédait même pas une carte de la région ; il estime qu’il s’agit d’un véritable « suicide ». Le jeune homme ne savait pas qu’il existait un bac manuel en fonction sur la rivière, à quelques centaines de mètres de la piste Stampede, ainsi que quatre abris contenant vivres et couvertures dans un rayon d'une dizaine de kilomètres (bien que trois au moins aient été vandalisés durant l'été et soient ainsi devenus inutilisables).

Judith Kleinfeld, dans un article publié dans l'Anchorage Daily News, rapporte que « beaucoup d’habitants de l’Alaska ont réagi avec colère devant cette stupidité. Il faut être un idiot complet, disent-ils, pour mourir de faim en été à 30 km seulement de la route du parc ». Jon Krakauer souligne finalement que Chris McCandless était parfaitement conscient des risques qu'il prenait, et que ces risques, comme son équipement minimal, étaient même souhaités. Il recherchait la difficulté, mais il s'est finalement heurté à son manque de préparation. Une carte topographique de la région l'aurait probablement sauvé, mais ne correspondait pas à l'aventure qu'il voulait vivre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voyage au bout de la solitude (Into the Wild) de Jon Krakauer : page 136 de l'édition francophone.
  2. (fr) - « Into the wild », "Kapoune" (consulté le 28 octobre 2008)
  3. Voyage au bout de la solitude : page 156.
  4. Voyage au bout de la solitude : page 42.
  5. un canal du Colorado, ayant rompu ses digues, se déversa pendant plusieurs mois dans la plaine Salton, noyant fermes et habitation : l’eau noya ainsi 1 000 kilomètres carrés de désert et créa une mer intérieure
  6. ::: Terra Incognita films :::
  7. Témoignage de Peter Christian (en)