Christophe Moyreau

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Christophe Moyreau est un organiste, claveciniste et compositeur français actif à Orléans au XVIIIe siècle. Né le 6 avril 1700 sur la paroisse Saint-Paul, il est mort le 11 mai 1774 sur celle de Saint-Pierre-Lentin (près de la cathédrale).

Biographie[modifier | modifier le code]

On connaît assez peu de détails sur la vie de ce musicien. Sa famille était sans doute établie de longue date à Orléans. À sa naissance, son père, Jacques, était maître cordonnier. Un de ses oncles, prénommé Christophe également, était maître vinaigrier (cf. le mariage de ce dernier, paroisse Saint-Paterne, 1er juillet 1686 et celui de Marcou Crespion, Saint-Paul, 3 août 1726). On sait que le commerce du vinaigre était florissant à Orléans. Rien ne permet d'affirmer que le compositeur ait été en famille avec le graveur Jean Moyreau, né toutefois sur la paroisse Saint-Paul en 1690 (et mort à Paris en 1762). Le jeune musicien a peut-être été formé à la cathédrale Sainte-Croix de sa ville natale, initialement comme " enfant de chœur " (enfants chantant la partie aiguë dans le chœur, essentiellement composé de choristes professionnels, tous des hommes). Le grand orgue y était tenu par des membres de la dynastie des Colesse. Moyreau deviendra l'organiste de cette cathédrale, de la fin de l'année 1737 jusque vers 1772, avant de céder la place à Jean-Maurice Daubet (ou Dobet)[1]. Dès l'âge de 19 ans, Moyreau avait débuté sa carrière en tenant l'orgue de la collégiale Saint-Aignan, pendant une assez longue période également (24 février 1719-13 décembre 1737).

Comme beaucoup de ses collègues organistes, il était également claveciniste, en ville. On sait aussi qu'en 1762, au moins, il jouait de cet instrument dans l'orchestre de l'Académie de musique d'Orléans, société de concerts publics que le compositeur François Giroust (avant tout maître de musique de la cathédrale) avait fait renaître de 1757 à 1765. Les Académies de musique de l'époque peuvent également être considérées comme des ancêtres des conservatoires. Moyreau y assurait donc peut-être des fonctions d'enseignement[2].

En 1726, il épousa Jeanne Patenotre (décédée en 1746). Ensemble ils eurent onze enfants. Un seul survécut à son père, Sylvain-Marie, architecte du comte d'Artois (le futur roi Charles X). L'épouse de Christophe Moyreau possédait une maison, à Donnery, village situé à une vingtaine de kilomètres à l'est d'Orléans. Elle la louait à un vigneron et la vendit à une nièce en 1737. À Orléans, Moyreau acheta en 1752, " tant pour lui, que pour ses trois enfants mineurs ", une maison située rue du Bourg-Neuf, près des remparts, dans l'étendue de la directe (la censive) du chapitre de Sainte-Croix. Il y vécut jusqu'en 1773 et y cultiva des orangers, qu'il revendit dès 1759.

Œuvre[modifier | modifier le code]

La production connue de Christophe Moyreau consiste surtout en 6 livres de Pièces de clavecin (6 " Oeuvres ") tous parus en 1753, rassemblant chacun entre 18 et 33 pièces : il s’agit donc probablement d’une compilation de pièces composées au cours d’une assez longue période. Les formes adoptées sont très variées par rapport à la production française de l'époque : suites avec airs de danse ou pièces de caractère aux noms évocateurs, concertos, sonates, symphonies et ouvertures.

Dans le Livre I, pp. 16–17, La Guépine et L'Orléanais font le portrait d'une femme, puis d'un homme, citoyens d'Orléans (les habitants de la ville s'appelaient souvent eux-mêmes des " Guépins "). La pièce de clavecin intitulée Préparation du Voyage de Donery et les trois suivantes (Livre III, pp. 10–12) font référence à la propriété évoquée plus haut.

Le Livre V comporte la pièce la plus jouée jusqu'à présent (pour son côté descriptif anecdotique), Les Cloches d’Orléans (pièce pour clavecin que l'on peut également " toucher " sur l'orgue). Le Livre VI, cas unique dans la musique française de clavecin, est constitué de symphonies en 3 mouvements dans le style italien.

Gravés par Mlle Vandôme et publiés à Paris, ces livres de clavecin sont tous dédiés au nouveau duc Louis-Philippe d'Orléans, dit " le Gros " (1725-1752-1785), amateur des sciences et des arts. Le prince succédait à son père, Louis d'Orléans, doté d'une personnalité qui l'avait poussé à s'intéresser aussi peu au " monde " profane qu'à la musique. C'est probablement ce décès qui détermina Moyreau à recueillir des pièces composées au cours de sa carrière et à les publier. On peut ainsi envisager de faire remonter la date de composition de certaines d'entre elles jusqu'aux alentours de 1723, date de la mort du régent Philippe d'Orléans, connu pour avoir été grand amateur de musique (et compositeur), contrairement à son fils : une Académie existait alors à Orléans (de 1721-1722 à 1730), stimulant la création musicale dans la ville - et donc peut-être déjà celle du jeune musicien, conscient de son talent mais malheureusement privé du soutien ducal.

Un seul exemplaire des premier et second livres a été conservé (BnF). Les livres III à VI l'ont été en deux exemplaires (BnF, Médiathèque d'Orléans). Les cinq premiers livres ont fait l'objet d'une réimpression en 1982 (Genève, Minkoff). Un second fac-similé (éd. J.H. van Krevelen, Musica repartita, Utrecht) a vu le jour en 1988-1990, aux Pays-Bas (les six livres).

Un grand nombre de ces pièces sont d’excellente qualité et d’inspiration originale : elles peuvent se mesurer à celles de contemporains plus connus, tels Corrette, Duphly ou Balbastre.

Le compositeur écrivit dans sa dédicace : " Ce premier Livre de Pieces de Clavecin [est le] fruit de mes recherches et de mon Experience dans la Musique ".

Moyreau a publié un Petit abrégé des principes de musique par demandes et réponses (Paris, Ballard, 1753), actuellement conservé à la Médiathèque d'Orléans, ainsi qu'à la Cornell University of Ithaca et à la Newberry Library of Chicago (USA). Cet ouvrage laisse clairement penser que Moyreau a pu exercer des fonctions de professeur, comme c'était le cas pour la plupart des musiciens d'église à cette époque.

Livre I[modifier | modifier le code]

  • 1. Ouverture (ré mineur)
  • 2. Allemande
  • 3. Gigue
  • 4. Menuet
  • 5. Rondeau
  • 6. La fausse Musette, rondeau
  • 7. La petitte françoise
  • 8. L’Iroquoise, marche
  • 9. La Petitte Follette, mesure de Menuet
  • 10. La Mignone
  • 11. La Guepine, rondeau
  • 12. L’Orléanois, seconde partie, rondeau
  • 13. La Japonoisse, marche
  • 14. La Chinoisse, seconde partie, 2de marche
  • 15. Les Cyclopes forgeants le foudre meurtrier d’Esculape, rondeau
  • 16. Apollon vient les exterminer
  • 17. Concert des Sicilliens delivrez du bruit des Cyclopes
  • 18. Ouverture (ré majeur)
  • 19. Concerto (Allegro – Grave – Allegro assai)
  • 20. Ouverture (fa mineur)
  • 21. Allemande (fa majeur)
  • 22. Gigue
  • 23. Menuets
  • 24. La Sensible, rondeau
  • 25. La Galanterie, rondeau
  • 26. L’Espion
  • 27. La Dupe, 2e partie
  • 28. Le Filou, 3e partie
  • 29. La Doucereusse
  • 30. La Jalouse
  • 31. L’Animée
  • 32. Ouverture (fa majeur)
  • 33. Sonata (Adagio – Allegro – Largo – Allegro assai)

Livre II[modifier | modifier le code]

  • 1. Ouverture (la majeur)
  • 2. Allemande
  • 3. Courante
  • 4. Gigue
  • 5. Menuet
  • 6. La Marianne
  • 7. Les Epineusse, rondeau
  • 8. Rondeau, 2e partie
  • 9. La Canadienne, marche
  • 10. La Jeunette
  • 11. L’Enbarassante, rondeau
  • 12. La Plaisante
  • 13. L’Agissante
  • 14. La Bourruë
  • 15. La Preludante
  • 16. L’Italienne
  • 17. Le tour italien
  • 18. L’interrompuë
  • 19. Ouverture (la mineur)
  • 20. Sonate (Adagio – Allegro – Grave – Presto)
  • 21. Le Purgatoire (Cette Pièce se peut toucher sur l’Orgue.)

Livre III[modifier | modifier le code]

  • 1. Ouverture (do majeur)
  • 2. Allemande
  • 3. Courante
  • 4. Gigue
  • 5. Menuets
  • 6. Les Nones
  • 7. Préparation du Voyage de Donery
  • 8. Marche
  • 9. La Tristesse
  • 10. Le Retour
  • 11. La Joie marquée par la Danse, menuets
  • 12. Tambourins, le Gaigne-pain des Voyageurs, menuets
  • 13. Rigaudons
  • 14. La Flotante, rondeau
  • 15. La Baccante
  • 16. Le Jaloux, rondeau
  • 17. La Coquette
  • 18. Le Préludant
  • 19. L’Euridice
  • 20. La Comique
  • 21. L’Orphée
  • 22. Le Caprice
  • 23. Ouverture (do mineur)
  • 24. Concerto (Allegro – Adagio – Allegro)

Livre IV[modifier | modifier le code]

  • 1. Ouverture (sol mineur)
  • 2. Allemande
  • 3. Courante
  • 4. Seconde Courante
  • 5. Sarabande
  • 6. Gigue
  • 7. Le Nouveau, rigaudon
  • 8. La Mode, menuet
  • 9. L’Insensé
  • 10. La Discorde
  • 11. L’Étourdi
  • 12. Le Pégase, rondeau
  • 13. L’Holandoise
  • 14. Les Papillons
  • 15. Le Momus, rondeau
  • 16. La Loire
  • 17. Ouverture (sol majeur)
  • 18. Sonate (Adagio – Allegro – Adagio – Allegro assai)

Livre V[modifier | modifier le code]

  • 1. Ouverture (mi mineur)
  • 2. Allemande
  • 3. Courante
  • 4. Sarabande
  • 5. Gigua
  • 6. Rigaudon
  • 7. Le Fagotto
  • 8. 2d Rigaudon
  • 9. Menuets
  • 10. La petitte Riante
  • 11. La Parissienne
  • 12. Le Croustilleux
  • 13. Le Pandoure, rondeau
  • 14. Le Prussien, rondeau
  • 15. L’azem-Beba Carmagniole
  • 16. Euphrosine
  • 17. Talië
  • 18. Aglaée
  • 19. Ballet des Graces, menuets
  • 20. L’Organisée
  • 21. Les Cloches d’Orléans, Pièce pour l’Orgue et le Clavecin
  • 22. Ouverture (mi majeur)
  • 23. Concerto (Allegro – Adagio – Allegro)
  • 24. Sonate (Allegro – Adagio – Vivace)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur les Dobet, cf. CAILLOU (François), GRANGER (Sylvie), MAILLARD (Christophe), etc., Deux générations de musiciens au XVIIIe siècle : la famille Dobet de Chartres à Châteaudun, 1713-1829, Revue historique, 2012/2 (n° 662), PUF, pp. 391-419.
  2. De 1721-1722 à 1730, le maître de musique de la cathédrale, le compositeur Louis Homet, avait fait renaître une première fois cette Académie. On ignore si Moyreau en était membre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • HÉAU (Gérard), Christophe Moyreau musicien d’Orléans (1700-1774) et sa famille, Dactylographié, [Donnery], 1984, 12 p. (la première recherche globale et concluante sur Moyreau ; surtout remarquable du point de vue de la recherche généalogique).
  • TURELLIER (François), Christophe Moyreau (1700-1774) : organiste, claveciniste et compositeur orléanais, Bulletin de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais, Nouvelle série, T. XIX, N° 161, décembre 2009, pp. 5-39 (Errata dans : BSAHO, Nouvelle série, T. XX, N° 163, 1er semestre 2010, p. 134).
  • TURELLIER (François), Les orgues et les organistes de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans. Leur place à l’église et dans la ville, des origines jusqu’aux travaux d’Aristide Cavaillé-Coll, in : "L’Orgue", Revue trimestrielle publiée par l’Association des Amis de l’Orgue en coédition avec Symétrie, N° 291, Versailles, Lyon, 2010-III, pp. 3-33.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • « L’orgue sous la Révolution » - André Isoir - Calliope
  • La Suite en Ré Mineur dans « French Harpsichord Music of the 18th Century » - Linda Kobler (clavecin) - MHS
  • « Moyreau Pièces de Clavecin 1753 » - Douglas Hollick (clavecin et orgue) - Riverrun Records
  • Sélection de pièces du Livre I dans « Compositeurs de l’ombre au Siècle des Lumières » - Catherine Zimmer (clavecin) - Coriolan

Partitions gratuites[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

École française de clavecin