Christa Wolf

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Christa Wolf

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Christa Wolf en octobre 1989.

Nom de naissance Christa Ihlenfeld
Naissance 18 mars 1929
Landsberg an der Warthe
Décès 1er décembre 2011 (à 82 ans)
Berlin
Langue d'écriture Allemand
Genres roman

Œuvres principales

Le ciel partagé, Ce qui reste, Christa T., Médée, Voix (1996)

Christa Wolf, née Christa Ihlenfeld le 18 mars 1929 à Landsberg an der Warthe alors en Allemagne (depuis Gorzów Wielkopolski) et décédée le 1er décembre 2011 à Berlin[1], est une romancière et essayiste allemande.

C'est l'écrivain le plus célèbre de l'ex-République démocratique allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

À l'instar de Günter Grass, Christa Ihlenfeld naît dans une famille de commerçants en Poméranie, ancienne région de l'Empire prusse et située aujourd'hui en Pologne. En 1945, sa famille est déplacée par l'Armée rouge vers l'ouest, comme des milliers d'Allemands implantés à l'est. Wolf et ses parents s'installent dans la région du Mecklembourg. Dans un premier temps, elle travaille en tant qu'aide littéraire. Elle obtient son baccalauréat en 1949. Cette même année, alors qu'est fondée la République démocratique d'Allemagne, elle adhère au SED, le Parti de l'unité socialiste et en reste membre jusqu'à sa dissolution, en 1989. Elle fait des études de germanistique à Iéna puis Leipzig. Elle se marie en 1951 avec l'écrivain Gerhard Wolf auquel elle emprunte le patronyme et avec qui elle a une fille, Annette, née un an plus tard.

Elle travaille en tant que collaboratrice scientifique de l'Union des Écrivains de RDA et comme lectrice de différentes maisons d'édition ainsi que rédactrice de la revue Nouvelle littérature allemande (Neue Deutsche Literatur). De 1955 à 1977, elle est membre du comité directeur de l'Union des Écrivains de la RDA.

Quatre ans après la naissance de son premier enfant, sa deuxième fille Katrin voit le jour. À partir de 1962, elle fait de l'écriture son métier. Elle commence par rédiger des lettres et des journaux intimes. Elle publie son premier roman, Le Ciel partagé en 1963 qui obtient un immense succès en RDA et est apprécié du gouvernement communiste[2]. Il est adapté au cinéma par Konrad Wolf l'année suivante.

Wolf vit à Kleinmachnow près de Berlin entre 1962 et 1976 pour s'installer à Berlin même en 1976.

Durant le 11e plénum du parti communiste en 1965, elle critique la politique culturelle de l’État est-allemand et subit la disgrâce du régime[2].

En 1972, elle entreprend un voyage à Paris et devient en 1984 membre de l'Académie européenne des sciences et des arts. Deux ans plus tard, elle adhère à l'Académie libre des arts à Hambourg (Freien Akademie der Künste).

En 1976, elle exprime son mécontentement face à l'expulsion du poète Wolf Biermann[2].

Christa Wolf entreprend de nombreux voyages de lectures, en Suède, en Finlande, en France et aux États-Unis[2].

En 1989, elle ne comprend pas immédiatement l'ampleur des manifestations parties de Leipzig contre Erich Honecker et s'oppose, après la chute du mur de Berlin, à la Réunification allemande, souhaitant maintenir, au côté de la RFA, une République allemande « humaine et véritablement démocratique »[2].

En 1993, une polémique éclate à la suite de la publication de dossiers secrets de l'ex-RDA révélant une proximité de l'écrivain avec la Stasi qu'elle renseigna, de 1959 à 1963, sous le nom de code « IM Margarethe »[2],[3],[4]. L'auteur se dit choquée mais avoue, dans une interview accordée la même année au Berliner Zeitung, avoir été une « collaboratrice informelle » et « forcée » du ministère de la sûreté de l'État de la RDA, sans avoir toutefois voulue nuire à quiconque et rappelant qu'elle fut aussi mise sous surveillance avec sa famille[2].

Elle décède le 1er décembre 2011 à Berlin où elle était établie depuis plusieurs années. Elle repose au cimetière de Dorotheenstadt[5].

Réception critique[modifier | modifier le code]

Après la Réunification allemande ses œuvres donnent lieu à certaines controverses qu'accompagnent des révélations de collaboration occasionnelle avec la Stasi. La critique de l'Allemagne occidentale reproche à l’écrivain son ambivalence face à la RDA et le fait de n'avoir jamais critiqué trop sévèrement l’autoritarisme du régime communiste, contrairement à Frank Schirrmacher[2]. D'autres parlent d'œuvres pompeuses, pétries de pathos et de « moralisme »[2]. À l'inverse, ses défenseurs reconnaissent l’importance de Wolf comme voix artistique majeure et caractéristique de l’Allemagne orientale[6]. En publiant une monographie sur les premiers romans de Wolf, accompagnée d'essais sur ses ouvrages plus récents, Fausto Cercignani favorise la prise de conscience de l'ampleur de la production narrative de l'écrivain, abstraction faite de ses mésaventures politiques et personnelles. L’emphase de Cercignani qui analyse l’héroïsme des femmes représentées par Wolf facilite la naissance d’autres études critiques et universitaires sur les aspects proprement littéraires des romans de l'auteur[7].

Dans ses œuvres, marquées par un jeu sur la temporalité et les voix narratives, Wolf fait en filigrane part de son engagement féministe et de ses préoccupations politique et sociale. Elle utilise plusieurs détours afin de représenter l'Allemagne de l'Est et ses zones d'ombre. Avec Le Ciel partagé (1963), elle évoque la vie d'une étudiante en usine et la séparation d'un couple provoquée par la construction du mur de Berlin. Christa T. (1968) narre le triste sort d'une auteur emportée par une leucémie ; maladie qui métaphorise les dysfonctionnements du régime communiste, pétrifié et amené à disparaître. Aucun lieu. Nulle part (1979) marque le divorce officiel de la romancière avec le gouvernement est-allemand et exprime sa désillusion politique[2]. Avec Trame d'enfance (1987), elle revient sur le souvenir de son déplacement vers l'ouest et sa rencontre avec un ancien prisonnier des camps de concentration et rescapé d'une marche forcée qui provoque une prise de conscience douloureuse des horreurs du nazisme. Dans Incident nucléaire (1987), elle fait appel à sa conviction écologiste et interroge, à travers l'évocation de la catastrophe de Tchernobyl, le penchant monstrueux du monde moderne[2]. Wolf se met ensuite en scène dans Ce qui reste (1990) pour évoquer une journée ordinaire durant laquelle elle est surveillée par la Stasi.

À partir des années 1980, elle trouve une inspiration nouvelle dans la réinterprétation des mythes antiques et fait référence à l'annonce imminente de la destruction (Cassandre. Les prémices et le récit, 1983) ou à la figure du bouc-émissaire (Médée. Voix, 1996). Dans ce dernier ouvrage, elle reflète sa situation personnelle et fait du personnage de Médée la victime d'une chasse aux sorcières[2].

Dans le recueil Ici même, autre part (2000), elle rappelle les propos de Wolfgang Heise à propos de la RDA qui « était comme chaque État : un instrument de domination. [...] Son idéologie était comme toute idéologie : une conscience fausse. [...] Je sais que j’ai demandé : que devons-nous faire ? Et que nous sommes restés longtemps silencieux jusqu'à ce qu’il dise : rester intègres. »[2].

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Elle compte parmi les femmes de lettres contemporaines de langue allemande les plus importantes. Ses œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues. En 1963, elle obtient le prix Heinrich Mann. En 1964 et 1987, elle est distinguée par le prix national de la RDA (Nationalpreis der DDR).

En 1980, elle reçoit le Prix Georg-Büchner et, en 1983, le Schiller-Gedächtnispreis, ainsi que d'autres distinctions nationales et internationales.

Son ami Günter Grass, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1999, avait proposé dès les années 1970 que le Nobel soit attribué conjointement à un écrivain de l'Allemagne de l'Est et de l'Ouest comme symbole d'une réunification culturelle, suggérant que l'honneur soit aussi attribué à Christa Wolf[8]. Mais cette proposition ne fut jamais prise en compte par l'Académie suédoise[9]. Toutefois, le nom de Christa Wolf a souvent circulé, dans la presse et à Stockholm, comme probable récipiendaire de ce prix[2].

En octobre 2010, pour l'ensemble de ses travaux, elle est couronnée du prix Thomas-Mann nouvellement crée en Allemagne. Cette récompense est attribuée conjointement par la ville de Lübeck (ville natale de Thomas Mann) et l'Académie des Beaux-arts de Munich. Selon le jury, son œuvre « examine les combats, les espoirs et les erreurs de son époque de manière critique et autocritique, par une narration forte et une grande rigueur morale, et aborde des questions aussi fondamentales que le mythe et l'humanité »[10].

Publications[modifier | modifier le code]

en traduction française
  • Le ciel partagé, traduit par Bernard Robert, Editeurs français réunis, 1963.
  • Le ciel divisé, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Stock, 2009.
  • Cassandre. Les prémisses et le récit, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Alinéa, 1985 ; rééd. Stock 1994, 2003.
  • Trame d’enfance, traduit par Ghislain Riccardi, Alinéa, 1987 ; rééd., Stock, 2009.
  • Ce qui reste, traduit par Ghislain Riccardi, Alinéa, 1990 ; rééd. avec d'autres textes, Stock, 2009.
  • Aucun lieu. Nulle part, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Stock, 1994 ; rééd. avec d'autres textes, Stock, 2009.
  • Adieu aux fantômes, traduit par Alain Lance, Fayard, 1996.
  • Médée. Voix, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Fayard, 1997.
  • Ici même, autre part, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Fayard, 2000.
  • Christa T., traduit par Marie-Simone Rollin, Fayard, 2003 ; rééd. avec d'autres textes, Stock, 2009.
  • Le Corps même, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Fayard, 2003.
  • Un jour dans l'année, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Fayard, 2006.
  • Ville des anges ou The Overcoat of Dr Freud, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Le Seuil, 2012.
  • August, traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, Christian Bourgois, 2014.
en allemand
  • Moskauer Novelle, 1961
  • Der geteilte Himmel. Erzählung, 1963
  • Nachdenken über Christa T., 1968 (ISBN 3-630-62032-9)
  • Lesen und Schreiben. Aufsätze und Betrachtungen, 1972
  • Till Eulenspiegel, 1972
  • Unter den Linden. Drei unwahrscheinliche Geschichten, 1974
  • Kindheitsmuster, 1976
  • Kein Ort Nirgends, 1979
  • Fortgesetzter Versuch. Aufsätze, Gespräche, Essays; 1979
  • Geschlechtertausch. Drei Erzählungen, zus. m. Sarah Kirsch und Irmtraud Morgner, 1980
  • Lesen und Schreiben. Neue Sammlung, 1980
  • Kassandra. Erzählung, 1983 (ISBN 3-423-11870-9)
  • Voraussetzungen einer Erzählung: Kassandra. Frankfurter Poetik-Vorlesungen, 1983
  • Die Dimension des Autors. Essays und Aufsätze, Reden und Gespräche. 1959 - 1985, 1986
  • Störfall. Nachrichten eines Tages, 1987
  • Ansprachen, 1988
  • Sommerstück, 1989
  • 'Was bleibt. Erzählung, 1990 (entstanden 1979)
  • Reden im Herbst, 1990
  • Sei gegrüßt und lebe. Eine Freundschaft in Briefen, 1964-1973.
  • Auf dem Weg nach Tabou. Texte 1990-1994, 1994
  • Medea: Stimmen, 1996 (ISBN 3-423-25157-3)
  • Hierzulande Andernorts. Erzählungen und andere Texte 1994-1998, 1999
  • Leibhaftig. Erzählung, 2002 (ISBN 3-630-62064-7)
  • Ein Tag im Jahr. 1960-2000, 2003
  • Mit anderem Blick. Erzählungen 2005

Pièces radiophoniques[modifier | modifier le code]

  • Kein Ort. Nirgends, Gerhard Wolf, WDR 1982
  • Medea Stimmen, Hörpsielfassung

Films[modifier | modifier le code]

  • Der geteilte Himmel. Regie, Konrad Wolf.Livre,Christa et Gerhard Wolf,1964
  • Fräulein Schmetterling. Regie, Kurt Barthel. Livre, Christa et Gerhard Wolf,1966
  • Die Toten bleiben jung. D'après le roman d'Anna Seghers. Regie, Joachim Kunert. Livre, Christa Wolf, Joachim Kunert, Gerhard Helwig, 1968
  • Till Eulenspiegel. Christa et Gerhard Wolf. Regie, Rainer Simon. Livre, Rainer Simon, Jürgen Klauß, 1975

Œuvres d'après l'œuvre de Christa Wolf[modifier | modifier le code]

Michèle Reverdy, compositrice française, a écrit en 2001 un opéra, Médée, livret de Bernard Banoun et Kai Stefan Fritsch d'après le roman de Christa Wolf, créé à l'Opéra de Lyon en 2003 dans une mise en scène de Raoul Ruiz[11].

Michèle Fabien a écrit Cassandre, pièce de théâtre jouée pour la première fois en 1995 par l’Ensemble Théâtral Mobile.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

.UNE VIE, UN OEUVRE France-Culture En ligne, écoutable pendant trois ans & podcastable pendant un an à partir de ce 9 novembre 2013 http://www.franceculture.fr/emission-une-vie-une-oeuvre-christa-wolf-1929-2011-2013-11-09

Références[modifier | modifier le code]

  1. La mort de Christa Wolf sur bibliobs.nouvelobs.com, publié le 2 décembre 2011.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Nathalie Versieux, « Christa Wolf, perte de conscience », Libération,‎ 2 dédembre 2011 (lire en ligne)
  3. (en) Sally McGrane, « Remembering Christa Wolf », The New Yorker,‎ 13 décembre 2011 (lire en ligne)
  4. (de) Tilman Krause, « Christa Wolf – die Leibhaftige von Weltrang », Die Welt,‎ 1er décembre 2011 (lire en ligne)
  5. Volker Braun, « Ein Schutzengelgeschwader », Die Zeit,‎ 15 décembre 2011 (lire en ligne)
  6. Dolores L. Augustine (2004), The Impact of Two Reunification-Era Debates on the East German Sense of Identity. German Studies Review (German Studies Association) 27 (3): 569–571. http://www.jstor.org/stable/4140983. Retrieved 2009-03-07.
  7. Fausto Cercignani, Existenz und Heldentum bei Christa Wolf : « Der geteilte Himmel » und « Kassandra » (Existence et héroïsme chez Christa Wolf : « Le ciel divisé » et « Cassandre »), Würzburg, Königshausen & Neumann, 1988. Pour les essais successifs voir http://en.scientificcommons.org/fausto_cercignani.
  8. Le Magazine littéraire, n° 381, novembre 1999, « Günter Grass du Tambour au prix Nobel », p. 55.
  9. Ibid.
  10. (de)Neue Literaturauszeichnung: Thomas-Mann-Preis für Christa Wolf Nouveau prix de littérature : le prix Thomas-Mann est décerné à Christa Wolf, article de Spiegel-Online sur www.spiegel.de, publié le 5 juillet 2010.
  11. Description de l'enregistrement sur le Site Musique Française Aujourdhui

Liens externes[modifier | modifier le code]