Chrétiens d'Orient

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Les Chrétiens d'Orient (en rouge et violet) à l'époque de la Ire croisade.

L'expression « chrétiens d'Orient » désigne de manière simplificatrice « les chrétiens [...] apparus d'abord au Proche-Orient, puis dans l'est et le sud-est de l'Europe », et qui se sont répandus au fil du temps sur le globe entier[1].

La réalité que l'expression recouvre de nos jours est débattue et la réalité des christianismes d'origine orientale, qui constituent une mosaïque de multiples confessions, n'a pas permis une unanimité typologique et terminologique dans l'usage fait communément de ces appellations. L’expression, en définissant des populations chrétiennes par rapport à la chrétienté latine, présente l'inconvénient d'épouser le point de vue de l’Europe occidentale[2].

L'expression sert ainsi parfois à désigner « au sens le plus large » les chrétiens non-latins, donc surtout orthodoxes[2]. Elle sert plus particulièrement pour définir les chrétiens qui relèvent essentiellement des « Églises orthodoxes orientales » — ou non-chalcédoniennes (Églises des deux et des trois conciles) — mais aussi parfois des « Églises orthodoxes d'Orient » — ou « chalcédoniennes » (Églises des sept conciles) — [3], auxquelles certains auteurs catholiques ajoutent les Églises catholiques orientales[4].

Les chrétiens repris sous ces appellations représentent des minorités plus ou moins importantes présentes en Iran, Turquie, Inde, Pakistan, Indonésie, Éthiopie[2], en Érythrée, en Égypte, en Arménie, en Syrie et au Liban mais aussi à travers leurs diasporas européenne, nord et sud-américaine ou encore australienne[3].

Si au Moyen-Orient, les chrétiens orientaux sont, au début du XXIe siècle, une dizaine de millions qui se répartissent au sein de onze églises[5], les seules églises non-chalcédoniennes, toutes membres du Conseil œcuménique des Églises, rassemblent environ soixante millions de chrétiens.

Les Églises protestantes sont par ailleurs également présentes en Orient, sous de très nombreuses dénominations.

Histoire des chrétiens d'Orient[modifier | modifier le code]

La naissance des communautés chrétiennes en Orient[modifier | modifier le code]

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Concile de Nicée représenté sur une icône.

Le christianisme est né et s'est d'abord développé dans la partie orientale de l'Empire romain[4]. C'est à Antioche, alors capitale de la province romaine de Syrie, que les disciples du Christ auraient pour la première fois reçu le nom de « chrétiens »[6]. Si les débuts du christianisme sont relativement bien connus, il est plus difficile de retracer l'histoire des communautés chrétiennes d'Orient hors de l'Empire. Cependant, il est certain qu'Édesse, capitale du royaume d'Osroène, a été le cœur de la chrétienté de langue araméenne[2]. La première trace de chrétiens à Édesse date de 200. Il semble aussi que l'évangélisation de la Mésopotamie soit partie de cette ville. En Iran, le christianisme se développe sous le règne de l'empereur Shapour Ier au milieu du IIIe siècle, en raison de la déportation en Perse de prisonniers chrétiens d'origine grecque ou araméenne[7]. Toutes ces communautés dépendent du patriarcat d'Antioche. À partir de la fin du IIIe siècle, le christianisme se propage le long du golfe arabo-persique. Quand Constantin se convertit, au début du IVe siècle, les chrétiens d'Orient forment une communauté nombreuse et organisée. Au milieu du VIe siècle, on mentionne l'existence de chrétiens à Ceylan et un évêché dans le Kerala actuel.

Les chrétiens de Mésopotamie se trouvent vite dans une situation délicate. Les affrontements entre les Parthes puis les Perses avec l'Empire romain puis byzantin les coupent souvent du patriarcat d'Antioche. Quand en 391-392, le christianisme devient la religion officielle de l'Empire, l'empereur est considéré comme le protecteur de tous les chrétiens. Les chrétiens vivant dans l'Empire perse sont considérés comme des traîtres potentiels. La répression et les persécutions sont donc très importantes. Ceci explique pourquoi se développe dans cette région, une Église autocéphale qui ne reconnaît aucune autorité extérieure, l'Église apostolique d'Orient, appelée parfois Église nestorienne. Le plus ancien synode de cette Église date de 410. L'évêque de Séleucie-Ctésiphon, capitale de l'empire sassanide est le chef de l'Église d'Orient. Il n'a aucune autorité au-dessus de lui[8]. Le credo est le même que celui de Nicée en 325. La séparation ne se fait donc pas sur des bases religieuses mais sur des considérations liées à la situation géopolitique du Moyen-Orient.

En ce qui concerne, l'Égypte, on sait qu'il y a eu des chrétiens dès le Ier siècle. La tradition chrétienne en fait même une des provinces les plus christianisées à l’avènement de l'empereur Constantin.. La christianisation de l'Éthiopie est mieux connue. Au IVe siècle, deux marchands romains font naufrage en revenant d'Inde. Ils commencent à évangéliser l'Éthiopie. Au milieu du IVe siècle, le roi est christianisé. La Bible est traduite en guèze. L'Éthiopie est le premier pays africain évangélisé, confirmant ainsi la vocation universelle et non attachée à une race ou une civilisation du christianisme. L'Église éthiopienne est rattachée au patriarcat d'Alexandrie mais, étant donné son isolement, elle bénéficie d'une grande autonomie. Elle développe ses propres rites tout en conservant la même doctrine.

Les disputes théologiques[modifier | modifier le code]

Disputatio entre catholiques latins et chrétiens orientaux (1290)

Les disputations théologiques de l'Antiquité tardive sont essentiellement des querelles christologiques. Elles portent sur la manière de considérer la ou les natures du Christ. À Antioche, les penseurs chrétiens, avec à leur tête Théodore de Mopsueste défendent l'idée qu'il existe deux natures parfaitement distinctes dans le Christ. Ces thèses sont reprises par le patriarche de Constantinople Nestorius. Le Christ est constitué de deux natures séparées, une nature humaine et une nature divine. Pour Nestorius, Marie est uniquement la mère du Christ homme (christotokos) et non pas celle de Dieu (theotokos)[9]. À Alexandrie par contre, est défendue l'idée de l'union parfaite de l'homme et de Dieu dans la personne du Christ.
Le concile d'Éphèse, dominé par la forte personnalité du patriarche Cyrille d'Alexandrie, aboutit en 431 à la condamnation des thèses de Nestorius. L'École théologique d'Antioche perd rapidement de son importance, et les partisans de Nestorius se réfugient en dehors de l'Empire romain d'Occident. L'Église d'Orient adopte une profession de foi inverse de l'arianisme et de l'unitarisme ; la séparation religieuse se calque sur la séparation politique entre les deux parties de l'ancien Empire.

La Trinité, manuscrit éthiopien des XVIe et XVIIIe siècles

Le concile d'Éphèse ne met pas fin aux disputes entre les chrétiens. Les unitariens ne reconnaissent qu'une seule nature au Christ, la nature divine tellement supérieure à la nature humaine qu'elle l'a engloutie. Un nouveau concile œcuménique est convoqué en 451 à Chalcédoine. Celui-ci finit par expliquer que le Christ est à la fois pleinement homme et Dieu. L'unitarisme est condamné. Si cette déclaration satisfait l'Occident, elle suscite beaucoup d'opposition et d'agitation en Orient. En Syrie, l'opposition au concile de Chalcédoine est menée par le patriarche Sévère d'Antioche et l'évêque Philoxère de Mabboug. Au VIe siècle, l'impératrice Théodora soutient les unitariens. Elle fait nommer deux évêques monophysites dont Jacques Baradée, qui occupe le siège d'Édesse de 542 à 578. Il parcourt l'Asie mineure et la Syrie, ordonnant prêtres, diacres, évêques, et constituant ainsi une hiérarchie parallèle qui donne naissance à l'Église syriaque orthodoxe ou « Église jacobite »[8]. Les villes étant fidèles à la théologie officielle de l'Empire byzantin, l'Église syriaque orthodoxe se développe dans les campagnes de la Syrie intérieure et trouve refuge dans les couvents. Ce n'est qu'au VIIe siècle, avec l'invasion arabe, que cette Église peut se développer.

La majorité de la population égyptienne, sauf à Alexandrie, passe à l'unitarisme. Cette adhésion est aussi la marque d'une certaine forme de rejet du pouvoir byzantin. Deux patriarches émergent à Alexandrie : le patriarche de l'Église copte orthodoxe (unitarienne) et celui de de l'Église grecque orthodoxe (chalcédonien)[9]. L'Église d'Arménie finit aussi par rejeter les décisions du concile de Chalcédoine.

L'Église maronite est aussi née des querelles théologiques. Les maronites étaient à l'origine un groupe de pression et d'influence organisé autour du monastère de Mac Haron dans la région de Hama et d'Apamée. Ils soutiennent les décisions du concile de Chalcédoine[9]. Le monastère de Mac Haron, dans son désir de concilier chalcédoniens et anti-chalcédoniens, se fait le partisan du monothélisme. Mais cette théorie est condamnée en 681. Le parti maronite se retrouve donc dans l'opposition. Vers la fin du VIIIe siècle, les moines de Mac Haron élisent leur propre patriarche, officialisant ainsi la rupture avec le monde byzantin[10].

Conquête arabe[modifier | modifier le code]

Aux VIIe et VIIIe siècles, la plupart des chrétiens d'Orient passent sous domination musulmane. Cela ne change rien pour ceux de Mésopotamie, habitués à composer avec un pouvoir non chrétien. Ils restent majoritaires dans la région jusqu'à la fin du Moyen Âge. Pour la plupart des Églises orientales, la domination musulmane apporte plus de liberté et une amélioration de leur condition[11]. En Syrie, les Syriaques, plus libres d'organiser leur religion que sous le pouvoir byzantin, déplacent leur patriarcat à Bagdad pour être plus proches du calife. Les patriarches mettent ainsi en place un dialogue avec les autorités, qui dure même sous l'Empire ottoman[12]. Seuls les Melkites, restés fidèles aux rites grecs, sont mécontents de la conquête musulmane. Les chrétiens ont le statut de dhimmis et au cours de l'histoire de la domination islamique, ils subissent parfois des persécutions. Malgré l'augmentation des conversions à l'islam, il y a peu ou pas de conversion forcée durant les premiers siècles de la domination islamique[13],[14]. Quant à la pression fiscale, elle n'était pas plus forte que sous la domination romaine[15]. En Égypte, les conversions entraînent le développement de l'arabe comme langue vernaculaire aux dépens du copte. Les monastères et les écoles coptes dépérissent. L'Arménie, qui occupe une position marginale par rapport à l'Empire, subit peu de pressions. Après la conquête seldjoukide en 1064, une partie des Arméniens quitte le haut-plateau arménien pour la Cilicie, où est fondée la principauté de Petite-Arménie en 1080[12].

Croisades[modifier | modifier le code]

C'est pour porter secours aux chrétiens d'Orient malmenés par les Turcs Seldjoukides que le pape Urbain II prêche la croisade à l'issue du concile de Clermont. L'idée de « délivrer » Jérusalem n'est venue vraisemblablement qu'après[16]. Lors de la première croisade, les populations chrétiennes aident les croisés. Les chrétiens syriens indiquent la route la plus sûre aux chevaliers latins. Ils les aident lors du siège de Tripoli. Pour éviter les collusions, les musulmans les expulsent de certaines cités. Lorsque les États latins d'Orient sont fondés, chrétiens d'Orient et latins cohabitent sans trop de difficultés. Dans les villes, les chrétiens d'Orient exercent des activités diverses. À la campagne, la condition des paysans chrétiens ne change pas. Certains orientaux ont parfois atteint des niveaux supérieurs dans la société franque. On peut noter des chevaliers d'origine arménienne ou syrienne. Les mariages entre latins et orientaux ne sont pas rares. C'est le cas de Baudouin de Boulogne, premier comte franc d'Édesse qui épouse une princesse arménienne, de même que son fils. Les « barons de la montagne » arméniens parviennent même à se faire reconnaitre un statut royal par le pape en 1198[17]. Dans les montagnes libanaises, les seigneurs maronites restent indépendants et servent d'auxiliaires aux troupes franques[18].

Henri Delaborde, Les chevaliers de Saint-Jean restaurant la religion en Arménie en 1347, 1844.
Au Concile de Sis, le roi Constantin V accepte de se rallier à la foi romaine

Pour les Églises orientales, la domination franque paraît comme un moment plutôt favorable. Ils peuvent restaurer ou reconstruire leurs églises. Les Latins admirent leur piété. Les problèmes se posent surtout entre Grecs et Latins. Les tensions entre les deux Églises sont grandes depuis le schisme de 1054, même si celui-ci ne parait pas encore définitif. Lorsque Bohémond de Tarente s'empare pour son propre compte d'Antioche, le patriarche de la ville part pour Constantinople. Les deux Églises étant encore considérées comme une seule, lorsque les Francs se dotent d'un patriarche, il n'y a pas de place pour les Grecs. Autour des lieux saints, les tensions sont fréquentes entre les différentes communautés[19].

La domination latine sur le Proche-Orient est l'occasion de rapprocher les Églises. En 1179, le patriarche jacobite d'Antioche écrit une réfutation de la doctrine cathare à la demande de son homologue latin et à l'intention du concile du Latran. En 1182, les chrétiens maronites reconnaissent l'autorité de pape. En 1198, un concordat avec le royaume arménien est conclu[20].

La reconquête turque met fin à cette période favorable. En 1144, lors de la prise d'Édesse par Zengi, celui-ci fait preuve de bienveillance en échange de la soumission des chrétiens. Saladin obtient la capitulation de Jérusalem en 1187. Il offre aux chrétiens orientaux de rester ses sujets et de conserver leurs biens. L'hostilité des musulmans à l'égard des chrétiens augmente de nouveau au milieu du XIIIe siècle avec l'arrivée des Mongols. Lorsque ceux-ci prennent Bagdad en 1258, ils massacrent la population en épargnant les chrétiens. En 1256, les Mamelouks, qui ont pris le pouvoir en Égypte, massacrent ou réduisent en esclavage la population chrétienne de Qara, soupçonnée d'aider les Francs. Au fur et à mesure que les places franques tombent, la population chrétienne évacue les villes. Une grande partie se réfugie dans l'île de Chypre[20].

Période ottomane[modifier | modifier le code]

Les chrétiens dans l'Empire ottoman connaissent des situations diverses. Le sultan tolère les différentes religions, les enfants et garçons ainsi enlevés n'étaient point forcée de se convertir à l'islam, car comme le disait le coran On est musulmans du coeur et non pas, par force.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1908, les chrétiens s'enthousiasment pour la révolution « jeune-turque ». Mais le nouveau régime professe vite un nationalisme ethnique turc fondé sur l'appartenance à l'islam. Dès 1909, les chrétiens sont victimes d'un premier massacre à Adana. La Première Guerre mondiale accélère le processus des massacres. En 1915 débute le génocide arménien. La même année, les communautés syriaques de Haute-Mésopotamie sont massacrées. La famine s'installe au Liban. Les Chaldéens de la frontière perse sont éliminés[21].

Cette situation ne doit pas faire oublier le dynamisme des communautés d'Orient. Les chrétiens libanais jouent un rôle important dans la fondation du Liban en 1920, alors que la région était sous mandat français. Lors du concile de Vatican II, les catholiques orientaux jouent un rôle important dans le dialogue avec les orthodoxes et l'islam. En 1974, les chrétiens orientaux créent le Conseil des Églises du Moyen-Orient (CEMO). Il réunit les Églises orthodoxes chalcédoniennes, les Églises coptes, arméniennes et syriennes et les Églises protestantes qui se sont développées en Orient à partir du XIXe siècle. En 1990, les catholiques d'Orient rejoignent le CEMO. Pour la première fois de leur histoire, les Églises d'Orient parlent d'une même voix[22].

Spécificités des chrétiens d'Orient[modifier | modifier le code]

Les principales différences entre les chrétiens d'Orient et ceux de rite latin tiennent aux rites et à la langue liturgiques. Les chrétiens d'Orient syriaques utilisent l'araméen et la traduction syriaque de la Bible, la Peshitta. L'araméen fait encore aujourd'hui l'unité des Églises syriaques malgré les différences institutionnelles[10]. En Égypte, c'est la dernière langue de l'Égypte pharaonique, le copte, qui est la langue liturgique, alors qu'en Éthiopie, c'est le guèze, et en Arménie, une forme classique d'arménien, le grabar. Le déroulement des cérémonies diffère légèrement d'une Église à l'autre. L'Église apostolique d'Orient a le rituel le plus ancien. Il est très proche du rituel juif.

Le rôle des images est également moins important que dans le monde grec, sauf chez les melkites, marqués par la culture grecque. Les chrétiens d'Orient ne représentent jamais le Christ en croix mais seulement la croix nue, à de rares exceptions. Le Christ n'est figuré que Pantocrator, c'est-à-dire « tout-puissant ». Les chrétiens d'Orient ont inventé le monachisme, qui prend parfois des formes extrêmes comme l'érémitisme inventé en Égypte par saint Antoine[10]. En Syrie, le monachisme existe dès le IVe siècle. On y trouve des Stylites, c'est-à-dire des moines perchés sur une colonne dont ils ne descendent jamais, comme Siméon le Stylite, des reclus murés dans une tour, des errants[12].

Les chrétiens d'Orient aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Terminologie[modifier | modifier le code]

L'expression « chrétiens d'Orient », comme l'expression « Églises d'Orient », désigne de manière simplificatrice « les chrétiens et les Églises apparues d'abord au Proche-Orient, puis dans l'est et dans le sud-est de l'Europe. Au fil des siècles, les chrétiens d'Orient, qui se réclament de leurs origines palestiniennes, s'implantèrent progressivement dans le monde entier »[1].

La terminologie concernant les chrétiens appartenant aux différentes églises chrétiennes d'origines orientales ne trouve ainsi pas d'unanimité : l'expression « chrétiens d'Orient » peut désigner, au sens le plus large, les chrétiens non-latins, donc surtout orthodoxes[2] mais on trouve l'expression régulièrement utilisée pour désigner toutes sortes de groupes chrétiens du Proche ou du Moyen-Orient. L'historienne Catherine Mayeur-Jaouen souligne en 2008 que si l'expression est « pratique », elle n'en est pas moins « désuèt[e] », « utilisé[e] par des Européens surtout français inquiets de la montée de l’islam dans leurs propres sociétés »[23].

Au début du XXIe siècle, suivant l'historien Antoine Arjakovsky, dans le monde francophone, on distingue les « églises non-chalcédonienne » ou « Églises orthodoxes orientales » (Églises assyrienne, copte, éthiopienne, érythréenne, syrienne-occidentale, malankare du Sud de l'Inde et arménienne) et les « églises chalcédonienne » ou « églises orthodoxes d'Orient » ; dans le monde anglophone cette distinction se traduit en « Oriental Orthodox Churches » pour les premiers qui regroupent les Églises des deux et des trois conciles, et « Eastern Orthodox Churches » pour les seconds qui regroupent les Églises des sept conciles[3]. Certains auteurs catholiques y ajoutent les Églises catholiques orientales, dépendantes de Rome, ou s'y étant rattaché, mais de rite oriental[4].

Ces chrétiens représentent des minorités plus ou moins importantes présentes en Iran, Turquie, Inde, Pakistan, Indonésie, Éthiopie[2], en Érythrée, en Égypte, en Arménie, en Syrie et au Liban mais elles connaissent également d'importantes diasporas en Europe, en Amériques du Nord et du Sud et en Australie[3].

Églises d'Orient[modifier | modifier le code]

Les ruptures opérées par les conciles d'Éphèse en 431 (proclamation de Marie en tant que mère de Dieu) et de Chalcédoine en 451 (proclamation du Christ vrai Dieu et vrai Homme) conduisent à la naissance de quatre catégories principales d'Églises orientales[24].

Type Nom Commentaire
Églises non-éphésiennes Église de l'Orient née au premier siècle, remonte à l'apôtre Thomas. S'est scindée en 1553, date à laquelle une branche chaldéenne (voir ci-dessous) s'unit à Rome. Ces deux Églises ont chacune leur patriarche.
Église chaldéenne Se sépare en 1553 de l'Église précédente et s'unit à Rome.
Églises non-chalcédoniennes Église syriaque d'Antioche Organisée en patriarcats, elle célèbre le rite araméen. Une partie est rattachée à Rome.
Église copte A été fondée par l'évangéliste Marc, issue de l'église d'Alexandrie. Sous la juridiction d'un patriarche-pape, les Coptes célèbrent leur rite en langues copte et arabe
Église apostolique arménienne Fondée au IVe siècle par Grégoire l'Illuminateur.
Églises chalcédoniennes Églises grecque orthodoxe et grecque-catholique (ou melkite) Fidèles à la doctrine de lunique personne du Christ en deux natures, elles sont de rite byzantin. Les Grecs orthodoxes dépendent du Patriarcat de Constantinople. Les Melkites — unis à Rome — dépendent de celui d'Antioche, de Jérusalem, ou d'Alexandrie.
Église maronite Implantée au Liban, rattachée à Rome, mais organisée en Patriarcat autonome. Le culte célèbre le rite en syriaque ou en arabe.
Église latine Patriarcat Latin Patriarcat héritier des Croisés, dirigé par Mgr Fouad Twal, qui réunit des fidèles dans le Proche-Orient. Le rité est célébré en arabe et parfois en latin.
Églises Protestantes A ces « latins », il convient d'ajouter des églises protestantes implantées depuis le XIXe siècle.

Des communautés en pleine mutation[modifier | modifier le code]

Si beaucoup de chrétiens d'Orient cherchent à émigrer, c'est plus pour fuir la misère que pour sauvegarder leurs croyances[25]. La formation d'États-Nations au XXe siècle a contribué à accentuer le départ des chrétiens d'Orient. La vague la plus récente est celle des Chaldéens d'Irak à la suite des deux guerres que le pays a vécu. Ces chrétiens possèdent déjà un réseau de relations à l'étranger et peuvent obtenir plus facilement des visas. La marginalisation des chrétiens s'est accrue avec l'arrivée des pétrodollars à partir de 1973.

On assiste actuellement à un véritable renouveau religieux chez les chrétiens d'Orient. Le clergé dynamique s'est rajeuni. Si les conditions des non-musulmans se sont durcies[26], cependant, le monachisme, longtemps laissé à l'abandon, est en pleine renaissance. Des couvents sont restaurés et repeuplés, surtout chez les Coptes. Le patrimoine artistique et liturgique est mis en valeur. Le renouveau copte se colore cependant de traditions fondamentalistes[22].

Dans la diaspora, les Églises orientales s'appliquent à conserver un lien social entre les migrants.

Recensement des chrétiens d'Orient[modifier | modifier le code]

Composant une une mosaïque complexe où il n'est pas facile de se retrouver et qui ne trouve pas d'unanimité typologique, les membres de ces églises sont difficiles à dénombrer : même s'ils sont regroupés sous une même appellation, les chrétiens d'Orient n'ont souvent pas grand-chose à voir les uns avec les autres et tant les rites que les langues — vernaculaires ou rituelles —, ou encore les niveaux sociaux sont divers[27].

Le recensement des chrétiens d'Orient est donc malaisé : peu d’enquêtes fiables ont été menées et, en outre, les responsables religieux ont tendance à surestimer leurs effectifs[28]. Les statistiques varient ainsi d’une source à l’autre et doivent être considérées à titre indicatif plutôt qu’absolu[29].

Lent exode[modifier | modifier le code]

D'une manière générale, ces communautés chrétiennes connaissent un exode important depuis la fin du XIXe siècle siècle avec l’exil de nombreux Libanais chrétiens en Europe et en Amérique latine, puis le génocide arménien par les Ottomans qui occasionne plus d'un million de morts au début du XXe siècle et l'exil des survivants dans les pays arabes voisins, en Europe et en Amérique[29].

L'exode s’est aggravé depuis le milieu du XXe siècle, notamment à la suite de l'essor des nationalismes de la période post-coloniale, au conflit israélo-arabe, à la guerre civile libanaise, à la guerre Iran-Irak, à la guerre du Golfe puis la guerre d'Irak[29].

Parmi d'autres facteurs, on peut également relever le soutien américain aux fondamentalistes musulmans pour contrer l'URSS après l'invasion de l'Afghanistan et déstabiliser les régimes nationalistes, autoritaires ou dictatoriaux, ou encore la montée du terrorisme islamique d’Al Qaida[29]. Par ailleurs, comme le reste de la population, les chrétiens souffrent du manque de démocratie, des difficultés économiques, du sous-développement, de l'emprise de l'Occident et des nombreux conflits[25].

Dénombrement[modifier | modifier le code]

De manière globale, il n’y a probablement pas moins de chrétiens au Moyen-Orient au début du XXIe siècle que cent ans auparavant mais le pourcentage qu'ils représentent dans l’ensemble de la population régionale n’a cessé de baisser, parfois de manière très importante[28]. Suivant les estimations concernant le début du XXe siècle, les chrétiens représentaient alors entre 12 et 15% de la population dans les pays arabes du Proche-Orient[29]. Au début du XXe siècle, ils ne représenteraient plus que 4[25] à 5% de la population d'environ 300 millions d’Arabes[29].

Églises[modifier | modifier le code]

Au seul Moyen-Orient, les chrétiens orientaux seraient ainsi une dizaine de millions au début du XXIe siècle, qui se répartissent au sein de onze églises[5].

En termes d'églises, les coptes d'Égypte sont à eux seuls environ[30] huit millions[31] et si l'Église apostolique arménienne compte plus de trois millions de fidèles en Arménie, la diaspora arménienne compte plus de quatre millions de personnes[32]. L'Église apostolique assyrienne de l'Orient, compte elle deux millions de fidèles au Liban, en Irak et en Inde tandis que, dans les mêmes régions, on dénombre un million de membres de l'Église syrienne ou « Jacobite »[32]. Ainsi, les églises non-chalcédoniennes, toutes membres du Conseil œcuménique des Églises, rassemblent environ soixante millions de chrétiens[33].

Suivant les chiffres avancés par le périodique catholique Témoignage chrétien en octobre 2010[34], quatre catégories sont à distinguer parmi les chrétiens d'Orient :

Répartition en Orient[modifier | modifier le code]

Estimations des populations chrétiennes au début du XXIe siècle, à titre indicatif, les chiffres variant parfois beaucoup selon les publications[35] :

  • Égypte : généralement estimé de 7 à 10% d'une population de 84 millions d’habitants. Mais la fourchette des pourcentages proposés peut osciller de 5 à 20%.
  • Liban : de 35 à 40% sur une population de 3,8 millions d’habitants (répartis en 20 à 25% de maronites, 7% de grecs-orthodoxes, 5% de grecs-catholiques, 4% d’Arméniens, orthodoxes et catholiques[28]). Mais la diaspora libanaise compte environ 6 millions de personnes, principalement des chrétiens, dont un tiers aux États-Unis, et le reste réparti entre l’Europe, l’Amérique latine, l’Afrique subsaharienne et l’Australie.
  • Syrie : de 4 à 9% sur une population de 20 millions d’habitants (répartis entre grecs-orthodoxes, syriaques, melkites, jacobites, Arméniens et latins[28]).
  • Palestine : environ 8% en Cisjordanie et 0,7% à Gaza sur une population totale de 3 millions de Palestiniens.
  • Israël : de 2 à 4% sur une population de 6,5 millions mais en comptant l'importante immigration catholique et orthodoxe venue de l’ex-URSS depuis 1990.
  • Jordanie : environ 6% sur une population de 6,5 millions[36].
  • Irak : entre quatre cent mille et un million de personnes sur une population totale de 31 millions d'habitants. Un nombre important de chrétiens se sont exilés depuis la guerre du Golf de 2003 l'instabilité qui s'en est suivie dans le pays et le mouvement semble se poursuivre.
  • Iran : de 180 000 à 300 000 personnes sur 77 millions d’habitants, essentiellement des Arméniens, majoritairement orthodoxes. La moitié des chrétiens du pays se sont exilés lors de la révolution iranienne de 1979, la plupart s’étant réfugiés en Californie.
  • Turquie : quelques dizaine de milliers de personnes, de 80 000 à 200 000 sur une population de 75 millions d'habitants.

L'Arménie, avec ses trois millions d'habitants, est quant à elle un pays considéré comme entièrement christianisé. On dénombre également environ 6 millions de chrétiens syriaques en Inde dans l'État du Kerala, et 4 millions qui forment une diaspora aux États-Unis, en Europe et en Australie[37].

On rencontre des chrétiens non-orientaux au Moyen-Orient, des catholiques latins, des protestants, des évangéliques ou encore des travailleurs Philippins émigrés dans le Golf persique. L'Arabie saoudite ayant décrété l’ensemble de son territoire « terre sacrée » de l’islam, il est interdit d’y construire des synagogues, des églises ou des temples et les travailleurs immigrés chrétiens n’ont pas le droit — même en privé — de célébrer leur culte sous peine d’arrestation et d’expulsion, à la différence du Koweït, de Bahreïn et des Émirats Arabes Unis qui ont autorisé la construction de quelques lieux de cultes. La minorité chrétienne du Yémen est elles en voie d’extinction[29].

Les démographes estiment que vers 2020, les chrétiens d'Orient ne représenteraient plus que 5 ou 6 millions de personnes au milieu d’une population musulmane en nette augmentation[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Iso Baumer, « Unité et diversité des Églises d'Orient en Suisse », dans Martin Baumann et Jorg Stöltz (dir.), La nouvelle Suisse religieuse : Risques et chances de sa diversité, éd. Labor et Fides,‎ 2006 (ISBN 978-2-8309-1278-4, lire en ligne), p. 168.
  2. a, b, c, d, e et f Françoise Briquel-Chatonnet, « Tout commence à Édesse », dans L'Histoire, no 337 (décembre 2008), p. 43
  3. a, b, c et d Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais »,‎ 2013, p. 69-70, 76
  4. a, b et c Irénée-Henri Dalmais et Hervé Legrand, « Églises chrétiennes d'Orient », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 27 juillet 2013).
  5. a et b « Le christianisme d'Orient », sur La Croix,‎ 2 octobre 2011 (consulté le 24 juillet 2013)
  6. Acte, XI, 18-25.
  7. Françoise Briquel-Chatonnet, op. cit., p. 46.
  8. a et b Françoise Briquel-Chatonnet, op. cit., p. 48.
  9. a, b et c Françoise Briquel-Chatonnet, op. cit., p. 49.
  10. a, b et c Françoise Briquel-Chatonnet, op. cit., p. 50.
  11. Bernard Lewis, « L'islam et les non-musulmans », dans Annales. Histoire, Sciences Sociales, 35e année, no 3-4, 1980, p. 788 [Lire en ligne sur Persée].
  12. a, b et c Françoise Briquel-Chatonnet, op. cit., p. 51.
  13. Claude Cohen, « Note sur l'accueil des chrétiens d'Orient à l'Islam », dans Revue de l'histoire des religions, tome 166, no 1, 1964, p. 55 [lire en ligne sur Persée].
  14. Bernard Lewis, op. cit., p. .787
  15. Claude Cohen, op. cit., p. 51.
  16. Jean Richard, « Face aux croisés », dans L'histoire, no 337 (décembre 2008), p. 52.
  17. Gérard Dédéyan (dir.), Histoire du peuple arménien, Toulouse, Éd. Privat,‎ 2007, 991 p. (ISBN 978-2-7089-6874-5), p. 343.
  18. Jean Richard, op. cit., p. 53.
  19. Jean Richard, op. cit., p. 54.
  20. a et b Jean Richard, op. cit., p. 55.
  21. Bernard Heyberger, « Le “bon temps” des Ottomans », dans L'histoire, no 337 (décembre 2008), p. 61.
  22. a et b Catherine Mayeur-Jaouen, « Dans la tourmente », dans L'histoire, no 337 (décembre 2008), p. 66.
  23. Catherine Mayeur-Jaouen, « Dans la tourmente », L'Histoire, no 337 « Les chrétiens d'Orient »,‎ décembre 2008, p. 62
  24. Les données de cette section s'inspirent de Jérémie Lanche in périodique La Vie, Paris, 6 septembre 2012.
  25. a, b et c Catherine Mayeur-Jaouen, op. cit., p. 63.
  26. Catherine Mayeur-Jaouen, op. cit., p. 65.
  27. Catherine Mayeur-Jaouen, op. cit., p. 64.
  28. a, b, c et d François Boëdec, « Chrétiens d'Orient », Études, no 405,‎ novembre 2006, p. 496-506 (lire en ligne)
  29. a, b, c, d, e, f, g et h Paul Balta, « L'exode des chrétiens d'Orient », Confluences Méditerranée, vol. 2, no 49,‎ 2004, p. 161-165 (ISSN 2102-5991, lire en ligne)
  30. les chiffres de la population copte d'Égypte sont fort débattus, oscillant parfois du simple (5 millions) au triple (15 millions) ; cf. article Copte
  31. Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais »,‎ 2013, p. 72
  32. a et b Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais »,‎ 2013, p. 71
  33. Antoine Arajakovsky, Qu'est-ce que l'orthodoxie ?, Gallimard, coll. « Folio essais »,‎ 2013, p. 70
  34. Jérôme Anciberro, « Les Églises d'Orient en un seul (grand) tableau », sur Témoignage chrétien,‎ octobre 2010 (consulté le 24 juillet 2013).
  35. sauf références contraires, les chiffres présentés ici synthétisent les publications de Paul Balta, « L'exode des chrétiens d'Orient », Confluences Méditerranée, vol. 2, no 49,‎ 2004, p. 161-165, François Boëdec, « Chrétiens d'Orient », Études, no 405,‎ novembre 2006, p. 496-506 et l'Atlas des religions, édition Le Monde/La Vie, 2011, p. 85, actualisés concernant la population totale
  36. suivant les statistiques publiées par l'Office du Tourisme de Jordanie
  37. Catherine Mayeur-Jaouen, op. cit., p. 64-65.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jean-Michel Billioud, Jean Maksud, Histoire des chrétiens d'Orient, L'Harmattan, 1995, 251 p. 
  • Claude Cohen, « Note sur l'accueil des chrétiens d'Orient à l'Islam », dans Revue de l'histoire des religions, tome 166, no 1, 1964, p. 51-58 [lire en ligne sur Persée].
  • Catherine Dupeyron, Chrétiens en Terre sainte — Disparition ou mutation ?, Albin Michel, 2007 (ISBN 978-2-226-18058-2)
  • Claude Lorieux, Chrétiens d'Orient en terres d'islam, Perrin, 2001, 372 p. 
  • Pierre Rondot et Paul Abela, Les Chrétiens du monde arabe : problématiques actuelles et enjeux, Maisonneuve & Larose, 1987, 160 p. 
  • Antoine Sfeir, « Chrétiens d'Orient, et s'ils disparaissaient ? », dans Les cahiers de l'Orient, Bayard, 2009 (ISBN 2227478098)
  • Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des Chrétiens d'Orient, Fayard, Paris, 1994 (ISBN 2213030642)
  • Mahmoud Zibawi, Orients chrétiens, Desclée de Brouwer, Paris, 1995 (ISBN 2220036006)
  • Annie Laurent, Les chrétiens de l'Orient vont-ils disparaître ? : Entre souffrance et espérance, Salvator, 2008 (ISBN 2706705701)
  • Bernard Heyberger, Les Chrétiens en Orient, éd. Payot, 2013 (ISBN 2228908835)
  • William Dalrymple, Hélène Collon, Dans l'ombre de Byzance : Sur les traces des Chrétiens d'Orient, Editions Phébus, Collection : Libretto, 2011 (ISBN 2752905424)

Revues et articles[modifier | modifier le code]

  • Catherine Mayeur-Jaouen, « Dans la tourmente », in L'Histoire n° 337, décembre 2008, pp. 62-67
  • François Boëdec, « Chrétiens d'Orient », in Études t. 405, novembre 2006, pp. 496-506
  • Paul Balta, « L'exode des chrétiens d'Orient », in Confluences Méditerranée n°49, février 2004, pp. 161-165
  • Christine Chaillot, « Fidélité et vulnérabilité des plus anciennes Églises d'Orient », in Les Richesses de l'Orient Chrétien, éd. Saint-Augustin, 2000, pp. 135-168

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]