Chouans

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Breton en sentinelle devant une église, peinture de Charles Loyeux.
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Les Chouans étaient les insurgés royalistes combattant au nord de la Loire, en Bretagne, Maine, Normandie et nord de l'Anjou, mais aussi dans des départements comme l'Aveyron et la Lozère, pendant les guerres de la chouannerie.

Il ne faut pas confondre Chouans et Vendéens, combattants du sud de la Loire issus du Poitou, du sud de l'Anjou et du Pays de Retz breton. Cependant Chouans comme Vendéens se désignaient collectivement sous le nom d'armée catholique et royale.

Origine de l'appellation[modifier | modifier le code]

Les membres de la famille Cottereau portaient ce surnom de « Chouan » (en gallo « chat-huant », ou « chouin », nom local de la chouette hulotte), selon les uns, parce que leur aïeul était naturellement triste et taciturne[1], selon d'autres, parce qu'en faisant la contrebande du sel, ils contrefaisaient le cri du chat-huant pour s'avertir et se reconnaître.

Par extension, les hommes réunis pour combattre sous les ordres de Jean Chouan furent nommés « chouans » ; cette appellation se généralisa aux autres royalistes armés dans les provinces de l'ouest.

Sociologie[modifier | modifier le code]

Cachet de l'armée royaliste de Bretagne

Sociologiquement les Chouans sont des hommes jeunes et des paysans. Plusieurs évaluations permettent de situer l'âge moyen des chouans entre 18 et 30 ans et le plus souvent entre 20 et 25 ans.

Ainsi selon Donald Sutherland[2], cité par Roger Dupuy, un échantillon des effectifs des Chouans de l'est de l'Ille-et-Vilaine donne une moyenne d'âge de 20 ans pour le pays de Fougères, 22 et demi pour celui de Vitré et 22 pour La Guerche-de-Bretagne[3]. L'âge des chefs est proche de celui des combattants ; en 1795 parmi les dix principaux officiers de l'est du département quatre ont 19 ans ; Boisguy, Bonteville, Pontbriand, Boishamon, trois ont moins de 30 ans ; Angenard ; 25 ans, Larcher–Louvières ; 23 ans, Louis de La Haye Saint-Hilaire; 29 ans, deux ont plus de 30 ans ; Rossignol ; 34 ans et Couësbouc ; 64 ans. Sans compter le lieutenant-colonel Dauguet dont l'âge est inconnu.

De plus en Loire-Atlantique, 88 % des Chouans pensionnés en 1815 avaient moins de 30 ans en 1795[4],[3].

La genèse du mouvement Chouan est fortement liée à la conscription militaire dans le cadre de la levée en masse qui touche les célibataires de 18 à 25 ans. De nombreux jeunes gens préfèrent rejoindre les insurgés où ils forment le gros des bandes chouannes[3].

Concernant la profession des Chouans, environ 80 % d'entre-eux sont paysans, dont près de 10 % de tisserands, dont les conditions de vie sont très proches de celles de la paysannerie[5], on compte également environ 10 % d'artisans[5].

On peut également rappeler qu'à la fin du XVIIIe siècle, le monde paysan regroupe 80 % de la population française[6].

Contrairement à une idée longtemps répandue, les marins n'étaient pas plus républicains que les paysans, ceux-ci restent cependant minoritaires au sein des Chouans, mis à part dans quelques divisions, à cause de la surveillance des côtes par de fortes garnisons républicaines, constamment sur le pied de guerre dans la crainte de débarquements de troupes britanniques[7].

Les nobles forment une part importante des officiers, en revanche la bourgeoisie, majoritairement républicaine, est peu présente parmi les Chouans.

En Bretagne, Normandie, Maine et Anjou, en 1796, au plus fort de la guerre, les Chouans comptent sur plus de 50 000 hommes dont 30 000 Bretons, soit 5 % de la population masculine des territoires insurgés[8].

Bien que rares, on trouvait également quelques femmes parmi les combattants, l'une d'entre elle Mademoiselle du Rocher du Quengo, dite « Victoria » ou « Capitaine Victor » fut notamment capitaine dans la division de Bécherel, elle fut tuée à un combat aux Iffs en juillet 1795[9]. Les femmes sont néanmoins impliquées dans la guerre en cachant les prêtres et les blessés et en assurant une partie de la circulation des informations et l'approvisionnement[10].

Almanac Royaliste 1795

Protégés par les Chouans les prêtres réfractaires n'ont pas d'implication directe dans la guerre, un petit nombre siège dans les Conseils royalistes et s'occupent essentiellement des correspondances[11]. Les prêtres réfractaires servant d'officiers ou participant physiquement aux combats sont extrêmement rares, le fait qu'un prêtre porte les armes étant généralement très mal vu par les Chouans[12].

Propagation[modifier | modifier le code]

L'opinion de quelques historiens et notamment de l'abbé Paulouin, écrivant sur le théâtre de l'insurrection, va jusqu'à dire[13] que « les insurgés de la Sarthe n'avaient pas reçu le sobriquet de Chouans, mais se l'étaient donné à eux-mêmes, dès leur début dans la carrière de la résistance. »

Les historiens du XIXe siècle, Savary[14] ; Lequinio[15], l'auteur des Mémoires d'un Administrateur des Armées Républicaines dans la Vendée ; Puisaye surtout[16], mieux renseigné que personne, puisqu'il était le chef suprême de la Chouannerie, affirment que les frères Chouan donnèrent leur nom à l'insurrection qu'ils avaient organisée les premiers.

Un curieux écusson, portant les armes de France[17] et pour support deux chouettes, avec cette double devise : en tête, « IN SAPIENTIA ROBUR » (« la force est dans la sagesse »), et au bas, « SIC REFLORESCENT » (« ainsi refleuriront [les lys] »), que l'on trouve sur quelques publications émanées des Agences royalistes d'Angleterre, notamment sur le frontispice de l’Almanach Royaliste pour l'année 1795, troisième du règne de Louis XVII, à Nantes (Londres) et se trouve dans toutes les villes de la Bretagne, de la Normandie, du Poitou, du Maine, du Perche, de l'Anjou, etc., et bientôt dans toute la France, MD CC XCV, in-8, semble contenir une sorte de consécration officielle de l'oiseau des ténèbres, qui est aussi celui de Minerve, comme emblème de la Chouannerie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le surnom de Chouan avait été donné au grand-père de Jean Chouan parce qu'il était naturellement taciturne et triste et que, dans les réunions, il se tenait toujours dans un coin à l'écart. Depuis ce temps, la famille Cottereau conserva ce surnom.
    • Jean Chouan hérita avec ses autres frères, du surnom de « chouan » (le taciturne) de son père, négociant en sabots et « homme honorable ».
    • Les quatre frères Chouan, à la tête de l'insurrection contre-révolutionnaire du Bas-Maine, ont communiqué ce surnom à leurs camarades, et de proche en proche, il a fini par caractériser l'insurrection, la chouannerie, tout entière.
    • La raison du nom singulier de chouans pour les soldats royalistes du Maine, de la Normandie et de la Bretagne est sans doute lié leur participation à l'émeute de Saint-Ouën-des-Toits, le 15 août 1792 à laquelle participèrent, avec d'autres, Jean Chouan et René Cottereau. Ils furent signalés aux autorités lavalloises.
    • Il a été rapporté que les chouans contrefaisaient le cri de l'oiseau de nuit pour se reconnaître et s'appeler. Peut-être quelques insurgés ont-ils eu cette idée suggérée par leur surnom. Quoi qu'il en soit, il est à noter que l'oiseau consacré jadis à la sagesse armée devint une sorte d'emblème de la piété belliqueuse de nos paysans. »
    Jacques Duchemin des Cépeaux, Souvenirs de la chouannerie, H. Godbert, imprimeur à Laval, 1855
  2. Donald Sutherland, Les Chouans, Rennes, 1990, p. 273. Ce Donald Sutherland est à ne pas confondre avec l'acteur homonyme
  3. a, b et c Dupuy 1997, p. 188.
  4. Marlène Rannou, La Chouannerie au nord de la Loire-Inférieure, université de Rennes 2, 1996, p. 88.
  5. a et b Dupuy 1997, p. 191.
  6. Jacques Solé, La Révolution en questions, Seuil, janvier 1988, p. 99
  7. Dupuy 1997, p. 192-193.
  8. Dupuy 1997, p. 186.
  9. Dupuy 1997, p. 201.
  10. Dupuy 1997, p. 202
  11. Dupuy 1997, p. 207.
  12. Toussaint Du Breil de Pontbriand, Mémoire du colonel de Pontbriand,‎ 1897, p. 267
  13. La Chouannerie du Maine et pays adjacents, 1875, Le Mans, Monnoyer, 3 vol. in-12, t. I, p. 71
  14. Guerres des Vendéens et des Chouans, Paris, Beaudoin, 1825, 6 vol. in-8.
  15. Rapport au Comité de Salut Public, 30 ventôse an III.
  16. Mémoires.
  17. Les trois fleurs de lys.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]