Canadien (cheval)

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Cheval canadien
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Jument canadienne alezane
Jument canadienne alezane

Espèce Cheval (Equus caballus)
Région d’origine
Région Québec, Drapeau du Canada Canada
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle et trait léger
Taille 1,42 m à 1,62 m
Poids 454 kg à 635 kg
Robe Généralement noire, baie ou alezane.
Caractère docile mais vif
Autre
Utilisation équitation classique, d'extérieur et de travail

Le cheval canadien est la race chevaline « nationale » du Canada et la race chevaline du « Patrimoine agricole » du Québec. Il est aussi nommé le Petit cheval de fer. Ses origines remontent au XVIIe siècle avec l'ordonnance de création d'un haras royal en Nouvelle-France. Des chevaux sont importés de France et, grâce à une politique d'élevage encourageante, la population chevaline se développe rapidement. Les conflits armés des XVIIIe et XIXe siècles affectent gravement le nombre de chevaux canadiens et il faut attendre 1895 pour voir la fondation de la Société des éleveurs de chevaux canadiens et la création d'un livre généalogique. Le cheval canadien ne possède pas une morphologie homogène du fait de la variété de ses ascendants mais il doit cependant respecter les standards définis par la race. C'est un cheval docile, vif sans être nerveux, qui demande cependant de bonnes connaissances équestres dans son éducation. Il est élevé historiquement au Québec, mais également aussi dans l'ensemble du Canada ainsi qu'aux États-Unis. C'est un cheval polyvalent, apte à toutes les disciplines équestres, avec en particulier de très bons résultats en attelage. Le cheval canadien a également participé à la création de nombreuses races chevalines américaines, notamment le Morgan, le Standardbred ou l'American Saddlebred.

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation de la race[modifier | modifier le code]

Le cheval est inexistant sur le continent américain au moment de l'arrivée des premiers Européens. Les Espagnols débarquent des chevaux au Mexique (Cortez)et en Floride (de Soto), les Anglais en plusieurs lieux des 13 colonies d'origine, les Hollandais à New York et les Français à Port-Royal (le cheval acadien) et à Québec (le cheval canadien). Il n'y aura pas de contacts entre les différents contingents avant fort longtemps.

Lorsque Louis XIV ordonne de créer un haras royal dans chacune de ses provinces, la situation en Nouvelle-France est une absence totale de chevaux sur le territoire. À partir de 1665, on envoie donc une première cargaison de douze chevaux, juments et étalons, pour les y établir. Leur race et leur région d'origine ne sont en revanche pas connues[1],[2]. On ne peut donc qu'émettre des hypothèses sur les races ayant contribuer à la naissance du cheval canadien. Il parait vraisemblable qu'il descende de chevaux espagnols, barbes, et de petits chevaux de trait[2]. Certains auteurs parlent également de la présence de chevaux bretons, normands et arabes[3].

D'autres chevaux sont envoyés en Nouvelle-France entre 1667 et 1670[3]. Ils proviendraient des haras du Roi, lequel met sur pieds un haras par province française, mais il n'y a aucune preuve écrite de cette provenance. La seule certitude est que tous ces chevaux envoyés par Louis XIV proviennent de France.

Les premiers chevaux sont attribués à des communautés religieuses (Ursulines ...) et gentilshommes (monsieur de Saint-Ours, monsieur de Sorel, ...)[2]. Un contrat est alors établi entre le bénéficiaire et les fonctionnaires de l'intendant Jean Talon. Ce contrat exige que la personne prenne soin de l'animal, le fasse se reproduire et remette un poulain à l'administration sous les 3 ans. Les poulains sont à leur tour redistribués selon les mêmes modalités et exigences[1],[2].

Ce système a un fort succès et fait vite exploser la population de chevaux en Nouvelle-France[2]. Les chevaux importés entre 1667 et 1670 donnent naissance à environ 13 000 sujets en 1763[4].

La population chevaline s'est développée en vase clos pendant près de 100 ans[1]. Le cheval est la fierté des habitants de cette époque de la Nouvelle-France. Le cheval est si populaire que l'administration a dû tenter de limiter le nombre de chevaux. Pendant de nombreuses années, il y a environ un cheval par cinq habitants. Ils servent à tous les travaux, que ce soit pour le labour ou pour aller à l'église du village le dimanche matin[2],[4]. La messe du dimanche est souvent une occasion d'improviser des courses pour savoir quel est le cheval le plus vaillant du village. Ce comportement amène les premières limites de vitesse dans les villes.

A partir de 1760, l'Angleterre prend le contrôle total sur la Nouvelle-France. La population équine est alors croisée avec des chevaux de races britanniques et écossaises. Les chevaux canadiens issus de ces croisements donnent quelques lignées de sujets à la morphologie plus fine[2]. À la même époque, les États-Unis importent beaucoup de chevaux pour leurs besoins militaires. À la fin du XIXe siècle, décimée par la Guerre de Sécession, la population de chevaux canadiens est très basse et la race est en voie d'extinction. On ne compte plus que 900 individus[4].

En 1895, Édouard Barnard, le surintendant du Département d'agriculture du Québec demande au Dr J.A. Couture m.v. de fonder la Société des éleveurs de chevaux canadiens[1]. Il ouvre un livre généalogique après une inspection méthodique de chevaux candidats au statut de cheval de race canadienne. En 1907, le Parlement du Canada s'intéresse lui aussi au dossier, fait reprendre l'inspection et permet l'ouverture du livre généalogique que l'on pourrait qualifier de moderne. Il est refermé à la fin de l'année 1908, empêchant tout ajout de nouveau sang et fixant ainsi la race dans ses fondations[5]. Une première ferme expérimentale fédérale est ouverte en 1913 à Cap-Rouge afin de préserver la race et servir de centre d'élevage, puis une seconde plus tard à Saint-Joachim[6],[7].

Histoire moderne[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle se partage en hauts et en bas. La compétition avec le cheval vapeur, d'abord de l'automobile puis du tracteur vient presque à bout du « petit cheval de fer », tel que les canadiens l'ont surnommé. Il n'en reste qu'environ 400 vers les années 1970[4]. Les Canadiens-Français en sont fiers, ils décident alors de sauver leur cheval. C'est la campagne de sourdine, c'est le discours de la responsabilité et de la fierté qui a cours.

Le nombre de naissances enregistrées à la SECC a été assez stable de l'ouverture du registre au début des années 1900 jusqu'en 1980. Les enregistrements sont l'ordre de 25 à 50 poulains par année. En 1981, la ferme provinciale décide de procéder à la dispersion complète du troupeau La Gorgendière à Deschambault. À partir de cette date, le nombre de poulains enregistrés par année s'est mis à grimper pour atteindre un sommet en 1999-2000 avec environ 500 poulains. En moins de vingt ans, le nombre de naissances de chevaux enregistrés est multiplié par dix. Depuis l'an 2000, les naissances se sont stabilisées entre 450 et 500 poulains enregistrés par année.

Durant le régime anglais, la population des chevaux canadiens s'est mise à tomber. La création de la SECC a permis de sauver la race. Avec l'arrivée de l'automobile, les classes supérieures de la société de l'époque ont vite remplacé les chevaux par les voitures. Ce fut la même chose dans les champs où les cultivateurs les plus riches remplacèrent vite le cheval par le tracteur. Le cheval perd son "statut social", et sa population va en diminuant. Durant les années 1950 et 1960, seuls les paysans les plus pauvres ou les inconditionnels des chevaux utilisent encore la traction hippomobile à la ferme. Ils vivent très modestement, le cheval passe de symbole de valorisation sociale à symbole de retard social et même parfois de pauvreté. Durant les années 1970, le cheval reprend doucement ses lettres de noblesse, mais est réservé à une élite faisant du sport équestre. Le gouvernement québécois travaille à rendre le cheval canadien plus attrayant pour les compétitions équestres dans sa ferme à Deschambault[8]. À mesure que le cheval canadien reprend ses lettres de noblesse, sa population reprend en vigueur.

Petit à petit, la race se redresse. Les hommes politiques canadiens reprennent conscience de son importance. L'Assemblée nationale du Québec vote en 1999 une loi unanime déclarant les races chevaline et bovine canadiennes ainsi que la race de volailles Chantecler Patrimoine agricole du Québec[7],[9].

De la même façon, le Parlement du Canada déclare en 2002 (le 8 novembre 2001), le "Cheval canadien" Race nationale du Canada[7],[9].

En 2007, la race du "cheval canadien" compte environ 7 000 sujets vivants.

Description[modifier | modifier le code]

Morphologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.
Jument noire

Le cheval canadien a une hauteur de 14 à 16 mains[1], une main étant équivalente à 4 pouces ou à 10 cm) au garrot. La race ne présente pas un type homogène[2]. Mais selon les standards définis, le cheval canadien doit posséder plusieurs caractéristiques bien précises. Il possède ainsi une tête courte au profil rectiligne, des oreilles fines et une encolure plutôt longue et musclée. Il est également doté d'un garrot légèrement saillant, d'une croupe musclée, et de membres solides. Les sabots sont grands, forts et aussi larges que longs[1].

Robes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Robe (cheval).

Ses robes les plus courantes sont le noir, le bai et l'alezan. Depuis quelques années, des sujets de couleur palomino ou crème sont apparus. D'après le standard de la race, toutes les robes sont acceptées[1]. Le noir est cependant la robe la plus répandue et le gris la plus rare[2].

Tempérament[modifier | modifier le code]

C'est un cheval docile mais vif[1]. Il est intelligent et endurant au travail. Mais c'est également un cheval sensible qui demande une bonne et juste éducation à l'origine. Les sujets mal débourrés peuvent en effet se révéler difficile à gérer et demanderont de ce fait un long travail de rééducation[2].

État de l'élevage[modifier | modifier le code]

La région d'élevage du cheval canadien est historiquement liée à celle du Québec, mais elle s'étend aujourd'hui à l'ensemble du Canada. On compte environ 6 500 chevaux canadiens dans le pays, dont 4 500 au Québec. Il est également élevé aux États-Unis et on dénombre en 2014 deux éleveurs de la race en France[10].

Utilisations[modifier | modifier le code]

C'est un cheval polyvalent qui montre des qualités aussi bien attelé que monté. Il est souvent reconnu en attelage, discipline dans laquelle le cheval canadien a remporté de nombreuses distinctions en Amérique du Nord et en Europe, mais il est également utilisé dans le tourisme équestre et dans la police montée[7]. Le cheval canadien présente une grande variété de modèles au sein de la race, tout en restant dans les standards. Les chevaux les plus grands et les plus élancés ont ainsi de meilleures aptitudes aux disciplines olympiques comme le saut d'obstacles et le dressage, alors que les individus plus trapus sont plus adaptés à l'équitation d'extérieur[2]. On l'utilise également en équitation de travail[11],[12].

Croisements[modifier | modifier le code]

Les chevaux canadiens ont été très largement utilisés au cours des siècles dans les croisements réalisés par les éleveurs américains. Le cheval canadien a ainsi participé à la création de nombreuses races américaines, notamment le Morgan, le Standardbred ou l'American Saddlebred. Certains chevaux canadiens, étalons et juments, sont les fondateurs de plusieurs lignées dans ces races[13]. Le Tennessee Walker et le Missouri Fox Trotter sont également des races présentant des ancètres canadiens[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h « L'Histoire de Cheval Canadien », sur Société des éleveurs de chevaux canadiens
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Alet 2011
  3. a et b Lynghaug 2009, p. 357
  4. a, b, c et d Verdun 2014, p. 39
  5. a et b Lynghaug 2009, p. 359
  6. Hendricks et Dent 2007, p. 101
  7. a, b, c et d Lynghaug 2009, p. 360
  8. Gendron 2010, p. 34
  9. a et b Verdun 2014, p. 40
  10. Verdun 2014, p. 38
  11. Hendricks et Dent 2007, p. 102
  12. Lynghaug 2009, p. 361
  13. Hendricks et Dent 2007, p. 99

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages spécialisés[modifier | modifier le code]

  • Gustave Adolphe Langelier, Le cheval Canadien : Numéro 87 de Bulletin (Canada. Ministere de l'agriculture), Ministere federal de l'agriculture,‎ 1927, 22 p.
  • Paul Bernier, Le Cheval Canadien, Editions du Septentrion,‎ 1992, 163 p. (ISBN 978-2-9211147-3-8)
  • (en) Mario Gendron, A brief history of the Canadian horse, Société d'histoire de la Haute-Yamaska,‎ 2010, 38 p. (ISBN 978-2-9807338-8-8, lire en ligne)

Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

  • (en) Fran Lynghaug, « Canadian », dans The Official Horse Breeds Standards Guide: The Complete Guide to the Standards of All North American Equine Breed Associations, Voyageur Press,‎ 2009, 672 p. (ISBN 0760334994 et 978-0-7603349-9-7), p. 356-362 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Bonnie Lou Hendricks et Anthony A. Dent, « Canadian Horse », dans International Encyclopedia of Horse Breeds, Norman, University of Oklahoma Press,‎ 2007 (ISBN 978-0-8061388-4-8), p. 98-102 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  • Bruno Alet, « Découvrir le cheval canadien », Cheval Savoir, no 21,‎ mai 2011 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Aline Verdun, « Le canadien, un ami venu de France », Cheval Magazine, no 507,‎ février 2014, p. 38-41 Document utilisé pour la rédaction de l’article