Chemin de fer du Salève

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Chemin de fer du Salève
Image illustrative de l'article Chemin de fer du Salève
La station terminale des Treize-Arbres

Situation Drapeau : France Haute-Savoie (Rhône-Alpes)
Type Chemin de fer à crémaillère
Entrée en service 1892
Fin de service 1935
Longueur du réseau 9 km
Lignes 2
Écartement des rails voie métrique à crémaillère
Propriétaire Département de Haute-Savoie
Exploitant SA des Chemins de fer du Salève
Réseaux connexes Société du chemin de fer Genève - Veyrier
Une rame s'approche de l'évitement d'Aval-Tunnel, à l'entrée du tunnel du Pas de l'Échelle.
On y distingue clairement la crémaillère, au centre de la voie, et le troisième rail, à l'extérieur de la voie ferrée.

Le Chemin de fer du Salève, surnommé Funiculaire du Salève malgré l’absence de câble de traction, était un chemin de fer à crémaillère électrique, situé sur le mont Salève dans le département de la Haute-Savoie au sud de Genève.

Le chemin de fer a fonctionné de 1892 à 1935.

Histoire[modifier | modifier le code]

Messieurs A. de Meuron et H. Cuénod et Édouard Cuénod[1], ingénieurs électriciens, obtiennent, le 8 juin 1888, la concession d'un chemin de fer secondaire à voie métrique et à crémaillère, à finalité touristique, sous le régime de la loi de 1880 relative aux voies ferrées d'intérêt local, d'Étrembières au plateau des Treize-Arbres, sur le Grand-Salève[2]. Cette concession est accordée sans subvention publique, et prévoit la possibilité de la création d'une branche reliant Veyrier (en Suisse) à Monnetier-Mornex[3].

La Société anonyme des Chemins de fer du Salève, fondée en 1891 pour 75 ans[4] à Annemasse, se substitue le 4 juillet 1891 aux concessionnaires initiaux[5] et obtient ensuite la concession de la branche allant de Veyrier à Monnetier-Mornex, déclarée d'utilité publique le 9 décembre 1891[6]. Les deux concessions devaient se terminer le 8 juin 1963[7].

L'entreprise a, en 1928, son siège social à Monnetier-Mornex, mais son conseil d'administration est constitué principalement de genevois, dont son président, Édouard Cuénod, l'un des trois concessionnaires initiaux du réseau[4].

L'exploitation cesse en 1932, la concurrence générée par le téléphérique du Salève mis en service en août 1932 ayant définitivement compromis l'équilibre économique du chemin de fer, difficile depuis les années de l'après Première Guerre mondiale.

Infrastructure[modifier | modifier le code]

Rails. De gauche à droite :
- type UIC 60,
- type Vignole,
- type Broca ou à gorge, typique des voies de tramway car permettant l'implantation de la voie dans la chaussée,
- type double champignon symétrique,
- et double champignon asymétrique
Différents systèmes de crémaillères. De gauche à droite : Riggenbach, Strub, Abt (à 3 lames), Locher
Article détaillé : Chemin de fer à crémaillère.

Les lignes à voie métrique électrifiées étaient équipées de crémaillères, système Abt, et de rails type Vignole de 15 kg/m fixés sur des traverses en fer de 1,75 m. de large et écartées de 90 cm, posées sur 30 cm. de ballast. La crémaillère, de type Abt, avait une lame pour les sections en rampe inférieure à 12 %, et deux lames lorsque la rampe était supérieure[8].

Elles formaient une ligne en fourche, les deux sections aval d'Étrembières et de Veyrier se rejoignant à Monnetier-Mairie pour poursuivre à l'amont jusqu'au Salève :

L'ensemble des lignes avait une longueur de 9,1 km[9].

Le point le plus bas de la ligne était à l’altitude 551 m., le plus haut à l'altititude 1.184 m. Les rampes atteignaient 250 ‰[4]. Les lignes comprenaient 6,1 km en alignement droit et 3 km en courbes dont le rayon pouvait s'abaisser jusqu'à 30 m[8].

Gares et stations[modifier | modifier le code]

          Gare/Halte[10] Équipement Correspondances et remarques
    O     Treize-arbres Buffet. 2 voies en impasse.
    O     Monnetier - Mairie Évitement + Sous-station
  o       Haut-Morneix (halte) Une voie de débord
  o       Bas-Morneix (halte) Près de l'Hôtel-Chalet à Bouzanigo[11]
  O       Étrembières 3 voies en impasse + remise et ateliers • Gare d'Étrembières - Salève PLM (Ligne de Longeray-Léaz au Bouveret)
• Tramway (ligne Annemasse - Étrembières de la Cie gale des tramways suisses)[12]
      o   Monnetier - Église (halte) Évitement
      O   Veyrier (Frontière suisse) 1 voie en impasse + Remise et atelier • Gare PLM de Bossey - Veyrier (Ligne de Longeray-Léaz au Bouveret)
• Tramway du Chemin de fer Genève-Veyrier

Alimentation électrique[modifier | modifier le code]

L'énergie électrique était fournie par la centrale d'Arthaz-sur-l'Avre, construite par la compagnie et doté d'un barrage de 60 m. de large et d'une chute d'eau de 3,30 m. La centrale comportait deux turbines Jonval à axes verticaux couplées à deux dynamos Thury de 19 tonnes, qui produisaient directement le courant de traction de 600 volts continu sous 275 ampères, avec une vitesse de rotation de 45 tours par minute. La puissance installée était de 500 ch[4],[13]. Une troisième turbine, prévue[8], semble ne pas avoir été installée.

La sous-station, alimentée depuis la centrale par une ligne aérienne de 1 200 mètres de longueur, était au cœur du réseau, à Monnetier-Mairie[10].

En 1931, la centrale fut vendue, et le réseau alimenté par le réseau public[13].

Le captage du courant était assuré par un troisième rail latéral, identique aux rails de la voie ferrée mais retourné et supporté par des isolateurs en porcelaine[14] et surélevé à 20 cm au-dessus de la voie, le retour de courant étant assuré par les rails de la voie[8].

Remises et ateliers[modifier | modifier le code]

Le terminus de Veyrier en 1895. Au fond la ligne du GV

La compagnie disposait d'un atelier et d'une remise, chacun à deux voies, à Veyrier, et d'une autre remise à deux voies à Étrembières[10].

Jonctions[modifier | modifier le code]

Le chemin de fer était relié :

Ces jonctions ne disposaient pas d'installations de transbordement pour marchandises[10].

Ouvrages d'art[modifier | modifier le code]

La ligne comprenait un tunnel, dit du Pas de l'Échelle, long de 119 m. et en rampe de 24 % situé entre la gare terminus de Veyrier et la halte de Monnetier-église, un pont de 8 mètres sur les voies du PLM à Veyrier et un autre de 6 mètres entre Mornex et Monnetier, ainsi que divers ponts et ponceaux plus modestes[15].

Le nombre important de ces ponts, 23, soit un tous les 247 mètres, s'explique par les contraintes de la crémaillère et du 3ème rail qui interdisaient toute traversée à niveau de la voie. Ils avaient tous une travée en fer et des culées en maçonnerie[16].

Exploitation[modifier | modifier le code]

Horaires du réseau en Mai 1914.
Noter le nombre de circulations, bien supérieur aux 4 allers-retours imposés par les concessions

.

Les cahiers des charges des deux concessions prévoient la circulation d'au moins quatre trains par jour sur chaque branche, mais stipulent « vu le but spécial de la ligne projetée, qui est le transport de personnes voyageant pour leur agrément, ce nombre pourra varier suivant les saisons, sur proposition du concessionnaire et après décision du préfet »[17].

Les rames n'avaient qu'une seule classe, et leurs voitures devaient être fermées et sans impériale[18]. Un décret de 1895 autorisera toutefois la création de compartiments de « places de luxe »[19].

Les rames au départ de Veyrier et d'Étrembières se rejoignaient à la gare de jonction de Monnetier - Mairie, où elles poursuivaient ensemble vers les Treize-Arbres, à moins que l'affluence ne nécessita qu'une seule motrice, l'autre restant alors en gare[20].

Matériel roulant[modifier | modifier le code]

  • 12 automotrices de 40 places[4] à 3 essieux, longues de 8,50 mètres, larges de 2,10 mètres et hautes de trois mètres au-dessus du rail, avec une masse à vide à vide 10,4 tonnes. Construites par Schweizerische Industrie Gesellschaft (SIG) à Neuhausen am Rheinfall et par la Compagnie de l'Industrie Electrique et Mécanique (CIEM) à Genève (prédécesseur de la Société anonyme des ateliers de Sécheron [SAAS])[14] ;
  • 6 wagonnets de 6 tonnes à 2 essieux immatriculés 20 à 25, utilisés pour le transport des marchandises ou transformées en citernes[14]. En 1928, il n'en restait que cinq[4]. Ils étaient principalement utilisés pour les besoins de l'entreprise : transport de ballast, d'outils, de pièces détachées[14]...

Les automotrices étaient dotées de trois systèmes de freinage :

  • Frein électrique instantané,
    Le freinage étant obtenu en inversant les moteurs, aux prix de violentes secousses ;
  • Frein rhéostatique
    Le freinage étant obtenu par l'utilisation des moteurs comme des génératrices dont le courant était envoyé dans desrésistances situées initialement en dessous des automotrices, puis en toiture vers 1910  ;
  • Frein à main mécaniques
    Actionnées par des manivelles situées à chaque poste de conduite, et actionnant des freins à tambours fixés sur l'axe des moteurs[14].

Vestiges et matériels préservés[modifier | modifier le code]

Le tunnel du Pas de l'Échelle, en 2012
Escalier du Pas de l'Échelle, en 2012.
La plate-forme de la voie, située à droite de cet escalier de 100 marches construit en 1893, est encore visible.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Édouard Cuénod (1855-1938) est le fondateur de l'entreprise suisse de construction actuellement dénommée Cuénod Constructions SA CCSA
  2. « Loi du 8 juin 1888 qui déclare d'utilité publique l'établissement, dans le département de la Haute-Savoie, du Chemin de fer d'intérêt local, à voie étroite et à crémaillère, d'Étrembières au plateau des Treize -Arbres, sur le Grand-Salève (ainsi que la convention et le cahier des charges de la concession) », Bulletin des lois de la République française, no 1188,‎ 6 octobre 1888, p. 293-312 (lire en ligne)
  3. Article 3 de la convention de concession de 1888
  4. a, b, c, d, e et f Annuaire des Chemins de fer et des Tramways (ancien Marchal) : Édition des réseaux français, Paris,‎ 1928, 43e éd., 1334 p., p. 798-799
  5. « Décret du 4 juillet 1891 qui approuve la substitution aux concessionnaires primitifs, de la Société dit chemin de fer du Salève, comme concessionnaire de la ligne d'intérêt local d'Étrembières au plateau des Treize -Arbres, sur le Grand-Salève. », Bulletin des lois de la République française, no 1419,‎ 29 septembre 1891, p. 158-159 (lire en ligne)
  6. « Loi du 9 décembre 1881 qui déclare d' utilité publique l'établissement dans le département de la Haute-Savoie, d'un Chemin de fer d'intérêt local de Veyrier à Monnetier-Mornex (avec la convention et le cahier des charges de la concession) », Bulletin des lois de la République française, no 1462,‎ 6 mai 1892, p. 429-448 (lire en ligne)
  7. Art 34 du cahier des charges de la concession de 1881
  8. a, b, c et d Les chemins de fer électriques du Mont Salève, près Genève, art. cit. en bibliographie
  9. « Les Chemins de Fer Secondaires de France : Département de Haute-Savoie », FACS,‎ 2012 (consulté le 26 octobre 2013)
  10. a, b, c et d Plan de la ligne reproduit dans l'article de Gérard Lepeyre, citée en lien externe, page 12
  11. Art 9 du cahier des charges de la concession de 1888.
  12. Ces tramways venaient de la place du Molard à Genève via Annemasse en passant le pont d'Etrembières sur l'Arve. La ligne a été ouverte en 1883 en voie normale ( 1,435 m), puis transformée en voie métrique lors de l'électrification son 1902. Elle a été supprimée en 1939.
  13. a et b Gérard Lepeyre, article cité en lien externe, page 8
  14. a, b, c, d et e Gérard Lepeyre, article cité en lien externe, page 5
  15. Gérard Lepeyre, art. cité en lien externe, page 10.
  16. Gérard Lepeyre, art. cité en lien externe, page 9.
  17. Art. 32 des cahiers des charges des deux concessions.
  18. Art. 31 des cahiers des charges des deux concessions.
  19. « Décret du 18 décembre 1895 portant création de places de luxe sur les Chemins de fer d'intérêt local dont l'établissement, dans le département de la Haute-Savoie a été déclaré d'utilité publique par les lois des 8juin 1888 et 9 décembre 1891 », Bulletin des lois de la République française, no 1768,‎ 9 juin 1896, p. 807-808 (lire en ligne)
  20. Gérard Lepeyre, art. cité en lien externe, page 6.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]