Chasseurs ardennais

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Bataillon médian de chasseurs ardennais
Peloton de chasseurs ardennais défilant à Bastogne à l'occasion de la Marche européenne du souvenir et de l'amitié
Peloton de chasseurs ardennais défilant à Bastogne à l'occasion de la Marche européenne du souvenir et de l'amitié

Période 16 octobre 1830
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Allégeance Coats of arms of Belgium Military Forces.svg Armée belge
Branche Composante Terre
Type Unité d'infanterie médiane
Fait partie de Brigade médiane
Garnison Marche-en-Famenne
Ancienne dénomination 2e régiment de Namur
10e régiment de ligne
Couleurs Rouge et vert
Devise Résiste et mords !
Marche Marche des chasseurs ardennais
Mascotte Diane
Guerres Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Décorations Croix de guerre française 1939 avec palme et fourragère de l'ordre de Léopold de deuxième classe.
Commandant Lt Col BEM Jean Baugnée

Le bataillon médian de chasseurs ardennais est une unité de l’armée belge, constitué en majorité de Wallons principalement originaires de l’Ardenne qui, dans l'esprit qui présida à sa création, devait défendre cette région. Aujourd'hui, il participe régulièrement aux opérations de maintien de la paix de l'OTAN et de l'ONU. Il est également engagé dans des opérations humanitaires quand appel est fait à la Belgique pour pallier des situations d'urgence dans le monde.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le bataillon médian de chasseurs ardennais fut créé sous le règne du roi Léopold III sur la base du 10e de ligne, régiment formé en 1830 par des soldats belges de la tweede afdeling de l'armée des Pays-Bas.

Après avoir résisté à l'offensive hollandaise de 1831, resté sur lui-même avec toute sa capacité combattive, le 10e de ligne fut un des grands régiments de 1914-18, avec la défense de Namur, de Termonde, de l'Yser et, lors de l'offensive de 1918, avec les victoires de Coortemarck et Essen. C'est au titre de régiment d'élite de l'armée belge que le 10e de ligne fut choisi pour devenir un régiment voué à défendre l'Ardenne. Il s'agissait de compenser l'insuffisance des effectifs de l'armée belge, malgré ses 700 000 hommes (y compris la gendarmerie et la classe des conscrits de 1940), chiffre auquel on espérait pouvoir joindre plus de 200 000 hommes des classes suivantes et 89 000 hommes ajournés des classes d'avant-guerre. Mais ces appels ne purent se faire du fait de la rapidité de l'attaque allemande. C'est alors que l'existence d'une troupe d'élite se révéla utile pour pallier la faiblesse de l'armée d'un petit pays face aux armées du reich allemand. Aussi bien, les chasseurs ardennais étaient-ils dotés de chars légers, de canons auto-tractés et de chenillettes de transport (ancêtres de la jeep que ne possédaient pas les allemands). Les raisons de la résistance des ardennais sont liées à leur équipement autant qu'à leur courage. Il y avait, en 1940, deux divisions de chasseurs ardennais plus un bataillon moto et un régiment d'artillerie, pour un total d'environ 30 000 hommes en béret vert[1] sous le commandement du général Maurice Keyaerts. Les chasseurs ardennais n'étaient donc pas une simple milice locale de jeunes gens levés sur place, comme l'écrit l'auteur français Pierre Miquel. Il s'agissait d'une organisation régimentaire classique avec des volontaires de carrière et des conscrits (en Belgique on dit des miliciens) avec des états-majors d'officiers de carrière expérimenté, jusqu'au grade de général, dont plusieurs avaient combattu pendant les quatre ans de la première guerre mondiale. Le système militaire belge n'était pas et n'est toujours pas fondé sur une base régionale[2]. La Belgique n'a jamais eu un système militaire basé sur une conscription uniquement locale, comme semble le croire l'auteur. C'est une invraisemblable façon de présenter les chasseurs ardennais, un corps composé en partie de professionnels dont des gradés ayant combattu de 1914 à 1918 dans le 10e de Ligne, un des régiments les plus titrés de l'armée belge, devenu, en 1936, une unité dotée de moyens modernes pour l'époque et qui allait faire ses preuves en mai 1940.

S'il est vrai que le régiment des chasseurs ardennais fut constitué, dès sa naissance, d'une majorité de Wallons principalement originaires de l’Ardenne, nombre de soldats d'autres régions sont présents dans l'effectif au moment de la création du régiment. Ce sont, entre autres, des flamands issus du 10e de ligne qui ont voulu rester dans leur régiment lors de la conversion de celui-ci en chasseurs ardennais. Il convient de remarquer qu'aujourd'hui encore le recrutement n'est nullement limité aux wallons et que tout citoyen en provenance d'une autre région de Belgique peut solliciter d'y servir. D'ailleurs, l'armée belge est toujours unitaire et s'il y a des unités de langue flamande ou française, il reste que tout belge peut choisir son rôle linguistique indépendamment de son origine régionale. Évidemment, la connaissance de la langue parlée dans une unité est une condition de base, surtout pour les gradés. Aujourd'hui, les chasseurs ardennais sont, de fait, originaires des régions francophones. Les effectifs ont été réduits et la caserne de Vielsalm fermée depuis la professionnalisation de l'armée. Mais les chasseurs ardennais restent une unité d'élite de l'armée belge. À ce titre, ils participent régulièrement aux opérations de maintien de la paix de l'OTAN et de l'ONU (BELBAT-UNOSOM-BELUBG-UNIFIL-ISAF-BELKOS...). Ils sont également engagés dans des opérations humanitaires quand appel est fait à la Belgique pour participer à des interventions d'urgence dans le monde. En 1960,les compagnies de marche des chasseurs ardennais interviendront dans l'ex-Congo Belge,notamment à Matadi où ils combattront toute la journée du 11juillet.

Les plans belge et français de défense[modifier | modifier le code]

Pour apprécier exactement le rôle des chasseurs ardennais dans les combats de mai 1940 appelés Campagne des dix-huit jours, il faut connaître le plan de campagne de l'armée belge. Celui-ci a été décrit dans des ouvrages plutôt spécialisés. On peut citer "La Guerre et son évolution" d'Henry Bernard[3]. L'armée, par un effort représentant un peu plus de 17 % du chiffre de la population masculine belge apte à porter les armes en 1939, avait été portée à 650 000 hommes auxquels il faut ajouter les 50 000 hommes du contingent de miliciens (conscrits) de 1940 et les plus ou moins 40 000 sur lesquels on comptait pour 1941 en escomptant que la Belgique aurait pu préserver sa neutralité jusque là. Il faut ajouter les 10 000 hommes de la gendarmerie équipée militairement et des civils mobilisés sur place. Tout cela portait l'effectif total théorique entre 750 000 et 800 000 hommes en y incluant la partie de l'effectif de l'intendance confiée à des civils mobilisés sur place ainsi que les services annexes. Un ordre de rappel fut aussi lancé aux 200 000 jeunes de 16 à 20 ans des classes des années 1940 à 1943 et aux 89 000 ajournés et sursitaires des années de 1936 à 1939. Mais la rapidité des reculs alliés ne permit pas de mettre en œuvre la formation de ces effectifs. Et, de toute façon, il était impossible, malgré l'effort considérable de la mobilisation belge, de vouloir défendre complètement des frontières étendues depuis la frontière franco-luxembourgeoise jusqu'à la mer en passant par la frontière avec les Pays-Bas, soit près de 500 kilomètres. On se méfiait de la faiblesse de l'armée hollandaise qui n'atteignait pas 400 000 hommes mobilisés pour défendre surtout la "vesting" Holland, c'est-à-dire le réduit national néerlandais constitué par la zone des îles du delta maritime. Ce plan néerlandais laissait toute latitude à l'Allemagne pour attaquer la Belgique par le Nord. On misait donc sur le canal Albert creusé, dans les années vingt, entre Liège et Anvers, dans le cadre du développement de l'économie nationale, mais aussi pour servir de moyen de défense aux troupes en escomptant que le canal aurait la fonction de "plus grand fossé antichars du monde" pour arrêter l'armée allemande. Dans les années trente, cela devait donner lieu à un plan français d'intervention vers le nord pour entrer aux Pays-Bas. Cette offensive devait se déployer, sous l'abri du canal à sa droite, sous le nom de plan Breda du nom de la ville hollandaise qui lui était fixée comme objectif. En effet, les états-majors français et belge croyaient à une réédition du plan de 1914 d'attaque par le nord de la Belgique, stratégie dont ils avaient supputé que l'Allemagne y ajouterait une extension en allongeant son aile droite jusqu'aux Pays-Bas (qui étaient restés neutres en 1914-18).

Application du plan belge dans les divers secteurs du front[modifier | modifier le code]

La 7e armée française se chargeant d'aider les Hollandais, la majeure partie de l'armée belge était donc massée dans les zones où la proximité de l'Allemagne pouvait faire craindre une attaque brusquée, c'est-à-dire le secteur s'étendant depuis le nord et l'est de Liège jusqu'à la Vesdre, en Ardenne. Le reste du massif ardennais s'étendant jusqu'à la frontière française paraissait propre, par son relief accidenté et l'étroitesse de son sinueux réseau routier, à dissuader une attaque allemande d'envergure, comme le maréchal Philippe Pétain l'avait affirmé.

On avait donc confié l'Ardenne belge, secteur sud du front, à la troupe spéciale des chasseurs ardennais créée à cette fin dès 1933, l'année de l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler. Comme l'expose l'auteur français Jacques Belle, les chasseurs ardennais étaient quasi entièrement motorisés[4]. L'armement comprenait des chars légers T.13 équipés d'un canon pouvant percer les blindages allemands et des chenillettes blindées tous terrains de type carriers, ainsi qu'une artillerie lourde. Mais une partie de celle-ci avait été transférée dans le nord du front belge, dans le secteur du canal Albert pour y assurer des tirs d'interdiction destinés à contrebattre une occupation allemande de la rive droite du canal.

Le plan prévoyait que les chasseurs ardennais devaient avoir un rôle de retardement contre une attaque allemande dans le Luxembourg belge, les troupes françaises implantées dans la région de Sedan, au sud de l'Ardenne belge, devant suffire à dissuader l'état-major allemand de lancer une offensive importante dans ce secteur difficile. La doctrine était que si les Allemands essayaient de passer par les forêts et les vallées ardennaises, ils seraient "pincés" à la sortie, selon le mot du maréchal français Philippe Pétain. Cette stratégie avait fait l'objet d'échanges secrets entre le roi Léopold III et le général en chef français Gamelin (celui-ci parle, dans le livre de ses mémoires, intitulé Servir, de ses contacts secrets avec le roi)[5]. Des renseignements collectés par les attachés militaires à l'étranger confirmaient que, de 1938 à 1940, les plans allemands avaient évolué vers une stratégie axée sur une attaque par l'Ardenne et le Grand-duché de Luxembourg[6]. Dans la perspective d'une offensive allemande en Ardenne, les chasseurs ardennais avaient la charge de retarder les Allemands par le feu et par des destructions. Les ordres de repli qui devaient leur être donnés étaient fondés sur le principe que tout ordre venu de l'état-major général ou de l'état-major régimentaire pouvait être appliqué en tenant compte de la situation des combats, ce qui laissait aux chefs sur le terrain la latitude de tenir leurs positions s'ils l'estimaient possible tant qu'ils pouvaient éviter d'être battus et faits prisonniers. Cette disposition avait été prise en tenant compte que la réception des ordres pourrait être compromise par des actions ennemies comme des coupures de lignes téléphoniques par des raids de parachutistes allemands. Il fallait donc laisser aux officiers des chasseurs, isolés avec leurs hommes en avant de l'armée belge, une liberté d'appréciation.

Faits d'armes[modifier | modifier le code]

Le plan général de combat imparti aux chasseurs ardennais révéla sa pertinence dès le premier jour de l'attaque allemande. Dès 3 heures du matin, les mouvements de troupes à la frontière belgo-allemande, observés par le 2e bureau belge, déterminèrent le général Keyaerts, commandant les chasseurs ardennais, à faire sauter les ponts proches de la frontière sans attendre l'ordre de l'état-major belge et alors que l'ambassadeur d'Allemagne n'avait pas encore signifié la déclaration de guerre à Bruxelles. Depuis des mois, des obstacles constitués de lourds murs de pierre et d'énormes entonnoirs parsemaient les itinéraires d'invasion de l'Ardenne belge. Des champs de mines dispersés dans les prairies et les bois étaient destinés à entraver les tentatives de contournement par les blindés et le charroi de la Wehrmacht. Et lorsque les blindés du général Guderian franchirent la frontière, se trouvèrent-ils bloqués, à Chabrehez, par une centaine de chasseurs ardennais et de motocyclistes (issus de l'ancienne cavalerie) isolés en avant du gros de la troupe, comme cela allait être le cas dans d'autres positions des chasseurs [7]. Tirant le meilleur parti des obstacles et de la topographie pour entraver la progression des chars, ils déchaînèrent sur l'infanterie allemande d'accompagnement une mousqueterie de plus de 10 000 cartouches. Sachant se dérober dans les bois et les fermes ardennaises aux murs épais qui résistaient aux tirs des chars, ils parurent compromettre le plan allemand d'offensive rapide au point que le général Rommel, commandant de la 7e division blindée s'exclama "ce ne sont pas des hommes, mais des loups verts". À Martelange et à Bodange[8], où le commandant Bricart combat jusqu'à la mort, quelques centaines d'hommes laissés en arrière-garde retardèrent 3 000 Allemands jusqu'à ce qu'un renfort d'artillerie finisse par venir à bout de la résistance belge[9]. Ailleurs, les Allemands sont retardés par les obstacles et destructions et par les champs de mines destinés à entraver le contournement des ponts détruits[10], et doivent remettre la continuation de leur offensive au lendemain 11 mai. À Bastogne, quelques hommes bloquent les Allemands pendant une matinée jusqu'à la mort du caporal Cady tué dans son blockhaus, tandis qu'un seul char équipé d'un canon de 47 détruit cinq blindés allemands. Même en arrière du front de combat, dans la profondeur de l'Ardenne, les colonnes allemandes qui se faufilent sur les routes étroites et sinueuses se heurtent à des obstacles et à des destructions. Témoignage allemand : "les destructions sont faites de main de maître, aussi bien pour les routes que pour les ponts ; les Belges reculent en combattant sans cesse".

Echec d'une improvisation tactique allemande[modifier | modifier le code]

L'état-major allemand avait compris que, outre les difficultés résultant de la topographie, il pouvait avoir à faire face à une résistance belge sérieuse. On en a la preuve par la décision du maréchal Goering, de lancer sur les arrières belges, des troupes déposées par cent avions légers Fieseler Storch aux lisières des zones boisées de l'Ardenne. Cette action - encore largement ignorée par les historiens longtemps après la guerre - portait le nom de code de NiWi du nom des localités, Nives et Witry, choisies pour les atterrissages. Ce plan fut exécuté dans la journée du 10 mai, mais le raid fut dispersé par des tirs belges venus du sol et les atterrissages eurent lieu à Witry et à Léglise, en dehors des terrains qui avaient été repérés. Quelques avions capotèrent et prirent feu. Cela ne permettait pas le regroupement prévu et, en plus, dans le secteur de Léglise se trouvaient des chars belges T.15 disposés en deuxième échelon. L'intervention de ces chars légers, utilisant leurs mitrailleuses lourdes, empêcha les Allemands d'attaquer les chasseurs à revers[11]. Cette opération allemande fut donc un échec, même si les Allemands eurent le temps de couper quelques lignes téléphoniques. Aussi, la grande majorité des chasseurs ardennais purent-ils rallier le gros de l'armée belge en retraitant vers la Meuse selon le plan franco-belge.

Tout cela démontre que les chasseurs ardennais n'étaient pas que des fantassins, mais qu'il s'agissait d'une troupe équipée d'un système d'armes et formée de professionnels préparés depuis des années à défendre un terrain qu'ils avaient appris à connaître et encadrant des rappelés entraînés par neuf mois de mobilisation sur pied de guerre. On ne peut donc laisser dire sans protester qu'il se serait agi "d'une milice locale ... des soldats amateurs (!) destinés à retarder l'ennemi sans combattre (sic)", comme l'écrit Pierre Miquel à la page 77 de son livre "La seconde guerre mondiale", Ed. Fayard, Paris 1986.

Supériorité allemande du nord au sud[modifier | modifier le code]

Cependant, les premiers éléments allemands venant du sud du Luxembourg belge, la Gaume, et du Grand-Duché qui n'avait pas d'armée et où les routes étaient plus praticables, atteignaient le front français à la fin de la journée du 10, après avoir été retardés pendant une journée. Le reste des troupes de Guderian et Rommel n'achevèrent de s'extirper du dédale ardennais que le deuxième jour. Les Français du secteur de Sedan avaient donc eu deux jours pour se préparer. Le général français Huntziger commandant le secteur de Sedan avait d'ailleurs envoyé des chars légers combattre en avant de la ligne française. Malgré leur courage, ils ne firent pas le poids devant les chars allemands et perdirent la moitié de leur effectif avant de se replier sur leur ligne de départ.

Pendant ce temps, sur le front nord, une percée allemande réussit à provoquer la chute du fort d'Eben-Emael, après 24 heures de résistance à la suite de l'attaque par des troupes allemandes déposées par des planeurs et utilisant des charges creuses, un explosif inconnu des alliés. Les Belges étaient, en plus, tournés sur leur gauche par le recul précipité de l'armée néerlandaise. Aussi, l'armée belge,contournée à droite et à gauche et percée en son centre, fit-elle retraite, les 13 et 14 mai, en liaison avec l'armée française, pour tenter de rétablir un front allié, d'abord sur la Meuse, puis sur la Dendre et la ligne KW en avant de Bruxelles. Il s'agissait, fut-ce au prix de la perte de territoires, d'échapper au risque d'encerclement par le double mouvement d'enveloppement allemand venu du sud, par Sedan, et du nord, par le Limbourg hollandais. Les chasseurs ardennais se signalèrent encore sur la Dendre où ils arrêtèrent les Allemands pendant trois jours, appuyés par de l'artillerie, avant de devoir décrocher pour ne pas être coupés des armées belges et françaises qui continuaient à se replier. Ensuite, ils ne cessèrent de jouer leur rôle de troupes d'avant-garde jusqu'à la bataille de la Lys durant laquelle le 1er régiment de chasseurs ardennais, notamment, fut chargé de colmater la brèche ouverte le 25 mai 1940 par la reddition en masse du 15e régiment de ligne à Deinze. Cette rude défense occasionna le massacre de Vinkt, les Ardennais ayant si durement malmené un régiment allemand que les soldats de cette unité réagirent contre la population civile par un massacre analogue aux atrocités allemandes de 1914, ce qui entraîna, après la guerre, le jugement de deux officiers allemands. On trouve, sur ces faits, des références dans une publication du Centre de documentation de l'armée belge (Bruxelles 1982) et dans un article de l'ouvrage du Général Crahay "Vingt héros de chez nous", ainsi que dans article très documenté de Wikipedia "sur le Le massacre de Vinkt" et dans d'autres écrits. Il convient de rappeler aussi que, pendant que le gros des chasseurs ardennais combattaient en Ardenne les 10, 11 et 12 mai, d'autres remplissaient le rôle de troupes de couverture pendant les combats du canal Albert les 10 et 11 mai.

L'avis des historiens[modifier | modifier le code]

Le professeur Henri Bernard de l'École royale militaire de Bruxelles considère que le maintien sur le front ardennais de ces unités belges d'élite aurait pu retarder encore plus l'avance allemande vers la France et influencer la bataille de France. Mais le haut-commandement français avait établi, par des pourparlers secrets avec l'état-major belge durant la drôle de guerre [12], que les chasseurs devaient retarder l'ennemi "sans se compromettre" afin de rallier le gros des troupes alliées (les Français, les Belges et les Anglais s'ils arrivaient à temps) en vue de la grande bataille. Celle-ci était prévue sur la Meuse et il fallait donc éviter des pertes de vies en Ardenne afin de conserver le maximum de soldats belges pour la bataille décisive sur la Meuse. Mais encore eut-il fallu que l'armée française se soit opposée à la Wehrmacht avec des forces suffisantes à Sedan, ce qui aurait entravé le plan allemand de débordement des franco-belges par le sud du secteur de la Meuse belge. Mais les unités de réserve mal équipées et mal installées du secteur de Sedan n'ont pas pu jouer le rôle qui leur avait été confié sous les ordres du général Huntziger, ainsi que cela a été reconnu par les historiens dont le lieutenant-colonel français Jacques Belle qui voit dans la réussite allemande à Sedan le résultat de "la concentration sans précédent de forces venues du ciel et, avant même l'intervention des blindés, de troupes d'élite au sol s'en prenant à une troupe de seconde réserve plus ou moins bien installée sur sa position". On le lit dans "La défaite française, un désastre évitable"[13], De plus, le député français Taittinger avait prédit, dès le 8 mars 1940, dans le rapport d'une commission parlementaire, que le secteur de la Meuse "ne pourrait longtemps arrêter l'ennemi"; il révélait que les parlementaires ont constaté "une organisation défensive embryonnaire ... dans certains ouvrages, seul le coffrage est terminé et le béton n'est même pas coulé ... il manque une partie de l'armement ... le 10e corps qui défend Sedan ne dispose pas de DCA... il n'a sous ses ordres que des régiments de formation B composés de réservistes". Mais, en réponse, le général français Huntziger, commandant l'armée de Sedan, déclara le 8 avril "il n'y a aucune mesure urgente à prendre pour le renforcement du secteur de Sedan". C'est ce qu'écrit Pierre Miquel dans "La seconde guerre mondiale"[14].

Débordés par la percée allemande de Sedan qui menaçait leur aile sud, les Français et les Belges de la Meuse, eux-mêmes surclassés par les attaques du couples avions et chars, ont entraîné les chasseurs ardennais dans un reflux général vers l'ouest dans l'espoir déçu des états-majors alliés de reformer un front continu pour affronter l'ennemi dans une grande bataille d'arrêt. Finalement, une bataille de quatre jours sera livrée sur la Lys par l'armée belge, toutes forces réunie, appuyée par quelques régiments français. Les chasseurs ardennais y firent preuve de la même combattivité qu'en Ardenne, avant l'effondrement belge de par l'épuisement des munitions et le départ de l'armée anglaise qui laissait un vide de quarante kilomètres au sud, ouvrant la perspective d'un encerclement inévitable, ainsi que cela est reconnu par l'attaché militaire anglais lord Roger John Brownlow Keyes [15]

La valeur du 10e de ligne, devenu chasseurs ardennais, a été reconnue par pas moins de onze citations, cinq pour la Première Guerre au titre de 10e Régiment de Ligne, citations Yser, Essen, Cortemarck, Namur, Termonde et, pour la Seconde Guerre, Ardennes, Canal Albert, La Dendre, La Lys, Vinkt, Belgique 1940.

Les chasseurs ardennais après la guerre et au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Les effectifs ont diminué dans le cadre de la réduction générale d'effectifs et de la suppression du service militaire consécutifs à la fin de la guerre froide auxquels on a procédé en Belgique comme dans plusieurs pays. Il ne reste plus qu'un bataillon des chasseurs ardennais et la musique régimentaire a été supprimée. L'organisation et le nom actuels recouvrent la fusion des 1er,2e,3e,4e,5e bataillons qui a suivi la réorganisation de la composante de la force terrestre belge en 2010, le drapeau du 6e bataillon de chasseurs ardennais restant à la garde de l'état-major de la province de Luxembourg.

Le bataillon est caserné aujourd'hui à Marche-en-Famenne, qui est sa garnison depuis le 14 juillet 1978, d'où il s'envole parfois pour participer à des opérations de maintien de la paix de l'OTAN et de l'ONU.

Avant cela le 1ChA avait été successivement à Arlon puis en Allemagne, lorsque la Belgique occupait un créneau de l'OTAN, à Siegburg, Hemer, Spich et Siegen, puis Spich une deuxième fois. Les 2 et 3 ChA, quant à eux, ont uniquement été casernés à Bastogne et à Rencheux (Vielsalm). Le 11 juillet 1960,la Première compagnie de marche du premier bataillon de Chasseurs ardennais débarquait à Matadi où ils combattent toute la journée contre des unités révoltées de la Force Publique Congolaise.

Drapeau[modifier | modifier le code]

Le drapeau porte les inscriptions suivantes :

Il possède également la fourragère de l'Ordre de Léopold de deuxième classe.

Références[modifier | modifier le code]

http://www.mil.be/armycomp/units/index.asp?LAN=fr&ID=580 Ministère belge de la Défense nationale

  1. http://www.fraternellechasseursardennais.be
  2. La seconde guerre mondiale, Pierre Miquel, "une milice locale de jeunes gens levés sur place" (!), page 77, Ed. Librairie Arthème Fayard, Paris 1986.
  3. La Guerre et son évolution,Henri Bernard, Tome II, pages 40 à 42, Ed. Imprimerie scientifique, Bruxelles 1957.
  4. La Défaite française, un désastre évitable, lieutenant-colonel Jacques Belle, p. 172, Ed. Economica Paris 2007
  5. Servir, général Gamelin, Paris 1946
  6. Les Relations militaires franco belges 1936-1940, Ed. Centre national de la recherche scientifique, Paris 1968.
  7. Le Mythe de la guerre éclair, Karl-Heinz Frieser, p. 130; 136, 137, 138, 139, 141, Ed. Belin Paris 2003.
  8. Le Mythe de la guerre éclair, Karl-Heinz Frieser, pages 136, 137, éd. Belin, Paris 2003.
  9. Un désastre évitable, lieutenant-colonel Jacques Belle, p. 127, Ed. Economica Paris 2007.
  10. Verlorene Siege Général Von Manstein, page 123.
  11. Le Mythe de la guerre éclair, Karl-Heinz Frieser, pages 138, 139, 140, Ed. Berlin, Paris 2003.
  12. Général Gamelin, "Servir", Paris 1946.
  13. La défaite française, un désastre évitable, Jacque Belle, page 264, Ed. Economica, Paris 2007.
  14. La seconde guerre mondiale, Pierre Miquel, page 241, Ed.Fayard, Paris 1986.
  15. Amiral lord Keyes Un règne brisé, Tome 1er, Ed. Duculot Gembloux 1983.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]