Chartreuse de Champmol

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Chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol
Aimé Piron, Vue en perspective de la chartreuse de Champmol, 1686, Bibliothèque municipale de Dijon
Aimé Piron, Vue en perspective de la chartreuse de Champmol, 1686, Bibliothèque municipale de Dijon

Ordre Ordre des Chartreux
Fondation 15 mars 1385
Fermeture Avril 1791
Fondateur Philippe II de Bourgogne
Personnes liées Drouet de Dammartin, Jean de Marville, Claus Sluter, Claus de Werve, Melchior Broederlam, Jacques de Baerze, Jean de Beaumetz, Jean Malouel, Henri Bellechose
Style(s) dominant(s) Architecture gothique
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)
Logo monument historique Classé MH (1902)
Logo monument historique Classé MH (1996)[1]
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Bourgogne
département Côte d'Or
Commune Dijon
Coordonnées 47° 19′ 03″ N 5° 00′ 13″ E / 47.3175, 5.0036147° 19′ 03″ Nord 5° 00′ 13″ Est / 47.3175, 5.00361  

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Chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol

La chartreuse de la Sainte-Trinité de Champmol est un ancien monastère de l'ordre des Chartreux situé à Dijon en Bourgogne, dont l'emplacement est actuellement occupé par le centre hospitalier spécialisé de la ville.

Sa construction a commencé sur un domaine acquis en septembre 1378 au lieu-dit de Champmol, alors à l'extérieur de la ville de Dijon par Philippe le Hardi. Dans son testament de 1386, il souhaite y être inhumé dans l'habit des chartreux. Les ducs de Bourgogne y font venir de nombreux artistes afin d'y réaliser des œuvres d'art (peintures et sculptures) destinées à décorer le couvent. Le couvent est fermé et vendu en avril 1791, lors de la Révolution française, et le nouveau propriétaire ne tarde pas à démolir l'église et les bâtiments dont il n'a pas l'usage. Le site est racheté en 1833, par le département de la Côte-d’Or, pour en faire un asile psychiatrique. Les œuvres d'art qui y étaient conservées sont en partie dispersées dans de nombreux musées dans le monde.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire de la Bourgogne.

Construction[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

La construction de la chartreuse est décidée par Philippe le Hardi et le chantier inauguré au mois de septembre 1378[2]. Philippe le Hardi acquiert pour 800 francs un domaine qui appartient à Hugues Aubriot, ancien bailli de Dijon, au lieu-dit La Motte de Champmol. La première pierre de l'église est posée par la duchesse Marguerite et son fils Jean, le 20 août 1383. Le duc souhaite créer une nécropole rivale de celle des Capétiens, à Saint Denis ; il en choisit l'emplacement à proximité de sa capitale[3]. Le projet prévoit la construction d'une église et de bâtiments conventuels, un petit cloître, un grand cloître bordé de cellules spacieuses qui comportent un étage et un grenier et orné d'une fontaine centrale en forme de calvaire, la salle capitulaire et la sacristie[4]. Dirigés par Drouet de Dammartin, qui a fait ses preuves aux côtés de Raymond du Temple, l'architecte de Charles V[5], les travaux ne commencent vraiment en fait qu'en 1383, les fondations étant creusées au mois de juillet et la première pierre posée solennellement au mois d'août par la duchesse Marguerite et son fils Jean, le jeune comte de Nevers, qui a juste douze ans[4]. L'église est consacrée cinq ans plus tard, en mai 1388[4], par l'évêque de Troyes[6], et les moines s'installent dans le cloître en octobre de la même année[4]. En 1399, les bâtiments du pressoir sont terminés et les moines commencent à exploiter leur vigne[4].

Un chantier prestigieux[modifier | modifier le code]

Le chantier emploie plus de deux-cent cinquante ouvriers venus de divers horizons géographiques[4] et de tous les corps de métier du bâtiment : imagiers (sculpteurs), peintres, tuiliers, verriers, menuisiers, fondeurs[5]. Ils sont placés sous la responsabilités de maîtres artisans. Les fondeurs travaillent pour le canonnier du duc, maître Colart, chargé de la fabrication des cloches de l'abbaye[4]. Le menuisier Jean de Liège est responsable des huisseries et des boiseries ; on pourrait encore citer les tuilliers Perrin de Longchamps et Jean de Gironne, et les verriers Robert de Cambrai[5] et Henri Glumosack[7].

Le peintre chargé des travaux de décoration est un artiste du Nord de la France, Jean de Beaumetz[4]. Jean Malouel est chargé de la polychromie du tombeau de Philippe le Hardi[8]. Melchior Broederlam est responsable, lui, de la peinture des retables sculptés par Jacques de Baerze à Termonde.

En 1384, le duc charge son imagier, Jean de Marville, du monument funéraire de Philippe le Hardi. Il emploie des tailleurs de pierre d'origine hollandaise, dont Claus Sluter. Le portail est l'œuvre de Claus Sluter, promu maître de l'atelier en 1389[4], qui s'occupait de la décoration de la Chartreuse. C'est également lui qui réalise le puits de Moïse, calvaire doublé d'une fontaine, qui se trouvait dans le grand cloître. En 1390, deux retables sculptés, celui des Saints et martyrs et celui de la Crucifixion, sont commandés à Jacques de Baerze. Sculptés en 1391, ils sont ensuite transportés à Ypres où ils sont peints et dorés par Melchior Broederlam entre 1393 et 1399. Ils sont installés à la chartreuse en 1399.

Un projet politique[modifier | modifier le code]

Philippe le Hardi[modifier | modifier le code]

En fondant la chartreuse de Champmol, Philippe le Hardi manifeste une double volonté : celle de démontrer sa piété et celle de se poser en mécène. Selon Bertrand Schnerb, l'histoire de la chartreuse de Champmol est ainsi intimement liée à celle de l'État bourguignon. Philippe confirme dans son testament donné à Arras le 13 septembre 1386 qu'il désire être inhumé à la Chartreuse[9]. Enfin, en fondant la Chartreuse de Champmol, Philippe II indique que la capitale de ses États est Dijon, et non Lille[9]. Par ailleurs, il rompt avec ses prédécesseurs puisque les ducs capétiens se faisaient inhumer à l'abbaye de Cîteaux, et affirme de fait la spécificité de la nouvelle dynastie bourguignonne[10].

Lorsque le duc Philippe meurt d'une violente fièvre, le 27 avril 1404, son tombeau n'est pas encore achevé[8]. Son ami et conseiller, le banquier Dino Rapondi se charge du transport funèbre depuis le château de Hal, non loin de Bruxelles jusqu'à la Chartreuse de Champmol. Pour son ami, il orna de drap de Lucques noir, brodé d’or toutes les églises qui étaient le long du parcours. Le long cortège de près de 150 personnes en livrée noir a ramené le corps embaumé du duc à Dijon, où il est enterré le 15 juin.

Les héritiers de Philippe le Hardi[modifier | modifier le code]

Le nouveau duc, Jean sans peur, en confie l'achèvement à Claus Sluter[8] puis à son neveu Claus de Werve. Il commande également un monument funéraire sur le modèle de celui de son père, qui ne sera qu'ébauché à sa mort soudaine en 1419. À la mort de Werve en 1439, le fils de Jean sans peur, Philippe le Bon, fait appel aux sculpteurs Jean de la Huerta (1443) puis Antoine Le Moiturier (1461). Le monument de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière se trouve aujourd'hui au musée des beaux-arts de Dijon.

Tout au long du XVe siècle les ducs de Bourgogne continueront à enrichir la chartreuse. Peintre de Jean sans peur, Henri Bellechose travaille à Dijon entre 1415 à 1444, succédant à Jean Malouel comme peintre attitré de la cour de Bourgogne. En 1416 il reçoit un paiement pour Le Retable de Saint Denis destiné à l'église de la chartreuse.

Cependant, après le tombeau de Jean sans Peur et de son épouse achevé en 1470, plus aucun monument ne fut réalisé[11].

De la chute des États bourguignons à la révolution française[modifier | modifier le code]

XVIe au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Du XVIe au XVIIIe siècle elle demeure un monument très admiré[5], même si les travaux de modernisation au XVIIIe siècle la privent de certaines œuvres médiévales, jugées désuètes et remplacées par des objets contemporains[Lesquels ?][5].

La Révolution française[modifier | modifier le code]

La chartreuse de Champmol en septembre 2007.

Par le décret du 2 novembre 1789, l’Assemblée constituante décide que les biens ecclésiastiques sont mis à la dispositions de la Nation ; par le décret du 13 février 1790, l’Assemblée supprime les ordres et congrégations régulières. La Chartreuse devient bien national et les Chartreux en sont chassés en avril 1791.

Elle est mise en vente et en 1791, Emmanuel Crétet (futur premier ministre de l'intérieur de Napoléon Bonaparte) utilise sa fortune personnelle pour l'acquérir.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, « la Chartreuse » désigne le centre hospitalier spécialisé (CHS, synonyme d'hôpital psychiatrique) de Dijon, et l'expression « aller à la Chartreuse » signifie aujourd'hui à Dijon être hospitalisé en psychiatrie. Malgré ces vicissitudes, il demeure à la Chartreuse de fort intéressants morceaux de sculpture médiévale, témoignages majeurs de l'art burgondo-flamand.

Les restes de la Chartreuse[modifier | modifier le code]

Ancienne tourelle de l'oratoire ducal.

Les deux grands ensembles conservés à la Chartreuse sont le « Puits de Moïse », le portail de la chapelle qui contenait autrefois les tombeaux monumentaux des ducs Philippe le Hardi et Jean sans Peur, reconstitués aujourd'hui au musée des beaux-arts de Dijon, la tourelle de l'oratoire du duc, autrefois attenante à la chapelle, le puits dit de Jacob et le portail d'entrée.

On doit à l'architecte Pierre-Paul Petit la réalisation du grand ensemble hospitalier, un des premiers à mettre en œuvre les nouvelles théories hygiénistes. À peu près à la place du grand cloître, il édifie de longs bâtiments disposés en carré et distribués par deux petits pavillons d'entrée. Le Puits de Moïse, abrité sous son édicule du XVIe siècle, est maintenu au centre de la composition. L'actuelle charmille, plantée à l'occasion de la restauration du site en 1999-2000, suggère l'emprise du grand cloître disparu. Pierre-Paul Petit construit également une chapelle pour les patients, sur la partie occidentale de l'implantation de l'ancienne église des chartreux, et intègre les vestiges du portail, qui avait connu un demi-siècle de vie comme ruine romantique. Son porche couvert met totalement hors d'eau et hors d'air le portail, et contribue à sa conservation. À l'intérieur, un décor néo-gothique, peint et sculpté (tribune), intègre des éléments anciens, sauvés des destructions des décades précédentes. Ainsi, un écu armorié porté par deux anges provenant de l'ancienne chambre des compte de Bourgogne est-il intégré dans le décor intérieur de la chapelle. Cette chapelle, moins longue vers l'est que ne l'était l'ancienne église des chartreux, laisse de fait l'ancienne tourelle de l'oratoire ducal isolée, dans le plus pur goût de la ruine romantique.

Le portail[modifier | modifier le code]

Conception[modifier | modifier le code]

Les historiens attribuent la conception du portail à l'architecte Drouet de Dammartin et au sculpteur Jean de Marville[12]. L'attribution de la Vierge à l'enfant se fait tantôt à Jean de Marville, tantôt à Claus Sluter. Cependant le portail a été élargi par rapport au plan initial, peut-être lorsque Claus Sluter en a changé la conception afin d'ajouter les figures des ducs et des saints intercesseurs qui sont de sa main[12].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Le portail de la chapelle développe une iconographie que l'on retrouve fréquemment, notamment dans les retables et les portails parisiens sous le règne de Charles V[12] : les donateurs agenouillés sont présentés à la Vierge par un saint intercesseur ; à gauche le duc Philippe le Hardi agenouillé devant Jean-Baptiste, à droite la duchesse Marguerite, devant Catherine d'Alexandrie, au centre la Vierge représentée au trumeau tenant l'Enfant Jésus. Les statues sont toutes en ronde bosse, et la Vierge surtout retient l'attention par son mouvement et par les plis complexes du drapé de son vêtement. Les consoles des piédroits sur lesquels se trouvent les figures latérales sont ornées de figures de docteurs. La façon dont les volumes se détachent de la façade, la convergence des regards vers le Christ dans les bras de sa mère, le mouvement des mains et du pli des drapés créent une tension et une unité qui donne au portail un caractère dramatique prononcé.

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Le Puits de Moïse de Claus Sluter[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Puits de Moïse.

Le Puits de Moïse, classé monument historique en 1840[13], constitue la base d'un calvaire polychrome qui se dressait au centre d'un puits situé au milieu du cloître de la chartreuse, cloître aujourd'hui disparu et dont le tracé est évoqué par des pelouses autour de l'édicule qui protège le monument depuis le XVIIe siècle. En l'état, le monument conserve les portraits en pied et en ronde-bosse de six prophètes de l'Ancien Testament, surmontés d'anges représentés dans une attitude de tristesse ou de lamentation. Chaque prophète est fortement individualisé, et tient un phylactère comprenant un texte tiré des écritures. C'est l'atelier de sculpture des ducs, et principalement Claus Sluter et Claus de Werve qui en sont les auteurs. Les sculptures portent encore quelques traces de leurs couleurs d'origine, réalisées par Jean Malouel et ravivées par une restauration qui s'est déroulée entre 2001 et 2003[14].

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Il existe une copie du puits, peu connue, située à l'angle sud-est du parc de l'hôpital général de Dijon. Elle a été érigée en 1508 par Guillaume Sacquenier, alors commandeur de l’hôpital. La pierre de cette copie anonyme n'a pour sa part jamais été peinte.

Un moulage du puits réalisé en 1880 par Jules Fontaine est présenté dans la galerie des moulages du musée des Monuments français à la Cité de l'architecture et du patrimoine[15].

Les œuvres d'art autrefois conservées dans la chartreuse[modifier | modifier le code]

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Les artistes principaux de la Chartreuse de Champmol :

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans L'Oblat (chapitre V), Joris-Karl Huysmans met en scène une visite au musée de Dijon qui sert de prétexte à une description des monuments de Philippe le Hardi et Jean sans Peur. Il admire particulièrement le réalisme naïf des plorants qu'il attribue aux ouvriers de l'atelier de sculpture.

« Ils avaient voulu beaucoup moins, en somme, décrire l'effet produit sur des religieux par l'annonce de la mort de l'un ou de l'autre de leurs bienfaiteurs, que donner comme un instantané de la vie courante des cénobites et ils les avaient effigiés, l'abbé en tête, mitré et crossé, tenant le livre ouvert de la règle, regardant d'un air impérieux et méfiant des moines qui pleurent ou lisent, méditent ou chantent, égrènent leur rosaire ou, désœuvrés, s'ennuient ; un tel se mouche, tandis qu'un autre se cure tranquillement l'oreille. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00112257 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Schnerb 2005, p. 127
  3. Cartel du musée des beaux-arts de Dijon
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Article sur le site du musée des Beaux-Arts de Dijon
  5. a, b, c, d et e Musées de Bourgogne, dossier Ducs de Bourgogne
  6. Bourgogne
  7. Drouet de Dammartin sur Structurae.
  8. a, b et c Art médiéval, Jean de Marville, Claus Sluter
  9. a et b Schnerb 2005, p. 120-121
  10. Schnerb 2005, p. 128
  11. Françoise Baron, Sophie Jugie, Benoît Lafay, Les tombeaux des ducs de Bourgogne, Somogy / éditions d'art, p. 21.
  12. a, b et c Claus Sluter sur Culture.fr. Consulté le 25 avril 2008
  13. « Notice no PA00112257 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  14. La Tribune de l'Art
  15. Guide du musée des Monuments français à la Cité de l'architecture et du patrimoine, Dominique Carré éditeur, Paris, 2010, p.86

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]