Charlotte Delbo

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Charlotte Delbo

Activités Résistante, écrivain, auteur de pièces de théâtre
Naissance 10 août 1913
Vigneux-sur-Seine
Décès 1er mars 1985
Paris
Langue d'écriture français

Charlotte Delbo née le 10 août 1913 à Vigneux-sur-Seine et morte le 1er mars 1985 à Paris, est une femme de lettres française et une résistante qui a vécu la déportation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Aînée des quatre enfants d'une famille d'immigrés italiens, Charlotte Delbo est la fille d'un chef monteur-riveteur[1].

Elle adhère en 1934 aux Jeunesses communistes puis en 1936 à l'Union des jeunes filles de France fondée par Danielle Casanova[1]. Si elle n'a jamais obtenu le baccalauréat elle fait néanmoins quelques études de philosophie dans le cadre de l'Université Ouvrière[2] où elle rencontre son futur mari, le militant communiste Georges Dudach (qui, formé à Moscou, deviendra un « véritable agent » communiste[2]), qu'elle épouse en 1936[3].

Ayant une formation de secrétaire (sténo-dactylo bilingue en anglais[1]), elle devient en 1937 l’assistante de Louis Jouvet au théâtre de l'Athénée qu'elle a rencontré lors d'une interview qu'elle faisait pour le compte d'un petit journal communiste[1]. Elle a notamment la charge de transcrire ses cours aux étudiants du conservatoire[2],[1]. Elle part avec la troupe en Amérique latine en mai 1941 pour une tournée sous l'égide du gouvernement de Vichy[2].

Résistance et déportation[modifier | modifier le code]

Apprenant en septembre 1941 la mort sous la guillotine de Jacques Woog, un jeune architecte de leurs amis[réf. nécessaire], elle décide de rejoindre son mari en France et entre dans la Résistance clandestine.

Georges Dudach est notamment chargé d'entretenir les liens avec Louis Aragon, réfugié en zone libre[2]. Avec Charlotte Delbo, ils font partie du « groupe Politzer », chargé de la publication des Lettres françaises[1] dont Jacques Decour est rédacteur en chef. Charlotte Delbo est chargée de l'écoute de Radio Londres et de Radio Moscou ainsi que de la dactylographie des tracts et revues[1].

Charlotte Delbo et son mari sont arrêtés le 2 mars 1942 par les Brigades spéciales, lors de la série d'arrestations qui visent le mouvement intellectuel clandestin du Parti communiste français[1]. Georges Dudach est fusillé au fort du Mont-Valérien le 23 mai 1942, à l'âge de 28 ans[1].

D’abord incarcérée à la prison de la Santé, à Paris, puis transférée au fort de Romainville pendant un an, elle est passée par le camp de Compiègne pour être immédiatement déportée, par le convoi du [4], un convoi de 230 femmes[5] qui viennent de toute la France et sont issues de différentes classes sociales[6]. Il s'agit du seul convoi de déportées politiques françaises envoyé à Auschwitz[6]. Beaucoup d'entre elles sont communistes et se trouvent aussi dans ce convoi Marie-Claude Vaillant-Couturier, Danielle Casanova[2] et s'ajoutent à ces détenues politiques quelques « droit commun » et quelques erreurs judiciaires[7]. Le train arrive le à Auschwitz[2].

Elle sera l’une des 49 femmes rescapées de ce convoi[6] et portera, le reste de sa vie, le numéro 31661 tatoué sur le bras[8]. Cette proportion de rescapées plus importante que dans d'autres convois peut s'expliquer par les incohérences de la politique d'Auschwitz[2], par le fait que des personnalités connues s'y trouvaient et qu'il aurait pu être gênant de les tuer toutes[2], mais aussi par la forte solidarité qui s'est développée dans ce groupe de femmes[6] et parce qu'étant en majorité des résistantes, elles avaient parfois été formées à combattre et s'étaient déjà confrontées à l'idée de risquer de mourir pour leurs idées[8].

Charlotte Delbo estime qu'elle a survécu en particulier grâce aux poèmes qu'elle passe beaucoup de temps à chercher à se remémorer par un important effort de mémoire (elle arrivera à en « reconstituer » 57) et les textes de théâtre qu'elle est capable de se rappeler (notamment Le Misanthrope et Ondine) ainsi que par les souvenirs de sa vie d'avant et le dialogue avec les autres déportées[6]. Elle déclarera en 1974 que, malgré l'aspect horrible du camp de concentration dont « aucun animal ne serait revenu », elle considère qu'elle a « appris là [...] quelque chose qui n'a pas de prix » : le courage, la bonté, la générosité, la solidarité et que cela lui a donné une « très grande confiance dans son semblable[6]. »

Elle et ses compagnes de déportation ont l'obsession qu'au moins l'une d'elles revienne afin de témoigner de ce qui leur est arrivé[6]. C'est donc pendant sa déportation qu'elle décide que, si elle survit, elle écrira un livre pour témoigner de ce que ces femmes ont vécu, dont elle choisit déjà le titre  : Aucun de nous ne reviendra, d'après un vers de Guillaume Apollinaire[2],[9]. Selon elle ce vers d'Apollinaire correspond exactement à ce qu'elle a éprouvé, et, sans doute, à ce que chacun a éprouvé, en arrivant au camp[6]. Elle a déclaré qu'elle prévoyait déjà, à cette époque, de ne le publier qu'après une vingtaine d'années car elle souhaitait que ce ne soit pas simplement un témoignage mais bien une « œuvre » et que pour ce faire il faudrait qu'elle le revoie vingt ans après l'avoir écrit[6]. En outre elle se doute qu'après la guerre, les privations qu'aura connues la population française feront qu'elle sera centrée sur elle-même sans pouvoir s'intéresser au malheur « lointain » de ces déportées, et qu'elles seront « dans la situation de celui qui, mourant d'un cancer, essaye d'attirer l'attention de celui qui a une rage de dents[6] ».

Elle est envoyée à Ravensbrück[2] parmi un petit groupe de huit, le 7 janvier 1944. Elle réussit à y organiser des représentations de pièces de théâtre dont elle reconstitue le texte de mémoire[8].

Après guerre[modifier | modifier le code]

Libérée par la Croix-Rouge le 23 avril 1945, elle est rapatriée en France le 23 juin 1945 en passant par la Suède[2].

Sa personnalité après la guerre se caractérise par un « bonheur de vivre » et un caractère épicurien, comme si, après avoir frôlé la mort, elle jouissait pleinement du reste de sa vie et souhaitait profiter « du moindre moment[6] ». Elle est très gaie et est connue pour son goût pour le champagne[8].

Elle commence à rédiger Aucun de nous ne reviendra, d'une traite assez rapide et sans plan, environ six mois après son retour en France, dès qu'elle est en meilleure santé[6]. Elle range le manuscrit remis au net, l'emporte pendant des années avec elle dans tous les voyages qu'elle fait et le propose à un éditeur au bout de vingt ans[6]. Il est publié en 1965[6]. Selon son ami le critique littéraire François Bott, il semble qu'elle ait réagi à l'idée d'Adorno selon laquelle aucune poésie ne serait possible après Auschwitz, en disant que si la poésie ne sert précisément pas à faire ressentir Auschwitz, celle-ci était alors inutile[6].

Après la guerre, elle travaille de nouveau avec Louis Jouvet de septembre 1945 à avril 1947, puis pour l’ONU[2] puis, à partir de 1961, au CNRS, avec le philosophe Henri Lefebvre qui avait travaillé avec Georges Politzer avant guerre.

Durant la Guerre d'Algérie, elle se situe clairement dans l'opposition à cette guerre, la dénonciation de la torture et le soutien aux insoumis et « porteurs de valises » du réseau Jeanson. Elle publie une série de correspondances sur ce thème dans Les Belles lettres aux éditions de minuit (1961)[10]. « Alors qu'auparavant, l'indignation explosait en manifestations et en actions collectives..., elle n'a plus aujourd'hui le moyen de s'exprimer... Il n'y a plus de vie politique... Privé d'autres moyens d'agir on écrit des lettres. »[11]

Elle estime qu'après ce qu'elle a vécu à Auschwitz, « elle ne risqu[e] rien » et n'a pas peur de prendre des engagements qui peuvent faire scandale : le suicide de membres de la Bande à Baader dans les années 1970 (et la polémique qui s'en suit, des militants considérant que ces terroristes avaient en fait été assassinés) la choque au point qu'elle n'hésite pas à écrire une tribune dans Le Monde pour soutenir la Bande à Baader en déclarant que si des terroristes avaient réussi à tuer Adolf Hitler et Benito Mussolini lors d'une de leurs rencontres, elle n'aurait pas été déportée[6].

Elle n'a pas eu d'enfant et n'aurait jamais souhaité en avoir[8].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Elle écrit une œuvre faite de récits, de pièces de théâtre et de poèmes, essentiellement autour de la déportation.

Aucun de nous ne reviendra[modifier | modifier le code]

Selon Marie-Claude Vaillant-Couturier qui était en déportation avec elle, Charlotte Delbo décrit dans ce livre, qui n'est pas un récit chronologique, « les impressions » qu'elle a eues durant sa déportation, permettant d'en rendre presque ce qui est « incommunicable[6] ». Elle y raconte notamment les heures passées à rester debout dans le froid durant l'appel, et l'angoisse créée par la soif extrême ressentie souvent dans ce camp[6].

Elle aborde aussi les difficultés et la solitude du retour après guerre de ces femmes qui ont connu la « fraternité » dans la déportation[6]. D'après François Bott, qui dirige dans les années 1960 les pages littéraires de L'Express, il s'agit d'un livre « bouleversant » sorti à un moment où on n'ose encore très peu parler de la déportation, comme si ce sujet était « impudique[6] ». Il estime que ce livre arrive à faire ressentir l'horreur et la barbarie grâce à la poésie, rendant leur humanité et leur beauté à ces femmes déportées[6].

Le Convoi du 24 janvier[modifier | modifier le code]

Dans Le Convoi du 24 janvier[7], Charlotte Delbo fait un portrait des 230 femmes qui étaient présentes dans le convoi qui l'a amenée à Auschwitz, recherchant leurs origines, les raisons qui les ont poussées à s'engager dans la résistance, les circonstances de leur arrestation et relatant leur vie en camp de concentration, leur décès ou leur vie après guerre[6]. Elle consacre un chapitre à chacune de ces femmes[6].

Qui rapportera ces paroles ?[modifier | modifier le code]

Cette pièce de théâtre, dont le sous-titre est « Une tragédie qui se passe dans un camp de concentration » est sans décor et le costume n'y « compte pas ». Il y a 23 personnages, des femmes[8]. La pièce est écrite en phrases courtes[8]. Au fur et à mesure de la pièce, les personnages disparaissent[8]. Le camp n'est jamais nommé, les termes « allemands » ou « SS » n'apparaissent jamais, tout comme l'argot des camps de concentration n'est pas utilisé[8].

Hommages[modifier | modifier le code]

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Le collège de Tronget, village du cœur de l'Allier, porte son nom depuis 1998. Tous les deux ans, ce collège organise une semaine entièrement consacrée à Charlotte Delbo et aux camps.

La bibliothèque du deuxième arrondissement de Paris porte depuis janvier 2008, le nom de Charlotte Delbo.

À l'occasion de la journée internationale des droits de la femme de l'année 2008, le portrait de Charlotte Delbo fut accroché devant le Panthéon au côté d'autres grandes femmes.

Un comité du Parti de Gauche en Haute-Garonne porte son nom. Il regroupe les militants du Nord et de l'Est de la commune de Toulouse.

Une école primaire publique à son nom a été inaugurée en 2013 à Aubervilliers.

La promotion 2012-2013 de la licence professionnelle « Actions Culturelles et Promotion du Patrimoine » de l'université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis porte son nom.

La bibliothèque de Vigneux-sur-Seine (ville où elle est née et où elle repose) porte depuis 12 octobre 2013, le nom de Charlotte Delbo.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Essais, enquêtes, souvenirs et poèmes[modifier | modifier le code]

  • Les Belles Lettres, Les Éditions de Minuit, 1961, réédit. 2012. (ISBN 9782707304742)
  • Le Convoi du 24 janvier, Les Éditions de Minuit, 1965, 1978, 1995.
  • Auschwitz et après, 3 tomes :
    • Aucun de nous ne reviendra, Gonthier éd., 1965, Les Éditions de Minuit, 1970, 1979, 1995. Mise en scène au Théâtre de la bastille
    • Une connaissance inutile, Les Éditions de Minuit, 1970.
    • Mesure de nos jours, Les Éditions de Minuit, 1971, 1994.
  • Spectres, mes compagnons, Maurice Bridel, Lausanne, 1977 ; réédition, Berg international, Paris, 1995.
  • La Mémoire et les Jours Paris, Berg International, 1985, réed. 1995.

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • La Théorie et la Pratique, Anthropos, Paris, 1969.
  • La Sentence, pièce en trois actes, P.-J. Oswald, 1972.
  • Qui rapportera ces paroles ?, tragédie en trois actes, P.-J. Oswald, Paris, 1974. Réédition avec Une scène jouée dans la mémoire, HB, Aigues-vives, 2001.
  • Maria Lusitania, pièce en trois actes, et le coup d'État, pièce en cinq actes, P.-J. Oswald, Paris, 1975.
  • La Ligne de démarcation et La Capitulation, P.-J. Oswald, Paris, 1977.
  • Les Hommes, Pièce publiée dans la revue Théodore Balmoral n° 68 en juin 2012.
  • Ceux qui avaient choisi, pièce en deux actes, Les provinciales, Saint-Victor, 2011.

Textes parus en revue[modifier | modifier le code]

  • À une Judith, Théodore Balmoral, n° 22/23 (Automne-Hiver 1995).
  • Une scène jouée dans la mémoire, Théodore Balmoral, n° 22/23 (Automne-Hiver 1995).
  • Les Hommes, Théodore Balmoral, n° 68 (Je suis dans un café, Printemps-Été 2012) précédé d'une présentation de Magali Chiappone-Lucchesi, Une vérité de théâtre .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Biographie de Charlotte Delbo sur le site de l'Association Charlotte Delbo
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Jean Lebrun, Émission « Charlotte Delbo », dans La Marche de l'Histoire sur France Inter, 25 janvier 2013
  3. Biographie de Georges Dudach sur le site de l'association Charlotte Delbo
  4. À l'instar de celui du 6 juillet 1942.
  5. « Le camp de Compiègne-Royallieu », sur le site de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC), Service départemental des Yvelines – Mémoires 78, consulté le 3 janvier 2009.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w Émission Nous autres sur France Inter diffusée le 25 janvier 2013, reprenant en grande partie l'émission Radioscopie consacrée en 1974 à Charlotte Delbo, seul enregistrement qui existe de la voix de cette auteure.
  7. a et b Fiche du livre Le Convoi du 24 janvier sur le site des Éditions de Minuit
  8. a, b, c, d, e, f, g, h et i Émission Nous autres sur France Inter diffusée le 1er février 2013
  9. Ce vers est issu du poème La Maison des morts.
  10. Recension dans Le Monde, 9-10 avril 1961.
  11. Charlotte Delbo, Les Belles lettres, Les Éditions de Minuit, 1961, réédit. 2012, p.9. (ISBN 9782707304742)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]