Charlotte de Galles

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Charlotte de Galles

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SAR la princesse Charlotte Augusta de Galles

Biographie
Titulature Princesse Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1816–1817)
Princesse Charlotte Augusta de Galles (1796–1816)
Nom de naissance Charlotte Augusta de Galles
Naissance 7 janvier 1796
Carlton House, Londres, Angleterre
Décès 6 novembre 1817
Claremont House, Surrey, Angleterre
Père George IV du Royaume-Uni
Mère Caroline de Brunswick
Conjoint Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld

Signature

Signature de Charlotte de Galles

La princesse Charlotte Augusta de Galles (née le 7 janvier 1796 et décédée le 6 novembre 1817) était un membre de la famille royale britannique, devenue princesse de Saxe-Cobourg-Saalfeld.

Unique enfant du prince de Galles et futur George IV du Royaume-Uni et de son épouse la princesse Caroline de Brunswick, elle était désignée comme l'héritière du trône d'Angleterre derrière son père et son grand-père George III du Royaume-Uni, mais elle décéda brusquement durant son accouchement, à l'âge de 21 ans. Elle grandit dans un environnement difficile, ses parents se détestant mutuellement du fait de leur mariage arrangé, et assista à leur séparation. Son père, le prince George, a laissé son éducation aux bons soins de gouvernantes et serviteurs, n'autorisant que de brèves rencontres avec sa mère, qui finalement quitta le pays. Lorsque Charlotte atteignit l'âge adulte, il fut tout d'abord décidé qu'elle épouserait le futur Guillaume II des Pays-Bas, avant que son père ne se rétracte et lui fasse épouser le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld, futur roi des Belges. Elle décéda un an après, en donnant naissance à un fils mort-né.

La mort de Charlotte plongea le royaume dans un profond désarroi, les Britanniques l'ayant vue comme un signe d'espoir au sein de cette famille royale critiquée, entre un père impopulaire et un grand-père fou. Étant la seule et unique petite-fille du roi George III, sa mort eut également pour effet de mettre sous pression les autres fils du roi, encore célibataires. C'est ainsi que le quatrième fils du roi George III, Édouard, duc de Kent, devint le père d'une petite fille et éventuelle héritière du trône britannique, la future reine Victoria.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

En 1794, George, prince de Galles, recherche une épouse convenable dans toute l'Europe. À dire vrai, rien ne le motive et il n'a même aucune idée de ce que pourrait être à ses yeux la femme parfaite. Tout ce qui lui importe, c'est la généreuse somme de revenus que lui a promis le premier ministre William Pitt le Jeune s'il venait à se marier. En effet, ses revenus personnels ne lui permettent même pas de couvrir ses intérêts sur sa dette.

Il avait bien tenté une première fois de se marier avec sa maîtresse, Maria Anne Fitzherbert, mais son père s'y était formellement opposé en 1772, ce qui ne l'avait pourtant pas empêché de garder ladite jeune femme auprès de lui.

Pour George, deux mariages s'offrent à lui en 1794, tous deux germaniques et issus de son cercle familial, puisqu'il s'agit de deux de ses cousines : Louise de Mecklembourg-Strelitz, fille de son oncle maternel et Caroline de Brunswick, fille de sa tante paternelle. Bien que la mère de George, la reine Charlotte de Mecklembourg-Strelitz préfère d'emblée la princesse Louise, qu'elle considère comme plus jolie et qui était sa nièce par le sang, le prince de Galles choisit lui-même la princesse Caroline, en dépit des rumeurs qui courent à son sujet. On raconte en effet que Caroline s'est mal comportée avec un soldat irlandais de l'armée de son père, ce qui n'a pas arrangé sa réputation déjà partiellement entachée par la rupture de précédentes fiançailles, pour des motifs inconnus. George, sous l'influence de Lady Jersey (qui voyait en Caroline une bien piètre rivale comparée à Louise), dépêche donc le diplomate James Harris, comte de Malmesbury, auprès de sa promise afin qu'il l'escorte durant son voyage du Brunswick à l'Angleterre.

Harris décrit la princesse de manière peu flatteuse : selon lui, elle était vêtue de manière débraillée et il paraissait évident qu'elle ne s'était pas lavée depuis plusieurs jours. Ajoutons à cela une conversation déplorable et un langage des plus familiers, et l'on comprend soudainement l'appréhension qui gagna le diplomate et le poussa à transformer Caroline durant le voyage. C'est ainsi qu'il passa ses quatre mois auprès d'elle à faire de son mieux pour changer son comportement et ses attitudes, dans l'espoir qu'elle fasse à son futur époux une bien meilleure impression qu'il n'en eut lui-même le premier jour. Enfin ils atteignirent l'Angleterre, puis le palais St. James ; en voyant son épouse pour la première fois, le prince de Galles s'exclama : « Harris, je ne me sens pas bien, qu'on m'apporte un verre de Cognac ». Caroline ne fut cependant pas en reste et une fois le prince parti, elle le trouva « bien gras et en rien semblable à son portrait ». Elle poussa même le vice jusqu'à faire le soir même, au cours de leur premier dîner ensemble, des allusions grossières sur la relation de son fiancé avec Lady Jersey. Selon Harris, c'est vraisemblablement cette provocation qui a définitivement provoqué l'aversion du prince envers son épouse. C'est ainsi que peu avant le mariage, le 8 avril 1795, George envoya son frère, le duc de Clarence, dire à Mme Fitzherbert qu'elle était la seule et unique femme qu'il avait aimée, et arriva à la cérémonie complètement ivre.

George déclara plus tard que le couple n'eut de rapports sexuels qu'à trois reprises, et que les commentaires de la princesse à propos de leurs ébats l'amenèrent à penser qu'elle avait une base de comparaison, et qu'elle n'était sans doute plus vierge. Pour se venger, Caroline laissa plus tard entendre que le prince était impotent. Le couple royal fit chambre à part quelques semaines plus tard, étant obligé de demeurer encore sous le même toit. Neuf mois plus tard pourtant, Caroline donna naissance à une petite fille.

Enfance[modifier | modifier le code]

Charlotte naît le 7 janvier 1796, au palais de son père situé à Londres, Carlton House. Alors que George se montre plutôt déçu qu'elle ne soit pas un garçon, elle fait d'emblée l'adoration du roi qui préfère les petites filles. Elle est de plus son premier petit-enfant et le vieux souverain, malgré ses accès de folie, trouve encore un peu de lucidité en lui-même pour espérer que cette naissance réconciliera le couple princier, malheureusement en vain. Trois jours après la naissance de Charlotte, George ordonne que sa femme ne joue aucun rôle dans l'éducation de la petite princesse, et confie tous ses biens matériels à Mme Fitzherbert. À cette époque, la famille royale est plutôt impopulaire ; la naissance de Charlotte, au contraire, ravit le peuple. Le 11 février 1796, la petite princesse est baptisée au palais St. James sous les noms de Charlotte Augusta, d'après ses grands-mères la reine Charlotte et la duchesse Augusta de Brunswick-Lunebourg. Le roi devient son parrain.

En dépit des demandes de Caroline pour être mieux traitée maintenant qu'elle avait donné naissance à un héritier au trône, George continue de limiter ses contacts avec l'enfant, lui interdisant de voir leur fille sans la présence de sa nourrice et de sa gouvernante. Caroline est ainsi seulement autorisée à une visite quotidienne, comme de nombreux parents des classes aisées à cette époque, et volontairement écartée de toutes décisions concernant l'enfant. Cependant, il semblerait que du personnel, probablement touché par la situation, désobéisse au prince et lui permette d'approcher la petite en secret. Il est vrai que le prince lui-même n'a que peu de contact avec la petite princesse, et Caroline est encore assez audacieuse pour s'afficher en carrosse dans les rues de Londres avec Charlotte, sous les applaudissements de la foule.

Charlotte est une enfant saine, dotée d'une forte constitution. Selon le biographe Thea Holme : « l'impression qui se dégage des récits concernant Charlotte est celle d'une heureuse insouciance et d'un cœur aimant et sincère. » (« The impression one gets from all the early recorded stories of Charlotte is of a happy recklessness, and a warm heart. ») Son enfance est cependant ponctuée par la guerre que se livrent désormais ses deux parents, chacun cherchant à influencer l'enfant, voire le Roi et la Reine eux-mêmes. En 1797, Caroline quitte finalement Carlton House, et s'établit près de Blackheath, laissant sa fille derrière elle, la loi anglaise de l'époque considérant que les enfants mineurs dépendent uniquement de leur père. En 1798, le prince prend sur lui d'inviter son épouse à passer l'hiver à Carlton House, mais celle-ci refuse tout nettement. Il s'agit du dernier véritable effort de réconciliation, et cet échec signe pour George la fin de ses espoirs de voir un fils naître après Charlotte. Ce qui n'empêche pas Caroline de rendre visite à sa fille à Carlton House, ni l'enfant de chasser aux abords de Blackheath afin de voir sa mère ; il lui est en effet seulement interdit de s'installer dans la maison de sa mère, si bien que tous les étés, le prince loue pour sa fille Shrewsbury Lodge à Blackheath, ce qui facilite grandement les visites. Caroline a donc vu son enfant bien plus souvent qu'elle aurait dû.

Lorsque Charlotte a huit ans, son père, reparti auprès de Mme Fitzherbert, décide de revenir à Carlton House. Il s'empare des appartements de son épouse (Caroline se verra dédommagée par un espace personnel au palais de Kensington), et déplace sa fille à Montague House, non loin de Carlton House. James Chamber, un autre biographe de Charlotte, note alors que la petite princesse « vit seule dans sa demeure, entourée de personnes toutes payées pour rester avec elle » (« lived in a household of her own, in the company of no one who was not paid to be there »). De plus, le déménagement se fait sans la présence de sa gouvernante, Lady Elgin (veuve de Charles Bruce, comte d'Elgin), de qui elle était très proche. Lady Elgin est en effet obligée de se retirer, officiellement à cause de son grand âge, officieusement sur l'ordre de George, furieux que la lady ait permis à Charlotte de voir le Roi sans sa permission. Le prince ne s'arrête d'ailleurs pas là, puisqu'il congédie aussi la sous-gouvernante, Miss Hayman, trop proche de Caroline à son goût - la princesse de Galles n'a d'ailleurs pas tardé pour la prendre à son service. Lady Elgin est remplacée par Lady de Clifford (veuve d'Edward Southwell, baron de Clifford), très affectueuse mais trop douce pour éduquer le petit garçon manqué qu'est Charlotte. Lady de Clifford fait alors appel à l'un de ses petits-enfants, George Keppel, de trois ans plus jeune que Charlotte, afin qu'il soit son camarade de jeu. De nombreuses anecdotes nous sont parvenues de l'enfance de Charlotte, dont l'une mettant en scène les deux enfants ensemble : une foule s'était rassemblée devant la demeure des parents du garçonnet, dans l'espoir d'apercevoir la jeune princesse. Les deux enfants, peu farouches, se joignirent alors à la foule, qui en fut très reconnaissante.

En 1805, le Roi commence à s'occuper de l'éducation de Charlotte et pour cela, fait appel à un large panel de professeurs pour son seul et légitime petit-enfant, dont l'évêque d'Exeter qui doit lui enseigner la religion. Le Roi espère que ces professeurs feront d'elle une bonne reine. Toujours selon Holme, il semble que ces instructions n'ont que peu d'effet sur Charlotte, qui choisit de n'apprendre que ce qui lui fait envie. Sous l'égide de son professeur de piano, Jane Mary Guest, elle deviendra une excellente pianiste.

Mais en 1807, un nouveau scandale éclate dans la famille royale : Caroline est allée trop loin, une fois de plus, et son comportement, non convenable pour les moralistes de l'époque, dérange. Cette fois-ci, on l'accuse tout bonnement d'avoir des relations extraconjugales, loin de son époux. La preuve irréfutable serait William Austin, un enfant pour qui Caroline éprouve une réelle affection, et qui serait ni plus ni moins son fils illégitime. Le prince de Galles espère que cette accusation d'adultère lui permettra d'obtenir le divorce, et interdit formellement à Charlotte de voir sa mère. L'enquête se désintéresse pourtant rapidement de Caroline et de ses supposés amants, pour se concentrer davantage sur sa domesticité, à qui on demande de plus amples renseignements, sans grand succès. Évidemment, Charlotte est au courant de l'enquête et l'on imagine bien toute la souffrance de cette fillette lorsque, croisant sa mère dans le parc, elle fait semblant de ne pas la reconnaître, conformément aux ordres reçus de son père… George est cependant déçu : l'enquête ne lui permet pas de confondre son épouse en accusation, et rien ne fait d'elle la mère d'un enfant illégitime, même si, il est vrai, sa façon de se comporter a toujours été plus ou moins équivoque. C'est un échec pour le prince de Galles qui, à regret, finit par autoriser sa fille à revoir Caroline, avec pour seule condition que le petit William Austin ne joue pas avec elle.

Adolescence[modifier | modifier le code]

Adolescente, la princesse n'est pas encore au bout de ses peines : elle est jugée indécente par les membres de la Cour, qui reprochent à Lady de Clifford de la laisser se promener les bas apparents sous ses jupes. Son père est cependant fier d'elle et de sa façon de monter à cheval comme un homme. Elle aime Mozart et Haydn, et ressemble au personnage de Marianne dans Raison et sentiments.

À la fin de l'année 1810, le roi George III tombe lentement dans la folie. Étant très proche de son grand-père, la princesse est très touchée par cette maladie qui l'éloigne progressivement de lui. Le 6 février 1811, son père est intronisé prince régent devant le Conseil privé, une cérémonie à laquelle elle tente d'échapper au travers des fenêtres. Whig convaincue, comme son père auparavant, elle vit mal le revirement politique de celui-ci maintenant qu'il est investi des pleins pouvoirs. Pour montrer son opposition face à ce qu'elle estime être une trahison, elle adresse un baiser de la main au leader des Whig, Charles Grey, un soir d'opéra.

Malgré son nouveau statut, le prince-régent ne facilite en rien la vie de son élégante fille et lui donne à peine assez d'argent pour se vêtir. L'opéra lui devient même difficile d'accès : si elle y va, elle doit s'asseoir dans le fond de sa loge et quitter avant la fin. Elle loge désormais la plupart du temps à Windsor, auprès de ses vieilles tantes célibataires. La vie y est très ennuyeuse, mais elle trouve du réconfort auprès de son premier cousin, George FitzClarence, bâtard de son oncle Clarence, dont elle s'est entichée. Peu de temps après, alors que FitzClarence a rejoint son régiment à Brighton, la jeune fille reporte son affection sur le lieutenant Charles Hesse, dont la légende prétend qu'il est l'enfant illégitime de Frederick, duc d'York, un sentiment partagé cette fois-ci et largement encouragé par la princesse Caroline. Les deux amoureux se rencontrent à diverses reprises, parfois avec l'aide de Caroline, avant que Hesse ne rejoigne finalement les forces anglaises en Espagne. À part le prince-régent, dont Lady de Clifford craignait tant la fureur s'il venait à apprendre cette amourette, tous les autres membres de la famille royale étaient au courant de l'histoire. Aucun ne chercha à interférer, désapprouvant la manière avec laquelle George traite sa fille.

En 1813, les Guerres napoléoniennes prennent un tournant inquiétant pour l'Angleterre, et obligent George à considérer pour la première fois le mariage de la jeune fille. Il se prononce d'abord avec ses conseillers sur Guillaume, prince héritier d'Orange, fils et héritier présomptif du prince d'Orange. Un tel mariage permettrait d'augmenter l'influence britannique en Europe du Nord. Le 12 août, date de leur première rencontre à la fête d'anniversaire de George, le jeune Guillaume, totalement ivre comme la plupart des invités et le Prince-Régent lui-même, fait assez mauvaise impression à la princesse. Celle-ci, bien que personne ne lui ait fermement annoncé, se doute bien que la présence du prince d'Orange n'est pas innocente et les rumeurs qui circulent au sein du palais lui confirment ses doutes. Mais la jeune fille s'entête : selon elle, une reine d'Angleterre ne doit pas épouser un étranger.

Cependant les négociations sur le contrat de mariage sont bien engagées, et se poursuivent à travers les mois. Mais un épineux problème fait alors surface : si Charlotte insiste fermement sur son intention de ne pas quitter la Grande-Bretagne, les diplomates eux, n'ont aucune envie de voir les deux pays réunis sous une même couronne. Un compromis est finalement trouvé : le premier enfant du couple héritera du trône d'Angleterre, tandis que le second sera souverain des Pays-Bas. S'il venait à n'y avoir qu'un seul fils, les Pays-Bas passeront à la branche allemande de la Maison d'Orange. Le 10 juin 1814, Charlotte signe son contrat de mariage ; d'aucuns prétendent à cette époque qu'elle est tombée amoureuse d'un prince prussien, dont l'identité demeure incertaine : Charles Greville affirme qu'il s'agit du prince Auguste de Prusse, tandis que l'historien Arthur Aspinall y verrait plus le jeune Frederick de Prusse. Mais les rumeurs ne freinent en rien les fiançailles, et les négociations se poursuivent. Un jour que Charlotte se rend à une fête au Pulteney Hotel, à Londres, elle rencontre le lieutenant-général de la cavalerie russe, le prince Léopold de Saxe-Cobourg. La princesse l'invite à se rencontrer, ce qu'il accepte, restant trois quarts d'heure à ses côtés. Zélé, Léopold ne manque pas de rédiger une lettre d'excuses à George qui en est très impressionné, même s'il ne le voit pas du tout comme un prétendant digne de son enfant.

La princesse de Galles quant à elle, s'oppose tout bonnement au projet de mariage de sa fille et du prince d'Orange, à tel point qu'elle en obtient le soutien du grand public, si bien que quand Charlotte paraît en public, la foule la presse de ne pas abandonner sa mère avec ce mariage. Charlotte a alors l'idée de mettre à son union une condition : l'accueil sans réserve de sa mère sur le territoire néerlandais, une condition qu'elle est certaine de ne pas obtenir de son père. Évidemment le prince d'Orange s'y oppose, et Charlotte rompt ses fiançailles. Furieux, son père décide pour la punir de la faire enfermer à Warwick House, non loin de Carlton House, où elle n'aurait droit à aucun contact, si ce n'est celui de la Reine, sa grand-mère. En entendant cela, Charlotte s'enfuit dans la rue et c'est un homme qui, l'apercevant du haut de sa fenêtre, l'aide à s'enfuir chez sa mère à bord d'un taxi. Caroline, qui se trouvait en visite chez des amis, se hâte de retrouver la jeune fille, alors que Charlotte s'est déjà empressée de faire appel à des amis Whig, dont elle recherche les précieux conseils. Elle a le soutien des membres de sa famille, dont son oncle York, mais pourtant, suivant les conseils reçus, elle regagne la demeure paternelle le jour suivant.

Solitude et fiançailles[modifier | modifier le code]

La mésaventure de Charlotte est vite connue de toute la ville et devient le fer de lance de l'Opposition. Malgré une émouvante réconciliation avec son père, Charlotte doit tout de même gagner Cranbourne Lodge, où on ne doit jamais la quitter d'une semelle. Elle parvient cependant à faire passer une lettre à son oncle préféré, Augustus, duc de Sussex, qui la transmet au Premier ministre tory, Robert Jenkinson, à la Chambre des Lords. Aussitôt les questions pleuvent sur le prince-régent : Charlotte est-elle libre de ses mouvements, peut-elle aller au bord de la mer, comme l'ont conseillé les médecins, le gouvernement a-t-il envisagé de lui donner sa propre demeure, maintenant qu'elle a dix-huit ans ? Mais le premier ministre élude les questions, tandis que Sussex, convoqué à Carlton House, se dispute définitivement avec son frère, qu'il ne voudra plus jamais voir après l'incident.

Malgré son isolement, Charlotte trouve la vie à Cranbourne Lodge étonnamment agréable et accepte progressivement sa situation. À la fin de juillet 1814, le prince-régent se rend auprès d'elle pour lui annoncer une bien triste nouvelle : sa mère est sur le point de quitter l'Angleterre pour un long séjour sur le continent. La jeune fille est bouleversée, mais ne sait pas du tout comment convaincre sa mère de changer d'avis, et se montre beaucoup plus attristée par l'attitude désinvolte de sa mère au moment de son départ « car Dieu seul sait combien de temps, ou quels événements peuvent se produire avant que nous nous revoyons ». Charlotte ne reverra jamais sa mère.

À la fin août, Charlotte est autorisée à gagner le bord de mer. Elle aurait préféré s'installer dans la destination à la mode, Brighton, mais son père s'y opposant, elle se contente de Weymouth. Sur le chemin, alors que le cocher de la princesse s'autorise une pause, la foule se rassemble autour de la voiture pour la voir ; selon Holme « ce chaleureux accueil démontre que le peuple voit déjà en elle la future reine » (« her affectionate welcome shows that already people thought of her as their future Queen »). À son arrivée à Weymouth, une banderole la salue par ces mots : « Salut Charlotte, Espoir de l'Europe, Gloire de l'Angleterre ». Charlotte occupe son temps libre à explorer les alentours, acheter des soieries françaises passées outre le blocus général, et à la fin de septembre, découvre les bains de mer chauffés. Encore amoureuse de son prince prussien, elle espère encore - en vain - que celui-ci va faire sa demande auprès de son père. Déçue, elle écrit à un(e) ami(e) qu'elle « va prendre le meilleur choix [qui s'offre à elle], un homme de bon caractère, et avec du bon sens [sic]… cet homme est le P of S-C » [Prince de Saxe-Cobourg, c'est-à-dire, Léopold] (« take the next best thing, which was a good tempered man with good sence [sic]… that man is the P of S-C »). À la mi-décembre, peu avant son départ de Weymouth, elle « a un grand et profond choc » (« had a very sudden and great shock ») lorsqu'on lui apporte des nouvelles de son cher prince prussien, parti convoler ailleurs.

Les derniers mois de 1815 sont décisifs pour le projet de mariage de Charlotte, qui s'est finalement décidé en la personne de Léopold, qu'elle surnomme déjà « le Leo ». Il est vrai que ce n'est pas encore gagné : malgré tout ce qu'elle a pu faire jusqu'à présent, son père s'accroche toujours à l'espoir qu'elle épouse le prince d'Orange. Mais Charlotte tient bon et écrit même : « Aucun ordre, aucune menace, ne me résigneront à épouser cet odieux Hollandais. » C'est finalement la coalition menée par l'ensemble de la famille royale qui force le Prince-Régent à se faire une raison. Le Prince d'Orange ne tarde pas à se consoler avec une nouvelle fiancée, Anna Pavlovna de Russie, dès l'été suivant. Par le biais d'intermédiaires, Charlotte parvient à contacter Léopold, qui se montre plutôt favorable à cette union. Mais le retour des conflits napoléoniens oblige le futur fiancé à rejoindre son régiment. En juillet, peu avant son retour à Weymouth, Charlotte formule enfin une demande officielle à son père concernant son mariage. Le prince-régent, que le mariage peu intéressant semble gêner, répond qu'il ne peut considérer cette requête comme officielle au vu de la situation sur le continent. Ajoutons à cela un Léopold qui annonce ne pas revenir en Angleterre après le retour de la paix, préférant demeurer à Paris, et l'on comprend aisément la frustration de la princesse…

En janvier 1816, le prince-régent invite sa fille au Pavillon Royal de Brighton, un séjour qu'elle met à profit pour plaider une nouvelle fois sa cause. De retour à Windsor, elle écrit à son père, « Je n'hésite plus à annoncer mon choix en faveur du Prince de Cobourg - je vous assure que personne ne sera plus stable et cohérent dans son seul et unique mariage que moi-même » (« I no longer hesitate in declaring my partiality in favour of the Prince of Coburg—assuring you that no one will be more steady or consistent in this their present & last engagement than myself »). George fait alors appeler ledit Léopold, qui se trouvait à Berlin en route pour la Russie, lui enjoignant de rentrer en Angleterre. Léopold débarque à la fin de février 1816, et gagne Brighton, où il s'entretient avec le prince-régent. Charlotte est ensuite invitée à son tour, et dîne avec les deux hommes, une entrevue qu'elle décrit en ces termes :

« Je l'ai trouvé tout à fait charmant, et en allant me coucher ce soir-là, j'étais plus heureuse que jamais auparavant dans toute mon existence… Je suis certainement la créature la plus chanceuse et la plus bénie de Dieu. Jamais princesse, je crois, n'a pu former sur sa vie (ou sur son mariage) autant de perspectives de bonheur, si réels, comme les autres gens. »

Le prince-régent est impressionné par Léopold, à tel point qu'il en finit par concéder à sa fille que Léopold « a tout ce qu'il faut pour rendre une femme heureuse » (« had every qualification to make a woman happy »). Charlotte retourne à Cranbourne le 2 mars, quittant Léopold avec le prince-régent. Le 14 mars, une annonce est faite à la Chambre des Communes, où l'on est heureux de voir les mésaventures romantiques de la princesse prendre enfin fin. Le Parlement octroie une pension annuelle à Léopold de 50 000 £, achète Claremont House au couple, et leur offre une somme généreuse pour la mise en place de leur maison. Afin d'éviter que ne se reproduise le fiasco Orange, George prend garde à limiter les contacts entre Charlotte et Léopold ; lorsque Charlotte se rend à Brighton, ils ne sont autorisés à se voir qu'au dîner, et ne doivent jamais être seuls ensemble.

La cérémonie du mariage est prévue pour le 2 mai 1816. Le jour de la noce, une immense foule envahie Londres, causant quelques difficultés au convoi qui peine à avancer. Le couple se marie à neuf heures du soir, à Carlton House. Léopold est alors vêtu pour la première fois en général britannique, tandis que le Prince-Régent porte l'uniforme de maréchal. La robe de mariée de Charlotte coûte plus de 10 000 £. Seul incident notable dans le cérémonial : Charlotte ne peut s'empêcher de pouffer de rire lorsque le pauvre Léopold promet de lui fournir tous les biens matériels dont elle aura besoin dans sa vie.

Mariage et décès[modifier | modifier le code]

Le couple passe sa lune de miel à Oatlands Palace, la résidence de York située dans le Surrey. Charlotte dut en garder un bien piètre souvenir, la maison étant littéralement livrée aux chiens de York et sentant les animaux un peu partout. Néanmoins, la princesse dit de Léopold qu'« il a la perfection d'un amant » (« the perfection of a lover »). Deux jours après leur mariage, ils reçoivent la visite du Prince-Régent, où il passe pas moins de deux heures à expliquer à Léopold les détails des uniformes militaires, une chose que Charlotte voit, non sans humour, comme « une grande marque de la plus exquise bonne humeur à son égard » (« is a great mark of the most perfect good humour »). Le prince Léopold et son épouse rentrent ensuite à Londres lors de la saison parlementaire : leur présence au théâtre est saluée par un tonnerre d'applaudissements et un God Save the King entonné par la troupe. Un jour qu'elle se sent mal à l'opéra, on s'inquiète beaucoup pour elle ; elle vient de faire une fausse couche. Le 24 août 1816, ils prennent possession de leur demeure à Claremont.

Le médecin ordinaire de Léopold, Christian Stockmar (plus tard connu comme le baron Stockmar, conseiller de la reine Victoria et du prince Albert), écrit que dans les six premiers mois de leur mariage, il n'a jamais vu Charlotte porter un vêtement qui ne soit pas simple et de bon goût. Il note également que Léopold temporise son caractère et l'aide à être plus calme et à avoir un meilleur contrôle d'elle-même. Léopold écrit plus tard que mis à part les moments où il va chasser, ils sont continuellement ensemble, mais que rien ne semble les lasser d'être l'un avec l'autre. Si Charlotte vient à se montrer trop excessive ou à s'emporter, il la calme d'un simple et doux « Doucement, chérie », ce qui lui valut de la part de Charlotte le surnom de « Doucement ».

Les Cobourg, ainsi qu'on les appelle, passent leurs vacances de Noël à Brighton, avec d'autres membres de la famille royale. Le 7 janvier 1817, le prince-régent organise un grand bal en l'honneur du vingt-et-unième anniversaire de Charlotte, mais les Cobourg n'y participent pas, étant de retour à Claremont et préférant fêter cela tranquillement. Fin avril 1817, Léopold informe le Prince-Régent de la nouvelle grossesse de Charlotte qui, cette fois-ci devrait être menée jusqu'à son terme.

La grossesse de Charlotte est évidemment sujette à l'intérêt du public et les paris se succèdent quant au sexe de l'enfant. Les économistes ne sont pas en reste non plus et estiment que la naissance d'une princesse ferait augmenter le marché boursier de 2,5 %, tandis que la naissance d'un prince serait de l'ordre de 6 %. Charlotte occupe calmement son temps, posant pour un portrait de Sir Thomas Lawrence. Elle mange beaucoup et fait un peu d'exercice ; on lui demande cependant de réduire sa nourriture à partir d'août 1817, dans l'espoir de réduire la taille de l'enfant à sa naissance. Cette diète, accompagnée de saignées, affaiblissent Charlotte. Stockmar est effaré de voir les traitements qu'elle subit et refuse de s'associer à l'équipe médicale : pour ne pas avoir à pratiquer ce genre de choses mais aussi pour lui-même, un étranger qu'il serait si facile de fustiger en cas de problèmes.

La majeure partie des soins donnés à Charlotte sont pratiqués par Sir Richard Croft qui n'est pas médecin, mais un simple accoucheur, une sage-femme au masculin, assez réputé parmi les élites du moment. Alors que l'on pensait que la naissance de l'enfant serait pour le 19 octobre, le mois touche à sa fin et rien n'annonce encore son accouchement. Elle accompagne donc normalement Léopold le 2 novembre. Dans la soirée du 3 novembre, les contractions commencent. Sir Richard est appelée auprès d'elle mais, s'il l'encourage à s'exercer, il lui déconseille de manger ; dans la soirée, l'accouchement débute pour de bon. Dans la soirée du 4 au 5 novembre, il devient évident que Charlotte ne pourra mettre au monde son enfant, si bien que R. Croft et son médecin personnel, Matthew Baillie, décident de faire appel à un confrère, John Sims. Mais ce dernier n'est pas autorisé à voir la patiente (sans doute par R. Croft), si bien que les forceps ne sont pas utilisés, condamnant la mère et l'enfant, qui auraient sûrement pu être sauvés malgré le taux de mortalité assez important en cette époque pré-antiseptiques.

Le 5 novembre, à neuf heures du soir, Charlotte met finalement au monde un garçon mort-né. Malgré les efforts déployés pour le réanimer, il est bientôt évident que ce bel enfant, que les observateurs jugent si ressemblant aux autres membres de la famille royale, est bel et bien mort. On s'assure que la mère va bien, puis chacun repart. Épuisée, Charlotte accepte la nouvelle avec calme, y voyant tristement la volonté de Dieu. Elle mange enfin, après ce si long jeûne, et semble se rétablir doucement. Léopold, qui est resté durant toute l'épreuve aux côtés de son épouse, s'effondre sur le lit.

Après minuit, Charlotte est prise alors de vomissements et se plaint de violentes douleurs à l'estomac. Sir Richard est appelé et se montre très inquiet de l'état de sa patiente. Charlotte est glaciale, son souffle est rauque et elle saigne beaucoup. On tente de stopper l'hémorragie, mais en vain, et finalement on fait appel à C. Stockmar afin qu'il aille chercher Léopold. Un Léopold qu'il ne parvient pas à réveiller. Revenant auprès de la princesse, celle-ci lui prend la main et gémit : « Ils me rendent comme ivre » (« They have made me tipsy »). C. Stockmar quitte alors la pièce, bien décidé à réveiller Léopold par n'importe quel moyen, mais il est alors appelé par Charlotte qui hurle : « Stocky ! Stocky ! ». Revenant sur ses pas, il la trouve morte.

Funérailles[modifier | modifier le code]

Henry Brougham décrit la réaction du public en apprenant la mort de Charlotte : « C'était comme si chaque personne à travers la Grande-Bretagne venait de perdre son enfant préféré. » (« It really was as though every household throughout Great Britain had lost a favourite child »). Le royaume tout entier est en deuil, partout, des draps jusqu'aux vêtements, on porte du noir. Mêmes les plus pauvres et les vagabonds se parent de brassards noirs sur leurs vêtements. Les magasins ferment pendant deux semaines, y compris la Royal Exchange, les tribunaux, les ports… The Times écrit que « nous ne sommes certainement pas en droit de nous plaindre de la Providence… il n'y a pourtant rien d'impie à voir en cela une calamité. » (« It certainly does not belong to us to repine at the visitations of Providence… there is nothing impious in grieving for that as a calamity »). Le deuil est d'ailleurs si bien respecté par tout le monde, que les fabricants de rubans et d'autres accessoires de mode craignent pendant un temps leur faillite. Par ailleurs, on notera la rédaction d'une lettre par le poète Percy Bysshe Shelley, An Adress to the People on the Death of the Princess Charlotte, dans lequel il révèle que trois hommes furent exécutés le jour suivant la mort de la princesse, pour tentative de renversement du gouvernement.

Le prince-régent, prostré par la douleur, est incapable d'assister aux funérailles de son enfant, et la princesse Caroline, en apprenant la nouvelle, s'évanouit, sous le choc. Un peu plus tard, elle dit que « l'Angleterre, ce grand pays, a tout perdu en perdant à jamais ma fille bien-aimée. » « (England, that great country, has lost everything in losing my ever beloved daughter »). Même le prince d'Orange ne peut s'empêcher de fondre en larmes en apprenant la nouvelle, et son épouse ordonna à toutes les dames de sa cour de porter le deuil. Le plus affecté est sûrement Léopold. Stockmar écrit plusieurs années après ce drame que « Novembre a vu la ruine de cet heureux ménage, et la destruction en un seul coup de tout l'espoir et le bonheur du prince Léopold. Il n'a plus jamais retrouvé ce sentiment de bonheur qui avait béni son bien court mariage » (« November saw the ruin of this happy home, and the destruction at one blow of every hope and happiness of Prince Léopold. He has never recovered the feeling of happiness which had blessed his short married life »). Selon Holme, « sans Charlotte, il était incomplet. C'était comme s'il avait perdu son cœur » (« without Charlotte he was incomplete. It was as if he had lost his heart »).

Le prince Léopold écrit à Sir Thomas Lawrence :

« Deux générations sont parties. Parties au même instant ! Je suis éprouvé, mais je le suis également pour le prince-régent. Ma Charlotte est partie pour le royaume - il l'a perdue. Elle était une si bonne, une si admirable femme. Personne ne connait mas Charlotte comme moi je l'ai connue ! C'était mon étude, mon devoir, de la connaître, mais c'était aussi mon plaisir ! »

La princesse est enterrée avec son enfant dans la chapelle Saint-Georges, au château de Windsor, le 19 novembre 1817. Un monument est érigé sur sa tombe, par souscription publique. Peu de temps après, le peuple commence à déterminer les causes d'un tel malheur. On reproche à la Reine et au prince-régent de ne pas avoir été présents lors de l'accouchement, alors que Charlotte leur avait pourtant demandé de rester avec elle. On blâma aussi Croft, pour les soins qu'il donna à la princesse, même si le prince-régent lui-même ne considéra pas Croft comme responsable du malheur, ce qui n'empêcha pas ce-dernier de se donner la mort trois mois plus tard. L'évènement reste dans les mémoires sous le nom « l'accouchement triplement tragique », du fait de la mort de l'enfant, de la mère et du médecin, et provoqua à l'époque un changement dans la façon de s'occuper des futures mères, en privilégiant les accoucheurs des classes ouvrières et l'usage des forceps.

Le décès de Charlotte laisse le roi sans héritier légitime, provoquant une véritable crise de succession qui pousse le vieux monarque à marier ses fils encore célibataires. C'est ainsi que son fils Édouard, duc de Kent et Strathearn, épouse la sœur de Léopold, Victoria, princesse douairière de Leiningen. Leur fille, la princesse Victoria de Kent, devient finalement reine du Royaume-Uni en 1837. Léopold quant à lui accède au titre de roi des Belges, s'occupant à distance de sa nièce et de son mariage avec son neveu, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha.

Titulature[modifier | modifier le code]

  • Son Altesse royale la princesse Charlotte Augusta de Galles (17961816)
  • Son Altesse royale la princesse Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld (18161817)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source de la traduction[modifier | modifier le code]

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