Charles de Vion d'Alibray

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Charles de Vion d'Alibray ou Dalibray, né à Paris vers 1600 et mort vers 1653[Note 1], est un poète et traducteur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa vie est mal connue, en dehors de ce qu'il dit de lui-même dans ses poèmes. Son nom même n’est pas fixé : Charles de Vion[1], Charles de Vion d’Alibray ou Charles Vion d’Alibray [Note 2] (les deux formes les plus couramment utilisées par les spécialistes de son œuvre) ou Charles Vion Dalibray : dans les œuvres parues de son vivant, il se désigne comme « sr [sieur] Dalibray »[Note 3].

Il appartient à la famille noble de Vion : il est le fils de Pierre de Vion seigneur d’Oinville et de Gaillonnet, mort après 1634, et de Marguerite Le Mazurier ; le père de Pierre de Vion, Jean de Vion, auditeur à la chambre des comptes, est le fils naturel légitimé d’un fils cadet de Jean Ier de Vion, fils lui-même du fondateur de la lignée, Pierre de Vion, mort en 1492 et originaire de Bourgogne[2]. Il a deux frères : Jean de Vion, seigneur d'Oinville, et Pierre de Vion, sieur de Gaillonnet, et une sœur, Marguerite, qui épouse en 1622 Pierre de Saintôt ou Sainctot, trésorier de France à Tours, et qui sera une des maîtresses du poète Vincent Voiture[3].

Charles de Vion a vraisemblablement suivi d’abord la carrière des armes, d’après un de ses propres poèmes[4]. Mais dans un de ses sonnets les plus connus, il assume son refus de la vie militaire et fait l'éloge d'une vie consacrée aux plaisirs[Note 4]. Il fréquente assidûment dans son âge mûr les cabarets de Paris (le Riche laboureur, le Bel-Air, le Bon-Puis)[5], avec de joyeux compagnons tels que Saint-Amant (qui semble l'avoir encouragé à écrire[Note 5]), Benserade, Guillaume Colletet ou Nicolas Faret. Son œuvre poétique le montre lié à plusieurs hommes célèbres de son époque, qu'il s'agisse de Corneille à qui il adresse un sonnet où il qualifie Polyeucte de chef-d'œuvre, ou de Grotius[Note 6]. Un de ses sonnets : « Je ne vous quitte point pour quelqu'amour nouvelle » est mis en musique par Michel Lambert qui retrouvait Vion d’Alibray et d’autres amis poètes et musiciens au cabaret du Bel-Air, et a été publié en 1661 dans le Recueil des plus beaux airs qui ont esté mis en chant[6]. Il fréquente le cercle lettré réuni auprès de Marie de La Noue, maréchale de Thémines, à laquelle il dédiera quarante sonnets « Sur le Mouvement de la Terre » en 1653[7].

Il est également lié à la famille de Blaise Pascal par l'intermédiaire de Jacques Le Pailleur, proche de madame de La Noue et ami du père de Pascal. La Pailleur a pris la relève l'« académie » parisienne du père Mersenne et anime l'« académie Lepailleur » jusqu'à sa mort en 1654, où se débattent problèmes mathématiques, physiques et philosophiques[8]. Deux des poèmes de Vion d'Alibray sont ainsi adressés « A monsieur Pascal le fils » : le premier est un sonnet « sur son instrument pour l'arithmétique » (la machine à calculer, construite en 1642) ; le second est un poème en stances « Au mesme, sur le vuide », consacré à l'expérience sur le vide et qui célèbre la méthode expérimentale et le « secours des sens » contre la tradition[Note 7].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Charles de Vion d’Alibray est l’auteur de poèmes bachiques et érotiques, notamment le poème "Ainsi que l'arc en ciel" où s’exprime un épicurisme insouciant et badin, qui seront réunis dans un recueil publié en 1653. Il célèbre avec humour les joies du vin et de la bonne chère, les plaisirs amoureux et la vie facile : un genre qu'on appelle la « poésie de cabaret »[9]. Il est proche des poètes libertins de son époque, sans en faire partie. Il a aussi écrit des vers satiriques, où il s’attaque notamment au satiriste Pierre de Montmaur, devenu - par ses excès - un genre littéraire à part entière et la cible des pamphlets et des poèmes de ses confrères dont Jean-François Sarrasin, Ménage, Scarron ou Charles Sorel[10].

Certains de ses poèmes traduisent une inspiration plus profonde, attentive au caractère éphémère de la vie, typique de l’âge baroque :

Songe, songe, mortel, que tu n'es rien que cendre
Et l'assuré butin d'un funeste cercueil,
Porte haut tes desseins, porte haut ton orgueil
Au gouffre du néant il te faudra descendre.

Il a traduit de l’italien plusieurs pièces de théâtre, notamment du Tasse, ainsi qu’une pièce de Cremonini : dans la préface de cette dernière, il indique avec humour qu’il aurait pu comme certains traducteurs de son temps s’en faire passer pour l’auteur[Note 8] ; il traduit aussi des textes espagnols, notamment l’Examen de ingenios para las sciencias de Juan Huarte : sa traduction est éditée plusieurs fois (dans l’« Avis au lecteur » de cette œuvre, il considère la traduction comme « un travail ingrat où il y a tant de déshonneur à faillir [se tromper] et si peu de gloire à réussir »[11]), ainsi que deux ouvrages d’Antonio Pérez[citation nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Alexandre Cioranescu, Bibliographie de la littérature française du dix-septième siècle, t. III, Paris, CNRS,‎ 1965-1966, p. 1986-1987
  • Charles Weiss, article « Dalibray », in Louis-Gabriel Michaud (dir.), Biographie universelle ancienne et moderne , vol. 10, 1855, p. 43, article en ligne sur Gallica

Poésie[modifier | modifier le code]

  • L'Arbre triste, métamorphose, Paris, Toussainct Quinet,‎ 1640, in-4° — Repris en 1653 dans les Œuvres poétiques : Vers héroïques.
  • Métamorphose de Gomor en marmite, Paris,‎ vers 1643, in-4° — Repris en 1653 dans les Œuvres poétiques : Vers satyriques.
  • Lettre à Polyanthe, Paris,‎ vers 1643, in-4°
    Repris en 1653 dans les Œuvres poétiques : Vers satyriques, ainsi que dans l'Histoire comique ou les Aventures de Fortunatus, Lyon, 1655.
  • Vers satyriques, Paris, Jean Guignard,‎ entre 1645 et 1653, in-8° — Regroupe Antigomor, Lettre à Polyanthe et Métamorphose de Gomor en marmite, 73 épigrammes contre Pierre de Montmaur.
  • La Musette D. S. D., Paris, Toussainct Quinet,‎ 1647, in-12 — 11 poèmes sont repris avec des variantes dans les Œuvres poétiques de 1653.
    D. S. D. : du sieur Dalibray.
  • Les Œuvres poetiques du Sr Dalibray. Divisées en vers bachiques, satyriques, heroïques, amoureux, moraux, & chrestiens, Paris, Jean Guignard / Antoine de Sommaville,‎ 1653, in-8° (lire en ligne) — Les noms des deux imprimeurs apparaissent suivant les exemplaires : l’édition semble avoir été partagée.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • de l’italien :
    • L’Aminte du Tasse. Pastorale. Fidellement traduitte de l’italien en vers françois, & enrichie de figures, Paris, Pierre Rocolet,‎ 1632, in-4° illustré de gravures sur cuivre[12].
    • Cesare Cremonini, La pompe funèbre, ou Damon et Cloris pastorale [« Le pompe funebri, overo Aminta e Clori »], Paris, Pierre Rocolet,‎ 1632 (1re éd. 1559)[12].
    • Le Torrismon du Tasse. Tragédie, Paris, Denis Houssaye,‎ 1636, in-4°[13].
    • Le Soliman tragi-comedie. Imitée du comte Prosper Bonarelli, Paris, Toussaint Quinet,‎ 1637, in-4°
      Il s’agit d’une adaptation plus que d’une traduction de Il Solimano de Prospero Bonarelli.
    • Virgilio Malvezzi, Tarquin le superbe, avec des considérations politiques et morales sur les principaux événements de sa vie [« Il Romulo è il Tarquinio superbo »], Paris, Jean Le Bouc,‎ 1644 (réimpr. 1644, 1650).
    • L’amour divisé, discours académique où il est prouvé qu’on peut aimer plusieurs personnes en même temps également et parfaitement, Paris, A. de Sommaville,‎ 1653 (réimpr. 1661)
      Adapté d’un texte italien de Guidubaldo Bonarelli[14].
  • de l’espagnol :
    • Juan Huarte, L’Examen des esprits pour les sciences. Ou se monstrent les différences d’esprits qui se trouvent parmy les hommes, et à quel genre de science chacun est propre en particulier [« Examen de ingenios para las sciencias »], Paris, Jean Le Bouc,‎ 1645, in-8°
      Réédité en 1650 et 1661 par Jean Guignard, en 1661 par Charles de Sercy et en 1675 par le fils de Jean Guignard.
    • Histoire des advantures de Fortunatus, Rouen, Jacques Cailloüé,‎ 1626, in-8°
      Réédition :
    • Histoire comique ou Les aventures de Fortunatus, traduction nouvelle reveuë, & augmentée en cette dernière édition d'une lettre burlesque de Monsieur d'Alibray, Lyon, V. Moulu,‎ 1665
      Traduction d’un roman populaire espagnol, relevant de la littérature de colportage, publié à Valladolid en 1501.
    • Antonio Pérez, Les Lettres d'Antonio Perez, autresfois secrétaire â'Estat du très catholique Philippe II. Escrites à diverses personnes depuis sa sortie d'Espagne, Paris, Toussaint Quinet,‎ 1639 (réimpr. 1647).
    • Antonio Pérez, Les Oeuvres morales, politiques et amoureuses d'Anthonio Perez, Paris, Toussaint Quinet,‎ 1642.

Études[modifier | modifier le code]

  • Isidore Charles de Vion de Gaillon, « Notice biographique et littéraire. Charles de Vion sieur de Dalibray », Bulletin du Bibliophile, Librairie J. Techner, 11e série,‎ mai-juin 1853, p. 251-269 (lire en ligne)
  • Adolphe Van Bever, Œuvres poétiques du sieur de Dalibray avec une notice sur un poète de cabaret au XVIIe siècle, des notes historiques et critiques et des pièces justificatives, Paris, E. Santot, coll. « Poètes d’autrefois »,‎ 1906
  • P. Ricciulli, « Notes sur quelques traducteurs français du XVIIe siècle d'oeuvres italiennes qui jouirent d'une certaine notoriété, comme membres de l'Académie française et/ou écrivains de talent : Claude de Malleville, Louis Giry, Jean Baudoin, Charles Vion d'Alibray, Desfontaines, François de Grenaille, le chevalier de Mailly, Julien-Simon Brodea », Micromégas. Rivista di Studi e Confronti Italiani e Francesi, Rome, vol. 5, no 2-3,‎ 1978, p. 59-69
  • Alain Génétiot, Les genres lyriques mondains (1630-1660) : étude des poésies de Voiture, Vion d'Alibray, Sarasin et Scarron, Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire »,‎ 1990 (présentation en ligne)
  • (it) Daniela Maury, « Vion d'Alibray, tra Arcadia e tragedia », in Elio Mosele (dir.), Dalla tragedia rinascimentale alla tragicommedia barocca : esperienze teatrali a confronto in Italia e in Francia, atti del Convegno internazionale di studio, Verona-Mantova, 9-12 ottobre 1991, éd. Shena, 1993, p. 255-266
  • Daniela Maury, « L’Aminta du Tasse traduite par Charles Vion d'Alibray », in Daniela dalla Valle (dir.), Pastorale italiana, pastorale francese, atti del Seminario Interuniversitario, Fribourg-Chambéry-Turin, 1994-1995, éd. Dell'Orso, 1996, p. 91-104
  • Laurence Giavarini, La distance pastorale : usages politiques de la représentation des bergers (XVIe ‑ XVIIe siècles), éd. Vrin 2010, p. 284-294, 309-311, 334

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce sont les dates les plus communément indiquées dans le études récentes mais on trouve également 1599 pour sa naissance et 1654 pour sa mort. Il existe un quatrain est publié en 1653 dans Nouveau recueil de poésies héroïques, satiriques et burlesques, Paris, veuve Loyson, « pour feu M. Dalibray » : «… / Dalibray, tu vivais en généreux garçon / Mais si j'aimais tes vers, j'aimais mieux ta franchise ».
  2. Il est désigné comme « Charles Vion, sieur d’Alibray » en juillet 1782 dans la revue littéraire L’Esprit des journaux, p. 77-78.
  3. Dalibray est aujourd’hui un hameau qui fait partie avec Gaillonnet de la commune de Seraincourt en Île-de-France.
  4. « Je ne vais point aux coups exposer ma bedaine / Moi qui ne suis connu ni d'Armand [Richelieu] ni du roi [Louis XIII] ; /… Je veux mourir entier, et sans gloire, et sans nom, / Et crois moi, cher Clindor, si je meurs par la bouche / Que ce ne sera pas par celle du canon. » (Vers bachiques dans les Œuvres poétiques de 1653).
  5. « Cher et parfait ami qui vis naître ma muse / Et qui de tes conseils daigna la secourir /… / Nul ne montra jamais d'affection si prompte, / Jamais nul plus à gré n'y prodigua son temps. »
  6. Dans ses « Vers bachiques », il évoque Grotius comme « l'honneur des Hollandois » avec qui il a « beu à la ronde » chez les Suédois : Grotius depuis sa fuite de Hollande est résident de Suède à Paris.
  7. Le poème a sans doute été écrit en 1648 après l'expérience du puy de Dôme qui confirme la réalité du vide et de la pression atmosphérique, et qui établit la théorie générale de l’équilibre des liquides : G. Michaud, « Un poète ami de Pascal », Revue latine, 1907, p. 561-569.
  8. Mais « nous sommes encore plus obligez de rendre la justice en ce qui touche les biens de l’esprit, qu’en ce qui regarde ceux de la fortune ; c’est pourquoy, lecteur, je te veux déclarer l’autheur de cette pastorale, bien qu’elle soit si rare que je pouvois par mon silence recevoir la gloire de son invention, sans craindre d’être descouvert ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d’autorité de la Bibliothèque nationale de France.
  2. Louis Lainé, Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France, Paris, 1839, tome VI, « De Vion ».
  3. Sophie Rollin, Le style de Vincent Voiture : une esthétique galante, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2006, p. 56.
  4. Bulletin du Bibliophile, p. 257
  5. Luc Bihl-Willette, Des tavernes aux bistrots : histoire des cafés, L'Âge d'homme, Paris, 1997, (ISBN 2825107735), chapitre II : La naissance des cafés, p. 35-40.
  6. Bénigne de Bacilly, Recueil des plus beaux airs qui ont esté mis en chant, éd. Charles de Cercy, 1662, p. 192, texte en ligne
  7. Francis Wilde, Épopée et mémoire nationale au XVIIe siècle, éd. Presses universitaires de Caen, 2011, p. 114
  8. à ce sujet, voir Jean Mesnard , « Pascal à l'Académie Le Pailleur », in L'œuvre scientifique de Pascal, éd. Centre international de synthèse, 1964
  9. Claire Lynn Gaudiani, The cabaret poetry of Théophile de Viau : texts and traditions, Gunter Narr, Tübingen, Paris, Jean-Michel Place, 1981
  10. Alain Génetiot, Les Genres Lyriques Mondains, 1630-1660 : Étude Des Poésies de Voiture, Vion D'Alibray, Sarasin Et Scarron, éd. Droz, 1990, p. 140-141
  11. Cité par Christian Péligry, « L'accueil réservé au livre espagnol par les traducteurs parisiens dans la première moitié du XVII° s. (1598-1661) », Mélanges de la Casa de Velázquez, 1975, 11, p. p. 163-176.
  12. a et b Françoise Lavocat, « Les métamorphoses du monstre. Le satyre dans l’Aminta et ses traductions françaises jusqu’au milieu du dix-septième siècle », Études Epistémè, no 6,‎ automne 2004 (lire en ligne)
  13. Daniela Dalla Valle, « Le Torrismon du Tasse par Charles Vion d'Alibray. Entre tragédie et tragicomédie », Cahiers de Littérature du 17e siècle, no 6,‎ 1984, p. 105-114 (lire en ligne)
  14. Daniela Maury, « L’Amour divisé. Discours academique di Charles Vion Dalibray. Un addamento dei Discorsi in diffesa del doppio amore della sua Celia di Guidubaldo Bonarelli », Vita e pensier, Milan « Lingua, cultura e testo : miscellanea di studi francesi in onore di Sergio Cicada »,‎ 2003, p. 793-806.

Liens externes[modifier | modifier le code]


Liens internes[modifier | modifier le code]