Charles de Bovelles

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Charles de Bovelles

Naissance 1479
Sancourt (France)
Décès après 1566
Ham (France)
Nationalité Drapeau de la France France
Champs philosophe
mathématicien
Renommé pour Géométrie en françoys (1511)
La bibliothèque du chapitre de Noyon.

Charles de Bovelles, latinisé en Carolus Bovillus (né en 1479 à Sancourt, mort à Ham après 1566), est un philosophe et mathématicien français, professeur au Collège du Cardinal-Lemoine, puis chanoine de Noyon, qui composa notamment une Géométrie en françoys (1511), premier ouvrage scientifique imprimé en langue française.

On lui doit également de nombreux traités philosophiques, mathématiques, théologiques et mystiques, mais aussi philologiques. Charles de Bovelles est aujourd'hui considéré comme « peut-être le plus remarquable penseur français du XVe et du début du XVIe siècle » (Albert Rivaud).

Sa vie[modifier | modifier le code]

Charles de Bovelles étudia la philosophie, la logique et l'arithmétique au collège du Cardinal-Lemoine avec Jacques Lefèvre d'Étaples qu'il avait rencontré lors de la peste de 1495. Il enseigna lui-même au collège du Cardinal-Lemoine où il eut notamment pour élève l'alsacien Beatus Rhenanus. Il deviendra chanoine de la cathédrale de Noyon et électeur du chapitre de la collégiale de Saint-Quentin. Il était connu de ses contemporains pour avoir voyagé dans différents pays d'Europe.

En 1547, dans la préface de La Geometrie practique, Bovelles remercie Oronce Fine pour l'aide qu'il lui a apportée dans la confection des gravures de son livre.

Sa pensée[modifier | modifier le code]

Du Macrocosme au Microcosme[modifier | modifier le code]

Dans l’esprit de la Renaissance, il multiplie les analogies et les correspondances aussi compliquées qu’inattendues, notamment entre macrocosme et microcosme, mais ne s'intéresse guère aux découvertes et aux progrès techniques de son temps. Utilisant l’arithmosophie pour constituer une échelle verticale de l’univers (l'ange, l'homme, l'animal, la plante, le minéral et la matière soumis à Dieu), Bovelles pense qu’il est composé d’un nombre indéfini d'individus qui sont chacun à leur façon un miroir vivant du tout. Le macrocosme ne prend donc conscience de lui-même que dans les microcosmes en lesquels il se reflète. Au sein de cette harmonie préétablie, l’homme reflète l’univers en tant que dernier né de la Création. Il est en quelque sorte l’âme du monde. À ce titre, Dieu a créé l’univers pour en faire la demeure de l’homme. Si sa mission dans le temps est de mesurer le « sublunaire », sa mission eschatologique est de permettre la réintégration du monde en Dieu par l’entremise de la résurrection des corps.

De l'Ars Oppositorum à la Via Negativa[modifier | modifier le code]

Si la gnoséologie de Bovelles présente l'intelligence humaine comme un infini virtuel, il n'accorde aux créatures supra-lunaires qu'une infinité participée et refuse à toute créature l'infinité en acte même sous sa forme « contractée », préservant l'écart entre créature et créateur que Nicolas de Cues semble parfois mettre à mal. Selon Bovelles, la connaissance consiste à extraire des espèces intelligibles des espèces sensibles. Les espèces s'impriment dans la mémoire et l'imagination par le biais de l'âme et passent ensuite à l'entendement. Si, dans la mémoire, l'unité du macrocosme se maintient dans le souvenir, cette unité harmonieuse du tout se brise dans l'entendement qui y découvre des termes contraires et des oppositions conceptuelles. Cependant, si on réfléchit bien, les oppositions entre unité et pluralité, vérité et erreur, acte et puissance se résument toutes, finalement, à l'opposition Dieu-Néant. Le néant est négation de l'existence et Dieu, l'existence absolue est négation du néant. L'entendement découvre donc le caractère complémentaire de cette opposition et à travers elle, celui de toutes les autres. C'est la complémentarité des opposés qui permet à l'« ars oppositorum » de surmonter  la division des idées afin d'en reconnaître l'unité essentielle. À travers cette combinatoire conceptuelle qui use et abuse des figures et tableaux d'inspiration lulienne, le but de Bovelle est, semble-t-il de fournir une justification métaphysique à la doctrine de la création ex nihilo en démontrant, si possible que Dieu n'a créé le monde que sur le fond d'un rien initial. Le néant étant l'opposé de l'être, c'est bien du néant et non de lui-même que Dieu a tiré le monde. Mais, si le monde révèle l'existence de Dieu, celle-ci nous échappe pourtant complètement. L'univers nous apprend l'existence d'un créateur mais ne nous dit pas ce qu'il est. D'où la justification de la théologie négative de Denys qui donne à l'idée de néant sa place légitime. Puisqu'il n'y a pas de néant sans être, l'existence de Dieu doit être admise bien qu'elle soit évidente par elle-même. La théologie négative qui pose en Dieu un infini simple, inconcevable et inexprimable est donc plus certaine que la théologie positive et ses analogies incertaines et douteuses entre Dieu et les choses.

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

Les livres de géométrie de Charles de Bovelles se caractérisent par une pensée profondément pythagoricienne : les objets aussi bien que les formes animales trouvent des correspondances dans les formes régulières de la géométrie (polygones et polyèdres réguliers, convexes ou étoilés). Certains chapitres, comme celui sur la conception des cloches, la physiognomonie ou l'explication de l'effet de certaines machines, offrent des témoignages passionnants sur la pensée technique du premier XVIe siècle.

Le septième chapitre de sa 'Geometrie practique' montre son intérêt pour la typographie et le tracé géométrique des lettres. Il présente deux gravures dans lesquelles la forme des lettres a été réduite au carré (tracé rectiligne) et au rond (sic). Ces propositions 'typographiques' sont étonnamment modernes, bien que les empattements soient toujours présents.

Rééditée de son vivant, l’œuvre de Bovelles tombe après sa mort dans un certain oubli, mais il est par exemple cité par Giordano Bruno, qui loue sa clarté d'esprit, et Pierre Charron, l'auteur de La Sagesse, l'a certainement lu.

Puis au XIXe siècle, Michel Chasles[1] distingue Charles de Bovelles pour son exposé sur les polygones étoilés, faisant suite aux idées développées sur cette question par Thomas Bradwardine deux siècles plus tôt.

L’œuvre philosophique de Bovelles est redécouverte en Allemagne par Martin Deutinger, puis au XXe siècle, par Ernst Cassirer qui fait éditer par Raymond Klibanski le Livre du sage (Liber de sapiente) à la suite du De mente de Nicolas de Cues et en annexe à son livre Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance (1927). De fait, Bovelles doit bien des idées au Cardinal de Cues, qu'il a mieux compris que son maître Lefèvre d'Étaples. Mais, soucieux de préserver la doctrine de la création ex nihilo, il adopte et transforme certaines idées du Cardinal afin d'échapper au soupçon d'hérésie qui pèse parfois sur les disciples de ce dernier. À cela s'ajoute l'influence de la dynamique trinitaire et de la combinatoire de Raymond Lulle et celle des philosophes florentins (Marsile Ficin et Pic de la Mirandole).

  • In artem oppositorum introductio, 1503.
  • De constitutione et utilitate artium humanorum, 1503.
  • Geometrica introductionis libri sex, 1503.
  • Methysicum introductorium, 1504.
  • Quæ in hoc volumine continentur… mathematicum opus quadripartitum : de numeris perfectis, de mathematicis rosis, de geometricis corporibus, de geometricis complementis, impr. Henri Estienne, Paris, 1510.
  • Mathematicus opus quadripartitum, 1510.
  • Liber de duodecim numeris, 1510.
  • De Sapiente, 1510 ; Le Livre du Sage, trad. Pierre Magnard, Paris, Vrin, 1982.
  • De nihilo, 1510 ; Le Livre du Néant, trad. P. Magnard, Paris, Vrin, 1983.
  • Ars oppositorum, 1510 ; L'art des opposés, trad. P. Magnard, Paris, Vrin, 1984.
  • De Intellectu, 1510.
  • De Sensu, 1510.
  • De generatione, 1510.
  • Géométrie en françoys, impr. Henri Estienne, Paris, 1511.
  • Dominica oratio, 1511.
  • Physicorum elementorum libri decem, 1512.
  • Commentarum in primordiale Joannis, 1512.
  • Quaestionum theologicarum libri septem, 1512.
  • De trinitate, 1512.
  • De divinis praedicamentis, 1512.
  • L'art et science de Geométrie, 1514.
  • Aetum mundi septem supputatio, 1520.
  • Liber cordis, 1523.
  • Divinae caliginis liber, 1526.
  • De septem vitiis, 1531.
  • De raptu divi pauli, 1531.
  • De prophetica visionne, 1531.
  • De laude Jerusalem, 1531.
  • Proverbium vulgarium libri très, 1531.
  • De remedus vitiorum humanorum et œrum consistentia, 1532.
  • De differentia vulgarium linguarum et Gallici sermonis varietate, 1533.
  • De hallucinatione Gallicanorum nominum, 1533.
  • Livre singulier & utile touchant l’art et practique de Géométrie, composé nouvellement en Françoys, par maistre Charles de Bouelles , 1542.
  • La Geometrie practique, composee par le noble Philosophe maistre Charles de Bovelles, impr. Guil. de Marnef, Paris, 1547 (rééd. 1566).
  • De resurrectione, 1551.
  • De animae immortalitate, 1552.
  • De mundi excidio, 1552.

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

  • L'homme délivré de son ombre, traduction du Livre du sage de Charles de Bovelles, Vrin, 1982, réédition en 2010, par Pierre Magnard
  • L'étoile matutine, traduction du Livre du néant de Charles de Bovelles, Vrin, 1983, par Pierre Magnard
  • Soleil noir, traduction du Livre des opposés de Charles de Bovelles, Vrin, 1984, par Pierre Magnard

Références[modifier | modifier le code]

  • Ernst Cassirer, Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance, Paris, éd. de Minuit,‎ 1983 (ISBN 2-7073-0648-7)
  • Bernard Groethuysen, « Carolus Bovillus », Mesures, série 6e, no I,‎ 1940, p. 61-73.
  • G. Maupin, Opinions et curiosités touchant la Mathématique d'après les ouvrages français des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles (1898), Bibl. de la Revue générale des Ssciences, éd. Carré et Naud, Paris
  • Joseph M. Victor, Charles de Bovelles, 1479-1553: An Intellectual Biography (coll. « Travaux d'Humanisme et de Renaissance », 161) Genève, Droz, 1978.
  • S. Musial - Dates de naissance et de mort de Charles de Bovelles » dans « Charles de Bovelles en son cinquième centenaires 1479-1979 - Éditions Trédaniel 1982.
  • Tamara Albertini, Charles de Bovelles: Natura e Ragione come spazio interno/esterno della conoscenza, in L'uomo e la Natura nel Rinascimento, Firenze 1998.
  • Emmanuel Faye, Philosophie et perfection de l'homme. De la Renaissance à Descartes Paris, Librairie J. Vrin, « Philologie et Mercure » 1998 ISBN 2-7116-1331-3.
  • Cesare Catà, Forking Paths in Sisteenth Century Philosophy. Charles de Bovelles and Giordano Bruno, in “Viator. Medieval and Renaissance Studies”, UCLA University, Volume 40, No. 2 (2009)
  • Cesare Catà, L'abisso come origine. Portata e significati del concetto di "nulla" nel De Nihilo di Charles de Bovelles, en cours de publication
  • Jean-Claude Margolin, Lettres et poèmes de Charles de Bovelles. Edition critique, introduction et commentaire du ms. 1134 de la Bibliothèque de l'Université de Paris. Editions Honoré Champion, 2002. ISBN 2-7453-0658-8
  • Daniel González-García ','Ascendencias medievales en el Liber propriae rationis de Carolus Bovillus (1479-1567) Dissertation (Maîtrise en Philosophie). Université Nationale Autonome du Mexique - 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans Aperçu historique… des méthodes en géométrie (impr. Hayez, Bruxelles, 1831).

Liens internes[modifier | modifier le code]