Charles Sochet des Touches

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Charles René Dominique Sochet
Seigneur des Touches
Surnom Chevalier des Touches
Naissance 7 octobre 1727
à Luçon (Bas-Poitou)
Décès 23 décembre 1793 (à 66 ans)
à Prinquiau (Loire-Atlantique)
Origine France (Vendée)
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Grade Chef d'escadre
Années de service 17431790
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Faits d'armes Combat d'Ouessant
Bataille du cap Henry
Bataille de la baie de Chesapeake
Bataille des Saintes
Distinctions Grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis
Ordre de Cincinnatus

Charles Sochet, seigneur des Touches[Note 1],[Note 2], dit le « chevalier des Touches », né le 7 octobre 1727 à Luçon (actuelle Vendée), mort le 23 décembre 1793[1],[2],[3] à Prinquiau (Loire-Atlantique), est un officier de marine français qui a participé à la guerre d'indépendance des États-Unis, se liant d'amitié avec La Fayette et Washington, comme en témoigne l'importante correspondance entre ces deux hommes[réf. nécessaire].

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Fils de René Joseph Sochet des Touches et d'Antoinette de La Ville de Férolles des Dorides, il entre dans la Marine royale le 29 décembre 1743. Il est promu enseigne de vaisseau le 1er avril 1748 et embarque l'année suivante sur Le Tigre (50). Le 15 mai 1756, il est promu lieutenant de vaisseau et est chargé, après la prise de l'île d'Aix, à l'embouchure de la Charente, du commandement des batteries de l'Eguillon, sur la côte de l'Aunis. Capitaine de vaisseau en 1767, après avoir servi successivement sur La Gloire, Le Jason, L'Alcyon, et La Friponne. Le 3 juillet 1770, il épouse Nicole Mauras d'Hervy (1744-1776), qui décèdera peu de temps après, en lui donnant néanmoins un fils Adrien, né en 1772.

La « guerre d'Amérique »[modifier | modifier le code]

L'année 1775 marque le début du soulèvement des colonies d'Amérique contre la domination anglaise, et de la Révolution américaine qui devait passer par la guerre d'indépendance des États-Unis, au cours de laquelle le royaume de France devait se ranger du côté des insurgents. Le 27 juillet 1778, des Touches prend part au sanglant et glorieux combat d'Ouessant, en qualité de commandant de L'Artésien, vaisseau de 64 canons. Il fait partie de la 3e division de l'escadre blanche, placée sous les ordres du comte d'Orvilliers.

Nommé chef d'escadre, à l'issue de ce combat, à la tête d'une flotte de dix navires, il remplace dans les derniers mois de l'année de 1780, le chevalier de Ternay parti donner la chasse à l'amiral anglais Cornwalis, qui avait envahi la Caroline et ravageait les côtes de la Virginie. Après quelques jours de mer, une flottille ennemie lui est signalée à l'entrée de la baie de Chesapeake. Il se rend sur place et, le 16 mars 1781, pendant la bataille du cap Henry il coule dix bâtiments ennemis et ramène triomphalement le vaisseau anglais HMS Romulus, de 44 canons, à Newport.

Il reçoit par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France aux États-Unis de la Luzerne, une lettre de remerciement du Congrès américain[Note 3], accompagnée d'une lettre de l'ambassadeur lui-même[Note 4].

Incité par ce succès, il se prend à rêver de libérer toute la Virginie. Son plan consiste à attaquer l'ennemi par mer et par terre. Il se concerte avec le comte de Rochambeau et le général La Fayette, qui commandent chacun un corps de volontaires français. Au cours d'un conseil de guerre, il est décidé que la flotte recevrait à bord un détachement de 3 000 hommes, sous les ordres du maréchal de camp le baron de Vioménil, qui serait débarqué sur les côtes de la Virginie. Le point du débarquement devait être la baie de Chesapeak.

La bataille de la baie de Chesapeake (septembre 1781)[modifier | modifier le code]

Article principal : Bataille de la baie de Chesapeake.

Après avoir fait face à par des vents contraires pendant plusieurs jours, l'escadre tombe, le 5 septembre 1781 à 13 h 0, au milieu d'une brume épaisse, sur une escadre ennemies. Les Britanniques, qui avaient eu vent de l'expédition, barraient l'entrée de la baie de Chesapeake avec leur flotte. L'amiral anglais Graves était à la tête d'une force de onze vaisseaux armés de 670 canons.

L'affaire semblait mal engagée, et un débarquement en présence d'une telle opposition était exclu. Aussi, des Touches décide-t-il de prendre l'initiative du combat : le signal du branle-bas est donné et le feu s'ouvre sur toute la ligne. Le combat est acharné, après deux heures de lutte, la plupart des vaisseaux anglais, hors d'état de résister, s'éloignent vers le large, laissant le passage libre à la flotte française. La victoire est complète, et le débarquement peut avoir lieu. Il s'agissait, depuis le début de la guerre, du premier succès marquant de la marine royale. Dans l'esprit des Américains, cette victoire remet en question la suprématie navale des Anglais.

Des Touches est reçu sous les applaudissements du Congrès américain. Mais sa victoire était chèrement acquise et plusieurs de ses vaisseaux étant endommagés, il est contraint de rentrer à Newport pour réparations.

Enthousiasmé, George Washington adresse, le 10 avril 1781, depuis son quartier général de New-Windsor, une lettre au chevalier des Touches pour lui demander de se concerter de nouveau avec les généraux français et d'enlever au plus vite le fort de Penobscot, dans le Massachusetts, dont la garnison causait de lourdes pertes aux Insurgents.

En Amérique, des Touches enchaine les succès. À la fin 1781, il prend part au siège et à la reddition de la place de New York, en Virginie. Ce fait d'armes présenta cette particularité, que les officiers français reçoivent des éloges des deux côtés à la fois. Le Congrès américain fait ériger sur la place publique de New York une colonne triomphale et offre à l'amiral le comte de Grasse, deux canons pris aux Anglais, comme témoignage de la reconnaissance publique. En même temps, l'amiral Cornwalis rendant compte des évènements à son gouvernement, écrit :

« La délicatesse des officiers français, la part qu'ils semblaient prendre à notre triste situation, la générosité avec laquelle ils nous offrirent toutes les sommes dont nous pouvions avoir besoin, sont au-dessus de toute expression et doivent servir d'exemple en pareil cas aux Anglais. »

Bataille des Saintes (1782)[modifier | modifier le code]

La Bataille des Saintes, 12 avril 1782. Huile sur toile par Théodore Gudin.
Article principal : Bataille des Saintes.

Mais cet enchaînement de victoire devait connaitre une fin, l'année suivante. Le 12 avril 1782, la flotte française aux ordres du comte de Grasse, secondé par de Vaudreuil et Bougainville, est, après un combat de onze heures, battue dans la mer des Antilles par l'amiral anglais Rodney. Des Touches, s'y distingue tout particulièrement mais ne peut échapper à la captivité. Il est fait Commandeur de Saint-Louis, par brevet du 25 août 1782 et reçoit une pension de 3 000 livres sur le budget de l'ordre[4].

À son retour de captivité, il reçoit des mains de Louis XVI le cordon rouge de Grand'croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et le grade officiel de chef d'escadre des armées navales[2].

La fin de l'Ancien Régime et la Révolution[modifier | modifier le code]

Malgré son âge - Des Touches a alors plus de soixante ans - il ne songe pas à prendre sa retraite. Aussi, le 26 février 1789, il demande que le combat de la Chesapeake soit immortalisé par le pinceau d'un grand peintre de marine de l'époque, Théodore Gudin. En 1790, son nom figure encore sur les états de service de la Marine. Peu après il quitte le service, et au lieu d'émigrer comme la majorité des officiers de la marine de l'époque, il se retire dans sa ville natale de Luçon.

Bien qu'il ne jouât lui-même aucun rôle dans l'insurrection de la Vendée, la conduite de son fils n'allait pas tarder à le rendre suspect aux yeux des républicains[2]. En effet, son fils avait quitté les gardes françaises où il était sous-lieutenant, pour suivre l'Armée des princes à l'étranger, et avait fait dans l'armée de Condé la campagne de 1792. Son corps ayant été dissout, il avait émigré en Angleterre, d'où il avait rejoint de Charette en Vendée. Grièvement blessé, près de la Roche-sur-Yon, il avait été conduit à Nantes pour y être fusillé. Mais, avec l'aide du « citoyen Caumartin », il était parvenu à s'échapper et à rester caché jusqu'à la parution du décret d'amnistie qui lui permit, à nouveau, de se montrer en toute sécurité.

Suspect, son père avait été arrêté à Luçon, et conduit à Fontenay, et son procès était sur le point de débuter lorsque la ville fut prise par les Vendéens. Il prit alors la décision de suivre l'armée Vendéenne et de trouver refuge dans ses rangs, et bien qu'il n'y eût aucun poste de commandement, il avait pourtant voix au Conseil[5].

Il assiste à la défaite des Vendéens à la bataille de Savenay, et parvient à échapper aux recherches des républicains. Il trouve refuge, en compagnie de ses deux nièces, chez un fermier de la paroisse de Prinquiau (Loire-Atlantique). Mais il tombe gravement malade et meurt le 23 décembre 1793, à 67 ans.

Mme de La Rochejaquelein raconte dans ses mémoires[2] :

« M. des Touches, cordon rouge, vieillard de quatre-vingt-dix ans qui suivait notre armée, se trouva caché près de nous. M. Jagault alla le voir et adoucit ses derniers moments en le faisant administrer; il laissa beaucoup d'argent à son fidèle domestique, nommé Charles, et en outre cent louis, qu il pria ce jeune homme de conserver pour son fils émigré; Charles, n'osant pas toucher à ces cent louis et ne sachant qu'en faire, voulait les enterrer avec son maître. Comme nous avions peu d'argent et plus d'espoir de nous sauver que lui, si ardent pour la guerre, M. Jagault l'engagea à nous les confier; il le fit de grand cœur; nous écrivîmes une reconnaissance sur des feuilles de plomb. Charles trouva moyen d'aller joindre Charette, il fut tué l'année d après, laissant la réputation d'un brave, et nous avons eu depuis la satisfaction de rembourser M. des Touches, qui en avait grand besoin. »

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Veuf, en 1785, il épouse en secondes noces Aimée-Prudence-Geneviève de Racodet, dame de Saint-Martin-Lars, parente de sa première femme, elle-même veuve de Fortuné Boisson, chevalier seigneur de la Couraizière, ancien lieutenant des vaisseaux du roi. Ce mariage ne produit pas d'enfant, mais la famille Racodet était riche et se composait de neuf filles, qui étaient presque toutes mariées en Bas-Poitou.

Honneurs et postérité[modifier | modifier le code]

Une place de Luçon, inaugurée le 20 novembre 2004, porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Nom complet : Charles René Dominique Sochet des Touches
  2. Son nom est parfois orthographié « Destouches ».
  3. Texte de la lettre du Congrès :
    « Résolu par les États-Unis assemblés en congrès
    Que le président transmettes remerciements des États-Unis assemblés en congrès, au comte de Rochambeau et au chevalier Des Touches, commandants de l'armée et de la flotte envoyées par S. M. T. G. au secours de ses alliés, pour le zèle et la » vigilance qu'ils ont manifestés, en toute occasion, à remplir les généreuses intentions de leur souverain et l'attente de ces états.
    Qu'il présente leurs remerciements particuliers au chevalier Des Touches pour la bravoure, la fermeté et la bonne conduite déployées dans la dernière entreprise contre l'ennemi à Porsmouth en Virginie, entreprise dont l'accomplissement fut empêché par des évènements imprévus. Le difficile combat, si galamment et si avantageusement soutenu, le 16 mars dernier, à l'entrée des caps de la baie de la Chesapeak, contre une flotte anglaise supérieure, fait honneur aux armes de S. M. T. G. et est un présage des avantages décisifs des États-Unis.
     »
  4. Lettre de l'ambassadeur de la Luzerne:
    « J'ai l'honneur de Vous envoyer un résolvé du congrès, qui vous sera transmis par le président de ce corps, qui exprime faiblement les sentiments de reconnaissance et d'estime que vous avez inspirés aux citoyens des treize états. De vieux préjugés, enracinés par les malheurs de la dernière guerre, avaient persuadé à ces gens-ci que notre marine était inférieure à celle des Anglais par la science des manœuvres et la bravoure. Un combat donné sur leurs côtes avec une infériorité incontestable de notre côté, dans lequel cette fière nation reconnaît elle-même que nous avons eu de l'avantage, établit l'honneur des armes du roi dans ces parages. C'est à vous, Monsieur, que la France est redevable de cet avantage. Dans une autre lettre du 13 du même mois, il ajoutait: “Toute l'Amérique rend justice à l'habileté et au courage que le combat du 16 vous a donné occasion de déployer”. Les Américains qui étaient à bord de votre escadre ont rendu un témoignage qui mérite d'autant plus d'attention qu'il est impartial et même que leurs anciens préjugés en faveur de l'habileté des Anglais sur mer les faisaient incliner pour eux, si la bravoure de l'escadre et votre bonne conduite eussent été moins évidentes. Ils s'accordent tous à dire qu'on ne peut montrer plus l'intelligence, de fermeté et de sang-froid qu'ils n'en ont remarqué sur l'escadre du roi, et que l'escadre anglaise n'a pas, à beaucoup près, montré la même intelligence, la même résolution. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. 23 décembre 1793, selon Site US Genealogy ; 1794 selon site suivant.
  2. a, b, c et d Charles Sochet des Touches sur le site USGenealogy.net
  3. Le chevalier des Touches, chef d'escadre, sur le site Histoire de la Vendée du Bas Poitou en France
  4. État Nominatif Des Pensions, Traitemens Conservés, Dons, Gratifications : Qui se payent sur d'autres Caisses que celle du Trésor Royal, volume 1, 1790, p. 109, [lire en ligne]
  5. On trouve son nom dans celui qui se tint à Fougères après l'expédition d'Outre-Loire

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arthur de La Borderie (dir.), Revue de Bretagne et de Vendée, t. V, Nantes, Vincent Forest & Émile Grimaud,‎ 1840 (lire en ligne), p. 307 et suiv.
  • Prosper Levot, Essais de biographie maritime : ou Notices sur des hommes distingués de la marine française, Typographie de Ch. le Blois,‎ 1847 (lire en ligne), p. 331-354

Articles connexes[modifier | modifier le code]