Charles Sedley

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Sir Charles Sedley

Sir Charles Sedley (mars 1639 – 20 août 1701), 5e baronnet, est un homme d'esprit, un dramaturge et un homme politique anglais, qui finit sa carrière comme président de la Chambre des communes du Royaume-Uni.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Sedley était le fils de Sir John Sedley, 2e baronet d'Aylesford dans le Kent, et de sa femme, Elizabeth, fille de Henry Savile. Les Sedley, parfois orthographié Sidley, étaient des personnalités du Kent depuis au moins 1337. Son grand-père, William Sedley, fut fait chevalier en 1605. Il était le fondateur des Sidleian Lectures of Natural Philosophy (Conférences sidléennes de philosophie naturelle) à Oxford. Charles Sedley suivit sa scolarité à Wadham College, mais il quitta ce collège sans avoir obtenu de diplôme. Son tuteur avait été le poète Walter Pope. William, le second fils survivant de Sir John Sedley et d'Elizabeth, succéda au titre de baronet en 1645, et Charles hérita du titre (5e baronet) en 1656, à la mort de son frère William.

Avec sa première femme, Lady Katherine Savage, fille de John Savage, 2e comte Rivers, il n'eut qu'un seul enfant, Catherine Sedley, comtesse de Dorchester, maîtresse de Jacques II. Sir Charles et Lady Katherine vivaient à Great Queen Street. Après que sa première femme eut été enfermée dans un couvent de Gand à cause de troubles psychiques graves, Sedley essaya vainement d'obtenir le divorce. Il rencontra Ann Ayscough, probablement aux alentours de 1670, et il eut avec elle deux fils illégitimes, William et Charles Sedley. William mourut dans l'enfance, et son frère Charles fut fait chevalier par Guillaume III après son couronnement en 1689. La liaison de Sedley avec Ann Ayscough dura jusqu'à la fin de sa vie. Il mourut à Hampstead le 20 août 1701, et fut enterré à Southfleet Church le 26.

Sedley a été un protecteur reconnu[1] de la littérature et du théâtre de la Restauration. Il fut le Lisideius francophile de l'Essay of Dramatic Poesy de Dryden[2]. Pourtant ce fut surtout son esprit que ses contemporains admiraient le plus en lui[3].

Sedley, poète et traducteur[modifier | modifier le code]

Sa chanson la plus célèbre, Phyllis is my only joy, est bien plus connue en Grande-Bretagne que le nom de son auteur. Alors que Sedley produisit principalement des vers légers d'amateur et des dialogues pastoraux dans les années 1670, il se tourna dans les années 1680 et 1690 vers l'épigramme satirique. Ses Epigrams: or, Court Characters prennent modèle sur Martial. Dans son épigramme "To Nysus", par exemple, Sedley décrit le rôle de la satire, en en soulignant la nature agressive:

Let us write satyr than, and at our ease
Vex the ill-natur'd Fools we cannot please[4].
Et bien écrivons donc satyre, et à notre aise,
Ennuyons les désagréables idiots qui nous déplaisent.

Dans le même temps, Sedley traduisait d'autres types de poésie ancienne, tels le quatrième chant des Géorgiques de Virgile, l'Ode II, 8 d'Horace et trois élégies des Amores d'Ovide. Dryden inclut les traductions d'Ovide de Sedley dans Miscellany de 1684.

Les pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

Sa première comédie, The Mulberry-Garden (1668), ne soutient guère le talent de brillant causeur que ses contemporains admiraient tant chez Sedley. La meilleure, mais aussi la plus licencieuse, de ses comédies est Bellamira: or, The Mistress (1687), une imitation de L'Eunuque de Térence, dans laquelle l'héroïne est supposée représenter la duchesse de Cleveland, la maîtresse de Charles II. Tandis que The Mulberry-Garden fait avec exubérance l'éloge des réussites de la Restauration, Bellamira montre un sombre cynisme dû à une modification du contexte politique. Ses deux tragédies, Antony and Cleopatra (1677) et The Tyrant King of Crete (1702), une adaptation de Pallantus and Eudora de Henry Killigrew, ont peu de valeur. Il produisit aussi The Grumbler (1702), une adaptation de Le Grondeur de Brueys et Palaprat. Pourtant une grande partie de l'édition de ses œuvres posthumes sont apocryphes[5]. En dehors des prologues de ses propres pièces, Sedley écrivit au moins quatre autres prologues à des comédies, le plus connu étant celui écrit pour l'Epsom-Wells de Thomas Shadwell[6].

Réputation des jeunes et fringants courtisans de l'époque de Charles II[modifier | modifier le code]

Sedley était connu pour être un libertin et un séducteur (un « rake »), faisant partie du "Merry Gang" (« la joyeuse bande »), qui comprenait aussi le comte de Rochester et Charles Sackville, Lord Buckhurst. En 1663, une conduite indécente dans Bow Street, pour laquelle il dut payer une forte amende, le rendit célèbre. Au cours de cette escapade, Sedley et Lord Buckhurst se déshabillèrent au balcon d'une taverne de Bow Street et prirent l'un et l'autre différentes pauses indécentes, avant que Sedley baignât son pénis dans un verre de vin, qu'il but ensuite à la santé du roi. Cette conduite provoqua une bagarre parmi les spectateurs et une condamnation au tribunal, au cours duquel le président déclara que c'était à cause de scélérats de son espèce que « la colère et le jugement de Dieu planent au-dessus de nos têtes »[7].

Sedley était député de New Romney dans le Kent, et il prit une part active et efficace à la politique. Son discours sur la liste civile après la Glorieuse Révolution est cité par Macaulay comme une preuve que sa réputation d'homme d'esprit capable était méritée. Son « bon mot » aux dépens de Jacques II est bien connu. Le roi avait séduit sa fille et l'avait faite comtesse de Dorchester, sur quoi Sedley dit : « Comme le roi a fait de ma fille une comtesse, le moins que je puisse faire, en signe de gratitude réciproque, est d'aider à faire de la fille de sa Majesté (Marie II) une reine »[8]. Sedley est parfois associé avec une bande bien connue de noceurs débridés, qui s'étaient baptisés les Ballers et qui furent actifs entre 1660 et 1670. C'est probablement Sedley qui écrivit le « Serment des Ballers »[9].

Membre du Parlement[modifier | modifier le code]

La carrière parlementaire de Sedley débuta dans les années 1660, et en 1677 ou 78, il rejoignit la cause whig. Quand Charles II mourut en 1685, Sedley fut exclu illégalement du Parlement de son successeur Jacques II, qui fut convoqué en mai 1685. Il ne fait aucun doute que Sedley s'opposa au catholique Jacques et soutint Guillaume d'Orange pendant la critique année 1688[10]. Ce fut dans le second parlement de Guillaume, élu en mars 1690, que Sedley revint, sa carrière politique atteignant son zénith lorsqu'il devint président de la Chambre des communes[11]. Davantage de discours et de motions parlementaires s'enchaînèrent, dont des discussions du projet de loi visant à réglementer les procès pour haute trahison, ce qui éclaire l'engagement politique de Sedley après la Glorieuse Révolution. Ses discours furent inclus dans l'édition de 1702 de The Miscellaneous Works. Il garda son siège au Parlement jusqu'à sa mort en 1701.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir "The Mulberry-Garden" et "Bellamira", ed. Hanowell, pp. xxxi-xxxii.
  2. Frank L. Huntley, "On the Persons in Dryden's Essay of Dramatic Poesy, in: Essential Articles for the Study of John Dryden, ed. H.T. Swedenberg Jr. (Hamden, CO, 1966), p. 83-90.
  3. The Diary of Samuel Pepys, ed. Latham and Matthews, Vol. V, p. 288 et Vol. VIII, p. 71. Voir aussi la présentation de Sedley dans An Account of the Dramatick Poets. The English Stage: Attack and Defense 1577-1730 de Gerard Langbaine, ed. Arthur Freeman (New York et Londres, 1973.
  4. "Poetical and Dramatic Works", ed. Pinto, Vol. 1, p. 52, ll.7-8.
  5. Voir Sir Charles Sedley's "The Mulberry-Garden" (1668) et "Bellamira, or: The Mistress" (1687), ed. Hanowell, p. xxiii
  6. Pierre Danchin, The Prologues and Epilogues of the Restoration 1660-1700, 4 vols (Nancy, 1981).
  7. Fergus Linnane (2006) The Lives of the English Rakes. Londres, Portrait: 24-5
  8. Marie II, femme de Guillaume III, devint reine après la fuite et la déposition de son père Jacques II, suite à leur débarquement à Torbay en 1688.
  9. David M. Vieth, "Sir Charles Sedley and the Ballers' Oath," in: Scriblerian, 12 (1979), 47-49.
  10. Pinto, Sir Charles Sedley: A Study in the Life, p. 203
  11. Pinto, Sedley, p. 181-84.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Pompey the Great (1664); adaptation et traduction de La Mort de Pompée de Corneille (1644) avec Charles Sackville (plus tard comte de Dorset), Sidney Godolphin, Edmund Waller, et Sir Edward Filmer.
  • The Mulberry-Garden (1668); tiré en partie de L'École des maris de Molière (1661).
  • Antony and Cleopatra (1677)
  • Bellamira: or, The Mistress (1687), tiré en partie de L'Eunuque de Terence.
  • Beauty the Conquerour: or, The Death of Marc Antony (posthume 1702)
  • The Miscellaneous Works of the Honourable Sir Charles Sedley (Londres, 1702).
  • The Works of the Honourable Sir Charles Sedley, 2 vol. (Londres, 1722).
  • The Works of the Honourable Sir Charles Sedley, 2 vol. (Londres, 1776).
  • (peut-être de Sedley) The Tyrant King of Crete; version abrégée de Pallantus and Eudora de Henry Killigrew.
  • (peut-être de Sedley) The Grumbler; traduction de la farce Le Grondeur de Brueys et Palaprat

Éditions modernes[modifier | modifier le code]

  • The Poetical and Dramatic Works of Sir Charles Sedley, ed. Vivian de Sola Pinto. 2 vols (Londres, 1928; repr. New York: AMS Press, 1969, ASIN: B001PHW8ZW).
  • Sir Charles Sedley's "The Mulberry-Garden" (1668) and "Bellamira: or, The Mistress" (1687): An Old-Spelling Critical Edition with an Introduction and a Commentary, ed. Holger Hanowell, Münster Monographs on English Literature (Frankfurt am Main: Peter Lang, 2001).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


Source[modifier | modifier le code]