Charles Plisnier

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Charles Plisnier (Ghlin, près de Mons, 13 décembre 1896 - Bruxelles, 17 juillet 1952) est un poète, essayiste et militant belge qui, dans ses œuvres de non-fiction, s'est longuement exprimé sur la Wallonie. Il était l'oncle de l'écrivain Charles Bertin. Il a des origines ouvrières par sa mère qui travaillait dans la fabrication de confections ouvrières et bourgeoises par son père, intellectuel populaire, in Paul Guth "Quarante contre Un", pages 219 à 226.

Depuis 1959, un prix littéraire portant son nom est décerné chaque année à un écrivain belge (Prix littéraire Charles Plisnier)

Ses premiers pas littéraires[modifier | modifier le code]

Alors qu’il habite rue Chisaire à Mons, il commence ses humanités anciennes à l’Athénée de Mons, avant l'âge de dix ans. Il s’intéresse très tôt à l’écriture et se lie d’amitié avec le poète Herman Grégoire.

Plisnier publie ses premiers poèmes dans la revue Flamberge dirigée par Arthur Cantillon. Émile Verhaeren, qui habite non loin à Roisin, l’encourage.

Communiste, chrétien et militant wallon[modifier | modifier le code]

En 1919, il commence des études de droit à l'Université libre de Bruxelles et adhère au communisme. Docteur en droit au barreau de la Cour d'Appel de Bruxelles en 1922, il se fixe dans la capitale où ses activités politiques l’éloignent de l’écriture pendant près de dix ans. Admirateur de la révolution russe, il participe à tous les congrès communistes en Belgique et à l'étranger. En 1925, il devient directeur du Secours Rouge international. Déçu par son dernier voyage en Russie et ayant affirmé ses sympathies trotskistes en 1928, il est exclu du Parti communiste. Il ralliera ensuite le POB et participera notamment à la campagne en faveur du célèbre plan défendu par Henri De Man. Plisnier se convertit ensuite au christianisme, sans abandonner ses convictions socialistes. Il participe notamment au Congrès national wallon de Liège en 1945, où il s'exprime dans le sens rattachiste[1], option qu'il abandonna à la fin de sa vie, si l'on en croit sa Lettre ouverte à ses concitoyens (posthume), où il prône une solution fédéraliste tant pour la Belgique que pour l'Europe. Toute son œuvre vibre de ces trois passions : la chrétienne, la socialiste, la wallonne, étrangement mêlées.

"Les communistes me haïssent, pour eux je suis un renégat. Ils m'appellent le trotskyste qui s'est fait moine. Or, le trotskysme est dépassé et je ne suis pas moine. Je ne vais même pas à la messe", in Paul Guth, opus cité, 1947.

Écrivain[modifier | modifier le code]

Il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1937. La même année, il est aussi le premier lauréat belge du prix Goncourt pour Faux Passeports.

L’Académie (à l’unanimité de ses membres), l’Association des Écrivains belges et le Pen club le proposent pour le Prix Nobel en 1951.

Il a fondé diverses revues :

  • Ferveur en 1913, avec Herman Grégoire
  • Haro, revue littéraire et révolutionnaire, en 1919
  • Communisme, hebdomadaire, en 1919
  • Prospections en 1929, avec Albert Ayguesparse
  • L’Esprit du temps en 1933, avec Albert Ayguesparse et René Jadot
  • Alerte en 1939, avec Alexandre André et Louis Dumont-Wilden.

Cet homme généreux et d'une vaste culture garda jusqu'à sa mort, en 1952, la nostalgie de l'idéal pour lequel il avait combattu et dont s'inspire notamment son œuvre poétique.

"Autrefois, on m'accusait de belgicisme, je croyais que chaque écrivain devait inventer sa langue. Maintenant j'ai compris. On doit rendre sa langue invisible. Ce n'est pas le verre qu'on doit voir, mais ce qu'il y a dedans." in Paul Guth, opus cité.

Le jugement d'un grand critique littéraire[modifier | modifier le code]

L'enracinement montois[modifier | modifier le code]

N’est pas Montois qui veut : les généalogies se passent au crible et leurs registres se tiennent à jour. Plisnier l’était de cœur et d’âme, avec une piété et une révolte inextinguibles. Mons ne le quitta jamais : ce fut l’enracinement de son œuvre, la passion forte et fidèle de sa vie. On la voit partout dans ses livres, dans Une voix d’or, dans L’Enfant aux stigmates, dans Patrimoine. Quand elle ne se lit pas dans le texte, elle se devine dans les marges romanesques. Ce qui s’avance sans masque, c’est la poésie de ses apprentissages à l’aube du matin profond. Ce qui se camoufle, sans jamais travailler à se rendre méconnaissable, c’est ce qui offusque cette poésie – la nuit confinée, mesquine, avare, qui recouvre le paradis perdu. [2]

"Il n'y a pas de Belgique. Il y a d'une part une Flandre, d'autre part un pays français ou Wallonie", in Paul Guth, opus cité.

L'enfance[modifier | modifier le code]

Une enfance montoise, évoquée sous le regard de sa mère, et le génie des lieux, dans une mémoire sédentaire et extatique, le génie même d’un clan. Fils de cette ville, parce que fils de cette mère. On naît dans une cité, c’est l’âge à ses débuts, le paysage à l’orée des contes et l’exemple familier qui éduque plus subtilement et plus durablement que les précepteurs. Mère, mère montoise, mère goethéenne. Plisnier nous invite rétrospectivement à la création du monde. Ville d’une enfance, et reconstituée après coup, pour se consoler des grandes personnes, de leurs figures renfrognées, de leurs manigances et de leur fourberie : c’était doux c’était frais, c’était lumineux, c’était cristallin, le printemps dans les fleurs, la symphonie des toits sous la neige bleue, les ombrelles sous les marronniers, et ce bonheur dans les yeux de sa mère. « Je ne sais si, comme moi, tu aimas cette ville. Lorsque j’avais ton âge, je la connaissais jusque dans le dernier arbre de ses squares, là où chante toujours le même oiseau, jusque dans la ruelle de son cœur, là où une femme en bigoudis venait achever de se peindre sur le seuil. Si l’on m’avait bandé les yeux et laissé quelque part, au bruit particulier de mes pas, à l’odeur spéciale du vent, des feuilles, je me fusse retrouvé. » [Citation de L’Enfant aux stigmates] Plisnier flairait sa piste; et, si loin que l’aient jamais conduit ses vadrouilles d’idéologue avant-gardiste, il ne s’égara jamais, recensant toujours à la trace la route du premier jardin et de la première femme. Mons, enfance d’un fils dans l’amour d’une mère.[3]

La révolte de la jeunesse et de l'âge mûr[modifier | modifier le code]

Puis, l’adolescence est venue, avec ses dépits, ses colères, ses venins, cet idéalisme qui désespère de la vie et qui, au fond de ce désespoir, exalte le dieu inconnu comme un providence. Tout s’éclate et se rompt. Voici l’envers de la ville, étalé dans les romans rancuniers, écrits au fusain, sous la dictée de la caricature fébrile et d’un spiritualisme de mage, à mi-chemin des boutiques sulpiciennes et du Polyeucte de Corneille. La bourgeoisie est tirée de ses repaires. On force ses placards, les cadavres grouillent, la vermine dégringole et le jeu de massacre commence […] « Le drame de Noël, notait Plisnier du personnage principal de Meurtres, est celui de l’homme qui a une vie intérieure, dans un monde qui n’en a pas. » Voilà la phrase capitale. Capitale dans tous les sens : en forme d’exécution et disant le dégoût d’un insurgé. Le Mons bourgeois n’est qu’un squelette, la vie intérieure s’est retirée de lui. Il n’y a plus d’enfance : il n’y a plus que des stigmates, et le sang des pauvres que rien ne sanctifie, et la mère des douleurs devant le Christ aux outrages. Mons de la malédiction, insultant la face auguste de l’humanité et de l’existence. Mons-repoussoir après le Mons-faire-valoir. […][4]

Le retour à la foi chrétienne[modifier | modifier le code]

Ce qu’il a fini par comprendre, en se frottant à tous les braseros que l’Histoire installa aux carrefours dangereux de la sensibilité contemporaine, c’est qu’en lui la piété filiale commandait tout et qu’elle l‘appelait fabuleusement à la connaissance de l’indicible. Mère, je suis venu à ton rendez-vous montois. Une attente une quête, une tension perpétuelle, et la récompense au sein du mystère et de la grâce. Plisnier découvrait ce qu’il avait cherché dans le sarcasme, dans le blasphème, dans sa détresse de vieil enfant qui se croyait perdu, dans cette nuit de Gethsémani. Il était là, avec le cantique de son berceau, pour saluer son aube, lui qui avait sacrifié son bonheur à son salut, et pour y reconnaître, avec le visage de sa mère, la vertui de son intercession. Par là cette vie, qui sembla forcenée et chaotique, exprimait, dans ses déraisons apparentes, l’intelligence de l’essentiel et la droiture d’un prosélyte traqué par la difficulté d’être. Un cœur à nu, une âme à vif, un siècle tragique et fou et, de l’autre côté, l’enfance comme une armure de chevalier, l’errance comme une ascèse, les mots comme une liturgie, la communion des saints comme une prière exaucée. C’était quelqu’un Plisnier…[5]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Tombe de Charles Plisnier au cimetière de Mons
  • Voix entendues, poèmes, (1913)
  • L'enfant qui fut déçu, poème de jeunesse, (1914)
  • Eve aux sept visages, poème, (1919)
  • La guerre des hommes, poème, (1920)
  • Réformisme ou révolution, essai, (1921)
  • Élégies sans les anges, poème, (1922)
  • Brûler vif, poèmes, hors commerce, (1923)
  • Prière aux mains coupées, poèmes, (1930)
  • Histoire sainte, roman, (1931)
  • Figures détruites, nouvelles, (1932)
  • Mésure de notre temps, essai, (1932)
  • Déluge, poème, (1933)
  • L'enfant aux stigmates, poème, (1933)
  • Fertilités du désert, poésie, (1933)
  • Babel, poème, (1934)
  • Odes pour retrouver les hommes, Poèmes, (1935)
  • Mariages, roman, (1936)
  • Périple, poème, (1936)
  • Sel de la terre, poème, (1936)
  • Faux Passeports (sous-titré: ou les mémoires d'un agitateur) (Prix Goncourt 1937)
  • Sacre, poème, (1938)
  • Mort d'Isabelle (Meurtres T. I), (1939)
  • Présence du fils (Meurtres T. II), (1939)
  • Testament, poème, (1939)
  • Martine (Meurtres T. III), (1940)
  • Feu dormant (Meurtres T. IV) (1941)
  • Dieu le prit (Meurtres T. V) (1941)
  • Ma mère me prend par la main poèmes, (1941)
  • Ave Genitrix, poème, (1943)
  • Croix de Venus, nouvelle (1943)
  • L'homme nocturne, nouvelle (1943)
  • Hospitalité, théâtre, (1943)
  • Une voix d'or, roman, (1944)
  • Figures détruites, édition de 1932 augmenté d'Une voix d'or, (1945)
  • Héloïse, roman, (1945)
  • La Matriochka, roman, (1945)
  • Mes biens aimés (Mères - Chronique d'une famille bourgeoise Tome I), (1946)
  • Nicole Arnaud (Mères, Tome II), (1948)
  • Heureux ceux qui rêvent, nouvelle, (1948)
  • Vertu du désordre (Mères, Tome III), (1949) (prix du roman de la CF)
  • Beauté des laides, roman (1951)
  • itinéraire spirituel d'un romancier, (1951)
  • Folies douces, (1952)
  • L'homme et les hommes, essai, (1953)
  • Papiers d’un romancier, essai, (1954)
  • Lettres à mes concitoyens, essai, (1962)
  • La dernière journée

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Discours de Charles Pisnier au Congrès national wallon du 20 et 21 octobre 1945 (sur le site du RWF)
  2. Pol Vandromme, Hainaut, Terre tenue de Dieu et du soleil, Labor Bruxelles, 1980, p. 65-66
  3. Pol Vandromme, Hainaut, Terre tenue de Dieu et du soleil, Labor Bruxelles, 1980, p. 65-66
  4. Pol Vandromme, Hainaut, Terre tenue de Dieu et du soleil, Labor Bruxelles, 1980, p. 67
  5. Pol Vandromme, Hainaut, Terre tenue de Dieu et du soleil, Labor Bruxelles, 1980, p. 69-70