Charles Mérieux

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Charles Mérieux

Naissance 9 janvier 1907
Décès 19 janvier 2001 (à 94 ans)
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Scientifique, docteur en médecine

Charles Mérieux, né à Lyon en 1907 et mort en 2001, est un médecin français. Issu d'un milieu bourgeois et appartenant à la Famille Mérieux, il consacre sa vie au développement de la fabrication industrielle de vaccins avec pour rêve de « vacciner tous les enfants du monde »[1]. Toutefois, en 1997, au soir d'une vie de combats, le centenaire de la fondation de l'Institut Mérieux préludera à l'incorporation du groupe Mérieux dans le groupe Rhône-Poulenc.

Enfance[modifier | modifier le code]

Charles Mérieux est né le 9 janvier 1907 à Lyon. Il est le fils du microbiologiste Marcel Mérieux, créateur de l'Institut Mérieux en 1897 (fabrication de vaccins). Issu d'un milieu croyant et bourgeois, sa famille se consacre à la soie et détient les profits de la banque lyonnaise. Il avait un frère aîné (décédé en 1926 à la suite d'une méningite bacillaire) et une sœur. Travaillant dès son plus jeune âge avec son père, il puise son intérêt pour la médecine grâce aux expériences paternelles. En 1914, il est atteint de la scarlatine à laquelle il survivra.

Parcours[modifier | modifier le code]

Charles Mérieux est renvoyé de l'externat Saint-Joseph (devenu le Lycée Saint-Marc) en 1920, c'est alors qu'il décide de participer aux Scouts de France. Ainsi, cette expérience lui ouvre l'esprit sur « la réalité des classes sociales »[2]. En 1926, il obtient son baccalauréat puis s'inscrit en 1927 en PCN, sa première année de médecine qu'il abandonnera plus tard pour se fiancer. Plus tardivement, il reprend ses études médicales en parallèle à ses nombreux voyages à travers le monde et soutient sa thèse en médecine en 1938. Entre-temps, Charles Mérieux décroche deux certificats de sciences et un certificat de bactériologie en 1931. Cependant, il continue toujours à travailler au laboratoire de son père où il s'occupe des analyses médicales (au départ sans véritable formation théorique) ainsi que de la préparation des vaccins. En 1932, Charles Mérieux intègre l'Institut Pasteur à Paris où il suit ses premiers cours de sérologie (il est reçu premier).

Carrière et réalisations scientifiques[modifier | modifier le code]

Durant toute sa carrière scientifique, Charles Mérieux s'est rendu dans différents pays afin d'une part, de commercialiser ses produits tels que la tuberculine, et d'autre part, de rencontrer des spécialistes dans le but de perfectionner ses méthodes scientifiques. Il réussit à avoir une renommée internationale en implantant plusieurs laboratoires dans le monde pour remédier contre la fièvre aphteuse, la grippe, les virus locaux… Il s’obstine ainsi à lutter contre les épidémies et à vacciner un maximum de personnes.

En 1937, après la mort de son père, il reprend la direction de l'Institut Mérieux. Ainsi, il s'implique dans divers projets comme la production de vaccins vétérinaires et humains, l'élevage d'animaux de laboratoire ou encore l'extraction de dérivés sanguins. Il se donne donc pour mission de lutter contre les maladies infectieuses.

Extraction de dérivés sanguins[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est chargé de fabriquer du sérum antitétanique pour l'armée[3]. De par les circonstances, il exerce en plus de cela une activité clandestine et bénévole avec la Résistance en fabriquant du sérum de bœuf, autrement dit du jus de viande, dans le but de nourrir les enfants de Lyon sous-alimentés. Durant cette période, un million de doses sont distribuées chaque année.

Dans le même état d'esprit, il crée le premier centre clandestin de transfusion sanguine par l'intermédiaire de donneurs de sang volontaires. Cependant, en 1952, lorsque le sang humain devient monopole d'État, Charles a l'interdiction de traiter du sang en provenance de donneurs, son activité est donc freinée. Malgré cela, il réussit à développer des dérivés sanguins tels que l'albumine et les gamma-globulines issues de placentas récoltés dans des maternités. Il espère d'une part diminuer les transfusions sanguines d’urgence par l'utilisation de l'albumine (diminution de la viscosité du sang) et, d'autre part, remédier aux troubles allergiques et aux carences immunitaires avec les gamma-globulines (thérapeutique anti-infectieuse). Plus tard, il réussit à créer un centre de fractionnement du sang humain au Mexique. Cette expansion lui permet d'alimenter l'Amérique centrale, la Colombie et le Venezuela en gamma-globulines.

Vaccins[modifier | modifier le code]

Les travaux de Charles Mérieux reposent principalement sur la conception et le développement de vaccins.

En 1944, il est convoqué par le gouvernement de Santé publique français pour une mission aux États-Unis afin d'étudier l'organisation américaine de transfusion sanguine. Il s'empare alors du savoir-faire des américains en matière de production de seringues jetables. De retour à Lyon, il les utilise pour son vaccin antitétanique. Ainsi, les techniques de stérilisation ne sont plus nécessaires et les risques de transmission sont évités. À partir de là, il développe un aspect de biologie industrielle pour produire des sérums par millions.

Il a également participé au développement du vaccin contre la fièvre aphteuse. En effet, en 1947, il crée l'Institut Français de la Fièvre Aphteuse (IFFA) pour contrer les épidémies au sein des élevages de bovins. En 1952, une épidémie de fièvre aphteuse envahie la France et engendre une vague de cadavres de bovins. Pour ralentir la propagation de l'épidémie, il tente de convaincre les autorités de mettre en place une protection de masse contre le virus. Il insiste sur l'urgence de la vaccination pendant l'épidémie mais aussi sur les rappels de vaccination indispensables pour échapper à une nouvelle contagion. Pour rassurer les autorités, il crée un laboratoire officiel de contrôle afin de mesurer les risques liés aux vaccins. Il veut ainsi prouver l'innocuité du vaccin contenant la forme « inactivée » du virus. Finalement, il propose des contrats de vaccination aux éleveurs pour assurer les rappels.

Plus tard, il implante un laboratoire en Iran en 1960 ainsi qu'à Moscou en 1965 où là encore, le fléau de la fièvre aphteuse persiste.

Charles Mérieux développe d'autres vaccins comme moyen de prévention infantile tels que ceux contre la poliomyélite et la coqueluche. Malheureusement en 1960, deux enfants trouvent la mort après avoir été vaccinés, Charles Mérieux est victime d'une brève polémique[4]. Cet épisode marque combien un vaccin est délicat et nécessite une bonne conservation ainsi qu'une précaution d'utilisation.

De plus, ses travaux lui ont permis de participer à l'élaboration d'un vaccin contre la méningite africaine de type A.

En 1974, alors qu'une épidémie de méningite africaine touche le Brésil, Charles Mérieux met en place un plan de vaccination d'urgence et contribue à la vaccination de 90 millions de brésiliens malgré le manque d'infrastructures adéquates et l'accès difficile vers les villages isolés[5] .

Il s'implique également dans la recherche de nouveaux vaccins et dans l'amélioration des immunisations déjà existantes. La recherche de perfectionnement des vaccins consiste à s'orienter vers un sérum contenant uniquement l'anticorps spécifique à l'épitope pathogène du virus. Cette démarche permet ainsi d’éviter le déclenchement de réactions allergiques chez les individus utilisant l’injection. Parallèlement à cela, il met en place une technique de culture cellulaire in-vitro pour une production de vaccins à grande échelle (par exemple, pour la production du vaccin contre la fièvre aphteuse, il utilise des cellules saines de l'épithélium de langues de bovins qui sont ensemencées avec le virus d'intérêt).

Il a donc consacré sa vie dans l'étude des virus. De ce fait, il crée un laboratoire de haute sécurité P4 (P4 Jean Mérieux) situé à Lyon (inauguré en 1999) qui constitue un élément indispensable pour la manipulation des virus hautement pathogènes[6].

Collaborations et congrès[modifier | modifier le code]

Différentes relations lui ont permis de mener à bien ses projets.

À la suite d'un détournement de fonds au sein de sa propre société en 1965, 51 % des actions de l'Institut sont rachetées par Rhône-Poulenc et lui permettent de poursuivre sa lutte contre les maladies infectieuses affectant les pays en développement. En 1967, il crée donc la Fondation Mérieux. Plus tardivement, la vaccination dans ces pays sera également renforcée grâce à la création de l'Association pour la Promotion de la Médecine Préventive (APMP) avec l'Institut Pasteur et en étroite liaison avec l'Organisation mondiale de la santé.

Ses initiatives en matière de communication scientifique aboutissent à plusieurs congrès dans le but de développer sa lutte à l'échelle mondiale:

  • 1955: Standardisation biologique (favorisation des échanges scientifiques entre spécialistes).
  • 1961: Production et contrôle du vaccin Sabin (antipoliomyélitique).
  • 1964: Prophylaxie de la rougeole et de la rubéole.
  • 1969: Virologie vétérinaire, peste porcine et fièvre aphteuse, vaccination antivariolique.
  • 1987: Organisation du premier colloque interdisciplinaire sur le SIDA.

Son expérience lui a également permis d'enseigner dans divers domaines tels que :

  • la lyophilisation à l'Institut National des Sciences Appliquées.
  • les techniques de laboratoire.
  • l'épidémiologie avec le CDC d'Atlanta (Communicable Disease Center). Il créa d’ailleurs l'Institut de Développement d'Epidémiologie Appliquée (IDEA).
  • la technicité du développement à Bioforce-Développement, lui-même fondateur de cette association en 1983[6].

D’autre part, ses nombreuses collaborations ont donné lieu à la création du Centre Européen de Santé Humanitaire (CESH) en 1997 et qui regroupe sept partenaires:

Le CESH est donc un outil de formation, d'information et de recherche dans le domaine de l'humanitaire[7].

Action civique et sociale[modifier | modifier le code]

À la Libération, il crée et anime sur Lyon un efficace Comité Commun pour l'Hygiène de l'Enfance.

En tant que Président des Amis de l'Université, il prend une part active en 1957 à la création de l'INSA de Lyon.

Il est longtemps Consul d'Autriche à Lyon.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Peu de temps après ses vingt ans, Charles Mérieux épouse Simone qui lui accorde son soutien et lui délivre des conseils tout au long de sa vie. Avec lui, elle met au monde deux fils, Jean Mérieux et Alain Mérieux en 1930 et 1938 ainsi qu'une fille, Nicole en 1931. Les deux fils reprendront plus tard la succession de leur père à la tête de l'entreprise. Le plus jeune épouse Chantal Berliet, fille de Paul Berliet, le constructeur de camion lyonnais. L'ainé, Jean Mérieux, décède d'un accident de la route en 1994. Le 13 février 1973, Simone meurt à la suite d'une longue maladie. En 1975, son petit-fils Christophe Mérieux (1967-2006) se fait enlever puis relâcher moyennant une rançon de 20 millions de francs que Charles Mérieux paye sans hésiter (vendant pour cela ses cinémas en catastrophe). En juillet 1996, nouveau drame. Rodolphe, le frère de Christophe, disparaît dans l'explosion du Boeing de la TWA après son décollage de New York. Alexandre Mérieux, né en 1974 et troisième petit-fils de Charles Mérieux, est actuellement administrateur du groupe bioMérieux. Malgré ces drames familiaux, Charles Mérieux réussit tout de même à transmettre sa passion à sa descendance comme il l'avait reçu de son père.

Passion[modifier | modifier le code]

Charle Mérieux est passionné de médecine et d'humanitaire, il passe sa vie à lutter contre les épidémies en répandant son idée de prophylaxie à travers le monde, en particulier dans les pays en développement. Il ne comprend pas qu'« on laisse crever l'Afrique »[8]. Pour lui, le développement de la médecine préventive ainsi que les principes d'hygiène de Louis Pasteur sont primordiaux et doivent être répandus à travers le monde. Charles Mérieux poursuit jusqu'à la fin sa quête en faveur de l'amélioration de la santé publique, surtout dans les pays en voie de développement. Il souhaite que la science, la médecine et la prévention soient sans frontières.

En 1960, Charles Mérieux réalise un rêve partagé avec sa femme, il achète une dépendance épiscopale du XVIe siècle au bord du lac d'Annecy, dans laquelle il organise de nombreux colloques ainsi que des réunions. C'est à cet endroit que tous les ans auront lieu les cours de l’Institut de Développement d’Epidémiologie Appliquée (IDEA) qui ont pour but de former les cadres de la santé. Ces cours contribuent de ce fait à la création de l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS).

Passionné de cinéma et de voyage, il tourne plusieurs films sur ses voyages, notamment un sur l'Inde qui lui sera emprunté pour des conférences sur ce pays. Il contribue à financer le film de Bertrand Tavernier L'Horloger de Saint-Paul.

De plus, il crée le « Pentagone », autre de ces rêves, qui a pour but l'acquisition de plusieurs salles de cinéma à Lyon, d'une agence de publicité, d'une agence de voyages, et d'un département d'édition. Mais ce projet s'éteint rapidement, à la suite de la rançon versée pour la libération de son petit-fils.

Finalement, Charles Mérieux était très attaché à sa ville natale, c'est pourquoi, il a toujours été omniprésent sur les grands projets lyonnais: participation à l’installation du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), à la fondation de l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Lyon... Ainsi, il rêvait de faire de celle-ci une « bio-capitale ».

Dynastie[modifier | modifier le code]

La famille Mérieux est une dynastie d'entrepreneurs lyonnais, à l'origine des entreprises Sanofi Pasteur (ex. Institut Mérieux), bioMérieux (diagnostic in vitro), Mérial (activité vétérinaire), mais également de la Fondation Marcel-Mérieux, du laboratoire P4 Jean Merieux et de l'organisme de formation humanitaire Bioforce.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Millénaire, Centre Ressources Prospectives du Grand Lyon : Claude Lardy, Présidente de Bioforce. Entretien réalisé le 28 juin 2007 par Laure Bornarel.
  2. Le virus de la découverte, R. Laffont, 1988. Mémoires
  3. Le fabuleux destin de la dynastie Mérieux ; Le Point, publication le 18/11/2005.
  4. Charles Mérieux: la mort d'un grand bourgeois, « humaniste »... d'abord pour sa fortune; Lutte Ouvrière n°1699 du 2 février 2001
  5. Millénaire, Centre Ressources Prospectives du Grand Lyon: Claude Lardy, Présidente de Bioforce. Entretien réalisé le 28 juin 2007 par Laure Bornarel.
  6. a et b Le docteur Charles Mérieux est mort; NouvelObs, publication le 19/01/01.
  7. Charles Mérieux, un idéaliste imprégné d'un sens profond du devoir; Revue Médecine Tropicale 2000.60.04
  8. Charles Mérieux, le roi des vaccins, s'est éteint; Libération, publication le 20/01/2001

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Préface La Santé de demain : Vers un système de soins sans murs, Coordonné par J-P CLAVERANNE et Claude LARDY (Secrétaire général de la fondation Mérieux), 1999.
  • Virus Passion, R. Laffont, 1997 : édition actualisée du livre Le virus de la découverte
  • Le virus de la découverte, R. Laffont, 1988. Mémoires.
  • Préface Heterografts in primates, de J.M. Dubernard, 1974.
  • Sans frontière entre les deux médecines (de Claude BERNARD au Vétérinaire GALTIER), 1970.