Charles Joseph Minard

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Charles Joseph Minard

Naissance 27 mars 1781
Dijon
Décès 24 octobre 1870 (à 89 ans)
Bordeaux
Pays de résidence France
Profession
Ingénieur
Signature de

Charles Joseph Minard (né le 27 mars 1781 à Dijon, Côte-d'Or, et mort le 24 octobre 1870 à Bordeaux, Gironde) est un ingénieur civil français célèbre pour ses inventions dans le domaine de la traduction graphique et cartographique appliquée au génie civil et aux statistiques. Plus méconnus mais néanmoins réels sont sa réflexion et son apport sur l'utilité collective et son analyse de la tarification des équipements publics (Péage)

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles-Joseph Minard est né le mardi 27 mars 1781 à Dijon sur la paroisse Saint Michel fils de Pierre Etienne Minard greffier de la maréchaussée et de dame Bénigne Boiteux son épouse ; il est baptisé en l'église Saint Michel ce même jour. Son parrain est le sieur Charles-Joseph Boiteux ancien conseiller du Roy notaire en cette ville son aïeul maternel et sa marraine, dame Marguerite Gilbert épouse de maître Jacques Minard avocat à la Cour sa tante paternelle. Ancien élève de l’École polytechnique puis de l’École nationale des ponts et chaussées, Minard travaille de nombreuses années dans le génie civil (construction de barrages, de canaux — dont ceux du Centre, de Saint-Quentin et de Charleroi — et de ponts dans toute l’Europe). De 1830 à 1836, il dirige l’École des ponts et chaussées. De 1836 à 1851, année de sa mise à la retraite, il est nommé inspecteur des ponts et chaussées et poursuit ses travaux sur la représentation graphique des séries statistiques durant toute sa retraite.

Œuvre[modifier | modifier le code]

L'usage de l'illustration graphique en statistique[modifier | modifier le code]

La Carte figurative des pertes successives en hommes de l’Armée française dans la campagne de Russie en 1812-1813 est un exemple de carte de flux, ayant été renommé par la suite sous le nom de diagramme de Sankey (même si M. Charles Joseph Minard a utilisé cette technique avant l'ingénieur irlandais qu'était M. Matthew Henry Phineas Riall Sankey).
La Carte figurative et approximative des quantités de viandes de boucherie envoyées sur pied par les départements et consommateurs à Paris utilise des diagrammes circulaires.

Minard fait oeuvre de pionnier dans l’utilisation des graphiques appliqués au génie civil et aux statistiques. Il atteint la célébrité pour sa Carte figurative des pertes successives en hommes de l’Armée française dans la campagne de Russie en 1812-1813, une représentation graphique publiée en 1869 relative à la désastreuse campagne de Russie entreprise par Napoléon en 1812. Ce célèbre graphique présente plusieurs variables dans une simple image en deux dimensions :

  • localisation et itinéraire de l’armée indiquant les points de séparation et de regroupement des unités ;
  • pertes humaines de l’armée (particulièrement sensibles lors de la traversée de la Bérézina) ;
  • variations de la température de l’air au cours de la retraite.

Étienne-Jules Marey souligne le caractère saisissant de ces graphiques, dont il écrit qu’ils « défient la plume de l’historien dans sa brutale éloquence ». Pour Edward Tufte, il s’agit là du « meilleur graphique statistique jamais tracé », et il en fait un exemple de la plus haute importance[1]. Howard Wainer le présente comme un trésor de l’information graphique et le qualifie de « champion du monde du graphique »[2].

Minard crée de nombreuses autres cartes du même type ; Arthur Robinson en compte ainsi 51 en tout[3]. Elles portent sur des sujets divers[4].

En 2002, Michael Friendly revisite le travail de Minard en utilisant des systèmes modernes de visualisation de l'information tels que SAGE et Mathematica[5].

Carte figurative et approximative des quantités de coton en Europe en 1858 et 1862

Pionnier de l'analyse de la gestion publique[modifier | modifier le code]

Tableau figuratif du mouvement commercial du Canal du Centre en 1844. Ce graphique est un des premiers graphiques mosaïque de l'histoire[6]

Un manuscrit envoyé à Jean-Baptiste Say par Minard en 1832 [7] contient l'essentiel des progrès des analyses économiques en matière de gestion publique. Travaux repris par Jules Dupuit dont la postérité n'a retenu que le nom, « en jetant une ombre sur ceux du véritable pionnier » [8]
Minard réfléchit et répond dans les années 1820 aux interrogations posées par les équipements publics :

  • Les canaux construits se révèlent moins rentables que prévu et leur achèvement est parfois remis en question.
  • Pour le financement des routes, il s'agit de trancher entre la budgétisation, le paiement selon l'usage ou le paiement selon la dégradation de la voie.

Sa réflexion le conduit à s'interroger plus généralement sur la finalité des travaux publics : la production d'utilité collective publique notamment en matière de transport). Minard pense que celle-ci peut être déterminée de façon assez précise et que cette valeur dépend de la demande et de la répartition des revenus. Les besoins les plus essentiels sont prioritaires (ceux des plus pauvres). Pour le reste, la décision doit tenir compte des délais de production et de l'économie de temps permise par l'équipement (bénéfice social déterminé en temps puis en valeur) , avec une prise en compte des intérêts composés (les dépenses étant étalées sur plusieurs années).

Carte figurative relative au choix d'un nouvel hôtel des postes de Paris (1865)
Tableaux figuratifs de la circulation de quelques chemins de fer, publié dans Des Tableaux et des cartes figuratives par Charles Joseph Minard en 1862

Publications[modifier | modifier le code]

  • Charles Joseph Minard, Des tableaux graphiques et des cartes figuratives, Paris, impr. de Thunot,‎ 1862

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Victorin Chevallier, « Notice nécrologique sur M. Minard, inspecteur général des ponts et chaussées, en retraite », Annales des ponts et chaussées : Mémoires et documents, Paris, Dunod, vol. II de la 5e série,‎ 2e sem. 1871, p. 1–22.
  • Marey E.J. : La Méthode graphique dans les sciences expérimentales, G. Masson, Paris 1878
  • Palsky G. : Des chiffres et des Cartes : Naissance et développement de la cartographie quantitative française au XIX°s, Edition de CTHS, Paris 1996.
  • Tufte E.R. The visual display of quantitative information, Graphics Presse, Cheshire, CT 1983

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Edward R. Tufte, The Visual Display of Quantitative Information, Cheshire (Connecticut), Graphics Press,‎ 2e éd. 2001, 197 p. (ISBN 0-9613921-4-2), p. 40.
  2. (en) Howard Wainer, « How to Display Data Badly », The American Statistician, American Statistical Association, vol. 38, no 2,‎ mai 1984, p. 146 (137–147) (ISSN 0003-1305, lire en ligne).
  3. (en) Arthur H. Robinson (Université du Wisconsin-Madison), « The Thematic Maps of Charles Joseph Minard », Imago Mundi, vol. 21,‎ 1967, p. 95–108 (ISSN 0308-5694, résumé).
  4. (en) Michael Friendly, « The Graphic Works of Charles Joseph Minard », Université York, mise à jour 22 mai 2006. Consulté le 26 février 2009.
  5. (en) Michael Friendly (Université York), « Visions and Re-Visions of Charles Joseph Minard », Journal of Educational and Behavioral Statistics, vol. 27, no 1,‎ printemps 2002, p. 31–51 (ISSN 1076-9986, lire en ligne).
  6. (en) Michael Friendly, « A Brief History of Data Visualization », dans Chun-Houh Chen, Wolfgang Härdle et Antony Unwin, Handbook of Data Visualization, Springer-Verlag, coll. « Springer Handbooks of Computational Statistics »,‎ 2008 (ISBN 978-3-540-33036-3, DOI 10.1007/978-3-540-33037-0_2), p. 29
  7. Histoire des pensées économiques, Sirey T.I, Paris 1993
  8. Histoire des pensées économiques Op.cit.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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