Charles II d'Espagne

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Charles II
Charles II d'Espagne
Charles II d'Espagne
Titre
Roi des Espagnes et des Deux-Siciles
17 septembre 16651er novembre 1700
35 ans, 1 mois et 15 jours
Régent Marie-Anne d'Autriche (1665–1675)
Prédécesseur Philippe IV
Successeur Philippe V
Souverain des Pays-Bas
17 septembre 16651er novembre 1700
Prédécesseur Philippe IV
Successeur Philippe V
Prince des Asturies, Roi de Sardaigne
1661, 17 septembre 16651665, 1er novembre 1700
Prédécesseur Philippe Prosper d'Autriche, Philippe IV
Successeur Joseph-Ferdinand de Bavière, Philippe V
Biographie
Dynastie Maison de Habsbourg
Nom de naissance Carlos de Austria y Austria
Date de naissance 6 novembre 1661
Lieu de naissance Madrid (Espagne)
Date de décès 1er novembre 1700 (à 38 ans)
Lieu de décès Madrid (Espagne)
Père Philippe IV d'Espagne
Mère Marie-Anne d'Autriche
Conjoint Marie Louise d'Orléans (1679-1689)
Marie-Anne de Neubourg (1689-1740)

Signature

Charles II d'Espagne
Monarques d'Espagne

Charles II d'Espagne (Madrid, le 6 novembre 1661 - Madrid, le 1er novembre 1700), dit l’Ensorcelé a été roi des Espagnes, des Indes, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, duc de Bourgogne et de Milan et souverain des Pays-Bas, entre 1665 et 1700, après la mort de son père Philippe IV d'Espagne.

Proclamé roi en 1665 à l'âge de quatre ans, placé sous la tutelle de sa mère Marie-Anne d'Autriche, il est sans cesse gouverné : par sa mère, puis par Juan José d'Autriche (fils bâtard de Philippe IV), par sa femme, Marie Louise d'Orléans, et par ses ministres. La faiblesse de son pouvoir fut la cause de la décadence de la maison de Habsbourg en Espagne. Les guerres soutenues contre la France se soldèrent par des déroutes successives : perte de la Franche-Comté à la suite de la paix de Nimègue en 1678, perte du Luxembourg avec la trêve de Ratisbonne de 1684, invasion française de la Catalogne en 1691…

Charles II reçoit le surnom d'« Ensorcelé » (Hechizado) car on attribuait son lamentable état physique à des influences néfastes et même diaboliques. Les mariages consanguins successifs contractés par ses ascendants royaux en sont certainement l'origine. Il reste toute sa vie une personne rachitique, malade et faible, mais également stérile. Son incapacité à avoir un héritier constitue la cause de graves conflits de succession dans les années qui précédent et suivent sa mort, qui met un terme définitif au règne de la Maison de Habsbourg sur les couronnes d'Espagne.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Charles naît le 6 novembre 1661 au palais de l'alcazar de Madrid. Il n'est pas le premier enfant de son père, Philippe IV, qui a déjà eu plusieurs filles, ni le premier fils vivant, puisque Juan José d'Autriche est son aîné, mais il est le premier fils légitime, son frère Baltasar Carlos étant mort depuis 1646. Il est donc l'héritier attendu par le roi d'Espagne avec sa seconde épouse légitime, Marie-Anne d'Autriche.

Règne[modifier | modifier le code]

La régence de Marie-Anne d'Autriche (1665-1677)[modifier | modifier le code]

Charles II enfant par Sebastián Herrera Barnuevo.

Le testament de Philippe IV[modifier | modifier le code]

Le prince Charles a seulement quatre ans lorsque son père meurt en 1665. Celui-ci établit dans son testament sa femme, Marie-Anne d'Autriche, comme régente. Elle est assistée d'un conseil de régence formé de six membres :

À l'ouverture du testament de Philippe IV, un membre du conseil de régence est déjà mort : le cardinal Baltasar Moscoso y Sandoval s'est éteint quelques heures seulement avant le roi. La reine confie au cardinal Pascual d'Aragon le poste laissé vacant, tandis que le poste d'Inquisiteur général est confié à un proche de la reine, le cardinal Johann Eberhard Nithard.

Les difficultés extérieures[modifier | modifier le code]

Hors d'Espagne, les cours européennes ne font que peu de cas du jeune Charles II, dont l'état maladif augure d'une succession rapide et ouverte. L'Espagne est alors en butte aux appétits des rois européens, en particulier le roi de France, Louis XIV. De plus, l'Espagne est alors déjà engagée dans la guerre d'indépendance portugaise, et y consacre une grande partie de son potentiel militaire. La France,se rapproche de Jean IV, roi portugais de la maison de Bragance, et signe le 31 mars 1667 une alliance offensive.

Ayant épousé l'infante Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV, en 1660, Louis XIV émet des prétentions en son nom sur plusieurs provinces espagnoles, sous le nom de Traité des droits de la Reine Très-Chrétienne, qui s'appuie essentiellement sur le droit de dévolution, une vieille coutume du Brabant, d'après laquelle les enfants d'un premier mariage - en l'occurrence, Marie-Thérèse - sont les seuls héritiers de leurs parents au détriment des enfants nés d'un second mariage - en l'occurrence, Charles II. Il y réclame la cession du duché de Brabant, de la seigneurie de Malines, d'Anvers, de la Gueldre supérieure, de Namur, du Limbourg, avec les places du Hainault, de l'Artois, de Cambrai, du duché de Luxembourg, d'une partie de la Flandre et enfin toute la Franche-Comté.

En 1667 éclate la guerre de Dévolution entre la France et l'Espagne, soutenue par les Provinces-Unies et l'Angleterre. Afin de ne pas avoir à se battre sur deux fronts, la monarchie espagnole se décide à reconnaître l'indépendance du Portugal par le traité de Lisbonne, signé le 12 février 1668. Cela n'empêche pas Louis XIV de remporter de brillantes victoires dans les Pays-Bas espagnols, où il occupe les places de Lille et Douai en particulier, et en Franche-Comté, qui est conquise en deux semaines. Les négociations entre les deux monarchies s'ouvrent à Aix-la-Chapelle, le comte de Bergeyck représentant l'Espagne. Le traité d'Aix-la-Chapelle, signé le 2 mai 1668, reconnait la perte de Furnes, Bergues, Courtrai, Oudenarde, Menin, Armentières, Lille, Douai, Tournai, Ath, Binche et Charleroi au profit de la France, qui rend cependant la Franche-Comté.

Le gouvernement de Johann Eberhard Nithard (1665-1669)[modifier | modifier le code]

Portrait du cardinal Johann Eberhard Nithard, par Alonso del Arco, vers 1674. Huile sur bois, musée du Prado, Madrid.

La mort de Philippe IV place la reine Marie-Anne d'Autriche au cœur du pouvoir. Elle s'appuie d'abord sur son confesseur, le jésuite Johann Eberhard Nithard, qui l'a suivie en 1649 lorsqu'elle a quitté la cour de Vienne pour Madrid. Il exerce une grande influence sur elle dans le domaine spirituel, mais aussi dans le domaine politique. Son influence grandissante à la cour d'Espagne lui permet de se comporter comme un véritable valido.

Ses opposants se rencontrent d'abord dans les cercles religieux, dans la mesure où il doit sa place dans le conseil de régence au poste d'Inquisiteur général, poste envié et recherché. Les dominicains, ordre religieux en concurrence avec les jésuites, souffrent que le poste d'Inquisiteur général, ordinairement dévolu à l'un des leurs, soit abandonné à un jésuite. L'accession du jésuite à cette dignité n'est obtenue qu'avec difficulté par la reine, qui doit pousser Pascual d'Aragon à accepter l'archevêché de Tolède, puis obtenir la naturalisation de Nithard qui, étant étranger, ne peut espérer devenir Inquisiteur général, gagner le vote des villes de Castille, et enfin obtenir l'approbation du pape Alexandre VII, dans la mesure où, en tant que jésuite, Nithard ne peut pas obtenir une charge politique sans le consentement pontifical qu'il reçoit par bulle le 15 octobre 1666.

L'action de Nithard se révèle assez maladroite, ses décisions au conseil d'État étant d'inspiration plus théologique que politique, comme l'interdiction des représentations théâtrales en Espagne. Il crée l'éphémère Guardia Chamberga, garde chargée de la protection du roi entre 1669 et 1676. Il développe un réseau de fidèles, nommant ses amis dans les conseils de gouvernement espagnols. Mais confronté aux difficultés financières grandissantes de la monarchie espagnole, il se montreincapable de mettre en œuvre une politique ambitieuse de réformes des impôts : ses projets de contribution unique sont abandonnés.

Dans les milieux proches du pouvoir, les oppositions à Nithard ne manquent pas. La noblesse espagnole s'oppose à la promotion d'un homme qu'elle considère comme un parvenu. La conjoncture politique de l'époque, où la position de ministre-favori est sujette à de nombreuses critiques, sa faible extraction, son ambition affichée et ses liens privilégiés avec la reine lui valent des critiques nombreuses. Son principal opposant est Juan José d'Autriche : âgé de 36 ans, fils bâtard de Philippe IV d'Espagne reconnu par son père, il a participé aux guerres en Italie, en Catalogne, dans les Flandres et au Portugal, il espère obtenir une reconnaissance de la reine, mais celle-ci intrigue pour le faire envoyer en exil. En réaction, il rejoint l’opposition au gouvernement de la régente qui fait assassiner l’un de ses serviteurs. Juan José d'Autriche prend alors la tête d'un soulèvement en Aragon et en Catalogne en 1669 et obtient le renvoi de Nithard en 1669, mais doit toutefois se contenter de la vice-royauté de l’Aragon.

Le gouvernement de Fernando de Valenzuela (1669-1677)[modifier | modifier le code]

Portrait de Charles II dans le salon des Miroirs à l'alcazar de Madrid, par Juan Carreño de Miranda, vers 1675.
Portrait de don Juan José d'Autriche, par Juan Carreño de Miranda, 1678. Musées d'État de Berlin.

La reine est alors assez isolée. Elle a peu de fidèles, les principaux étant l'amiral de Castille et le comte d'Oropesa. Elle choisit comme nouveau favori, Fernando de Valenzuela, issu de la petite noblesse. Le nouveau valido veut mettre en œuvre un plan de modernisation, en commençant par l'amélioration de la production agricole, qui passe par l'augmentation des rendements agricoles, la baisse des taxes sur les produits de première nécessité et le renforcement du réseau routier.

Sur le plan des relations extérieures, Valenzuela pousse Charles II à prendre sa revanche sur Louis XIV : le 30 août 1673, l'Espagne, aux côtés des Provinces-Unies, de l'Autriche, et de la Lorraine, forme la Grande alliance de La Haye contre la France. Les opérations militaires de la guerre de Hollande tournent au désastre : en 1674, Louis XIV envahit la Franche-Comté, occupe Besançon et Dole. L'Italie se soulève et Messine se révolte en 1675 avec le soutien des Français. L'année suivante, la flotte espagnole est systématiquement battue lors des batailles d'Alicudi, d'Agosta et de Palerme, laissant le contrôle de la Méditerranée occidentale aux Français.

Pour augmenter le nombre de ses fidèles, Valenzuela multiplie les offices vénaux et augmente les dépenses liées au fonctionnement de la cour, afin de donner l'image du faste de la monarchie. Parallèlement, Valenzuela cherche à se rapprocher des amis de Juan José d'Autriche, afin de l'isoler. Il se rallie le prince d'Astillano, le duc d'Alburquerque, les marquis de Castromonte, Villalobos et Falces, le comte de Galve (frère du duc de Pastrana et fidèle de Juan José d'Autriche), le duc de Medinaceli, le comte de Montijo, Melchor Portocarrero Lasso de la Vega, le comte de la Monclova et le comte de Baños.

Mais dès 1675, Juan José d'Autriche forme à nouveau autour de lui un groupe de partisans, composé de tous ceux que le valido de la reine a écartés : le duc d'Albe, le comte de Monterrey, le cardinal Luis Fernández de Portocarrero et son oncle, le cardinal Pascual de Aragón. À ce groupe s'adjoignent d'autres déçus du ministre, dont le comte de Medellín, comte d'Ayala, et le marquis de Castel Rodrigo. Alors que la date de majorité de Charles II s'approche, la reine cherche à éloigner Juan José d'Autriche et l'envoie en Italie, avec le titre de vice-roi, afin de réprimer la révolte qui fait se développe à Messine depuis un an, mais le frère bâtard du roi retarde son départ. Le 6 novembre 1675, jour de sa majorité, le roi confirme le départ de Juan José d'Autriche pour l'Italie, tandis que la reine continue à diriger un conseil de gouvernement pour au moins deux ans. Valenzuela, cependant, doit s'éloigner quelques mois à Grenade, où il devient capitaine général de la ville.

En avril 1676, il rentre à la cour, où il retrouve titres, honneurs et postes : intendant général aux finances, grand écuyer et premier ministre. Le 2 décembre 1676, il ajoute à son récent titre de marquis celui de Grand d'Espagne. Cette ascension trop rapide le fait détester : le 15 décembre, un manifeste signé par 24 nobles et grands circule dans Madrid, demandant l'emprisonnement immédiat de Valenzuela et appelant Juan José d'Autriche à prendre place aux côtés du roi. À Saragosse, Juan José d'Autriche prend la tête de troupes qui défendent la frontière contre la France et se dirige vers la capitale. Il entre dans Madrid le 23 janvier 1677 et obtient la soumission de la reine, tandis que le valido se réfugie au monastère de l'Escorial.

Le règne personnel de Charles II (1677-1700)[modifier | modifier le code]

La succession des favoris[modifier | modifier le code]

Portrait du jeune Charles II en grand-maître de l'ordre de la Toison d'or, par Juan Carreño de Miranda, 1677.

Juan José d'Autriche parvient à se faire choisir premier ministre, tandis que la reine Marie-Anne abandonne la cour pour se fixer à l'alcazar de Tolède. Le nouveau valido tire Valenzuela du monastère de l'Escorial, le fait juger pour prévarication, vente d'offices publics et vol de cent millions de réaux, ce dernier est exilé aux Philippines.

Mais Juan José d'Autriche ne peut tenir les espoirs mis en lui. Dès 1677, les mauvaises récoltes, la disette et les poussées de peste lui font perdre l'appui du peuple. Il exerce une surveillance implacable sur la population de Madrid, ce qui lui permet d'éviter toute révolte. En septembre 1679, Juan José d'Autriche meurt à Madrid.

Portrait équestre de Marie Louise d'Orléans, par Francisco Ricci, 1679. Mairie de Tolède.

En 1679, le roi, âgé de 18 ans, épouse Marie Louise d'Orléans, nièce de Louis XIV. Le mariage ne donne pas d'enfant, malgré les pèlerinages nombreux de la reine. Elle meurt finalement en 1689, laissant le roi dans un état dépressif. Il se remarie six mois plus tard avec Marie-Anne de Neubourg, fille de l'électeur palatin du Rhin, Philippe Guillaume de Neubourg, et sœur d'Éléonore de Neubourg épouse de l'empereur Léopold Ier. Elle est choisie à cause de la fertilité des femmes de sa famille (sa mère avait donné le jour à 17 enfants). Les relations avec sa nouvelle épouse se révèlent particulièrement orageuses, en raison du mauvais caractère de la reine. La plupart des courtisans espagnols haïssent Marie-Anne, en partie parce qu'elle use de tout son pouvoir pour obtenir de l'argent pour sa famille palatine et pour elle-même, allant jusqu'à voler des tableaux des collections royales. Le couple reste, par ailleurs, stérile.

À partir de 1680, Charles II, incapable de gouverner seul, fait appel au duc de Medinaceli. La crise financière, la déflation qui mine l'économie espagnole acculent la monarchie à la banqueroute et le favori du roi à la démission.

Charles II fait alors appel au comte d’Oropesa, qui le conseille de 1685 à 1691 et de 1695 à 1699. Il concentre ses efforts sur le rétablissement des finances, qui souffrent de la crise économique de la Castille et du tarissement de l'or américain. La nouvelle surintendance générale aux finances royales est confiée au marquis de Vélez : malgré l'échec du surintendant à redresser la situation, cela marque une première étape vers les réformes de Philippe V. D'un autre côté, Charles II est fortement marqué par les superstitions religieuses. En 1683, il préside sur la plaza Mayor de Madrid le plus grand autodafé organisé par l'Inquisition espagnole : 120 personnes y participent, dont 21 qui périssent dans les flammes.

Les mauvaises récoltes de l'année 1698 provoquent une forte révolte frumentaire à Madrid le 28 avril, en pleine soudure : la révolte des Chats (Motín de los Gatos). Les émeutiers se calment au moment où Charles II accepte de paraître à la foule depuis son palais. Les principales victimes de cette émeute sont le valido (favori) du roi, le comte d'Oropesa, et le corrégidor de Madrid, Francisco de Vargas, membres du parti autrichien, favorable au candidat habsbourg pour la succession. Ils sont alors remplacés par le cardinal Fernández de Portocarrero, nouveau premier ministre, et le corrégidor Francisco Ronquillo, membres du parti bourbon.

Les échecs de la politique extérieure[modifier | modifier le code]

Charles II en armure, par Juan Carreño de Miranda, 1681.
Allégorie du traité de Nimègue : Louis XIV et Charles II scellent leur alliance sous la bénédiction du Saint-Esprit. École flamande, XVIIe siècle.

Sur le plan extérieur, la guerre contre la France tourne en déroute. En 1677, les Espagnols reculent aux Pays-Bas, perdant les places de Valenciennes, Cambrai, Saint-Omer, Cassel, Bailleul et Ypres : l'Artois et une partie du comté de Flandre sont aux mains des Français. Le 17 septembre 1678, l'Espagne accepte la paix de Nimègue, cédant une partie des Pays-Bas et la Franche-Comté.

Mais dès 1680, Louis XIV se lance dans une politique de Réunions, afin d'arrondir ses territoires, profitant de la faiblesse espagnole. Il annexe deux villes espagnoles, Courtrai en 1683 et Luxembourg en 1684. La même année, il contraint l'Espagne à l'humiliante trêve de Ratisbonne. À partir de 1686, l'Espagne se joint, avec l'empereur, les princes du sud de l'Allemagne et la Suède à la ligue d'Augsbourg, union défensive contre les ambitions françaises.

En avril 1689, l'Espagne se joint à ces alliés et déclare la guerre à la France. Les Pays-Bas espagnols deviennent une zone clé de la guerre : les forces espagnoles sont défaites à Fleurus en 1690, tandis que les villes de Mons et Hal tombent en 1691, Namur en 1692, Huy et Charleroi en 1693. La défense des Pays-Bas repose alors presque entièrement sur les Néerlandais : en 1690, Guillaume III fait même remplacer le gouverneur espagnol, le marquis de Gastañaga, par l'électeur de Bavière.

Dans la péninsule ibérique, les combats se concentrent en Catalogne. En 1689, le duc de Noailles et les troupes françaises apportent leur soutien à une révolte contre Charles II commencée en 1687. Exploitant la situation, il capture Camprodon le 22 mai, avant d'être repoussé par le duc de Villahermosa. En 1693, le duc de Noailles revient en Catalogne et s'empare de Rosas. L'année suivante, le duc de Noailles écrase les troupes espagnoles du duc d'Escalona à la bataille de la rivière Ter, ce qui lui permet de mettre la main sur Palamós et Gérone. Barcelone menacée, les Alliés sont obligés de mener des opérations lointaines en Méditerranée afin d'aider Charles II. Le roi nomme le marquis de Gastañaga gouverneur-général de Catalogne, tandis que les Alliés envoient de nouveaux renforts sous le commandement du prince Georges de Hesse-Darmstadt, un cousin de la reine d'Espagne.

À partir de 1695, la situation se renverse en faveur des Alliés. Namur et Huy sont reconquises par les forces néerlandaises et impériales : en Catalogne, en Rhénanie et dans les Pays-Bas, les troupes de Louis XIV ne tiennent leurs positions qu'avec difficulté. Dès 1697, les adversaires acceptent de se rencontrer à Ryswick en vue de mettre fin au conflit. Mais les combats continuent en Catalogne : les forces françaises menées par le duc de Vendôme s'emparent de Barcelone, après la capitulation de la garnison du prince Georges de Hesse-Darmstadt.

Pour obtenir les faveurs de Madrid sur la question de la succession d'Espagne, Louis XIV rend la plupart de ses conquêtes à l'Espagne. Selon les termes du traité de Ryswick, Charles II récupére la Catalogne, mais aussi les principales villes des Pays-Bas (Luxembourg, Mons, Coutrai, Charleroi et Ath). L'Espagne doit cependant reconnaître l'autorité de la France sur la partie occidentale de l'île de Saint-Domingue.

Fin de règne et succession[modifier | modifier le code]

La succession d'Espagne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Succession d'Espagne (1680-1701).
Les domaines de l'Espagne en Europe (en rouge), quoique diminués, restaient assez considérables pour que leur acquisition par l'une des grandes puissance puisse changer l'équilibre européen.
Les prétendants au trône d'Espagne.

Charles II n'ayant pas de descendance, sa succession constitue le problème de la diplomatie européenne depuis son accession au trône : la généalogie désigne en effet comme héritier le Dauphin, fils de sa défunte sœur aînée Marie-Thérèse, épouse du Roi de France Louis XIV. Plusieurs pays étrangers dont la France et l'Autriche commencent leurs manœuvres pour placer un prince de leur lignée :

  • mais Louis XIV manœuvre habilement pour empêcher la reconstitution de l'empire de Charles Quint et pour convertir l'Espagne en un territoire satellite, soutenant la candidature de son petit-fils, Philippe d'Anjou. En effet, Louis XIV est fils d'une princesse espagnole, Anne d'Autriche, sœur du roi Philippe IV et tante de Charles II. De plus il a épousé une princesse espagnole, sa cousine, Marie-Thérèse d'Autriche, fille du premier mariage de Philippe IV et sœur de Charles II.

Charles II, prévoyant l'inquiétude que susciterait un accroissement de la puissance française, envisage une solution qui ne favorise ni la France ni l'Autriche et désigne un héritier plus jeune à sa succession : le duc Joseph-Ferdinand de Bavière, fils de l'électeur de Bavière et dernier petit-fils de Marguerite-Thérèse d'Autriche, sœur de Charles II. Né en 1692, il est désigné comme héritier et élevé au rang de prince des Asturies. Entre-temps, les grandes puissances européennes entrent en négociation, et concluent en 1698 à un démembrement des États espagnols : l'archiduc Charles de Habsbourg recevrait le Milanais, le Grand Dauphin, recevrait Naples, la Sicile, la Toscane et la Sardaigne, tandis que Joseph-Ferdinand de Bavière hériterait de l'Espagne, des Pays-Bas espagnols et de l'empire colonial.

La mort prématurée de Joseph-Ferdinand de Bavière à l'âge de sept ans, en 1699, bouleverse les projets de Charles II et des autres puissances européennes. Les grandes puissances s'accordent sur de nouveaux partages : finalement, en 1699, de nouvelles négociations concluent à un démembrement: l'archiduc Charles recevrait l'Espagne, les Pays-Bas espagnols et les colonies, le duc de Lorraine recevrait le Milanais, le Grand Dauphin aurait Naples, la Sicile, la Toscane, le Guipuscoa et la Lorraine. Face aux menaces de démembrement, Charles II choisit comme héritier Philippe d'Anjou. En effet, par la paix de Ryswick de 1697, Louis XIV a fait des concessions à l'Espagne. De plus, Charles II se refuse au partage de ses États entre les couronnes française et autrichienne. Préférant qu'un seul héritier conserve l'ensemble des territoires espagnols, il juge Louis XIV le plus capable de défendre les États de son successeur.

La mort de Charles II[modifier | modifier le code]

À partir de 1696, les crises d'épilepsie de Charles II se multiplient. Il en fait six par jour, dont au moins une très forte (dans les deux derniers mois, il a en moyenne vingt-cinq crises dont trois se révelent très graves). L'année suivante, l'état du roi se complique : il est atteint d'hallucinations, qui lui font voir des créatures démoniaques. En 1698, il a de très fortes migraines et commence à délirer. Sous le coup d'une de ses hallucinations, il tue un courtisan, le prenant pour un loup. En 1699, Charles ne sort presque plus, ses migraines sont quasi permanentes et il saigne très régulièrement du nez. Enfin en 1700, le roi a de plus en plus de mal à se tenir debout et à parler. Finalement, le 1er novembre 1700 à 11h15 du matin, Charles II meurt, cinq jours avant ses 39 ans, à la fin d'une agonie entrecoupée de délires[1].

Le testament de Charles II est connu à Madrid le 2 novembre 1700. Le testament parvint à Fontainebleau le 9 novembre. Il inquiète les Anglais, mécontente les Autrichiens et embarrasse Louis XIV. Le 16 novembre, Louis XIV accepte le testament de Charles II et fait de son petit-fils le futur roi d'Espagne Philippe V. Le marquis de Torcy, ministre des Affaires Étrangères, annonce que les monarchies de France et d'Espagne demeureraient distinctes, mais le 1er février 1701, le Parlement de Paris conserve les droits à la couronne de France de Philippe V. L'empereur Léopold Ier conteste immédiatement les droits de Philippe V à la succession et refuse de reconnaître la validité du testament de Charles II. Ainsi débute une longue guerre de Succession (1701-1714) où s'affrontent les partisans de l'archiduc Charles, appuyé par l'Autriche, l'Angleterre, le Portugal, les Provinces-Unies, la Prusse, la Savoie et Hanovre contre ceux de Philippe V qui, soutenu par la France et la Bavière, s'impose finalement comme roi d'Espagne.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Personnalité de Charles II[modifier | modifier le code]

Conditions physique et mentale[modifier | modifier le code]

Charles à 10 ans.

Les mariages consanguins[2] successifs de la famille ont produit une telle dégénérescence que Charles est né rachitique, maladif et débile. Il est d'une complexion si faible qu'il ne peut parler avant l'âge de 4 ans[3] et marcher avant l'âge de 8 ans. Ceux qui l'ont approché ont décrit cet enfant comme charmant de par ses beaux cheveux blonds, mélancolique à cause de son attitude triste, mais idiot à cause de sa très faible compréhension. À 10 ans il ne sait toujours pas lire. Il est mort sans descendance, éteignant avec lui la branche espagnole de la maison des Habsbourg.

Son surnom d'El Hechizado (l'ensorcelé) reflète la croyance populaire de l'époque selon laquelle ses troubles physiques et mentaux étaient causés par de la sorcellerie ou par une possession démoniaque. Des témoignages prouvent aussi que lorsque Charles II était indisposé, il était sujet à des crises d'épilepsie de type grand mal. Le taux de consanguinité de son père Philippe IV était de 0,113 (ses parents étaient cousins et petit-cousin/grand-cousine), celui de sa mère Marie-Anne d'Autriche de 0,157 (ses parents étaient cousins), et celui de Charles II atteignait 0,254, un taux rarissime, car il est le fruit d'un des trois mariages oncle-nièce de son ascendance (14 trajets de descendance à partir de Philippe le Beau et Jeanne la Folle)[4]. Il était également atteint de prognathisme et sa langue était disproportionnée, ce qui faisait qu'il bavait énormément et qu'il était difficile de comprendre ce qu'il disait.

Dans ses dernières années, il tient très mal debout et souffre de grosses hallucinations, ses crises d'épilepsie s'accentuent également. Il est impuissant, n'a absolument aucun poil sur le corps, sa puberté n'ayant pas eu lieu à cause du syndrome de Klinefelter[5]. Il souffre d' Hérédosyphilis, ce qui fait qu'il rencontre de graves problèmes neurologiques en plus de l'épilepsie, il endure les plus pénibles troubles dans les dernières années de sa vie (hallucinations, perte de conscience, crises d'épilepsie fréquentes, saignements nasaux). Il meurt dans de grandes souffrances, avec des migraines quasi-permanentes, particulièrement douloureuses[1].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Sur le point de la personnalité, Charles II est un homme sincère, rieur et gentil, un peu égoïste mais capable de générosité. Il est assez enfantin de caractère. Ce roi d'Espagne parle mal l'espagnol et parle le plus souvent en français, et il dispose de fragiles bases en allemand. Nous n'avons aucune page écrite de sa main car il n'a jamais su lire ou écrire. De toute façon, ses paroles étaient souvent incompréhensibles. Les savants d'aujourd'hui estiment qu'il était incapable de se concentrer sur la moindre chose. Il n'avait quasiment pas la notion du temps, de l'argent et de ses possessions territoriales. Toutefois, il s'agissait d'un excellent escrimeur[réf. nécessaire], réputé dans toute l'Europe, sa taille fine et sa grande taille pour l'époque (1,92 m) étant des atouts. Il détestait les Camisards, et le roi d'Aragon. Ses longs cheveux étaient naturels car le fait de se faire mettre une perruque lui faisait peur. Il n'aimait pas voir les mains de quelqu'un au-dessus de sa tête car il craignait qu'on l'étrangle[6]. C'est avec sa seconde femme Marie-Anne de Neubourg, femme égoïste et colérique, à laquelle il ne pouvait rien refuser, qu'il fera le plus de crises d'épilepsie avant les complications de ses derniers mois. En effet, Charles II, très patient, subissait les accès de colère de sa femme, ce qui le contrariait fortement (la contrariété étant un des plus fréquents déclencheurs de l'épilepsie). Charles II fut le plus touché par cette maladie parmi l'ensemble des personnalités historiques qui en furent atteintes. Il avait de plus une syphilis congénitale, ce qui provoqua une fragilité encore plus grande de ses méninges et favorisa les souffrances de ses derniers jours.

Postérité[modifier | modifier le code]

La ville de Charleroi — « Charles roi » — en Belgique a été nommée ainsi en 1666 en l'honneur de Charles II, qui possédait la ville. La place principale et centrale de la ville s'appelle d'ailleurs la place Charles II.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://historia.fr
  2. Pour illustrer l'extraordinaire consanguinité de Charles II, il suffit de dire que tous ses arrières-grands-parents descendent soit de Charles-Quint et de son épouse Isabelle de Portugal qui est aussi sa cousine germaine, soit de Ferdinand Ier, le frère de Charles Quint, parfois des deux et souvent plusieurs fois. Ainsi son grand-père Philippe III est à la fois petit-fils et arrière-petit-fils de Charles Quint, et l'autre grand-père de Philippe III est le neveu de Charles Quint, marié à sa fille. Enfin sa mère Marie-Anne d'Autriche est la nièce de son père Philippe IV. Le site Roglo indique qu'il descend de 14 façons différentes de Philippe le Beau et Jeanne la Folle
  3. Juan Carlos, fils de Bourbon, est sauvé par ses gènes, Le Monde, 16 avril 2009.
  4. Vérifications sur la base généalogique Roglo
  5. Jean-Claude Castex, Histoire des Relations diplomatiques franco-anglaises, Guerre de Succession d'Espagne, Les Éditions du Phare-Ouest,‎ 2010 (ISBN 978-2-921668-07-1, lire en ligne), p. 10
  6. http://personnalité de Charles II.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Calvo Poyato, José, La vida y época de Carlos II el Hechizado, Planeta, Barcelona, 1998.
  • Contreras, Jaime, Carlos II el Hechizado. Poder y melancolía en la Corte del último Austria, Temas de Hoy, Madrid, 2003.
  • Ribot, Luis, El arte de gobernar. Estudios sobre la España de los Austrias, Alianza, Madrid, 2006.
  • Castillo, Antonio, « Carlos II. El fin de una dinastía enferma », 2005

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]