Charles-Victor Prévost d'Arlincourt

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Portrait par Robert Lefèvre (1822).
Le Vicomte d'Arlincourt prend ici la pose qu'il décrit dans son roman Le Solitaire : « C'est tantôt sur la cime des monts les plus escarpés, tantôt sur le bord des torrents les plus sauvages que j'ai tracé les scènes variées de mon ouvrage. »

Charles-Victor Prévost d'Arlincourt, né à Magny-les-Hameaux, au château de Mérantais, le 26 septembre 1788[1] et mort à Paris le 22 janvier 1856, est un romancier, poète et auteur dramatique français.

La popularité de cet écrivain, surnommé « le Prince des romantiques » avant de tomber peu à peu dans l'oubli, rivalisa au début des années 1820 avec celle de Victor Hugo.

Sa vie et son œuvre[modifier | modifier le code]

Son père Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt est guillotiné le 8 mai 1794 en même temps qu'Antoine Lavoisier et vingt-six autres fermiers généraux. Au commencement de l'Empire, sa mère plaide sa cause auprès de Napoléon, qui le nomme écuyer de Madame Mère. À l'âge de dix-neuf ans, il épouse Laure Cholet, fille du Comte François-Armand Cholet et compose une tragédie, Charlemagne, qui est refusée par le Théâtre-Français. En 1811, Napoléon le nomme auditeur au Conseil d'État, puis intendant de l'armée d'Espagne. Il participe à la campagne espagnole et assiste à la prise de Tarragone.

Après la déchéance de l'empereur, il parvient à s'insinuer dans les bonnes grâces de Louis XVIII, qui le nomme maître des requêtes. Il s'achète alors un château et se proclame vicomte. En 1818, il orchestre à grand renfort de publicité la publication d'un poème épique, Charlemagne ou La Caroléide, et se présente à l'Académie française, où sa candidature n'obtient qu'une voix. Déçu, mais nullement découragé, il se met à rédiger un roman dont il espère qu'il fera de lui l'égal de Chateaubriand.

Le succès[modifier | modifier le code]

Le Solitaire paraît en 1821 et connaît aussitôt « une vogue extraordinaire, colossale[2] ». En l'espace de quelques mois, le livre est réimprimé une douzaine de fois ; il est traduit en dix langues ; on en tire pas moins de sept opéras[3] et le double de pièces dramatiques ; il fait l'objet d'innombrables chansons, parodies, peintures et lithographies. Le succès des trois romans qui suivent, Le Renégat en 1822, Ipsiboé en 1823, L'Étrangère en 1825, est presque aussi grand.

Miniature par Jean-Baptiste Isabey (1824).
Pour ce portrait, le vicomte, dont la chevelure avait blanchi, s'était fait teindre les cheveux avec une pommade « vraiment merveilleuse ».

Adulé en tout premier lieu par le public féminin, qui voit en lui « le nouvel Ossian[4] », il se fait harponner par la critique. Ses intrigues sont jugées invraisemblables, ses caractères faux, ses images grotesques. Son goût pour les inversions dont il émaille sa prose le fait surnommer « l'inversif vicomte[5] » et si Balzac fait de cette manie une parodie mémorable dans Illusions perdues[6], il a néanmoins été très influencé, à ses débuts, par le style gothique d'Arlincourt[7]. L'académicien Charles-Marie de Feletz écrit : « Le Solitaire a été traduit dans toutes les langues, excepté le français[8] ». Les jugements plus tardifs enfoncent le clou : « Le style n'appartient qu'à l'auteur ; jamais on n'avait écrit la langue française d'une manière aussi extraordinaire[9] ». Les romans du vicomte sont assimilés aux romans gothiques, que l'on appelle alors « frénétiques » : « Toujours une intrigue mystérieuse ayant pour centre quelque illustre et coupable infortuné qui se traîne à travers mille violentes péripéties vers une catastrophe sanglante[10] ».

Le déclin[modifier | modifier le code]

Le vicomte, qui pose entre-temps pour Robert Lefèvre et Jean-Baptiste Isabey, se défend. Ce qui lui tient à cœur, écrit-il à propos du « roman-poème » qui succède à L'Étrangère, c'est de « spiritualiser toutes les impressions de l'existence[11] ». Désireux de se renouveler, il fait représenter une œuvre de jeunesse, Le Siège de Paris, au Théâtre-Français en 1826, mais la pièce est promptement taillée en pièces par les critiques. Parfois injustement : les vers les plus ridicules que l'on reproduit dans toutes les anthologies ne sont en fait pas de lui[12].

À l'époque des Trois Glorieuses, il se lance dans la rédaction de romans historiques, lesquels sont perçus comme des attaques plus ou moins déguisées contre le pouvoir. Lassé des critiques qui continuent à pleuvoir sur lui, il fait deux longs voyages à travers l'Europe, en 1841 et 1844, et se console chez les princes en exil. De retour en France, il fait jouer une nouvelle pièce, La Peste noire, accueillie tout aussi froidement que la première. En 1848, indigné par les journées de Juin, il publie Dieu le veut !, pamphlet qui lui vaut d'être poursuivi en cours d'assises en même temps qu'il lui donne un regain de popularité. En 1850, il rapporte d'un voyage en Italie un récit, L'Italie rouge, où il dépeint ce que sont pour lui les horreurs du Risorgimento. Pendant les dernières années de sa vie, toujours « insatiable de réclame[13] », il se fait l'ornement des salons.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Romans
  • Une Matinée de Charlemagne, fragmens tirés d'un poëme épique qui ne tardera point à paraître (1810)
  • Charlemagne, ou La Caroléide, poème épique en vingt-quatre chants (1818). Texte en ligne 1 2
  • Le Solitaire (2 volumes, 1821). Réédition : Slatkine, Genève, 1973. Texte en ligne 1 2
  • Le Renégat (2 volumes, 1822). Texte en ligne 1 2
  • Ipsiboé (2 volumes, 1823)
  • L'Étrangère (2 volumes, 1825)
  • Ismalie, ou la Mort et l'amour, roman-poëme (2 volumes, 1828)
  • Le Chef des Penitens noirs, ou le Proscrit et l'Inquisition (5 volumes, 1828)
  • Les Rebelles sous Charles V (3 volumes, 1832)
  • Les Écorcheurs, ou l'Usurpation et la peste, fragmens historiques, 1418 (1833)
  • Le Brasseur roi, chronique flamande du quatorzième siècle (2 volumes, 1834)
  • Double Règne, chronique du treizième siècle (2 volumes, 1835)
  • L'Herbagère (2 volumes, 1837)
  • Les Trois Châteaux, histoire contemporaine (2 volumes, 1840)
  • Ida et Nathalie (2 volumes, 1841)
  • Les Anneaux d'une chaîne (2 volumes, 1845)
  • Les Fiancés de la mort, histoire contemporaine (1850)
  • La Tache de sang (5 volumes, 1851)
  • Le Château de Chaumont (1851)
Théâtre
Récits
  • Le Pèlerin. L'Étoile polaire (2 volumes, 1843)
  • Les Trois Royaumes (1844)
  • L'Italie rouge, ou Histoire des révolutions de Rome, Naples, Palerme, Messine, Florence, Parme, Modène, Turin, Milan, Venise, depuis l'avènement du pape Pie IX, en juin 1846, jusqu'à sa rentrée dans sa capitale, en avril 1850 (1850)
Pamphlets
  • Dieu le veut ! (1848)
  • Suite à Dieu le veut, par le Vte d'Arlincourt. Place au droit. Première partie. La Révolution et l'Élysée. Seconde partie. La Royauté et Frohsdorf (1850)

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. La plupart des sources le font naître en 1789. L'acte de baptême, consultable en ligne sur le site des Archives départementales des Yvelines, est daté du 27 septembre 1788 et indique que la naissance a eu lieu la veille.
  2. Alfred Marquiset, op. cit., p. 87.
  3. Notamment ceux de Victor Ducange, Eugène de Planard et Rodolphe Kreutzer.
  4. Alfred Marquiset, op. cit., p. 109.
  5. Ibid., p. 102.
  6. Par exemple : « Le Solitaire en province, paraissant, les femmes étonne. » « Chez les sauvages, le Solitaire expliqué, le plus succès brillant obtient. » « Lu à l'envers, étonne le Solitaire les académiciens par des supérieures beautés. » Honoré de Balzac, Un grand homme de province à Paris, 1839.
  7. Notamment dans ses œuvres de jeunesse, telle L'Héritière de Birague, 1822. Pierre Barbéris, Le Monde de Balzac, Artaud, 1973, réédition Kimé, 1999, p. 257 (ISBN 284174163X)
  8. Cité par Alfred Marquiset, op. cit.,, p. 107.
  9. Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1877.
  10. Alfred Marquiset, op. cit., p. 108.
  11. Ismalie, ou la Mort et l'amour, préface, 1828.
  12. Par exemple : « J'habite à la montagne et j'aime à la vallée », « Sur le sein de l'épouse, j'écrase l'époux », « Seigneur le Roi s'avance avec vingt mille Francs ».
  13. Hippolyte de Villemessant, Le Corsaire, 3 février 1852, cité par Alfred Marquiset, op. cit., p. 228.