Charles-Michel de L'Épée

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Charles-Michel de L'Épée

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Charles-Michel de L'Épée, fondateur de la première école publique pour les sourds.

Nom de naissance Charles-Michel Lespée
Naissance 24 novembre 1712
Versailles
Décès 23 décembre 1789 (à 77 ans)
Paris
Nationalité France
Activité principale Enseignement aux sourds-muets

Charles-Michel de L'Épée, appelé l'abbé de L'Épée, né Charles-Michel Lespée[1] le 24 novembre 1712 à Versailles et mort le 23 décembre 1789 à Paris, est un prêtre français, l'un des précurseurs de l’enseignement spécialisé dispensé aux sourds.

Biographie[modifier | modifier le code]

Détail du Monument à l'abbé de L'Épée, 1843, par Auguste-François Michaut, place de la cathédrale Saint-Louis à Versailles.

Charles-Michel Lespée naît à Versailles le 24 novembre 1712. Il est baptisé le 26 novembre 1712[2]. Son père est l'architecte expert des bâtiments du roi Louis XIV, il veut que son fils soit son successeur[3]. Après des études de théologie et de droit, Charles-Michel choisit l'Église et la prêtrise[3]. Cependant, alors qu'il est sur le point d'être ordonné, l'archevêque de Paris l'invite à lui fournir son opinion sur le jansénisme mais Charles-Michel de L'Épée, ne voulant prendre parti, est privé d'ordination. Il entre alors au barreau et acquiert une grande réputation comme avocat. Mais, Jacques Bénigne Bossuet lui propose de venir dans son diocèse ; l'avocat abandonne ainsi sa carrière et se fait ordonné prêtre à Troyes en 1736, puis revient à Paris en 1739. À la mort de Mgr Bossuet, l'abbé de L'Épée se lie d'amitié à un janséniste et est ainsi de nouveau frappé d'interdit par l'archevêque de Paris, Charles Gaspard Guillaume de Vintimille du Luc[4].

Possédant une fortune personnelle, l'abbé décide de consacrer son temps aux œuvres de charité. Entre 1760 et 1762, il découvre deux jumelles sourdes rue des Fossés-Saint-Victor, les sœurs communiquant entre elles par des signes. Leur précepteur, le père Vanint, étant décédé en 1759[5], il accepte de le remplacer pour enseigner aux jumelles. L'abbé de l'Épée étudie les signes par les jumelles. Sa maison se transforme en école ouverte à tous les sourds où il accueille 60 élèves sourds[6]. Il a alors l'idée de mettre au point un alphabet à deux mains avec lequel les sourds pourront communiquer[4]. Il eu 19 disciples qui fondent plus tard 17 écoles pour les sourds, parmi lesquels René Dunan à Nantes.


Le 23 décembre 1789, devenu pauvre et infirme en se privant durant des mois pour servir toujours au mieux ses chers élèves, Charles-Michel est mort à l'âge de 77 ans. Son corps est enterré dans l'Église Saint-Roch[7], dans le caveau de la chapelle Saint-Nicolas qui a appartenu à la famille de La Roche. L'abbé de l'Épée est le frère de Jacques-François Lespée dont l'épouse est née La Roche[8].

Enseignement de la LSF[modifier | modifier le code]

L'abbé de L'Épée a mis en place la recherche sur une langue des signes méthodique utilisable par les personnes atteintes de surdité, afin de lier ces signes avec le français écrit, mais, comme l’a ultérieurement souligné Ferdinand Berthier, son erreur fut de vouloir assimiler la structure syntaxique du français à celle de la gestuelle des sourds.

Contrairement à ce que certains croient encore, ce n'est pas l'abbé de L'Épée qui a éduqué des sourds, même avec des gestes. En revanche, c’est le regroupement des élèves sourds dans son institution et le besoin de communiquer entre eux qui favorisèrent et perfectionnèrent la langue des signes française (LSF), la langue naturelle des sourds. L’échec de l'enseignement du langage de signes méthodiques de l'abbé de l’Épée montre qu’il est vain de vouloir enseigner aux sourds sans tenir compte de leur identité culturelle. Il pratiquait aussi les techniques de démutisation et a adapté à la langue française les techniques mises au point en Espagne par Juan de Pablo Bonet, en Angleterre par John Wallis et aux Pays-Bas par Johann Conrad Amman. Il opposa sa méthode à celle de deux autres précepteurs de sourds : Jacob Rodrigue Péreire en France et Samuel Heinicke en Allemagne.

Plaque sise au 23 rue Thérèse, à l'emplacement de la maison, aujourd'hui détruite, où est mort l'abbé de L'Épée.
Détail du cénotaphe de l'abbé de L'Épée (1840), par Auguste Préault, dans l'église Saint-Roch à Paris. Sur la partie inférieure du cénotaphe figure la liste des lettres de l'alphabet en signes du langage des sourds-muets.

Les signes méthodiques ne sont pas non plus proches de ce qu’on peut appeler le français signé, car ils ont été créés artificiellement.

Postérité[modifier | modifier le code]

Cour intérieure de l'Institut national des jeunes sourds avec le Monument à l'abbé de l'Épée par Charles-Marie-Félix Martin.

En 1791, deux ans après sa mort, l'Assemblée nationale l'a reconnu en décrétant que son nom serait inscrit comme bienfaiteur de l'humanité et que les sourds bénéficieraient des Droits de l'homme.

Sa tombe se trouve dans l’église Saint-Roch à Paris.

L’institut qu’il avait créé existe toujours aujourd'hui, mais il s’est transformé. Il assure un enseignement en LSF. Il s'agit d’un des quatre Instituts nationaux pour jeunes sourds, situé rue Saint-Jacques à Paris, les autres étant à Metz, Chambéry et Bordeaux.

Plusieurs villes ont des voies appelées rue de l'Abbé-de-l'Épée Page d'aide sur l'homonymie, notamment à Versailles, sa ville natale.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Quatre Lettres sur l'éducation des sourds, Paris, Butard, 1774
  • Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques Paris : Nyon l'Aîné, 1776.[1]
  • La Véritable Manière d'instruire les sourds et muets, confirmée par une longue expérience Paris : Nyon l'aîné, 1784.[2]
  • L'Art d'enseigner à parler aux sourds et muets de naissance, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1820.[3]
  • Dictionnaire des sourds-muets, Paris, 1896

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma
Télévision

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-René Presneau, Signes et institution des sourds, XVIIIe-XIXe siècle, Champ Vallon, 1998, p. 95
  2. http://users.swing.be/delepee/abbe.htm
  3. a et b L'Echo Magazine, le mensuel des sourds no 794 - Octobre 2012, page 5
  4. a et b Causeries Et Exercises Francais, (lire en ligne)
  5. http://www.visuf.org/lectHistEpee.php
  6. L'Écho magazine, le mensuel des sourds no 794 - Août-Septembre 2012, page 36-37
  7. L'Echo Magazine, le mensuel des sourds no 795 - Novembre 2012, page 8 Lettre ouverte au Président de la République
  8. L'Echo Magazine, le mensuel des sourds no 796 - décembre 2012, page 14 Où se trouve la tombe de l'abbée de l'Épée?

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]