Charles-Louis Chassin

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Ch.-L. Chassin, par Étienne Carjat, 1865.

Charles-Louis Chassin, né à Nantes le 11 février 1831 et mort à Beauchamp le 18 juillet 1901, est un historien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Nantes le 11 février 1831 dans une famille vendéenne, il étudie au collège royal de Nantes, où il a pour condisciple Jules Vallès, qui s'est inspiré de lui pour créer le personnage de Matoussaint dans Le Bachelier, puis au collège Bourbon. Il fait son droit à Paris quand le cours de Jules Michelet au Collège de France est suspendu, le 13 mars 1851 ; il est l'un des premiers à s'opposer à cette mesure. Cela lui vaut d'être interné à Mazas sous la prévention, finalement abandonnée, de « complot contre la sûreté de l'État »[1].

Avec Vallès, il fonde, à Paris, en 1850, le Comité des Jeunes, qui tente vainement de soulever le quartier latin contre le coup d'État du 2 décembre 1851. Opposant au Second Empire, républicain, libre-penseur et anticlérical, il renonce à une carrière dans l'enseignement, afin de ne pas prêter le serment de fidélité au régime impérial, et gagne sa vie en publiant dans des feuilles littéraires et des revues. L'article qu'il consacre à « François-Joseph », au retour d'un voyage en Hongrie, contribue à l'interdiction de la Revue de Paris par décret impérial en 1858. Au Courrier du dimanche, il publie en 1860 le seul compte-rendu consacré à La Démocratie d'Étienne Vacherot, saisi par la police le jour de sa mise en vente. Lié à Giuseppe Mazzini, Daniele Manin, Giuseppe Garibaldi, Lajos Kossuth, György Klapka (en), Gyula Andrássy et Daniel Irányi, il décrit les partis révolutionnaires à l'étranger dans les colonnes du Courrier de Paris et consacre ses premiers ouvrages historiques à la Hongrie. Par ailleurs, profitant des concessions libérales accordées par le régime après la campagne d'Italie (1859), il tente de fonder un journal, La Nation, mais le ministère de l'Intérieur lui refuse l'autorisation, au prétexte qu'en 1848, il « avait collaboré au Père Duchêne et à l'Aimable faubourien », selon le ministre Adolphe Billault. Après avoir fait remarquer qu'il était encore au collège à l'époque, sa demande n'en est pas moins enterrée[1].

Arrêté au retour d'une visite au colonel Charras, exilé à Bâle, pour colportage de brochures interdites, il passe devant le tribunal correctionnel de Mulhouse, qui l'acquitte, puis, sur appel du ministère public, devant la Cour de Colmar. Sauvé par l'intervention de ses amis Charras, Michelet, Quinet, Martin et Arago, il abandonne ensuite la politique pour l'histoire après La Presse libre selon les principes de 1789 (1862)[1].

En septembre 1867, il assiste comme premier secrétaire pour la France au congrès de Genève qui crée la Ligue de la Paix et de la liberté[1], avec Victor Hugo, Charles Lemonnier et Ange Guépin, qui milite en faveur de l'instauration d'États-Unis d'Europe.

Après la suppression de l'autorisation préalable, il fonde La Démocratie (8 novembre 1868-5 août 1870)[1]. De même, en 1868-1869, il fonde la Société Civile des Familles Affranchies, qui accueille des membres à travers toute la France, mais également en Angleterre, parmi les républicains proscrits.

Favorable à l'insurrection le jour des obsèques de Victor Noir, il participe à la manifestation de la Bourse après les batailles de Woerth et de Forbach et se trouve sur la place de la Concorde le 4 septembre. Lors du siège de Paris, il s'oppose au départ du gouvernement de la Défense nationale. Élu commandant du 253e bataillon, il participe à la journée du 31 octobre 1870 et est délégué par le 9e arrondissement pour demander l'élection d'un conseil municipal[1].

Le 10 avril 1871, il est arrêté à Versailles et détenu préventivement durant deux mois, jusqu'à la répression de la Commune de Paris. Ernest Picard s'excuse en lui expliquant : « sans cette prison, vous étiez fusillé ou déporté »[1].

Publié dans des journaux et revues russes jusqu'à l'interdiction des Annales de la Patrie en 1884, il fonde avec Jean Macé la Semaine républicaine pour s'opposer au coup de force du 16 mai 1877, dont Léon Gambetta a fait plus tard La Petite République. En 1878, il fait obtenir à Macé le poste de rédacteur en chef du Journal officiel[1].

Élève d'Alphonse Aulard à la Sorbonne, ami de Jules Michelet, il se spécialise dans l'histoire de la Révolution française. Entre 1891 et 1900, il a publié 11 volumes de documents sur la guerre de Vendée. Dans son récit, qui lie les documents, Chassin livre une histoire orientée en faveur des « Bleus », considérant que le soulèvement n'a aucune origine populaire et qu'il s'agit simplement d'une machination des nobles et des prêtres, suivis aveuglément par une population ignorante. Hostile à la Terreur, il justifie la guerre contre cette contre-révolution, mais non ses excès.

Victime de la maladie, il se retire à Beauchamp, où il meurt le 18 juillet 1901. Conformément à ses dispositions testamentaires, il a été inhumé civilement[1].

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • La Hongrie, son génie et sa mission, étude historique, suivi de Jean de Hunyad, récit du XVe siècle, 1856
  • (en collaboration avec Daniel Irányi) Histoire politique de la Révolution de Hongrie, 1847-1849, 2 volumes, 1859-1860
  • Edgar Quinet : sa vie et son œuvre, 1859. Réédition : Genève, Slatkine, 1970, 473 p. Texte en ligne
  • Alexandre Petoefi : le poète de la révolution hongroise, 1860
  • La Presse libre selon les principes de 1789, 1862 Texte en ligne
  • Le Génie de la Révolution, 2 volumes, 1863
  • L'Armée et la Révolution. La paix et la guerre, l'enrôlement volontaire, la levée en masse, la conscription, 1867
  • Le Parlement républicain, résumé populaire du droit constitutionnel, 1879
  • L'Église et les derniers serfs, 1880 Texte en ligne
  • Les Cahiers des curés. Étude historique d'après les brochures, les cahiers imprimés et les procès-verbaux manuscrits, 1882
  • Félicien, souvenirs d'un étudiant de 48, 1885
  • Les Élections et les cahiers de Paris en 1789, 4 volumes, 1888-1889 Texte en ligne
  • Études documentaires sur la Révolution Française, tome 1 : La préparation de la Guerre de Vendée (1789-1793), 1892, 3 volumes Texte en ligne 1 2 3 ; tome 2 : La Vendée Patriote (1793-1800), 1893-1895, 4 volumes ; tome 3 : Les pacifications de l'Ouest, 1794-1801-1815, 1896-1899, 3 volumes ; tome 4 : La Vendée et la Chouannerie, 1 volume ; table générale alphabétique et analytique des trois séries avec cartes du théâtre de la guerre civile, 1 volume, Paris, imprimerie Paul Dupont, 1891-1900
  • (en collaboration avec Léo Hennet) Les Volontaires nationaux pendant la Révolution, tome 1 : Historique militaire et états de services des huit premiers bataillons de Paris, levés en 1791 et 1792, 1899 Texte en ligne ; tome 2 : Historique militaire et états de services du 9e bataillon de Paris, Saint-Laurent, au 18e, bataillon des Lombards, levés en 1792, 1902 Texte en ligne ; tome 3 : Historique militaire et états de services du 19e bataillon de Paris, dit du Pont-Neuf, au 27e (bataillon de la Réunion), des chasseurs et compagnies franches et du bataillon des grenadiers levés en 1792, 1906 Texte en ligne
  • Le Général Hoche à Quiberon, 1898
  • Félicien : souvenirs d'un étudiant de 48, 1904 (réédition de l'œuvre de 1885°)Texte en ligne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire biographique du département de la Loire-Inférieure, Paris, Henri Jouve, coll. « Dictionnaires départementaux »,‎ 1895. Une des plus longues notices de ce volume (une dizaine de pages).
  • Joël Barreau et Alain Croix (dir.), Du sentiment de l'histoire dans une ville d'eau Nantes, Thonon-les-Bains, Nantes-Histoire/Éditions de l'Albatros,‎ 1991 (ISBN 2908528312), « Jules Vallès et le mouvement lycéen à Nantes en 1848 », p. 173-185.
  • Henri Monin, « Charles-Louis Chassin », La Révolution française : revue historique, vol. 41,‎ juillet-décembre 1901, p. 97-104 (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Henri Monin (1901), p. 97-104.