Charles-Ferdinand d'Artois

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Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry, né à Versailles le et mort assassiné à Paris le ), est un membre de la maison de Bourbon. Il est le fils de Charles-Philippe de France, comte d’Artois (futur « Charles X »), et de Marie-Thérèse de Savoie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles-Ferdinand d’Artois naît le et il est ondoyé le même jour dans la Chapelle du château de Versailles par Joseph de Cheylus, évêque de Bayeux, en présence du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette[4].

Le , Charles-Ferdinand d’Artois et son frère Louis-Antoine sont baptisés dans la Chapelle royale du château de Versailles par Armand de Roquelaure, évêque de Senlis. Leurs parrains respectifs sont Charles III, roi d'Espagne (représenté par Louis-Stanislas-Xavier, futur Louis XVIII) et Louis XVI, leurs marraines Marie-Antoinette d'Espagne, reine de Sardaigne (représentée par Marie-Joséphine de Savoie) et Marie-Antoinette d'Autriche[5].

Dès le début de la Révolution française, il émigre comme beaucoup de nobles avec son père. De 1792 à 1797, il sert dans l'armée de Condé puis passe en Grande-Bretagne. Là, il a une liaison avec Amy Brown (1783-1876) avec qui il a deux filles, dont il avoue l'existence sur son lit de mort :

Mesdemoiselles d'Issoudun et de Vierzon :
Charlotte, comtesse d'Issoudun (à gauche) et sa sœur Louise, comtesse de Vierzon (à droite)

À partir de 1807, le comte de La Fare, évêque de Nancy, est chargé par Louis XVIII de lui verser, ainsi qu'à son frère Louis-Antoine, duc d'Angoulême, des sommes importantes pour l'entretien de sa Maison et les pensions de l'armée des princes pour assurer la subsistance de ses compatriotes. Toutes les communications du continent avec l'Angleterre sont interdites et les militaires de l'armée de Condé ne peuvent plus recourir à Londres pour y toucher du gouvernement britannique leurs pensions alimentaires. Monsieur de La Fare est chargé d'ordonnancer et de vérifier le paiement de ces pensions sur des maisons de banque de Vienne, notamment celle du baron de Boesner, banquier viennois, qui placent les fonds sur Hambourg et Augsbourg ainsi que chez M. A. Gnecco & Cie et M. Heath & Cie à Gênes. Pour les mois de mars et d'avril 1807, le versement est de 18.676 livres tournois (soit environ 149,408 euros), compte tenu de la commission de 130,5 livres du baron de Boesner. Parmi les bénéficiaires des pensions, on trouve les noms du marquis de Montaignac, du capitaine chevalier de Badasset et du marquis d'Anjorrant entre autres. Monsieur de La Fare exerce cet emploi périlleux jusqu'à la Restauration.

Le duc de Berry retourne en France lors de la Première Restauration. Pendant les Cent-Jours, il suit Louis XVIII à Gand. Il revient en France en 1814 avec son père, Amy Brown et ses petites filles qu'il confie au duc de Coigny. Il y a un débat entre historiens sur l'existence d'un mariage en Angleterre entre le duc de Berry et Amy Brown (mariage catholique annulé secrètement par le Vatican ou mariage anglican que le duc a ignoré lorsqu'il s'est marié à la princesse Caroline des Deux-Siciles)[8].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

En 1816, il épouse en la cathédrale Notre-Dame de Paris la princesse Caroline des Deux-Siciles (1798-1870), fille aînée de François Ier des Deux-Siciles (1777-1830) et de Clémentine d'Autriche (1777-1801), dont il a quatre enfants, dont deux parviennent à l'âge adulte :

Le duc de Berry laisse, outre ses enfants légitimes et légitimés susmentionnés, deux fils naturels illégitimes, issus de sa liaison avec Eugénie-Virginie Oreille (1795-1875) :

  • Charles-Louis-Auguste Oreille de Carrière (1815-1858), dont un fils : Charles (né en 1842), artiste lyrique, marié sans postérité ;
  • Ferdinand Oreille de Carrière ([Note 5] 10 octobre 1820 - 1876), dont postérité[9] ;

De sa liaison avec Mary Bullhorn, comédienne d'origine écossaise, naquit une fille en 1807. Rentrée en France en 1815, elle est naturalisée par ordonnance royale et prend le nom de Marie de la Boulaye. Elle sera mariée à Henri-Louis Bérard, dont descendance.

Il aurait eu également d’une liaison avec Marie-Sophie de La Roche (1795-1883), deux autres fils[10] :

  • Ferdinand de La Roche (1817-1908) ;
  • Charles de La Roche (1820-1901).

De sa liaison avec Lucie Cosnefroye de Saint-Ange (1797-1870), comédienne, fille illegitime du portaitiste Adele de Romance (Adéle Romany/Adéle Mercier) et de Gabriel François Cosnefroye de Saint Ange "Mort Avant 1819, frére du chévalier de Beaune" , une autre fille:

Alix Mélanie Cosnefroy de Saint - Ange (Née le 16 septembre 1820 - rue de Richelieu à Paris- Décédée le 11 juin 1892 - Château de Villette par Sarron (Oise)) [Note 6] [11] [12] [13] [14] [15] [16] [17] [18] [19]

Ascendance[20][modifier | modifier le code]

Assassinat[modifier | modifier le code]

La mort du duc de Berry.

Apparenté aux « ultras », ces royalistes prônant le retour à l’Ancien Régime et à ses valeurs traditionnelles, il est poignardé à sa sortie de l’Opéra de la rue de Richelieu le dimanche gras , vers onze heures du soir, par l’ouvrier Louvel, qui veut éteindre en lui la race des Bourbons. C'est un échec puisque naît, quelques mois plus tard le comte de Chambord, « l'enfant du miracle », suivant l'expression d'Alphonse de Lamartine. Le duc a la force d'arracher la lame puis tombe en syncope.

Transporté dans une des salles du théâtre, le prince mortellement blessé expire le lendemain à six heures du matin. Au cours de cette longue agonie, le prince révèle que son épouse, Marie-Caroline de Bourbon-Sicile est enceinte. Il demande que son assassin soit gracié et regrette de mourir de la main d'un Français.

Le Duc de Berry, médaille bronze 41mm, signée Gayrard, 1820

Conséquence du deuil royal, le préfet de police Jules Anglès promulgue le jour même une ordonnance interdisant les réjouissances du Carnaval prévues dans les rues de Paris les 14 et 15 février (lundi et mardi gras). La bourse, les bals, les spectacles et tous les lieux publics sont fermés[21]. Par la suite, l’opéra de la rue de Richelieu est rasé sur ordre de Louis XVIII, afin de faire disparaître le lieu du drame. À son emplacement se trouve aujourd’hui un square qui fait face à l’entrée principale du bâtiment de la Bibliothèque nationale rue de Richelieu.

Inhumation[modifier | modifier le code]

Monument expiatoire de la place Louvois.

Charles-Ferdinand d’Artois est inhumé dans la basilique Saint-Denis, ses entrailles sont conservées à Lille, dans un monument funéraire érigé dans l’église Saint-Maurice et son cœur dans la chapelle du château de Rosny.

Après sa mort, un monument expiatoire fut bâti place Louvois (actuel square Louvois), à l'emplacement de l'opéra de la rue de Richelieu. Ce bâtiment contenait un monument funéraire en l'honneur du prince. Après la destruction du monument expiatoire en 1830, le monument funéraire fut ramené en dépôt à Saint-Denis près de la dépouille du prince, dans un débarras occupant l'actuelle crypte-chapelle des Bourbon durant plus d'un siècle. À la suite de la restauration de la crypte, il fut remonté derrière le chevet de la basilique en 1976, près de la sacristie du XIXe siècle.

Le monument funéraire du prince est l'œuvre des sculpteurs Dupaty, Cortat et Cartelier et devait à l'origine trôner dans le monument expiatoire de la après l'assassinat du duc de Berry. Mais ce monument a été finalement détruit après la révolution de 1830.

Le monument funéraire du prince n'avait pas été conçu pour figurer dans la crypte des Bourbons et il était impossible de remonter l'ensemble dans les souterrains de la basilique. Mais il était possible de le remonter dans celle-ci, par exemple, dans les premières travées de l'église, près des porches d'entrée, suffisamment hautes pour l'accueillir[Note 7].

Conséquences politiques de la mort du duc de Berry[modifier | modifier le code]

La chute de Decazes[modifier | modifier le code]

Le meurtre en février 1820 du duc de Berry par Louis-Pierre Louvel, un bonapartiste, engendre immédiatement la chute du ministre de la Police Élie Decazes. Ce dernier est en effet accusé d’être le responsable du crime, et dès lors, la presse ultra se déchaîne contre lui, certains allant même jusqu'à demander sa mise en accusation.

Decazes est un homme politique haï des ultras et du comte d’Artois, le futur Charles X et frère du roi Louis XVIII. Redoutable manœuvrier, il a épuré l’administration des ultras aux élections de 1816. Il rompt également avec la droite du duc de Richelieu et, ministre de l’Intérieur, s'impose comme le chef officieux d’un cabinet théoriquement dirigé par Dessolle jusqu’en novembre 1819. Il mène une politique qui se veut libérale (sans pour autant le dire ouvertement), en s’appuyant sur les doctrinaires (qui ont choisi Louis XVIII et qui lui sont donc favorables). Son ambition est alors de « royaliser la nation et nationaliser les royalistes » ; il doit, pour ce faire, manœuvrer avec des groupes parlementaires méfiants. Désireux de développer l’économie française, il met en place des actions en faveur de l’agriculture, de l’industrie, et du commerce. Il aide également le développement de la presse grâce à la loi de mars 1819, la loi De Serre : désormais, pour fonder un journal, il suffit seulement d’une déclaration et du dépôt d’un chèque de 10 000 Francs. L’autorisation préalable et la censure sont abolies. Cela permet à la presse nationale et régionale, qu'elle soit ultra ou libérale, de se développer.

Decazes s’attire au fil des mois les foudres des ultras, qui le trouvent trop libéral, mais aussi celles des libéraux, qui critiquent la timidité de ses réformes. Il tente de se rapprocher des ultra pour modifier la loi électorale, dans un sens plus favorable aux grands propriétaires, ce qui l'amène à la tête d’un gouvernement « droitisé » en novembre 1819. Dans les semaines qui précèdent la mort du duc de Berry, il tente de mettre en place sa réforme électorale.

Après l'assassinat du duc, la chambre des pairs refuse de voter la loi, et il est alors contraint de démissionner. Chateaubriand écrit, dans ses mémoires, pour relater cet évènement « le pied lui a glissé dans le sang ». La mort du duc de Berry marque donc la fin d’une expérience qui ne réussit pas réellement à trouver sa place entre une droite ultra qui refuse de changer ses positions, et une gauche libérale qui glissera petit à petit vers une opposition de plus en plus forte, dès lors que les libertés seront remises en cause.

Le changement de politique sous le ministère Richelieu[modifier | modifier le code]

Après la démission de Decazes, la politique du pays change radicalement. Le roi Louis XVIII rappelle le duc de Richelieu à la tête du gouvernement, pour un deuxième ministère, qui sera marqué par un réel retour en arrière. En effet, il suspend grâce au vote de lois, les libertés précédemment acquises. Les libertés individuelles et les libertés de presse sont suspendues, la censure et l’autorisation préalable pour fonder un journal sont rétablies.

De plus, les ultras imposent le vote d’une loi électorale qui est censée freiner la montée des libéraux ; de nombreuses réactions éclatent, comme la manifestation des étudiants qui se rendent au palais Bourbon pour protester.

La loi voulue par les ultras est cependant votée le 30 juin 1820. Cette loi, appelée loi du « double-vote », réorganise l’élection des députés. En effet, 258 d’entre eux seront élus par tous les électeurs lors d’un scrutin d’arrondissement, et les 172 restants seront élus dans les chefs-lieu par le quart des électeurs les plus imposés. Ces derniers voteront donc deux fois. Une autre loi électorale permet également de faire passer certains des électeurs « suspects » sous la barre d’imposition des 300 francs, nécessaire pour avoir le droit de vote. Cela permet donc aux ultras de remporter une large victoire aux élections de novembre 1820, et d’écraser les oppositions.

Richelieu continue sa politique avec l’adoption de nouvelles lois. Le , les universités, et donc le corps enseignant et étudiant, sont contrôlées par les autorités ; le , l’enseignement secondaire est placé sous surveillance du clergé.

Richelieu devra nommer des ultras au sein du gouvernement, et sera contraint de démissionner, en raison des exigences toujours plus grandes de ses ministres, et en l'absence du soutien du comte d’Artois.

Il sera remplacé en décembre 1821 par Villèle, l’homme de confiance du comte d’Artois, qui continue une politique ultra dans la lignée de celle de Richelieu : il placera les universités sous tutelle de l’Église, la presse sera de plus en plus contrôlée, et il luttera contre la Charbonnerie.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Le cabinet des arts graphiques du musée Carnavalet et son cabinet de numismatique conservent de nombreuses estampes et médailles relatives à l'assassinat du duc de Berry, qui introduisent un parallèle entre sa mort et celles d'Henri IV, Louis XVI et Marie-Antoinette.

Décorations[modifier | modifier le code]

Chevalier du Saint-Esprit Grand-croix de la Légion d'Honneur Grand'croix de Saint-Louis Décoration du Lys
Chevalier de la Toison d'Or

Armoiries[modifier | modifier le code]

D’azur aux trois fleurs de lys d’or et la bordure crénelée de gueules.[23]

bordure engrêlée
Selon Anselme et Popoff 
D’azur aux trois fleurs de lys d’or et la bordure engrêlée de gueules.[22]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry et de son épouse Caroline des Deux-Siciles sont conservés aux Archives nationales sous la cote 371AP[24].
  • Jacques-Alphonse Mahul, Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel et continuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques, 1e année, 1820, Paris : Baudoin , 1821, p.11-19 [1] ; et l'on peut y lire sur Louvel les pp.136-144

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Titre octroyé le 10 juin 1820 par Louis XVIII.
  2. Notamment le prince Jean de Broglie (1921-1976) et Anne-Aymone Giscard d'Estaing (née en 1933).
  3. Notamment Hervé de Charette (né en 1938).
  4. Car né sept mois après le décès de son père.
  5. Posthume au même titre que Henri d'Artois.
  6. "Mlle Saint-Ange a eu, du duc de Berry, une fille, Mélanie de Saint-Ange, dont j'ai parlé dans le Tome II du Curieux." Nauroy, L'ICC n°807 du 20 août 1898.
  7. Cet emplacement aurait eu l'avantage de donner le ton au visiteur entrant dans la basilique. Depuis la disparition de la clôture et des tombeaux de la croisées de transept visibles depuis la nef (tombeaux de Charles II le Chauve et Charles VIII), il est difficile de savoir que l'on entre dans une nécropole puisqu'il faut s'avancer vers l'est, vers le transept, pour apercevoir les gisants et les tombeaux Renaissance qui se trouvent au niveau des bras de l'édifice. La présence de ce grand cénotaphe à l'entrée ferait immédiatement apparaître que la basilique abrite une nécropole.

Références[modifier | modifier le code]

  1. "Mort avant 1819, était le frère du chevalier de Beaune". Georges Monval, L'ICC n°797 du 10 mai 1898.
  2. a, b, c et d Roglo 2012.
  3. D’après la miniature de Jean-Baptiste-Jacques Augustin.
  4. Registre des baptêmes (1778) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines.[réf. insuffisante]
  5. Registre des baptêmes (1785) de l'église Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines.[réf. insuffisante]
  6. « BB/29/974 pages 282-283. », Titre non transmissible de comtesse d'Issoudun accordé à Charlotte, Marie, Augustine, fille de Charles-Ferdinand de Bourbon, duc de Berry et de Amy Brown. Paris ()., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011)
    • État civil du bénéficiaire : né le à Londres.
    • Armoiries : D'azur au pairle d'or, a laisé, accompagné de trois fleurs de lys du même ; au chef engrelé d'or chargé de trois fleurs de lys d'argent.
  7. « BB/29/974 pages 282-283. », Titre non transmissible de comtesse de Vierzon accordé à Louise-Marie-Charlotte, fille de Charles-Ferdinand [de Bourbon, duc de Berry] et de Amy Brown. Paris ()., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011)
    • État civil du bénéficiaire : né le à Londres.
    • Armoiries : D'azur à la tour, en bande, crénelée de quatre pièces d'argent, maçonnée de sable ; au chef engrelé d'or, chargé de trois fleurs de lys d'azur.
  8. (en) David Skuy, Assassination, power, and miracles : France and the Royalist reaction of 1820, Queen's University Press,‎ 2003 (ISBN 0-7735-2457-6), p. 5
  9. Daniel Manach et Michel Sementéry, La Descendance de Charles X, roi de France, éd. Christian, 1997 (ISBN 2-86496-068-0).
  10. Roglo et C. Maubois, Descendance inédite du duc de Berry, 15 juin 2010.
  11. C'est au moment de cette relation, que Lucie de Saint-Ange est admise, le 1er avril 1819, comme pensionnaire au Théatre Français.
    Mélanie est née rue de Richelieu qui donne sur la place du Théatre Français.
    Sa mère étant incapable de l'élever, elle a du passer 4 ans en nourrice avant d'être élevée par sa grand-mère Adèle de Romance, qui le précise dans son testament du 30 mai 1842 (source Stéphane Boissonot):
    "En assurant à Mélanie cinq cent francs de rente, je lui laisse à peine de quoi suffire modestement à son entretien mais je souhaite et lui recommande comme ma dernière volonté qu’elle utilise son talent de musique de la manière la plus convenable. C’est dans cet espoir que j’ai fait de longs sacrifices pour lui préparer une existence indépendante, autant qu’une femme peut y prétendre. Je lui recommande de suivre le bon conseil de son excellent oncle auquel je sais la meilleure intention pour elle, mais je désire qu’elle ne devienne pas pour lui un objet inquiétant dans son intérieur, et qu’il consiste le mieux possible ce que peut accepter avec tranquillité sa position et celle de Mélanie dont l’avenir doit être consulté autant que possible".Au moment du testament, en 1842, elle devait déjà être chez cet excellent "oncle"...Serait-ce la marquis de Villette, qui est, généalogiquement un oncle au 11ème degré ?...
  12. Selon Sébastien Boissenot qui s'appuie sur la correspondance du marquis de Villette :
    "Elle a vécu à La Victoire par Mont-l'Evêque puis, vers 1855 à Villette par Sarron (aujourd'hui Pont Sainte Maxence). Elle était "demoiselle de compagnie" du marquis de Villette, dont la femme vit mal cette installation et préféra quitter l'endroit.
    Elle ferma les yeux du marquis (1859) dont la succession fut retentissante (Elle en avait reçu une rente importante) mais, après la mort de celui-ci continua à vivre à Villette.
    Sa mère, Louise Lucie s'est installée à Villette,plus tard (sans doute après la mort du marquis) et y est morte en juin 1870", occupant une "fabrique" qui était dans le parc du château (cité par Henri Desaleux) Le marquis de Villette précise dans sa correspondance que sa compagne est la fille du duc de Berry (cité par Sébastien Boissenot). La Victoire est un château aménagé au XIXème sur les ruines de l'abbaye du même nom. Il est resté célèbre par les réceptions données sous la Restauration, où accourraient les grands noms de l'Empire et l'aristocratie locale. Mélanie a du y séjourner comme demoiselle de compagnie (et professeur de musique) de la baronne de Navry et y être remarquée par Charles de Villette qui résidait à 15 km et en fit sa maitresse. A moins qu'elle n'ait été remarquée à Paris par le marquis de Villette qui la fit entrer chez ses amis de Navry ?...
  13. Acte de décès"L'an mil huit cent soixante-dix, le trente juin, à cinq heures du soir, devant nous, Hochedez Alfred, Edouard, maire et officier de l'état civil de la commune de Sarron, canton de Liancourt, département de l'Oise, sont comparus Maisné Pierre Prudent, régisseur du domaine de Villette, âgé de soixante et un ans, et Chassegné Alexandre, cocher, agé de cinquante sept ans, tous deux domiciliés à Villette, section de notre commune, lesquels nous ont déclaré que ce jourd'hui, à midi, Cosnefroy de Saint-Ange Louise Lucie, célibataire, rentière, agée de soixante treize ans, fille des feus Cosnefroy de Saint-Ange Charles Gabriel François et de de Romance Marie Jeanne, et domiciliée au dit Villette, est décédée en sa maison, ainsi que nous nous sommes assuré. De tout quoi nous avons dressé le présent acte que les comparants ont signé après lecture."
  14. "Les archives de la Comédie Française ne fournissent ni les prénoms, ni les dates et lieux de naissance de Mlle Saint-Ange qui signait L. Saint-Ange (est-ce Louise, Laure, Léontine ou Lucie ?) et qu'on appelait généralement Mélanie.
    Elle était fille de Mlle Adèle de Romance dite Romany, peintre de portraits qui exposa au Salon de 1793 à 1833, et dont le Musée de la Comédie conserve une dizaine de toiles.
    Son père, mort avant 1819, était le frère du chevalier de Beaune.
    Mlle L. Saint-Ange débuta au Théâtre-Français, le 4 juillet 1816 dans Finette du Dissipateur et Lisette du Jeu de l'Amour et du Hasard.
    Nouveaux débuts, le 27 mai 1818, dans Nérine du Joueur, et Julie de La Gageur Imprévue. Admise comme actrice aux appointements (ce qu'on nomme aujourd'hui improprement pensionnaire) le 1er avril 1819, elle fut remerciée au bout de trois ans d'essai et trouva un engagement au Théâtre du Gymnase (1822-1823) ; elle demeurait alors rue Poissonnière, n°11.
    En août 1825, elle demande à rentrer à la Comédie dans l'emploi des soubrettes, mais il n'y avait pas de vacances, et il ne fut plus question de Mlle Saint-Ange.
    Son domicile à cette date était rue Saint-Marc, n°12, à l'hôtel Montmorency." Georges Monval, L'ICC n°797 du 10 mai 1898. 
  15. "Elle débute alors le 30 novembre [1825] aux Variétés, dans le Petit Corsaire, va jouer en Angleterre, et reparaît en août 1826. Le 1er juin 1827, elle jouait encore aux Variétés le rôle de l'amoureux de Matins et Soirs." Henry Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français, T. II, p. 616. 
  16. "Je trouve le portrait de Mlle Saint-Ange dans le rôle de Marguerite, de L'Etameur ou de la Place Maubert, au Théâtre des Variétés (Le petit moissonneur des théâtres, s.d. [1828], in 18, Le Fuel)." Nauroy, L'ICC, 1898. 
  17. Au moment où Louise Lucie accouche de sa troisième fille, en 1836 ou 1837, elle est en service au Théâtre de la Ville de Nancy.
    Elle vivait aussi en tant qu'artiste à Lille en 1846 (d'après Sébastien Boissenot). Il semble bien qu'elle ait été brouillée avec sa mère Adèle de Romnce qui en parle longuement dans son testament de 1842: "; je gémis de l’extravagante imprévoyance de ma pauvre Lucie et ce chagrin pèsera sur moi jusqu’au tombeau avec d’autant plus d’amertume que je déclare ne lui avoir laissé prendre la carrière qui pouvait sur ce lui préparer un avenir, qu’avec l’intention loyale d’accepter par moi personnellement, les inquiétudes qui se sont trop bien réalisées, mais contre tout égoïsme, puisque son talent pouvait lui rétablir la différence d’espérance pour l’avenir entre sa sœur et son frère puisqu’elle ne devait jamais rien attendre de personne, que de moi juste., dont les revenus lucratifs étaient alors incertains". La mère de Lucie, dans son testament, insiste pour préciser que Lucie est traitée avec égalité et précise qu'elle craint les créanciers de sa fille ! Adèle de Romnce, prudente, avait fait hériter directement ses petites filles Coraly (Caroline) et Mélanie. Lucie, criblée de dettes, viendra passer les 15 dernières années de sa vie, auprès de sa fille Mélanie, à Villette.
  18. Adèle de Romance-Romany : Portrait présumé de Lucie Cosnefroy de Saint-Ange, en buste. Huile sur toile. Paris, Hôtel Drouot, Salle 10, le 21 avril 1944, no 132.
  19. Adèle Romany est née Jeanne Marie Mercier le 7 décembre 1769. Elle était la fille naturelle de Godefroy de Romance, alors capitaine aux Gardes Françaises, et de Jeanne Marie Mercier, une femme mariée. Elle fut légitimée par son père (acte notarié du 18 mars 1778 à Versailles) à l’âge de 9 ans et prit le prénom d’Adèle une fois devenue adulte.
    En 1790, elle épouse le miniaturiste François-Antoine Romany dont elle avait une fille, Aglaé-Emée, née le 29 mars 1788. Le couple divorce le 15 juillet 1793. Par la suite, elle a deux autres enfants hors mariage. Plus tard, Adèle Romany s'occupe de l'éducation d'une de ses petites-filles, Mélanie Cosnefroy de Saint-Ange, la plus jeune enfant de Louise-Lucie, à partir de l'âge de quatre ans. On dit que Adèle a étudié la peinture avec Jean-Baptiste Regnault, dont l'atelier pour élèves féminines était dirigé par son épouse. Il n'existe pas d'autres détails sur son éducation artistique. Elle participe aux Salons pendant quarante ans, de 1793 à 1833. Quand elle expose, elle utilise plusieurs variantes de ses noms de jeune fille et de femme mariée, dont Romance, Romany, Romany de Romance et De Romance Romany. Elle est presque exclusivement portraitiste, bien qu'elle ait réalisé quelques peintures sur des thèmes mythologiques ou de genre. Elle a représenté beaucoup d'acteurs et d'actrices et c'est pourquoi la plus importante collection de ses œuvres se trouve à la Comédie-Française. De 1800 à la fin du Premier Empire, elle recueille un certain nombre de commentaires approbateurs de journalistes. Au Salon de 1808, elle reçoit une médaille de seconde classe, d'une valeur de 250 F. Parmi ses œuvres les plus admirées, figurent sonautoportrait avec ses enfants (1800), le Portrait de Mlle A. P., exposé au Salon de 1806, et les portraits des actrices Mlle Raucourt (Salons de 1812 et 1814) et Mlle Emilie Leverd (Salons de 1808 et 1814). Son excellent Portrait de Talma (1818) a longtemps été attribué par erreur à François Gérard. Ses œuvres tardives sont d'une moindre qualité. Elle n'a que peu retenu l'attention de la critique après sa mort. Renseignements biographiques : site de la SIEFAR (http://www.siefar.org) Elle a aussi réalisé un Portrait de Madame Vigée Le Brun qui était son amie. Choix bibliographique - Jeannerat, Carlo. «L'Auteur du portrait de Vestris II. Adèle de Romance, et son mari, le miniaturiste François-Antoine Romany».Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français, 1923, Ier fascicule, p.52-63. - Monval, Georges. Les collections de la Comédie-Français. Catalogue historique et raisonné. Paris, Société de Propagation des Livres d'Art, 1897. - Oppenheimer, Margaret. "Four 'Davids,' a 'Regnault,' and a 'Girodet' reattributed". Apollo 145, no 424, June 1997, p.38-44. - Oppenheimer, Margaret. Women Artists in Paris, 1791-1814. Ph.D. diss., Institute of Fine Arts, New York University, 1996. Jugements - (à propos du Portrait de Mlle A.P., Salon of 1806; Douai, Musée de la Chartreuse)  «Celui est plein d'agrément: la jeune personne est très jolie; sa gorge, ses bras, et sur-tout sa tête sont d'une couleur charmante; les teintes en sont fondues avec art. Sa robe, son chapeau de paille sont faits avec un grand soin, et concourent bien à l'effet général; mais on voit avec peine que les arbres du fond ne fuient pas; ils paraissent tenir à la figure» ([V. Fabre?], «Salon de l'an 1806», La Revue, philosophique, littéraire et politique, An 1806-IV Trimestre, p.362-63). - (à propos du même) «Un tableau de madame Romany, placé depuis peu de jours au milieu de la galerie, réunit aussi les suffrages; il représente une jeune femme d'une rare beauté, portant des fleurs dans son chapeau de paille. Le coloris est harmonieux, l'exécution pourroit être plus ferme. La figure marche, mais comme elle n'est vue que jusqu'aux genoux, le mouvement des cuisses coupées par le cadre, forme un angle désagréable» (A.D., «Salon de 1806. -- Fin de l'examen des Tableaux», Gazette de France, no 3221, le 15 nov. 1806, p.1270). - (à propos du Portrait de Mad. Raucourt, dans le rôle d'Agrippine, au moment où elle dit à Néron: asseyez-vous, Néron, Paris, Comédie-Française; et du Portrait de Mad. Fleury, artiste du théâtre de S. M. l'Impératrice, Salon de 1812) «Le portrait de madame Raucourt [...] est d'une ressemblance frappante. C'est une idée heureuse (je ne dis pas une idée neuve) qu'a eue cette dame de représenter Mme Fleury, actrice de l'Odéon, de face et de profil, au moyen d'une glace. Au reste, ma mémoire peut me tromper, mais il me semble qu'il y a deux ans, Mme. de Romance exposa un portrait de femme qu'aucun de ceux qu'elle a placés cette année au salon, n'égale pour la finesse de la couleur» (W., «Salon de 1812. No III. Femmes Artistes», Journal des Arts, des Sciences et de la Littérature, no 187, troisième année, le 15 nov. 1812, p.200).  - (à propos du Portrait de Fleury, Salon de 1819; Paris, Comédie-Française) «C'est sans contredit un des portraits les plus distingués du Salon sous le rapport de l'attitude et de l'expression. Plusieurs autres du même auteur soutiennent honorablement la réputation des dames parmi nos artistes» (Lettres à David, sur le Salon de 1819, par quelques élèves de son école, Paris, Chez Pillet aîné, 1819, p.143).
  20. "Mort avant 1819, était le frère du chevalier de Beaune". Georges Monval, L'ICC n°797 du 10 mai 1898.
  21. Le Constitutionnel, 15 février 1820, jour du mardi gras, page 1, 2e colonne.Voir l'article reproduit sur la base Commons.
  22. a et b Popoff 1996, p. 118.
  23. Bunel 1997-2011, p. Saint-Esprit (1789).
  24. Archives nationales

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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