Charge de la brigade légère

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

44° 34′ 18.33″ N 33° 34′ 23.14″ E / 44.5717583, 33.5730944

Charge of the Light Brigade, de Richard Caton Woodville (1894).

La charge de la brigade légère est une désastreuse charge de cavalerie, dirigée par Lord Cardigan au cours de la bataille de Balaklava le 25 octobre 1854 lors de la guerre de Crimée. Elle est restée dans l'histoire comme le sujet d'un poème célèbre d'Alfred Tennyson, The Charge of the Light Brigade, écrit en décembre de la même année, dont les vers 13 à 15 « Il n'y a pas à discuter / Il n'y a pas à s'interroger / Il n'y a qu'à agir et mourir[1] », ont fait de cette charge un symbole de l'absurdité de la guerre.

Événements[modifier | modifier le code]

La charge fut effectuée par la brigade légère de la cavalerie britannique, constituée des 4e et 13e dragons légers, du 17e lanciers, et des 8e et 11e de hussards, sous le commandement du major-général, Lord Cardigan. Ils chargèrent avec la brigade lourde comprenant le 4e dragons irlandais de la Garde, le 5e dragons de la Garde, le 4e dragons Inniskilling et les Gris écossais. Ces unités étaient les principales forces de cavalerie britanniques sur le champ de bataille. Le commandement général de la cavalerie revenait à Lord Lucan.

Lucan reçut un ordre du commandant de l'armée, Lord Raglan, indiquant : « Lord Raglan souhaite que la cavalerie avance rapidement au front, suive l'ennemi, et tente de l'empêcher de replier ses canons. L'artillerie montée peut suivre. La cavalerie française est sur votre gauche. Immédiat. »

L'ordre fut porté par le capitaine Nolan, qui est susceptible d'avoir transmis des compléments oraux.

Une vue récente de la « Vallée de la mort » où eut lieu la charge. Aujourd'hui occupée par des vignes, elle était un champ libre en 1854.
The Charge of the Light Brigade at Balaklava, de William Simpson (1855), illustrant la charge dans la « Vallée de la mort » du point de vue russe.
Des survivants de la charge à la fin de la bataille.
Mémorial de la bataille de Balaklava érigé à la mémoire de la brigade légère britannique, à l'occasion du 150e anniversaire de la guerre de Crimée.

En réponse à l'ordre, Cardigan dirigea 673 (ou 661) cavaliers directement dans la vallée entre la colline de Fédioukhine et celle de la chaussée, nommée plus tard « Vallée de la mort » par Tennyson. Les forces russes, commandées par Pavel Liprandi, comportaient environ 20 bataillons d'infanterie soutenus par plus de cinquante pièces d'artillerie. Ces forces étaient déployées sur les deux côtés et le fond de la vallée.

Il semble que l'ordre de Cardigan concernait la masse des canons russes placés dans une redoute au fond de la vallée, environ 1,5 km plus loin, tandis que Raglan évoquait un groupe de redoutes situées sur l'autre versant de la colline formant le côté gauche de la vallée. Celles-ci n'étaient pas visibles de la brigade légère, placée dans le fond de la vallée.

La brigade parvint au contact des forces russes au fond de la vallée, et les contraignit à fuir la redoute. Elle subit de lourdes pertes, et fut bientôt contrainte de se replier. Lucan échoua à soutenir Cardigan, et certains soupçonnent qu'il était motivé par son animosité contre son beau-frère : la brigade lourde déboucha dans la vallée, mais n'avança pas plus loin. La cavalerie française, notamment les 1er et 4e régiment de chasseurs d'Afrique, furent plus efficaces en ce qu'ils brisèrent la ligne russe sur la colline de Fédioukine et couvrirent les survivants de la brigade légère durant leur retraite.

Cardigan survécut, et décrivit plus tard l'engagement dans un discours à Mansion House, à Londres, qui fut repris et cité en longueur aux Communes plus tard :

« Nous avançâmes sur une pente graduelle de plus d'un kilomètre, les batteries vomissant sur nous obus et ferraille, avec une batterie sur notre gauche et une sur notre droite, et l'espace intermédiaire couvert de fusiliers russes ; ainsi, quand nous arrivâmes à 50 mètres des bouches de canons qui avaient craché la destruction sur nous, nous étions, en fait, encerclés par un mur de feu, en plus de celui des fusiliers sur notre flanc. »

« Alors que nous gravissions la colline, le feu oblique de l'artillerie versait sur notre arrière, de telle manière que nous avions un feu nourri sur l'avant, le flanc et l'arrière. Nous entrâmes dans la batterie, la traversâmes, les deux régiments de tête frappant un grand nombre des canonniers russes au passage. Dans les deux régiments que j'eus l'honneur de diriger, chaque officier, à l'exception d'un seul, fut soit tué soit blessé ou eut son cheval tué sous lui ou blessé. Ces régiments passèrent, suivis par la deuxième ligne, constituée de deux régiments supplémentaires, qui continuèrent le devoir de frapper les canonniers russes. »

« Ensuite vint la troisième ligne, formée d'un autre régiment, qui compléta le devoir fixé à notre brigade. Je crois que ce fut fait avec un véritable succès, et le résultat en fut que ce corps, composé de seulement 670 hommes environ, parvint à passer à travers la masse de la cavalerie russe qui — comme nous l'avons appris depuis — était forte de 5 240 hommes ; et, ayant traversé cette masse, ils virèrent, comme le veut notre expression technique militaire, « à bout », et se retirèrent de la même manière, faisant autant de dégâts que possible sur la cavalerie ennemie. En revenant vers la colline d'où était partie l'attaque, nous avons dû subir le même gantelet de fer et subir le même risque du feu des tirailleurs sur notre flanc qu'à l'aller. Nombre de nos hommes furent frappés, hommes et chevaux furent tués, et beaucoup des hommes dont les montures étaient tuées furent massacrés alors qu'ils tentaient de s'enfuir. »

« Mais, mylord, quel fut le sentiment de ces braves qui sont revenus à leur position, de chaque régiment n'étant revenu qu'un petit détachement, les deux tiers des effectifs engagés ayant été perdus ? Je pense que chaque homme engagé dans cette désastreuse affaire de Balaklava, qui fut assez chanceux pour en sortir vivant, doit ressentir que ce fut seulement par un décret de la Divine Providence qu'il échappa à la mort la plus certaine qu'il était possible de concevoir. »

(en) Texte intégral à la Chambre des Communes en 1855

Conséquences[modifier | modifier le code]

La brigade n’est pas complètement détruite, mais souffre terriblement : 118 tués, 127 blessés, et 362 chevaux perdus. Après le regroupement, seuls 195 hommes ont encore des chevaux. La futilité de l'action et sa bravoure imprudente ont fait dire au général français Pierre Bosquet : « C'est magnifique, mais ce n'est pas la guerre. C'est de la folie. » Il est dit que les commandants russes ont d'abord cru que les cavaliers avaient trop bu. La réputation de la cavalerie anglaise s'améliora fortement après cette charge, même si l'on ne peut en dire autant de celle de leurs commandants.

La lenteur des communications par mer fait que la nouvelle du désastre n'atteint le public britannique que trois semaines après. Les rapports du front des commandants britanniques sont publiés dans une édition extraordinaire de la London Gazette le 12 novembre 1854. Raglan blâme Lucan pour la charge, déclarant que « Par son incompréhension de l'ordre d'avancer, le lieutenant-général (Lucan) considéra qu'il devait attaquer à tout prix, et il ordonna au major général Cardigan d'avancer avec la brigade légère ».

En mars 1855, Lucan est rappelé au Royaume-Uni. La charge devient un sujet de controverse considérable et de débats publics à son retour. Il rejette vigoureusement la version de Raglan des événements, la traitant d'« imputation assombrissant sérieusement mon caractère professionnel ». Dans un échange public de correspondance imprimées dans les pages du Times de Londres, Lucan blâme Raglan et son aide de camp (décédé) Nolan, messager de l'ordre contesté. Lucan se défend lors d'un discours à la Chambre des Lords le 19 mars.

Lucan échappe au blâme pour la charge, puis est fait membre de l'Ordre du Bain en juillet de la même année. Même s'il ne fut plus jamais militaire d'active, il atteint le rang de general (général d'armée) en 1865 et est fait maréchal l'année précédant sa mort.

La charge continue à être étudiée par les historiens militaires et les étudiants comme un exemple de ce qui peut mal tourner quand on manque d'un renseignement militaire précis et que les ordres ne sont pas clairs. Winston Churchill, qui était un fin historien militaire et un ancien cavalier, insista en 1945 lors de la conférence de Yalta pour prendre le temps d'aller voir lui-même le champ de bataille.

Les poèmes de Tennyson[modifier | modifier le code]

La charge de la brigade légère[modifier | modifier le code]

Le poème, publié le 9 décembre 1854 dans The Examiner, glorifie la brigade : « Comment leur gloire peut-elle faiblir ? Ô la charge sauvage qu'ils firent[2] ! » tout en gémissant sur l'épouvantable futilité de la charge : « Sans que les soldats le sachent, quelqu'un a fait une gaffe […] Chargeant une armée, quand le monde s'interroge[3] ». Tennyson écrit le poème quelques minutes après avoir lu un récit de la bataille dans le Times. Il devient immédiatement très populaire, jusque dans la troupe en Crimée, où il est distribué sous forme de pamphlet.

Des spéculations existent pour savoir s'il a été vraiment écrit pour glorifier la Brigade, ou comme un message subtil sur les horreurs de la guerre.

Un enregistrement audio de la lecture par Tennyson du poème, enregistré en 1890 sur un cylindre de cire, est disponible en ligne « sur The Poetry Archive ».

Le texte est aussi disponible sur Wikisource:en

Réponse de Kipling[modifier | modifier le code]

En 1881, Rudyard Kipling écrit une réponse, titrée Le Dernier de la brigade légère, qui tente de faire honte au public britannique en décrivant les conditions difficiles rencontrées par les survivants de la brigade légère.

Sur les autres projets Wikimedia :

La charge de la brigade lourde[modifier | modifier le code]

L'action plus favorable de la brigade lourde qui a lieu le même jour est aussi commémorée par Tennyson dans La Charge de la brigade lourde, un poème écrit en 1882 à la suggestion d'Alexander William Kinglake. Il n'a jamais atteint la popularité du précédent.

Le poème est centré sur les « trois cents » de la brigade lourde qui ont participé à la charge, c’est-à-dire les Scots Grey et le 2e escadrons des Inniskilling Dragons. Le « Scarlett » dont parle le poème est Sir James Yorke Scarlett, qui dirige la charge. Le même jour durant la guerre de Crimée (25 octobre 1854) a lieu une action du 93e régiment immortalisée comme la fine ligne rouge, même si cela ne restait qu'une légende.

Autres médias[modifier | modifier le code]

Cette charge a fait deux fois l'objet d'un film. Le premier, en 1936, La Charge de la brigade légère par Michael Curtiz avec Errol Flynn, Olivia de Havilland et David Niven, est une vision hollywoodienne inspirée par Rudyard Kipling, image mythique de l'impérialisme britannique. Le second, La Charge de la brigade légère, fortement critique, est réalisé en 1968 par Tony Richardson avec John Gielgud et Trevor Howard et cherchait à être brutalement authentique, en se basant sur les recherches de Cecil Woodham-Smith dans The Reason Why (1953). Des animations contemporaines, dans les style du Punch Magazine et animées à la manière des Monty Python introduisaient le film pour informer le public américain de la politique britannique. Elles contrastent avec la direction artistique méticuleuse d'Edwad Marshall et la cinématographie de David Watkin.

On retrouve une référence à la Charge dans le film La 317e Section, dans lequel une section française se repliant par la jungle attaque un village Viêt-minh qui leur barre la route de Saïgon.

Le groupe psychédélique Pearls Before Swine enregistre un album titré Balaklava, inspiré par les événements de la charge.

Le groupe de Heavy metal britannique Iron Maiden a écrit une chanson sur la charge, The Trooper.

Le groupe de rock Kasabian en a fait le sujet du clip de la chanson Empire.

George MacDonald Fraser utilise la campagne de Crimée et la charge dans son roman Flashman at the Charge.

Un vers du poème est paraphrasé dans un remplissage cryptographique de l'amiral Chester Nimitz lors de la bataille du golfe de Leyte qui a lieu le jour du 90e anniversaire de la charge.

Deux vers du poème sont utilisés dans le film Il faut sauver le soldat Ryan. Ils sont cités par le caporal Upham :« Theirs not to reason why, theirs but to do and die[4]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Citation originale : « Theirs not to make reply, / Theirs not to reason why, / Theirs but to do and die ».
  2. Citation originale : « When can their glory fade? O the wild charge they made! »
  3. Citation originale : « Not tho' the soldier knew, someone had blunder'd… Charging an army, while all the world wonder'd. »
  4. « Memorable quotes for Saving Private Ryan », sur IMdB

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Cecil Woodham-Smith, The Reason Why, Story of the Fatal Charge of the Light Brigade, Penguin Books,‎ 2000 (ISBN 014139031X), première édition 1953 by McGraw-Hill.
  • (en) Terry Brighton, Hell Riders : The True Story of the Charge of the Light Brigade, Henry Holt and Co,‎ 2 novembre 2004 (ISBN 0805077227)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]