Polyphonie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Chanson polyphonique)
Aller à : navigation, rechercher

En musique, la polyphonie est la combinaison de plusieurs mélodies ou de parties musicales chantées ou jouées en même temps.

Dans la musique occidentale, la polyphonie désigne le système de composition musicale, créé à l'église à partir du IXe siècle environ et qui connut un brillant développement, depuis une première apogée aux XIIe et XIIIe siècles, jusqu'à la fin de la Renaissance (fin du XVIe siècle) et au-delà. À partir de la deuxième moitié du XVIe siècle, la pensée harmonique naissante prit une place de plus en plus importante. Un désir de simplification joint au développement de l'individualité et du chant soliste firent qu'on passa progressivement du contrepoint linéaire à l'enchaînement vertical des accords (un texte musical polyphonique se déroule horizontalement, chaque voix ayant sa propre vie à l'intérieur de l'ensemble, alors qu'un texte harmonique enchaîne des accords). Le nouveau système, toutefois, n'a pas remplacé le précédent : ces deux types d'écriture ont pu subsister parallèlement et aussi se mêler, pendant les siècles qui suivirent, jusqu'à aujourd'hui.

Par extension, c'est la capacité de jouer plusieurs notes à la fois et on parle d'instruments polyphoniques.

En Occident, la monodie, en usage au Moyen Âge et au-delà, recouvre des genres très différents comme le chant grégorien, la poésie aristocratique chantée des troubadours et des trouvères et la chanson traditionnelle (appelée aussi folklorique). L'accompagnement (s'il en existe un) n'est pas donné et n'est pas de nature mélodique. Dans l'opéra, l'expression un peu paradoxale de « monodie accompagnée » a une signification bien différente. Dans ce style vocal né avec l'opéra baroque au début du XVIIe siècle, le chant soliste est accompagné par une basse continue, aussi bien que par un orchestre. Ce type de monodie relève donc d'une écriture harmonique.

Pour la notion de polyphonie en théorie de la littérature ou en linguistique voir les travaux de Mikhaïl Bakhtine et Oswald Ducrot.

Histoire de la polyphonie occidentale[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (juillet 2008). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Durant l'Antiquité, l'art musical (et donc celui de l'Église primitive) n'avait connu que la monodie. La grande invention du Moyen Âge fut celle de la polyphonie. C'est au IXe siècle que cet art commence à apparaître et à se développer, de manière encore discrète mais manifeste, à l'église tout d'abord[1]. Le philosophe Scot Érigène fait déjà allusion, dans son ouvrage De Divisione Naturae, à la pratique d'une musique à plusieurs parties.

Voici ce qui paraît se dégager de plus net, sur les débuts de la polyphonie. À l'origine, à l'époque de l'empire carolingien ou de son partage, elle était improvisée au lutrin, au cours d'offices religieux importants, à partir du chant grégorien, selon la technique du « chant sur le livre ». Ce qu'on avait à chanter était en grande partie à la charge des chantres professionnels qui travaillaient quotidiennement dans les nombreuses églises cathédrales et collégiales. Le chant polyphonique se répandit aussi dans les abbayes, spécialement bénédictines, dont la vocation était de chanter la gloire de Dieu. Pendant quelques siècles, cette pratique cultuelle et culturelle est restée non-écrite, et donc invisible à nos yeux.

Il s'agissait initialement d'amplifier la monodie grégorienne, en lui adjoignant une seconde voix, entendue en même temps qu'elle (c'est ce que Hucbald appelle, en 895, la « diaphonie », au départ en mouvements parallèles). Cela donna naissance à différents procédés polyphoniques, et, rapidement, à des formes musicales élaborées dont la plus connue est appelée organum. Les œuvres entrant dans ce cadre formel font intervenir de 2 à 4 voix, entendues ensemble.

Il sembla tout d'abord indispensable, à l'oreille des premiers polyphonistes, d'éviter tierces et sixtes, perçues comme dissonances, et de n'admettre comme consonances que les octaves, quartes et quintes (qui sont du reste les premières harmoniques nées de la vibration d'un son fondamental).

Une forme assez différente de polyphonie s'est développée dans un pays qui, par son isolement insulaire et par son éloignement des régions méditerranéennes, échappait plus que d'autres à l'influence des traditions gréco-latines : l'Angleterre. Ce nouveau procédé se répandit ensuite sur le continent. Ainsi, l'Angleterre a évolué différemment du monde latin, si bien que la polyphonie savante des Anglais se distingua, un temps, de celle des autres peuples par l'emploi de deux procédés qui lui sont particuliers : le gymel (du latin cantus gemellus : « chant jumeau ») et le faux-bourdon, qui se caractérisent essentiellement par l'usage de successions de tierces et de sixtes, considérées, à partir du XIIe siècle environ, comme consonances imparfaites, et non plus comme dissonances.

Le gymel, comme son nom l'indique, est un chant à deux voix dont la seconde accompagne à la tierce inférieure ou supérieure le thème donné par la première (appelée « teneur », car c'est elle qui « tient » le chant). Les deux voix doivent conclure en se rejoignant à l'unisson par mouvement contraire.

Le faux-bourdon est un chant à trois voix qui consiste à faire entendre en même temps que la mélodie principale deux autres mélodies parallèles, à la tierce et à la quinte inférieure, - à la quinte inférieure en apparence, en écriture, pour les yeux seulement, car cette troisième partie, qui a l'air d'une basse, ou, comme on disait autrefois, d'un « bourdon », n'est en réalité qu'une fausse basse, qu'un faux-bourdon ; elle doit se chanter une octave plus haut qu'elle n'est écrite, c'est-à-dire qu'elle sonne à la quarte supérieure et non à la quinte inférieure du thème donné. Le faux-bourdon se compose donc d'une série de tierces et de sixtes parallèles.

Une polyphonie populaire naquit de la polyphonie savante. Elle est donc née à l'église. Actuellement, la polyphonie populaire subsiste dans les polyphonies corses, par exemple.

Polyphonies médiévales[modifier | modifier le code]

Alleluia nativitas, de Pérotin, à 3 voix (Alleluia « tropé », pour l'office de la Nativité du Christ, XIIIe s.). La teneur liturgique est chantée en valeurs longues par la basse

Aux XIe et XIIe siècles, l'abbaye Saint-Martial de Limoges et d'autres lieux (abbayes et églises) jouent un rôle important dans le développement de la polyphonie, en l'absence de ville-phare.

Justement, la polyphonie connaîtra un premier rayonnement national et international à Paris (la « nouvelle Athènes »), aux XIIe et XIIIe siècles, grâce aux chantres-compositeurs de l'École de Notre-Dame de Paris, cathédrale nouvellement construite et centre culturel de premier plan (tout comme le sera l'université, créée à Paris au milieu du XIIIe siècle, par le théologien Robert de Sorbon). À Notre-Dame, les chantres les plus connus ont été Léonin et Pérotin. Ils représentent les premiers grands créateurs de ce que les musiciens du siècle suivant appelleront l’Ars antiqua, par opposition à l’Ars nova. Ce dernier, né peu avant 1300, se voudra résolument nouveau (Jacques Chailley le qualifie d’avant-gardiste). L'art musical du XIVe siècle s'éloignera donc résolument de ce que nous appelons le classicisme du grand siècle médiéval, le XIIIe siècle.

Les créateurs de l’Ars nova se lancèrent dans de nouvelles recherches, parfois très abstraites (comme chez Philippe de Vitry), pour aboutir à l’Ars subtilior, à la fin du XIVe siècle. Le grand musicien né avec le siècle est le Rémois Guillaume de Machaut (v. 1300-1377), auteur, en particulier, de la première messe polyphonique entière (la Messe Nostre Dame). Comme les autres musiciens, il écrivit aussi nombre de pièces profanes, tant l'art de la polyphonie s'était répandu dans bien des domaines musicaux.

L'art profane d'Adam de la Halle, à la fin du XIIIe siècle, était à la charnière de la monodie et de la polyphonie, si bien qu'on le considère souvent comme le dernier trouvère. Machaut, purement polyphoniste, a eu lui aussi une activité à la fois musicale et poétique, suivant une très longue tradition remontant à l'Antiquité[2]. Jusqu'à la fin du XVe siècle, avec Eloy d'Amerval par exemple, elle continuera à se perpétuer.

Polyphonies de la Renaissance[modifier | modifier le code]

À partir des années 1420 se développe entre le Nord de la France et les Flandres un nouveau style de production musicale grâce à plusieurs générations de musiciens et de compositeurs formés dans les maîtrises du nord, qui seront désignés sous le nom d’École franco-flamande. Ils répandront par la suite leur art dans les grands centres européens, surtout en Italie.

En raison des troubles qui règnent en France pendant la guerre de Cent Ans, la culture musicale se déplace dans les régions du nord de la France, en Flandre, et en territoire bourguignon. La cour de Bourgogne est le centre de ce renouveau artistique, qui rassemble musiciens français, flamands, bourguignons et anglais, contribuant aux échanges et à la diffusion de musiques nouvelles.

La polyphonie se développe de deux façons :

Les principaux représentants de ce mouvement (et ceux qu'il a formé) sont les grands compositeurs de l'époque :

À la Réforme religieuse luthérienne, en Allemagne, on voit apparaître un art liturgique d'une toute autre conception, avec la naissance du choral luthérien (le Choralgesang). Ces chorals, nouvelle forme musicale, vont être composés (texte et musique) par Luther lui-même ou par d'autres auteurs, dont Martin Agricola (1486-1556). Monodiques, ils peuvent aussi être harmonisés, dans un style intermédiaire entre la linéarité horizontale et le syllabisme homophone (tout aussi traditionnel mais plus simple et où les voix sont moins autonomes). Ce style va contribuer à l'essor de l'harmonie à lecture verticale, nouveauté elle aussi fondamentale, encore partiellement à venir. Cela n'empêchera pas J. S. Bach, au XVIIIe siècle, d'intégrer de nombreux chorals à une polyphonie complexe. Ainsi, l'ancien procédé d'écriture (dont il est resté un des principaux maîtres) n'a jamais disparu. Il est encore actuellement pratiqué.

En Angleterre, Thomas Tallis, resté catholique, va développer, pour la liturgie anglicane, le style de l'anthem, motet spécifiquement anglais (et chanté dans cette langue). Gibbons créera le Full Anthem (en chant polyphonique) et le Verse Anthem (dont les versets font alterner chantre soliste et chœur à plusieurs voix : Gibbons adapte de cette manière la très ancienne pratique des « versets alternés », déjà présente dans la tradition grégorienne monodique).

Plus généralement, depuis le début du XVIe siècle environ, chez Tallis et chez bien d'autres auteurs, l'écriture polyphonique se développe dans des directions nouvelles : la musique devient assez fréquemment polychorale. Dans ce cas, ce n'est plus seulement un chœur, mais plusieurs qui vont faire vivre des polyphonies réparties dans l'espace. Le Spem in alium de Tallis (à 40 voix réelles) est bien connu. À la basilique Saint-Marc de Venise, les Gabrieli (Andrea et Giovanni) écriront également à 8, 16 voix réelles, par exemple. Au début de la période, Josquin avait déjà écrit un Qui habitat (Ps. 90), à 24 voix. On doit citer aussi le canon à 36 voix (Deo gratias), de Johannes Ockeghem. Vivant à la même époque qu'Andrea Gabrieli, Alessandro Striggio (v. 1535-1592) est l'auteur d'un motet Ecce beatam lucem (« Voici la lumière bienheureuse »), à 40 voix. L’Agnus Dei de sa Messe sur « Ecco sì beato giorno », à 40 voix, fait même intervenir 60 voix...

Vers la fin du XVIe siècle, le madrigal italien contribuera grandement au développement d'une nouvelle technique, qui, petit à petit, deviendra radicalement différente de la polyphonie traditionnelle et finira par créer une nouvelle conception de l'art musical : la monodie accompagnée.

Polyphonies traditionnelles européennes[modifier | modifier le code]

Polyphonies extra-européennes[modifier | modifier le code]

Polyphonie et musique électronique[modifier | modifier le code]

La polyphonie est également utilisée en matière de musique électronique. C’est aussi la capacité de jouer plusieurs notes à la fois. En revanche, elle se rapporte au fait que les premières puces des synthétiseurs étaient incapables de produire plus d’une seule note à la fois. C’est-à-dire qu’il leur était impossible de jouer deux notes en même temps. Du fait de la différence technique entre un instrument acoustique et une puce musicale électronique, la polyphonie rapportée aux synthétiseurs de type Synthèse FM ou PCM est légèrement différente. En effet si un piano est polyphonique parce que le pianiste possède dix doigts, donc dix notes en même temps, ce n’est pas forcément le cas des puces de synthétiseur. Celles-ci ne sont considérées comme polyphoniques que lorsqu’elles sont capables de jouer plus de deux notes simultanément sur un opérateur. Un opérateur, aussi appelé « voie sonore » est l’unité qui va traiter un son. Un opérateur est polyphonique seulement s’il est capable de produire au moins deux notes d’un même son en même temps. Une puce musicale contient généralement plusieurs opérateurs afin de reproduire plusieurs instrument ou sons distincts. La polyphonie dans la MAO est donc la capacité d’un synthétiseur à produire plusieurs notes sur un seul opérateur ou une seule voie. Par exemple, un piano reproduit sur un synthétiseur ne pourra pas être totalement fidèle à l'original si l'on ne peut pas jouer plus d'une note à la fois.

Une table de mixage
  • Exemple de puces polyphoniques :
    • YM262 (OPL3) : 6 opérateurs FM d’une polyphonie de 4 notes chacun
    • YM2610 : 4 opérateurs FM (partie FM) d'une polyphonie de 4 notes
    • YM2612 : 6 opérateurs FM d’une polyphonie de 4 notes chacun
    • 2a03 (NES) : 3 opérateurs PSG, d’une polyphonie de 3 notes chacun
    • EMU8000 : 16 opérateurs PCM d’une polyphonie de 32 notes chacun
    • S-SMP (SNES) : 8 opérateurs PCM d’une polyphonie de 8 notes chacun
    • YM2413 : 9 opérateurs FM d'une polyphonie de 2 notes
  • Exemple de puces non polyphoniques :
    • SN76489 : 3 opérateurs PSG
    • YM2610 : 3 opérateurs PSG (partie PSG)
    • TIA : 2 générateurs de tonalité
    • PAULA : 4 opérateurs PCM
    • POKEY : 4 opérateurs PSG
    • AY-3-8912 : 3 opérateurs de tonalité
    • YM2149 : 3 opérateur PSG

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le musicologue Jacques Chailley a écrit en 1985 : « Ainsi pouvons-nous dire qu'aucun document ne témoigne dans notre histoire d'une polyphonie antérieure à notre 9e siècle ». Il ajoute qu'« il serait téméraire d'en déduire qu'il n'en a jamais existé » (extrait du magazine Chant Floral, no 45, 1985) [1]
  2. Homère en est un des plus anciens exemples.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Enregistrements[modifier | modifier le code]

(Œuvres de Tallis, Costanzo Porta (en), J. Després, J. Ockeghem, Pierre de Manchicourt, G. Gabrieli, A. Striggio)

(Œuvres de Cristobal de Morales, Francisco Guerrero, Tomás Luis de Victoria)

(Responsoria et alia ad Officium Hebdomadæ Sanctæ spectantia / Tenebræ Responsories : « Répons et autres, en vue de l'Office de la Semaine sainte / Répons de Ténèbres »)

Liens externes[modifier | modifier le code]