La Chanson de Craonne
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La Chanson de Craonne est une chanson antimilitariste écrite en 1917. Elle a été écrite à partir de l'air de Bonsoir M'amour (Charles Sablon), chantée par Emma Liebel.
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[modifier] Le contexte
Elle fut chantée par les soldats qui se sont mutinés (dans plus de soixante des cent divisions de l'armée française) après l'offensive très meurtrière et militairement désastreuse du général Nivelle au Chemin des Dames.
Ces révoltes furent sévèrement réprimées, notamment par le général Pétain, nommé le 17 mai 1917 pour remplacer le général Nivelle avec pour mission d'endiguer l'effondrement du moral des soldats. Il y eut plus de 500 condamnés à mort (dont 26 effectivement exécutés[1]).
[modifier] L'origine de la chanson
Cette chanson anonyme a sûrement plusieurs auteurs. Elle a continuellement évolué au cours de la guerre en fonction des lieux principaux de combat[2]. Elle apparaît sous le nom de La Chanson de Lorette évoquant la bataille de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire se déroulant entre octobre 1914 et octobre 1915. Ensuite, la chanson est transformée pour évoquer le plateau de Champagne au cours de l'automne 1915. En 1916, elle devient une chanson sur Verdun, le refrain devient :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est pas fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Verdun, au fort de Vaux
Qu'on a risqué sa peau [...]
[modifier] Le lieu évoqué dans la chanson
Et enfin, c'est la version de 1917 qui est popularisée par Paul Vaillant-Couturier en liaison avec les mutineries. Cette chanson est souvent perçue comme un manifeste même si les motivations des soldats étaient beaucoup moins révolutionnaires et pacifistes. Toujours est-il que le refrain subit une nouvelle transformation :
C'est à Craonne, sur le plateau
Pour l'occasion, le village de Craonne gagne une syllabe (Craonne se prononce habituellement krɑn, la chanson dit krɑɔn/ pour avoir le compte de pieds). Le plateau dont il est question est le plateau de Californie qui surplombe le village. En effet l'endroit est le lieu de terribles combats à partir du 16 avril 1917 : la 1re division d'infanterie qui monte à l'assaut se trouve bloquée au niveau des caves de Craonne. Puis le 4 mai, une seconde offensive est lancée par la 36e division d'infanterie qui aboutit à la reprise de Craonne et à la progression sur le plateau de Californie [3].
Parmi les légendes qui entourent la chanson, la plus coriace est celle qui affirme qu'un million de francs or en plus de la démobilisation furent promis à qui dénoncerait l'auteur.
La chanson de Craonne a été interdite en France jusqu'en 1974, date à laquelle Valéry Giscard d'Estaing en a autorisé la diffusion sur les ondes.
[modifier] Paroles
La chanson n'ayant pas un seul auteur, on connaît différentes versions. Les paroles les plus connues sont celles qui ont été publiées par le journaliste communiste Paul Vaillant-Couturier. Mais l'anarchiste Henry Poulaille, qui fut soldat sur le Chemin des Dames, livre dans Pain de soldat des paroles légèrement différentes.
| Paroles diffusées par Paul Vaillant-Couturier | Paroles diffusées par Henry Poulaille |
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Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé |
Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé |
[modifier] Musique
La musique est issue de "Bonsoir m'amour", une valse d'amour à succès, datant de 1911 et composée par le père de Jean Sablon, Charles Sablon.
Très souvent, "La chanson de Craonne" sera reprise sous la forme d'une valse musette, populaire et typiquement française, avec l'accompagnement de l'accordéon. C'est notamment le cas des versions de Tichot, des Amis d'ta femme, de Gérard Pierron, de Marc Ogeret ou de Marc Perrone. Et c'est dans cette opposition entre la légèreté d'une musique aux accents parfois "guinguette" et le tragique du texte, que réside l'intérêt musical de cette chanson engagée. L'ironie qui nait de ce paradoxe n'en est que plus intense.
[modifier] Apparitions
Le refrain de La chanson de Craonne est chantée par un condamné à mort dans le film Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004).
Dans la scène finale du film La dette, téléfilm de Fabrice Cazeneuve (2000), le refrain de la chanson est fredonné par le préfet (André Dussolier) et son jeune stagiaire (Damien Dorsaz).
Elle est également chantée par :
- Tichot sur l'album 14-18 avec des mots, une vie d'bonhomme (avril 2008)
- Family Fodder sur La chanson de Craonne (Vivonzeureux ! records, novembre 2007) (téléchargement gratuit)
- Les amis d'ta femme sur l'album Noir...et rouge aussi un peu (2003)
- Maxime Le Forestier sur un simple La chanson de Craonne (2003)
- Mascarade sur l'album Eh bé ! (2000).
La chanson de Craonne est mentionnée dans un album de Jacques Tardi: "Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Le mystère des profondeurs".
[modifier] Pour approfondir
[modifier] Liens externes
- Sur le site du CRID (Collectif de recherche internationale et de débat sur la guerre de 1914-1918), une présentation historique de la chanson Historique, variantes et documents sur le site du CRID 14-18
- Une émission radio autour de la chanson de Craonne : Là-bas si j'y suis de D. Mermet
- Les différentes interprétations et les mémoires liées à la chanson
- La chanson avec un montage vidéo de films d'époque; elle est chantée par Marc Ogeret, sur un tempo plus lent que l'interprète de l'item précédent
[modifier] Références
- ↑ cf magazine « 14-18 » n° 37 sur les mutineries de 1917
- ↑ G. Marival, « La Chanson de Craonne », in N. Offenstadt, Le Chemin des dames, de l'événement à la mémoire, Stock, Paris, 2004.
- ↑ voir sur le site du CRID.

