Chancellerie d'Orléans

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Chancellerie d'Orléans. Par Eugène Atget, 1905.

L'Hôtel de la Chancellerie d'Orléans, également dit hôtel d'Argenson, était situé au 19 rue des Bons-Enfants à Paris, près du Palais-Royal.

Histoire[modifier | modifier le code]

« Une maison fort petite mais fort magnifique » (Dangeau)[modifier | modifier le code]

Élevé sur le site de l'hôtel de la Roche-Guyon, dans le périmètre immédiat du Palais-Royal, cet hôtel fut acquis par Philippe d'Orléans, futur Régent, le 24 juillet 1702, de son "porte-manteau ordinaire", Silvain Gayant ; en 1704-1705 il fit rebâtir l'hôtel par Germain Boffrand pour sa maîtresse Marie-Louise-Madeleine-Victoire Lebel de la Boissière de Séry, comtesse d'Argenton, qui en reçut la nue-propriété en 1707 et l'occupa jusqu'à sa disgrâce en 1710.

En 1711 l'hôtel fut cédé à Charlotte de Bautru, veuve de Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de Montauban; en 1720 Philippe d'Orléans devenu Régent décida de le lui racheter en lui en réservant l'usufruit jusqu'à sa mort, survenue en 1725, mais le Régent étant mort en 1723, il passa aux mains du duc Louis Ier d'Orléans.

Disposé entre cour et jardin, il donnait à l'Est sur la rue des Bons-Enfants et ouvrait à l'Ouest sur le Palais-Royal, auquel un perron donnait accès depuis le grand salon où fut peint, entre 1706 et 1709, par Antoine Coypel un splendide plafond sur le thème du Triomphe de l'Amour sur les dieux.

De 1725 à 1752 l'hôtel fit office de chancellerie des ducs d'Orléans, d'où son nom qu'il repris de 1784 (date de la vente par les héritiers Voyer d'Argenson) à la Révolution. Entre-temps il fut désigné comme "hôtel d'Argenson" (et non d'Argenton), puis "hôtel de Voyer" du nom de la famille Voyer d'Argenson qui l'occupa.

Entré en 1723 comme chancelier, chef du conseil et surintendant des finances du duc d'Orléans, Marc-Pierre, comte d'Argenson reçut à son tour l'usufruit de l'hôtel en 1725 comme marque de confiance et d'amitié du duc; les liens entre les Voyer d'Argenson et les Orléans allaient demeurer désormais indéfectibles.

Le 23 juin 1752, suite à la mort de Louis Ier d'Orléans, son fils Louis-Philippe, Ier du nom, céda l'hôtel à Marc-René, marquis de Voyer, fils du comte d'Argenson, famille qui en fut propriétaire jusqu'en 1784, lors du règlement des successions des marquis et marquise de Voyer, morts en 1782 et 1783, dont les énormes dépenses engagées dans la transformation de la demeure contraignirent leurs héritiers à le revendre aux Orléans.

En 1979 Monique Mosser et Daniel Rabreau (op. cit.) exposèrent le dessin des fameux vase et colonne de porphyre avec cariatides et têtes de bélier de bronzes dorés conçus en 1762 par Charles De Wailly, architecte piranésien français et son ami, le sculpteur Augustin Pajou pour le vestibule de l'hôtel qui, avec la salle à manger voisine aux cloisons amovibles, faisait office de galerie. Cet ensemble unique, probablement acquis sur place au XIXe siècle par le 4ème marquis d'Hertford (Wallace Collection, marquait le début des transformations engagées par le marquis de Voyer dans son hôtel jusqu'en 1772 environ, date des dernières restaurations attestées.

En effet au début des années 1760 celui-ci fit remanier profondément l'hôtel et le redécorer dans un style éclectique mêlant le nouveau goût dit "à la Grecque", aux influences antiques, maniéristes et baroques.

Dans le même temps, son ami De Wailly livra les plans du nouveau corps central du château des Ormes (démoli en 1822 et reconstruit en 1903-1907), et de la grange-écurie, dite aussi "Bergerie", située face aux grilles du château, ornée au fronton d'un splendide relief, œuvre de Pajou, sur le thème de Cybèle, qui constitue un des rares témoignages subsistant de l'œuvre de Wailly, dont l'œuvre décorative réalisée au Palais Spinola à Gênes a disparu pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Une nouvelle décoration luxueuse due à des maîtres[modifier | modifier le code]

Célèbre mécène parisien et sans doute l'un des plus grands protecteurs d'artistes de son temps, toute catégorie confondue (architecture, peinture, sculpture, mobilier, orfèvrerie...), le marquis de Voyer voulut faire de son hôtel un modèle des nouveaux goûts en vigueur (néo-grec, maniériste et baroque). Après le vestibule et la grande salle à manger (1763-1764), il engagea successivement les travaux du grand salon (1765-1769), remanié en 1771, de la petite salle à manger (1767-1769), transformée à nouveau en 1772 avec l'installation d'un nouveau plafond de goût dit "grec" par Jean-Jacques Lagrenée, dit le Jeune, sur le thème de Hébé versant le nectar à Jupiter, qui venait remplacer celui de Jean-Honoré Fragonard, figurant une nuée de putti, jugé démodé.

Suivait, parallèlement, de 1767 à 1770, la transformation de la chambre de la marquise de Voyer, à droite du salon, à laquelle il fallut de nouveau intervenir en 1771-1772 à propos des dorures.

Comme le salon voisin cette chambre était réputée pour le plafond réalisé par Louis-Jacques Durameau, figurant Le lever de l'Aurore, conçu sur le mode baroque - avec médaillons et architecture feinte au pourtour - du plafond du salon par Coypel.

Sophie Caron (op.cit., p.68) précise que si les archives Voyer d'Argenson mentionnent la commande à Fragonard d'un plafond, aucun document - en particulier les photographies du démontage de 1923 - n'atteste qu'il ait existé; elle mentionne la possibilité que Lagrenée l'ait recouvert par le sien, comme cela est affirmé plus haut.

En 1764 on posa les "cheminées nouvelles imaginées par M. de Montalembert", puis, pour le salon et les deux salles à manger, un système conçu par le poêlier Bertolini consistant en des conduits d'air chaud à clapets dans les cloisons, alimentés depuis un foyer disposé dans la cave. L'inefficacité du système amena l'installation de cheminées traditionnelles dans les années 1770.

Outre le vase sur colonne du vestibule, Augustin Pajou, grand ami de De Wailly, avait réalisé toute la sculpture de l'hôtel, tant extérieure qu'intérieure. Il réalisa notamment les fameux dessus-de-portes en stuc doré sur fond vert antique du salon, sur le thème des "Quatre Éléments" (conservés au musée du Louvre) et les non moins célèbres cariatides de la petite salle à manger, disparues dans les années 1780. Deux ensembles célèbres qui furent illustrés par l'architecte anglais William Chambers lors de son séjour à Paris en 1774 dans son célèbre Parisian album (British Museum).

Pierre Gouthière, orfèvre du roi, travailla aux bronzes des cheminées, des portes et des portes-fenêtres. Contrairement à la légende, l'architecte du roi François-Joseph Bélanger, pourtant connu et protégé du marquis de Voyer, n'œuvra pas à l'hôtel; il fut confondu avec son homonyme, Michel-Bruno Bellangé ou Bellenger (1726-1793), peintre d'ornements, auteur des "ornements d'un cabinet d'arabesques d'après les dessins de De Wailly", à savoir ceux du boudoir de la marquise, situé derrière la chambre et décoré en 1769.

De même, le peintre Charles Natoire, alors directeur de l'Académie de France à Rome, n'était pas en mesure de collaborer à la décoration de l'hôtel; citons en revanche le peintre d'histoire Gabriel Briard et les peintres décorateurs Guilliet et Deleuze, auteurs des décors feints du vestibule et de la grande salle à manger, notamment.

Ces décors d'un goût nouveau et d'un faste inouï firent la célébrité de l'hôtel. Il passa ainsi pour l'une des meilleures réalisations architecturales du XVIIIe siècle à Paris. Les visiteurs affluèrent dans ce lieu en vogue, comme les duc d'Orléans et de Chartres venus en voisin admirer, entre autre, l'effet des glaces du salon qui, disposées en vis-à-vis, se réfléchissaient à l'infini, agrémentées des demi-lustres conçus par De Wailly, à l'instar de ce qu'il réalisera au même moment pour l'Opéra royal de Versailles. Ebloui à son tour, le comte Strogonov demandera d'en disposer pour "le comte Cheremetieff, ministre de la marine russienne".

En plus des élévations sur cour et jardin, le passage de porte-cochère et la décoration intérieure, De Wailly fut aussi le concepteur du mobilier du salon telles qu'en témoignent les bergères réalisées par le menuisier en siège Matthieu Bauve, acquises en 2011 par les Archives nationales.

Outre les pièces précédemment évoquées, Chambers fit figurer dans son Parisian album une série de relevés extérieurs qui constituent une précieuse documentation sur l'état de l'hôtel à cette époque, et qui viennent s'ajouter aux nombreuses photographies prises lors de la démolition de l'édifice.

En 1784 l'hôtel de Voyer d'Argenson fut séparé du jardin du Palais-Royal par le percement de la rue de Valois. Non endommagé à la Révolution, il fut surélevé d'un étage au XIXe siècle.

En 1914 sa dernière propriétaire, souhaitant sa préservation, obtint son classement parmi les Monuments Historiques suivant la loi votée le 31 décembre précédent.

L'heure du dépeçage...[modifier | modifier le code]

Or, trois ans plus tard, la Ville de Paris (alors préfecture de la Seine), suivant l'idée de l'urbaniste Eugène Hénard, déclarait d'utilité publique le percement d'une voie entre la Bourse de Commerce et la rue de Valois qui fut baptisée "rue du Colonel Briand". Elle était en fait destinée - en traversant le jardin du Palais-Royal ! - à rejoindre l'Opéra afin d'alléger la circulation du quartier et de permettre la nouvelle extension de la Banque de France voisine au sud, laquelle avait entamé dès 1913 l'acquisition de plusieurs maisons et hôtels de la rue des Bons-Enfants et de la rue de Valois.

En conséquence, l'hôtel fut déclassé en 1923 et démoli aussitôt. Suite au scandale provoqué, le préfet de la Seine obtint que la Banque de France, nouvelle propriétaire des lieux, démontât reliefs et décors de l'édifice avec promesse de les remonter ailleurs dans Paris. Dans cette attente, ils furent stockés dans 102 caisses déposées dans un entrepôt lui appartenant à Asnières. Ironie de l'histoire, la ville se trouvait être celle du château du marquis de Voyer par Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, sa première grande réalisation architecturale. Le projet de remontage fait par l'architecte de la Banque, Alphonse Defrasse, fut arrêté par la crise de 1929, puis par la Seconde Guerre mondiale. "Un hangar de banlieue renferma les restes naufragés de la fastueuse retraite de Voyer d'Argenson" (Mosser et Rabreau, op.cit.).

Le catalogue de l'exposition sur Charles De Wailly (1979) reproduit deux vues de l'hôtel : un cliché photographique de sa façade sur jardin avant destruction montrant un "portique" à quatre colonnes répondant à celui sur cour photographié par Atget visible plus haut, et un dessin du vestibule ou passage voûté de caissons "à l'Antique", niche à statue, dessus-de-portes à bas-reliefs (?) et équipé de quatre bornes ou "chasses-roues" dont deux sont liés par une chaîne (annoté en anglais par Chambers en 1774 ?), aspect que l'on retrouve dans cette autre photographie d'Atget, apparemment prise de la cour.

On trouvera aussi d'autres documents et photographies sur l'hôtel et ses trésors dans l'article de Guilhem Scherf sur l'hôtel dans le catalogue de son exposition sur Pajou au Louvre en 1997 et dans les études d'Anne Leclair (2002) et de Philippe Cachau(2013).

Vers une tardive réhabilitation ?[modifier | modifier le code]

De grands défenseurs du Patrimoine comme Jacques Dupont, inspecteur des Monuments Historiques, ou Michel Fleury invoquèrent le sort de ces décors oubliés par leurs propriétaire légale la Ville de Paris et vers 1980 plusieurs solutions de remontage, au Musée Carnavalet - asile d'autres rescapés de démolitions suite aux opérations de voirie parisiennes du XIXe siècle - aux Archives Nationales, au Grand Louvre ou à Saint-Cloud furent envisagées, mais sans suite.

En 1997 une grande exposition sur Pajou au musée du Louvre et à New-York fit resurgir des fragments bien conservés du décor du salon, qui furent ensuite laissés en dépôt au Louvre.

Enfin (?), suite à quinze ans d'efforts "le World Monuments Fund (www.wmf.org), fondation privée, a signé, le 12 juillet 2011, avec le ministère de la Culture et la Banque de France d'une convention pour les restaurer et les réinstaller dans trois salons de l'ex-hôtel de Rohan-Strasbourg (1705), site des Archives Nationales qui est contemporain de la Chancellerie et présente des pièces de même dimension, orientées à l'Ouest prenant vue sur un jardin.

Les pierres des façades démontées (cf. clichés photographique de mai 1924) ne sont pas localisées.

Ainsi il reste à découvrir, après 90 ans d'une promesse officielle non tenue, ce qui est considéré par les spécialistes comme figurant "parmi les plus somptueux décors parisiens du XVIIIe siècle" ...dont deux générations d'amateurs d'art auront été privées.

Photographies par Eugène Atget[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Références « Histoire »[modifier | modifier le code]

  • Philippe Cachau: Les décors de l'hôtel de Voyer d'Argenson, dit Chancellerie d'Orléans (1765-1772). Recherches et analyse des trois pièces sur le jardin du Palais-Royal, étude pour le World Monuments Fund Europe, novembre 2013 (85 pages).
  • Thomas Foy : "Chancellerie d'Orléans : la fin d'un tabou, Le Patrimoine en France 2011, hors-série de Connaissance des Arts, 2011, p. 10 (reproduction couleur du plafond de Coypel, entreposé à Asnières)
  • Alexandre Gady : "La chancellerie d'Orléans sort du purgatoire", L'Objet d'art, n° 472, octobre 2011, p. 28-29 (même cliché du plafond et d'autres éléments du décor).
  • Anne Leclair : "Les plafonds peints de l'hôtel d'Argenson : commande d'un amateur parisien (1767-1773), Gazette des Beaux-Arts, t. CXL, novembre 2002, p. 273-306.
  • Guilhem Scherf - James David Draper : Pajou, sculpteur du roi 1730-1809, cat. expo. musée du Louvre et Metropolitan Museum, Paris et New York, 1997, p. 85-99.
  • Noël Francoeur : L'hôtel de la chancellerie d'Orléans, ancien hôtel d'Argenson, du Palais-Royal au Marais, Paris, 1984.
  • Monique Mosser - Daniel Rabreau, Charles de Wailly, peintre architecte dans l'Europe des Lumières (catalogue de l'exposition C.N.M.H.S., 1979, p. 44 et suivantes);
Sophie Caron, La Chancellerie d'Orléans : restauration d'un décor d'exception ("L'Objet d' Art" n°500, avril 2014, pp. 66 à 69, ill.).


Liens externes[modifier | modifier le code]

Relevés de Jacques François Blondel dans l’Architecture française[modifier | modifier le code]

(Mis en ligne par la bibliothèque de l'Université de Kyoto)

Décors intérieurs[modifier | modifier le code]

  • Le Feu, dessus-de-porte d'Augustin Pajou pour la chancellerie d'Orléans, Musée du Louvre – Fiche sur le site www.insecula.com