Champsaur

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Champsaur

La vallée du Champsaur, dominée par le Vieux Chaillol
Massif entre Écrins et Dévoluy
Pays France France
Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur
Département Hautes-Alpes
Latitude
Longitude
44° 41′ Nord
         6° 01′ Est
/ 44.683, 6.017
 [1]
Orientation ouest puis nord
Longueur 55 km
Type vallée glaciaire
Cours d'eau / Glacier Drac
Voie d'accès principale RN 85 - RD 944
Vallée - géographie physique |  v · d · m 

Le Champsaur (on prononce champ'saur ; en patois local[2] Champsàou) est la haute vallée de la rivière Drac, affluent de l'Isère, depuis sa source, ou plutôt ses sources, au sud du massif des Écrins, jusqu'à sa sortie du département des Hautes-Alpes, à l'entrée du lac du Sautet.

On lui associe souvent le Valgaudemar, vallée affluente parcourue par la Séveraisse, qui se jette dans le Drac peu avant le lac.

Le Champsaur-Valgaudemar est un des neuf « pays » du département des Hautes-Alpes[3].

Sommaire

[modifier] Géographie

Géographiquement, le Champsaur fait partie du bassin de l'Isère, alors que la quasi-totalité des Hautes-Alpes appartient au bassin de la Durance[4].

Le seuil de Bayard-Manse vu du col de Gleize ; au fond le Piolit

Il est bordé à l'ouest par le massif du Dévoluy, partie des Préalpes de nature calcaire, et au nord et à l'est par le massif des Écrins (Olan, Vieux Chaillol), partie des Alpes internes de nature cristalline. Il est séparé de la cuvette de Gap, au sud, par la ligne de partage des eaux entre Durance et Isère, vaste seuil allant des derniers sommets du sud de la chaîne des Bans (le Piolit, altitude 2 464 mètres) jusqu'aux contreforts du Dévoluy (le Pic de Gleize, 2 161 mètres), en passant par les cols de Moissière (1 573 mètres), de Manse (1 269 mètres) et Bayard (1 248 mètres), qui font communiquer la région de Gap - Embrun et le Dauphiné[5].

La plaine de Lachaup, Ancelle

La vallée du Champsaur est d'origine glaciaire. Lors de la dernière grande glaciation, le glacier d'Orcières, parallèle au glacier de la Durance, butant sur le massif du Dévoluy, se trouva déporté vers le nord. Il se logea dans le sillon formé par le contact entre les Préalpes calcaires et le massif cristallin, où il forma un lit évasé ("en U"), coupé par quelques verrous. Une fois le glacier disparu, le Drac recreusa ce fond glaciaire, et y forma une vallée au profil plus accusé ("en V"), laissant sur les flancs les restes du lit glaciaire, qui apparaissent aujourd'hui comme des hautes plaines perchées au-dessus de la rivière, comme par exemple à Poligny. Une autre trace de cette époque glaciaire est la plaine d'Ancelle, ancien lac suspendu, aujourd'hui comblé[6].

[modifier] Climat

Climatiquement, le Champsaur se distingue aussi du reste du département des Hautes-Alpes : très ouvert vers le nord, et protégé sur les autres azimuts (notamment par le massif du Dévoluy à l'ouest), il profite moins de la douceur du climat méditerranéen encore sensible à Gap, et subit le régime des bises, vents du nord qui lui amènent les nuages remontant de la cuvette de Grenoble, et, en hiver, le froid des massifs dauphinois. L'été reste par contre particulièrement agréable par sa douceur et son ensoleillement.

C'est un pays alpin, à la pluviosité assez importante (plus de 1 200 millimètres d'eau par an) mais avec un minimum estival. En 1985, 119 jours de pluie (précipitations supérieures à 0,1 millimètres), 47 jours de neige, 160 jours de gel (température minimale inférieure à 0 °C), et seulement 10 jours de chaud (température maximale supérieure à 25 °C).

Le bocage du haut-Champsaur et le massif du Vieux Chaillol

[modifier] Paysage

Le paysage est l'un des rares bocages conservés en Europe : de petites parcelles, séparées par des haies vivaces, qui les abritent du vent et du froid en hiver, leur conservent l'humidité en été, et servent d'abri à de nombreuses espèces d'oiseaux. Les nombreux canaux d'irrigation, souvent eux aussi bordés d'arbustes, complètent ce découpage de l'espace.

[modifier] En descendant le Drac

Pour une description complète de la vallée du Drac, voir:

Article détaillé : Drac.

Le haut-Drac est la réunion de deux torrents coulant dans deux vallées encaissées : le Drac noir, ou Drac d'Orcières, de direction est-ouest, et le Drac blanc, ou Drac de Champoléon, de direction nord-sud. Ces deux vallées n'ont plus guère d'habitat traditionnel, l'élevage en altitude étant trop ingrat. Seul les sports de montagne font aujourd'hui vivre ces vallées : sports d'hiver à Merlette, et randonnées sportives (GR 50 et 54) dans tout le massif.

Saint-Léger-les-Mélèzes et le Soleil-Boeuf

En aval de Pont-du-Fossé la vallée, dirigée vers l'ouest, s'élargit et laisse place à de belles étendues de pâturages, dans lesquelles se sont installés de nombreux petits villages (Chabottes, Forest-Saint-Julien, Le Cros,..). Cependant ici encore l'essentiel de l'activité économique repose sur le tourisme : Saint-Michel-de-Chaillol, Ancelle et Saint-Léger-les-Mélèzes sont des stations familiales de moyenne altitude (1 500 m.), fréquentées principalement par les Marseillais, hiver comme été. Les résidences secondaires sont nombreuses. Une certaine diversification des activités est cependant à noter : fromageries de dimension industrielle (à Saint-Laurent-du-Cros et à Laye), pépinières, menuiseries, etc.

A Saint-Bonnet, le Drac s'oriente franchement au nord, direction qu'il gardera jusqu'à Grenoble. Saint-Bonnet, avec 1 500 habitants permanents, est la principale ville --pour ne pas dire la seule-- du Champsaur ; on y trouve la plupart des commerces et services importants (du pharmacien au notaire), ce qui permet aux champsaurins de ne pas aller trop souvent à Gap. C'est de plus une ancienne ville forte, fief du sieur François de Bonne, chevalier de Lesdiguières ; des maisons du XVIe siècle bien conservées donnent à ce chef-lieu un cachet particulier.

Peu après Saint-Bonnet, le Drac reçoit son premier affluent important : la Séveraïssette, qui arrive de l'est, sortant d'une longue vallée à l'habitat ancien. La Motte-en-Champsaur en commande l'entrée, le vieux village de Molines-en-Champsaur se trouve en retrait, et le vallon du Roy en amont conduit au pied du Vieux Chaillol.

Les falaises de Faraud au-dessus du Glaizil

En aval, le Drac coule seul avec la route entre deux flancs de gravières, et les villages sont installés sur les hauts bords préservés de part et d'autre, où une activité agricole est possible :

Juste avant l'entrée du défilé du Loup, le Drac reçoit, toujours par l'est, son principal affluent : la Séveraisse, issue du Valgaudemar

Article détaillé : Valgaudemar.

Enfin, sous le village de Aspres-lès-Corps, le Drac atteint enfin le défilé des gorges du Loup, où il quitte le Champsaur, les Hautes-Alpes et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour l'Isère et la région Rhône-Alpes.

[modifier] Histoire

[modifier] Origine du nom

La plus ancienne mention d'un nom pour ce pays date de 1027, dans une bulle du pape Jean XIX : regio quæ vocatur Camsaurus ; on trouve ensuite, en 1116, Campo Sauro et Campi Sauri (Ch.de Durbon), puis, en 1340, ducatus Campi Auri ; en 1504 Champsaour, en 1552 Champsor, etc.[7]

L'étymologie exacte du nom Champsaur est très discutée. Si la première syllabe est reconnue par tous comme campus, champ, la finale laisse libre cours à interprétation :

  • Campus aurus, champ doré (étymologie attribuée à Jules César, et volontiers reprise, notamment par Frédéric Mistral)
  • Campus Sauri, champ de Saurus (M. l'abbé Allemand, 1895)
  • Campus severi (Georges de Manteyer & J.Roman, 1905)
  • Campus sauros, champ des lézards (R.P. Brisseau)
  • Campus saurus, champ sec (peu probable pour qui connaît les terres du lieu)
  • Campus aurae, champ des vents (trop banal)

etc.

[modifier] Antiquité et Moyen-Âge

On ne sait pas grand-chose des tout premiers habitants du Champsaur. On a retrouvé à l'Aubérie (commune de Bénévent-et-Charbillac) une parure en bronze datant de 1000 ans avant J.C. Un dolmen aux Roranches (commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas) atteste de la présence de Celtes. Les plus anciens habitants connus du Champsaur sont les Tricorii, qui peuplaient la totalité du bassin du Drac, alors nommé Tricus, et de l'actuel Trièves, avant l'invasion romaine. La région était alors infestée par les ours, comme en témoignent les toponymes conservés : Orcières, Montorcier (Mons Urserii).

Lors de la colonisation romaine, la région fit partie de la Narbonnaise. Un embranchement de la Via Domitia, venant de Milan, passait, semble-t-il, par le Col de Manse[8] et descendait le Drac jusqu'à Limes (Vizille). Le Drac reçut son nom des Romains qui en suivaient le cours... et en subissaient les crues particulièrement dévastatrices : Dracus, dragon.

En 739, Abbon, gouverneur de Suse, en Piémont, légua ses paroisses du Haut-Champsaur à l'abbaye de la Novalaise, qu'il avait lui-même fondée en 726. Novalaise léguera ses droits à l'abbaye de Breme, qui les cèdera peu après à l'ordre de Cluny : en 950, l'abbé Guillaume IV de Saint-Chaffre en Velay en était gestionnaire.

Au VIIIe siècle, des Sarrasins étaient venus s'installer dans les hautes vallées alpines ; en témoignent par exemple une grotte des Sarrasins au-dessus du confluent du Drac noir et du Drac blanc, une tour sarrasine emportée par le Drac en 1856, peut-être aussi le hameau voisin des Tourengs. Après de nombreuses exactions, dont l'attaque de Maieul de Forcalquier, abbé de Cluny au pont d'Orcières[9], en 974, ces Sarrasins furent décimés au lieudit Chamort (champ mort) par Guillaume Ier de Provence, et chassés définitivement de la région.

Le sceau des Dauphins sur la porte de la collégiale Saint-André de Grenoble

Au XIe siècle, le seigneur de Montorcier et l'évêque de Gap se partageaient la possession des terres du Champsaur. Au XIIe siècle, le Champsaur échut aux comtes de Forcalquier[10]. D'abord vassaux des comtes de Provence, les comtes de Viennois, dits dauphins, prirent peu à peu possession du pays, depuis nommé Dauphiné.

Humbert II, le dernier des dauphins, fut un réformateur aimé des populations. En 1307, il les autorisa à léguer leurs biens ; il fit du château de Montorcier, acquis par un de ses ancêtres sur la paroisse de Saint-Jean, sur le haut Drac, une résidence somptueuse. Lorsqu'en 1349 André, son fils unique, décéda en bas âge[11], Humbert II décida de renoncer à ses États ; n'ayant pu les vendre à Benoît XII, Pape en Avignon, il les légua à Philippe de Valois, bientôt roi de France sous le nom de Charles V, moyennant 200000 florins, et à la condition que le fils du roi en soit le seigneur : le Dauphiné —dont le Champsaur— était désormais français, et le titre de Dauphin échut aux fils des rois successifs.

Le Dauphin Louis II, fils de Charles VII, séjourna longtemps à Grenoble, et faisait régulièrement étape à Montorcier sur la route d'Embrun. Il était proche des populations, et parlait leur langue. Devenu roi sous le nom de Louis XI, il donna des armoiries à plusieurs familles du Champsaur. En 1442, il autorisa le creusement d'un canal de Pont-du-Fossé à Saint-Laurent. En 1447, il exempta d'impôt les habitants de Champoléon dévastés par une crue du Drac.

[modifier] Époque moderne et contemporaine

Lors des guerres de religion, François de Bonne, natif de Saint-Bonnet, entraîna le Champsaur dans le camp des Réformés. Il enrôla les paysans, et ses troupes firent des ravages jusqu'à Gap, où Bonne se fit construire une citadelle sur la colline de Puymaure, Embrun, dont la cathédrale fut brûlée et transformée en temple, et Corps, villes fidèles à la foi catholique. Mais lorsque Bonne, devenu duc de Lesdiguières et pair de France en 1611, se convertit au catholicisme, il ramena "son" Champsaur au Royaume de France et le pacifia. Il en devint le bienfaiteur, constuisant des ponts et des hôpitaux, et organisant l'administration du Dauphiné dans son ensemble.

En 1692, les troupes du duc Victor-Amédée II de Savoie ravagèrent la région (on leur doit notamment la destruction quasi-totale du château de Lesdiguières), mais n'en prirent pas possession[12].

Par rachats successifs, de 1686 à 1730, les jésuites du collège d'Embrun devinrent "seigneurs d'Orcières" et propriétaires d'une grande partie du Haut-Champsaur.

En 1790, le Champsaur-Valgaudemar et le Dévoluy furent intégrés au département des Hautes-Alpes, dans l'arrondissement de Gap, sauf les communes d'Orcières, Champoléon et Saint-Jean-Saint-Nicolas, qui furent rattachées à l'arrondissement d'Embrun, avant de revenir à celui de Gap lorsqu'il fut supprimé en 1926[13].

Stèle rappelant la halte de Napoléon aux Barraques

En 1801, quelques Champsaurins refusèrent le Concordat, et s'organisèrent pour rester fidèles au Pape à Rome ; on les appela les Patarons, sobriquet évoquant les patareaux (serpillères)[14].

Lors de son retour de l'Île d'Elbe, Napoléon traversa le Champsaur, faisant halte le 6 mars 1815 au pied de Saint-Bonnet, où il fut chaleureusement accueilli par la population[15]. En reconnaissance, il fit don aux Hauts-Alpins d'une somme permettant de construire six refuges aux principaux cols de la région. Ces « refuges Napoléon », finalement construits sous Napoléon III, ont depuis presque tous disparu ; bien qu'il ait été reconstruit, celui du Col du Noyer est le plus connu.

Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, la population étant devenue excédentaire au regard des possibilités de l'agriculture, une vague d'émigration s'ensuivit; on estime que plus de 5 000 Champsaurins partirent vers le « nouveau monde », vendant leur peu de bien, souvent à l'État ; certains y firent fortune, quelques-uns revinrent[16]. D'autres partirent de même en Algérie, dont par exemple la famille de Paul Robert, futur auteur du dictionnaire qui porte son nom[17].

En 1881, le Champsaur comptait plus de 15 000 habitants ; en 2005, cette population n'était plus que de 5 000 environ, mais manifeste, depuis peu, une nette tendance à la reprise.

[modifier] Économie

L'économie du Champsaur est traditionnellement rurale (élevage, prairies, bois). On y produit de la viande de qualité, de la charcuterie, des fromages, et des spécialités culinaires variées : tourtons, caillettes, escargots, tartes, « oreilles d'ânes », ravioles, creusets, tourtes de taillons, etc.[18]

Aucune industrie n'est implantée en Champsaur, mais les petites entreprises de production, de transformation ou de construction sont nombreuses, et ont permis à une partie importante de la population de continuer à vivre dans le pays : laiteries (notamment à Saint-Bonnet et Saint-Eusèbe), fromageries (à Saint-Laurent-du-Cros et à Laye), pépinières, menuiseries, mielleries (Poligny), entreprises de transport (Ancelle), etc.

Les commerces ont déserté de nombreux villages, mais restent nombreux dans deux centres principaux : Saint-Bonnet - La Fare (2 supermarchés et plusieurs dizaines de commerces de détail) et Pont-du-Fossé. Les marchés sont nombreux en été, et un marché hebdomadaire fonctionne toute l'année à Saint-Bonnet.

Le tourisme, estival et hivernal, est développé, mais de manière plus modérée que dans le Dauphiné voisin ou en Savoie : mis à part Orcières-Merlette, les stations du Champsaur sont de dimension familiale : Ancelle, Saint-Léger-les-Mélèzes, Saint-Michel-de-Chaillol, Laye. La part du tourisme dans l'économie de la vallée (infrastructures, hébergement, services, emplois temporaires) est aujourd'hui prépondérante.

[modifier] Randonnée

Le Champsaur et le Valgaudemar offrent de très nombreuses possibilités de randonnées pédestres, équestres et en VTT. Plusieurs centaines de kilomètres de sentiers sont balisés : 250 en haut-Champsaur, 300 en Champsaur et 440 en Valgaudemar. De plus 70 kilomètres de circuits commentés sont proposés aux amateurs de découverte de la nature. Ces itinéraires sont très variés, du plus accessible (comme le circuit du canal de Mal-Cros) au plus sportif (notamment en Valgaudemar). Début 2009, une commission locale de la randonnée, regroupant tous les acteurs institutionnels (communes, Parc national des Écrins, ONF, offices de tourisme) et les associations (randonneurs, chasseurs) a été créée afin d'entretenir ces itinéraires et d'améliorer l'offre, notamment pas une standardisation de la signalétique[19].

[modifier] Sports d'hiver

Plusieurs communes sont organisées pour des activités sportives d'hiver :

Les installations se sont développées soit sous forme de « stations » (Merlette, Chaillol, Laye), au demeurant modestes, soit par une simple extension du village (Saint-Léger, Ancelle), donnant à cette forme de tourisme un caractère familial. La clientèle est principalement régionale (Marseille et la Provence).

[modifier] Vie de la vallée

[modifier] Habitat

L'habitat est semi-dispersé : la plupart des communes sont composées de plusieurs hameaux ayant leur personnalité propre[20] ; la population permanente par commune est faible, de l'ordre de 100 à 200 habitants pour la plupart ; seule Saint-Bonnet, la "capitale" historique et économique, dépasse le millier. L'afflux touristique, bien que moindre que dans les Alpes du Nord, multiplie brusquement ces chiffres, en hiver pour quelques stations de ski, et en été pour de nombreuses autres communes.

Les maisons traditionnelles du Champsaur sont le plus souvent orientées plein sud et comportent généralement des pièces à vivre en rez-de-chaussée, et une grange en étage, avec accès extérieur soit par derrière pour les maisons de la rive droite soit par une rampe nommée « montage » [21] pour les maisons de la rive gauche (car orientées plein sud). Lorsque le propriétaire était assez riche pour avoir du bétail, la maison comportait, accolée aux pièces à vivre, une étable, qu'on nomme encore aujourd'hui « écurie ». Dans ce cas, il pouvait y avoir une chambre supplémentaire au-dessus des pièces du rez-de-chaussée. Les bâtiments ont leur façade au sud, et les toits sont couverts de petites tuiles en écailles ou d'ardoises en losanges (parfois les deux), souvent sur génoises.

Les résidences secondaires sont nombreuses, qui appartiennent pour l'essentiel à des habitants de Marseille, Grenoble ou Lyon.

Beaucoup de vieilles fermes ou chaumières ont été rénovés en gîte d'étape dans le Champsaur.

[modifier] Communications

Depuis la plus haute antiquité, la Champsaur a été un lieu de passage.

Aucune des grandes voies romaines ne le traversaient[22],[23]. Cependant il est avéré que les soldats romains reliaient fréquemment Eburodunum (Embrun) à Cularo (Grenoble) en suivant le Drac ; la « voie romaine » de Forest-Saint-Julien —si tant est qu'elle soit d'origine romaine— n'était au mieux qu'une voie secondaire.

Jusqu'au Moyen Âge, un des itinéraires importants entre la région lyonnaise et l'Italie passait par le Champsaur, Orcières, le col de Freyssinières (altitude 2 780 mètres) et Embrun. Il se pourrait que cet itinéraire ait été celui emprunté par Hannibal pour sa fameuse traversée des Alpes.

L'annexion par les dauphins de Viennois au XIVe siècle, l'accession au trône de France du dauphin Louis II au XVe, puis la prise en main de la région par le duc de Lesdiguières à la fin du XVIe, renforcèrent cet axe de communication vers le nord. Le passage vers la haute Durance se fit alors plutôt par le col de Moissière.

De nos jours, c'est avec la cuvette de Gap et la haute Durance que le Champsaur communique le plus naturellement. La descente du Drac jusqu'à Grenoble est longue et accidentée, alors que les cols Bayard et de Manse donnent un accès rapide au chef-lieu du département.

Carte schématique du Champsaur
Vers le sud

Le Champsaur est séparé de la cuvette de Gap par la ligne de partage des eaux entre Isère et Durance. Mais cette ligne est facile à franchir :

Ces cols comportent des déclivités importantes (jusqu'à 12%), et sont sujets en hiver à des risques de gel ou de congères; mais ils restent rarement coupés plus de quelques heures, et les locaux savent gérer ce genre de situation. Gap est à 15 kilomètres de Saint-Bonnet et à 20 de Pont-du-Fossé.

Vers le nord

La sortie du Champsaur s'effectue nécessairement par Corps. De là la route nationale continue à travers le Beaumont vers la Mure et Grenoble par un itinéraire assez sinueux et, par moments, accidenté. Il est possible de bifurquer vers le Trièves, mais cet itinéraire, très pittoresque, est encore plus lent. Grenoble est à 85 kilomètres de Saint-Bonnet, Lyon à 190 kilomètres, Paris à 660. La décision de construire une autoroute de Gap à Grenoble par le Champsaur et le Trièves a été prise à l'été 2007. Grenoble serait alors à moins d'une heure de Saint-Bonnet.

Le col du Noyer vu depuis le Champsaur
Vers l'ouest

Le Champsaur ne communique avec le Dévoluy que par le col du Noyer (altitude 1 664 mètres). Ce col, d'accès pénible, est fermé près de 6 mois par an, du fait de l'enneigement et des chutes de pierres qui endommagent la route. Le détour par Corps et le défilé de la Souloise est souvent nécessaire. Saint-Étienne-en-Dévoluy est à 20 kilomètres de Saint-Bonnet par le col du Noyer, 35 par Corps. À noter que, quelques jours par an, la route du col est réservée aux cyclistes entre le Noyer et Saint-Etienne.

Vers l'est

La seule communication entre le Champsaur et l'extérieur est ici le col de Freyssinières (altitude 2 782 mètres), autrefois couramment emprunté mais aujourd'hui réservé aux randonneurs.

[modifier] Transports publics

La ligne d'autocars Gap - Grenoble, du réseau Transisère, suit la RN 85. Deux allers-retours par jour sont assurés. Les cars font le crochet par Saint-Bonnet. Un aller-retour supplémentaire est assuré en période scolaire entre Gap et Saint-Firmin.

Aucune ligne de chemin de fer ne dessert le Champsaur[24]. Paris est à 6 heures de Gap par autorail et TGV via Valence-Ville, ou une nuit par Corail Lunéa. En revanche, Paris est à 2h30 de Grenoble par TGV (mais le car met 2 heures pour relier Saint-Bonnet à Grenoble).

L'aérodrome le plus proche est celui de Gap-Tallard, à 10 kilomètres au sud de Gap, où aucune ligne régulière n'est proposée.

[modifier] Patrimoine

[modifier] Langue

Les parlers traditionnels ne se rencontrent plus guère en Champsaur. Cependant quelques souvenirs restent vivaces, et ressurgissent à l'occasion : contes, comptines, chansons, poèmes ou jurons en "patois"...

Historiquement, le Champsaur appartient à la zone de parlers provençaux, ou plus généralement occitans, de type vivaro-alpins, avec une influence francoprovençale sensible. De nombreuses spécificités apparaissent dans le vocabulaire. Ainsi on y dit ousseou pour ocèu ou ocel (=oiseau : "Tout ousseou troba soun nic beou"), petcho pour pichot (=petit : Petchos meinas petchos soucis, gros meinas gros soucis), charrièra pour carriera (=rue), fouont pour font (=source), etc.[25]

Les traces de ce substrat linguistique sont apparentes dans une variété de termes ou d'expressions d'origine provençale ou arpitane intégrés à la langue courante. L'Encyclopédie du Champsaur de Faure de Prégentil en recense plusieurs centaines. Certains sont communs à la Provence (biaïs pour manière, néguer pour noyer) d'autres sont plus dauphinois (dzouves pour jeunes gens, campane pour cloche) , voire lyonnais (cuchon pour tas).

[modifier] Écomusée

Champsaur et Valgaudemar se sont associés pour créer un « écomusée éclaté », dont les divers sites présentent chacun l'un des aspects les plus caractéristiques du pays et de son Histoire . Tout en parcourant le pays, on peut ainsi visiter[26] :

[modifier] Les canaux d'irrigation

Le Champsaur, en raison de sa situation géographique, a toujours manqué d'eau en été. Dès le Moyen Âge, des syndicats furent créés pour organiser l'arrosage. En 1442, Louis XI autorisa la construction d'un canal de Pont-du-Fossé à Saint-Laurent, et en 1450 il autorisa les Gapençais à détourner le ruisseau d'Ancelle pour arroser leurs terres. Ce premier canal de Gap est toujours en activité. En 1774, le comte des Herbeys, dont le château est aujourd'hui une résidence hôtelière, fit construire un canal de dix-huit kilomètres de long pour amener sur la paroisse de Chauffayer l'eau de la Séveraisse.

Au XVIIIe siècle, les Champsaurins construisirent le canal de Pont-du-Fossé. Il avait son origine à l'entrée de la plaine de Chabottes, peu après le confluent des deux Dracs, à 1120 mètres d'altitude, au lieu-dit Pont du Fossé[27], devenu depuis le principal hameau de la commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas. De là il partait à flanc de colline sur la rive gauche du Drac, passant sous Saint-Léger, et traversait le ruisseau d'Ancelle par un aqueduc encore existant, avant de desservir les communes de Forest-Saint-Julien et Saint-Laurent-du-Cros. Après avoir franchi le ruisseau de la Bonne, sous le village de Laye, il s'orientait au nord, comme le Drac dont il était alors éloigné de deux kilomètres, puis desservait La Fare-en-Champsaur, Poligny et enfin Le Noyer, après un parcours de près de trente kilomètres. Il a cessé de fonctionner en 1963. De nombreuses sections du canal sont encore visibles sur le terrain, ainsi que plusieurs de ses ouvrages d'art, notamment l'aqueduc de Pont de Frappe sur le ruisseau d'Ancelle, construction en pierre d'environ 10 mètres de hauteur et 20 de longueur[28].

Le canal de Mal-Cros

En 1853, un décret impérial autorise la construction d'un canal destiné à amener l'eau du névé de Mal-Cros jusqu'aux villages de Saint-Michel-de-Chaillol, Buissard, Saint-Julien et Saint-Bonnet. Le projet était le suivant : il s'agissait de détourner l'eau issue du névé de Mal-Cros, situé sous le sommet du Vieux Chaillol, côté est, et qui s'écoule normalement jusqu'au Drac de Champoléon par le vallon de Tourond, et l'amener jusqu'au-dessus de Chaillol où elle serait répartie entre les communes participant au projet. L'eau serait captée à la source du torrent de Mal-Cros, à 2818 mètres d'altitude, amenée en travers de la pente ouest du vallon jusqu'au col de Riou Beyrou (2695 m.), puis, à travers les pentes du Vaccivier, au col de la Pisse (2354 m.), d'où elle pourrait descendre naturellement vers le haut de Chaillol[29]. Là, à 1750 mètres d'altitude, un répartiteur distribuait les flux entre les utilisateurs de Saint-Michel, Buissard et Saint-Julien, tandis qu'un émissaire partait à flanc de collines, direction ouest, jusqu'au lac-réservoir de Barbeyroux, alimentant le Chanet par le béal de Ponteillard et le canal des Condamines, Saint-Bonnet par le béal de Fontaniou, et enfin Bénévent, à sept kilomètres du répartiteur.

Le lac de Barbeyroux ; à droite, l'ancien émissaire vers Bénévent

Les travaux furent lents à débuter, et avancèrent lentement, les conditions de travail en altitude étant particulièrement défavorables : le chantier de Mal-Cros était à quatre heures de marche du village, soumis au froid, à la neige et au gel plus de six mois par an, au soleil et à la sécheresse en été; il fallait tailler la roche dans des éboulis instables, puis stabiliser et dégager en permanence les tronçons de canal déjà tracés. Une centaine d'ouvriers s'y épuisèrent. Quand enfin le canal atteignit Chaillol en 1872, la partie haute était déjà fragilisée, et il fallut un entretien permanent pour assurer un débit à peine satisfaisant. Les « rigoles » vers Saint-Bonnet furent achevées en 1878 ; celles vers Buissard et Bénévent ne furent jamais achevées.

La difficulté et le coût de l'entretien[30] dépassaient les moyens matériels et humains des intéressés[31]. Le canal ne fonctionna que quelques décennies avant d'être purement et simplement abandonné.

Le répartiteur de Chaillol, état actuel (janvier 2008)

Il en reste aujourd'hui de nombreuses traces, aussi bien en altitude (la « cabane des Parisiens », au col de Riou Beyrou, qui servit de cabane de chantier, et un tronçon en tunnel dans le travers de Tourond) qu'à Chaillol même (le répartiteur) et surtout de Chaillol à Barbeyroux, où le tracé du canal est devenu une promenade à flanc de colline.

Une association s'est constituée pour tenter de préserver ce patrimoine, en hommage aux ancêtres qui eurent le courage d'une entreprise aussi ambitieuse[32],[33].

De nombreux autres canaux ont été construits au cours du XIXe siècle, dont la plupart ont disparu dans les années 1960. Certains par contre sont toujours en activité. C'est le cas notamment du canal de Gap, construit en 1864 et restauré en 1954, qui prend sur le Drac en amont de Pont-du-Fossé, franchit le ruisseau d'Ancelle par un aqueduc et passe en tunnel sous le col de Manse. Autour de Molines-en-Champsaur, plusieurs dérivations de la Séveraissette sont elles aussi en activité.

[modifier] À voir en Champsaur

Dans le Champsaur :

La chapelle des « Pétêtes » à l'Aubérie

et en Valgaudemar :

  • au fond de la vallée : la cascade du « voile de la mariée », le refuge du Gioberney, le lac du Lauzon, le glacier des Rouies
  • au-dessus des Andrieux : le lac de Pétarel, dit « miroir de l'Olan »
  • à la Chapelle et à l'Ubac de Saint-Maurice, en hiver : les sculptures sur glace
  • à Saint-Firmin : les ruines du château-fort


[modifier] Personnalités liées au Champsaur

François de Bonne, duc de Lesdiguières

(une liste plus complète se trouve dans l'Encyclopédie du Champsaur)

[modifier] Notes et référenes

  1. Coordonnées du centre de la vallée, identifiées à l'aide de géoportail et WikiMapia
  2. voir plus loin le paragraphe "Langue", dans la partie "Patrimoine"
  3. le comité départemental du tourisme divise le département en 9 "pays" : Briançonnais, Vallouise, Queyras, Guillestrois, Embrunais, Champsaur-Valgaudemar, Dévoluy, Gapençais, Pays du Buech. Ces appellations sont reprises par des panneaux indicateurs en bord de routes
  4. les autres exceptions sont : le Dévoluy, parallèle au Champsaur à l'ouest, et le canton de La Grave, au nord du massif des Écrins, qui s'ouvre vers l'ouest en direction de Grenoble et la vallée Étroite qui se trouve sur un versant appartenant au bassin du Pô.
  5. jusqu'au XVIIIe siècle, il était cependant usuel de passer du haut Champsaur à Embrun par le col de Freissinières, pourtant beaucoup plus élevé (2 780 mètres)
  6. Les lacs glaciaires de la vallée du Drac
  7. ces références, ainsi que les suivantes, sont extraites de Histoire du mandement de Montorcier (voir bibliographie), pp. 2 à 9
  8. cf. Forest-Saint-Julien#La « voie romaine »
  9. les historiens discutent sur l'emplacement de l'évènement ; il se pourrait qu'il s'agisse d'un pont situé en aval sur le Drac et néanmoins nommé "Pons ursariae" -- voir Histoire du mandement de Montorcier, pages 164 et suiv.
  10. les papes Eugène III, en 1151, puis Alexandre III, en 1179, confirmèrent, mais sans effet, les droits de l'ordre de Cluny sur ces paroisses
  11. selon Robert Faure (Encyclopédie du Champsaur, pp.47-48, et l'abbé Ranguis (Histoire du mandement de Montorcier, pp. 82 à 84, ce décès eut lieu à Montorcier ; Gabrielle Santis (La légtende dorée du Dauphiné, le situe au château de Beauvoir, près de Saint-Nazaire-en-Royans ; tous trois s'accordent pour en faire la cause de son renoncement à ses possessions en faveur du roi de France
  12. Encyclopédie du Champsaur, pp. 57-58
  13. Histoire du mandement de Montorcier, pp. 45 à 47
  14. Encyclopédie du Champsaur, pp. 67-68 ; voir aussi à ce sujet l'article Petite Église
  15. la bibliothèque municipale de Grenoble possède une gravure représentant cet épisode
  16. l'émigration, à la même époque, des habitants de la vallée de l'Ubaye est plus connue ; les Barcelonnettes, partis au Mexique, se rassemblent encore de nos jours pour rappeler ce souvenir
  17. Encyclopédie du Champsaur pp. 69 à 74
  18. Nombreuses recettes dans La cuisine des Hautes-Alpes, de Pierrette Chalendar, Lacour éditeur, 2002 (ISBN 2-84149-261-3)
  19. article in Le Dauphiné libéré, édition Hautes-Alpes & Alpes-de-Haute-Provence, 24 janvier 2009, page 8
  20. Ancelle, 7 hameaux ; Le Noyer, 7 hameaux, etc.
  21. Une succession typique de montage est visible à l'entrée de Saint-Laurent-du-Cros
  22. Philippe Auran, Guy Barruol, Jacqueline Hursch, D'une rive à l'autre, éd. Les Alpes de Lumière, 2006 (ISBN 2-906162-81-7), page 15
  23. l'Almanach Dauphinois 2003, pp. 64 à 69.
  24. la ligne du Champsaur,dont la construction avait commencé entre 1910 et 1932, n'a jamais été achevée
  25. les maximes citées sont empruntées à l'Encyclopédie du Champsaur ; pour les attaches francoprovençales, une rubrique régulière est tenue dans l' Almanach Dauphinois, comparant les mots des différents parlers locaux de tout le Dauphiné (voir p.ex. l' Almanach 2003, pp.88-89)
  26. s'informer au préalable sur les jours et heures d'ouverture auprès des mairies ou des offices de tourisme
  27. pour l'origine de ce nom, voir Histoire du mandement de Montorcier, pp. 148 à 151
  28. l'ouvrage menaçant ruine, sa visite est actuellement interdite
  29. où a été construite un siècle plus tard la station de ski de « Chaillol 1600 »
  30. sans compter les redevances de passage aux communes de Champoléon et de Molines-en-Champsaur
  31. tous les propriétaires n'avaient d'ailleurs pas participé au financement
  32. association « Malcros 2818 », siège : mairie de Saint-Michel-de-Chaillol
  33. Sources : revue Alpes et Midi, Gap, avril 2006

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Sources bibliographiques

  • Encyclopédie du Champsaur, par Robert Faure de Prégentil, imp. Louisjean, Gap, 2005, (ISBN 2-909956-49-0)
  • Histoire du mandement de Montorcier, par l'abbé J. Ranguis, 1905, réédition par Vollaire, à Gap, 1978
  • Le Champsaur, histoire et mémoire, par R. Faure, éd. Ophrys
  • Champsaur, Hautes-Alpes, images du patrimoine, publication de l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, réalisée par le service régional de l'inventaire, DRAC-PACA, Aix-en-Provence, 1992, (ISBN 2-909727-00-9) & ISSN 0299-1020; 105.
  • La légende dorée du Dauphiné, par Gabrielle Sentis, éditions Didier-Richard, Grenoble, 1984, (ISBN 2-7038-0028-2)
  • L'Almanach Dauphinois, Annecy-le-Vieux, publication annuelle
  • Alman'Alp, Païta communication, Gap, publication annuelle

[modifier] Liens externes

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