Champ-contrechamp
Le champ-contrechamp est un procédé de montage cinématographique qui fait alterner les plans de chacune de deux personnes en train de dialoguer théoriquement face à face (en général), parfois dos à dos, ou encore côte à côte.
Description [modifier]
En général l'alternance du champ et du contre-champ est atténuée : les caméras ne sont pas en opposition face à face (180 °) mais entre 90 et 120 ° d'opposition ce qui permet d'éviter qu'elles soient l'une dans le champ de l'autre et de donner un effet de continuité d'espace au spectateur. C'est la « règle des 180 ° » : les caméras doivent être du même côté d'une ligne joignant les deux personnages (donc dans un angle inférieur à un angle plat, 180 °). Ainsi, un personnage est toujours vu de profil gauche et l'autre toujours de profil droit ; ceci donne un sentiment de cohérence au spectateur et facilite sa compréhension de la scène[1].
Puisqu'à chaque plan, seulement un des protagonistes est montré sans relation visuelle à l'autre alors qu'ils sont précisément en train d'interagir, ce procédé est généralement considéré de nos jours comme lourd et statique. La difficulté pour un metteur en scène consiste alors à le contourner.
Parmi les contournements ou atténuations possibles :
- conserver le personnage qui ne parle pas en amorce du champ ;
- disposer les personnages de façon à ce qu'ils ne se fassent pas face (en voiture, un balcon, etc.) ;
- conserver le plan sur la personne qui ne parle pas en enregistrant ses réactions ;
- présence de miroir ;
- élargir le champ pour y introduire d'autres éléments signifiants ;
- panoramique ou travelling d'un personnage à l'autre (cf. Breaking the Waves de Lars von Trier, In the Mood for Love de Wong Kar-wai) ;
- etc.
Un effet d'opposition trop accentuée entre le champ et le contre-champ empêche le spectateur de se situer dans la scène, créant un sentiment de malaise souvent utilisé dans les films d'angoisse. À l'opposé, l'absence de contre-champ est également utilisée pour donner le sentiment de ne voir qu'une partie de la scène du point de vue d'un personnage par exemple.
Le choix d'un champ-contrechamp contribue donc à isoler les personnages dans leur relation à leur interlocuteur. L'alternance du champ et du contre-champ peut notamment être utilisé pour souligner la double personnalité d'un personnage schizophrène, exemple :
- le dialogue de Willem Dafoe dans Spider-Man de Sam Raimi,
- le personnage Gollum, dans Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson).
Il peut également être utilisé pour donner l'illusion d'une proximité entre les protagonistes alors que les deux personnages se trouvent à des endroits différents (cf. La Maison des bories de Jacques Doniol-Valcroze, et par analogie, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme).
Quelques exemples [modifier]
Parmi quelques exemples remarquables de champ-contrechamp, on peut citer :
- Marcel Pagnol, dans une des premières scènes d'un de ses films[2], a filmé un dialogue où les caméras étaient disposées différemment à chaque changement de point de vue (tout en respectant la règle des 180 °), alors qu'habituellement on n'a que deux caméras quasiment fixes.
- Othello (film, 1952) d'Orson Welles (The Tragedy of Othello: The Moor of Venice, 1952) : par manque d'argent, Welles n'arrivait pas à réunir tous les acteurs en même temps ; il ne filmait donc que la moitié des dialogues, les acteurs absents étant remplacés et pris de dos avec une capuche, l'autre moitié des dialogues était filmée plusieurs mois après avec les autres acteurs. Ceci est complètement invisible après montage.
- Dans Breaking the Waves (1996), Lars von Trier filme avec une caméra légère (vidéo) et effectue des demi-tours, il filme ainsi champs et contre-champs sans faire de coupe.
- Anne Høegh Krohn, dans Fremde Freundin (1999, titre anglais Unknown Friend, pas de titre français connu), utilise un procédé original : les deux actrices sont devant un grand miroir, l'une d'elle est devant la caméra, l'autre est derrière mais son reflet paraît. La caméra est fixe, mais fait le point alternativement sur l'une et l'autre actrice, provoquant cet effet de champ et contre-champ, bien que le champ à proprement parlé soit toujours le même.
Notes [modifier]
- Cette règle s'applique aussi pour les plans de coupe entre deux scènes : si un personnage sort du cadre par la droite (il est donc filmé sous son profil droit s'il marche vers l'avant), il réapparaît dans la scène suivante en entrant dans le cadre par la gauche (filmé sus le même profil)
- le rédacteur de cette remarque a un souvenir très net qu'il s'agit d'un film de Marcel Pagnol avec Fernandel, mais ne se souvient pas duquel ; il s'agit peut-être de Angèle, 1934.