Chêne d'Allouville

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Chêne d'Allouville
Le chêne d'Alouville
Le chêne d'Alouville
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Haute-Normandie
Département Seine-Maritime
Commune Allouville-Bellefosse
Coordonnées géographiques 49° 35′ 47″ N 0° 40′ 35″ E / 49.59639, 0.67639 ()49° 35′ 47″ N 0° 40′ 35″ E / 49.59639, 0.67639 ()  
Caractéristiques
Espèce Chêne pédonculé
Hauteur 11 m
Circonférence maximale 9.95 m
Âge 700-800 ans

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Chêne d'Allouville

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Chêne d'Allouville

Le chêne d'Allouville est un chêne pédonculé situé au centre du village d'Allouville-Bellefosse, dans le pays de Caux, en Seine-Maritime. Son âge exact n'est pas connu : estimé au XIXe siècle âgé de 800 ans, une estimation ultérieure lui en attribue 1 200. Il est réputé comme étant le plus vieux chêne de France.

Sa hauteur est de 18 m et sa circonférence atteint les 15 m à 1 m du sol[1]. Localisé à proximité immédiate du clocher de l'église du village, il abrite en son sein deux minuscules chapelles et draine chaque année quelque 30 000[2] à 60 000 visiteurs[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

La légende voudrait que le chêne ait été planté en 911 pour la naissance de la Normandie, mais les scientifiques pensent de nos jours que le chêne serait daté du IXe siècle. Probablement contemporain de Charlemagne, le chêne d'Allouville aurait vu défiler les troupes de Guillaume le Conquérant en marche vers l'Angleterre. Celui-ci deviendra duc de Normandie en 1035 et il aurait, selon la légende, fait halte à son pied[4],[5].

En vieillissant, l'arbre s'est creusé de l'intérieur, offrant en ses entrailles le petit mètre carré nécessaire pour une vie d'ascète.

Les premières traces écrites datent de 1696. Cette année-là, l'abbé du Détroit, le curé de la paroisse, parvient à faire rentrer 40 enfants (à qui il avait promis obole), dans le tronc creux du chêne, et installe par la suite deux chapelles superposées dans les cavités du tronc. Il entend sanctifier le chêne en aménageant en bas une chapelle dédiée à Notre-Dame de la Paix, et au-dessus, la chapelle du Calvaire, appelée désormais Chambre de l'Ermite, pour son ami le père Du Cerceau, qui y a installé sa cellule ermitale[4],[6]. La dédicace est donc faite en 1696 par l'abbé du Détroit[5]. Une fois le père Du Cerceau parti, le chêne demeure sans locataire[5].

Jadis entouré d'autres arbres, il a échappé à la destruction, notamment pendant la Terreur où les révolutionnaires veulent l'incendier à cause de sa notoriété, et aux légendes prétendant qu'il possèderait des pouvoirs magiques. Il est sauvé par l'instituteur du village, Jean Baptiste Bonheure, qui le rebaptise « temple de la raison » en installant un écriteau à la place de l'ancien qui le condamnait[4],[6].

Après ces évènements rageurs, il ne reste au chêne qu'une cinquantaine d'années pour redorer son blason aux yeux des plus hautes instances du pouvoir laïque en place. Une statue de la Vierge en bois doré est notamment offerte au chêne par l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui se trouve aujourd'hui dans la sacristie de l'église Saint-Quentin d'Allouville[4]. La chapelle, ainsi que la chambre qui la surmonte et l'escalier qui y conduit, vieillissent sous l'action du temps. En 1853, l'abbé Cholet profite d'une visite du préfet de la Seine-Inférieure pour lui demander de classer le chêne comme monument historique et restaurer le lambris de la chapelle[5]. Le baron Le Roy offre 1 200 francs pour la restauration du chêne. L'abbé Robert, alors directeur au séminaire d'Yvetot, se charge de conduire le travail de restauration, qu'il fait exécuter par M. Martin, sculpteur de Caudebec. L'œuvre est accomplie dans le style du XVIIe siècle. Une fois achevé, Mgr Blanquart de Bailleul, archevêque de Rouen, bénit l'autel neuf et y célèbre la messe le [7],[5],[N 1].

Au XIXe siècle, le chêne d'Allouville-Bellefosse devient officiellement une curiosité et il fait l'objet de soins attentifs de la part des villageois. Ils tapissent l'intérieur des chapelles de lambris, recouvrent son tronc d'un manteau d'écailles de bois et aménagent un véritable escalier doté d'une balustrade pour en faciliter l'accès. En 1912, il est frappé par la foudre qui l'ampute de moitié ; il est depuis sans cesse ausculté, soigné et consolidé. Grâce à Henri Gadeau de Kerville, le site est classé monument historique en 1932[8]. En 1988, une structure métallique est installée pour soutenir l'arbre qui menace de s'abattre[9]. Deux ans plus tard, le chêne est restauré à cause de son état de santé et des dégradations dues au tourisme. En 2007, une reprise des escaliers, réaménagement des abords pour éviter le piétinement et améliorer les conditions de sécurité ont été effectués. En 2008, les planches de bois et les graviers qui entourent le chêne ont été changés et un espace a été spécialement aménagé aux alentours pour faciliter la visite des touristes[10].

Les chapelles[modifier | modifier le code]

Chapelle de la Vierge[modifier | modifier le code]

L'abbé du Détroit, alors curé d'Allouville à la fin du XVIIe siècle, recouvre avec de l'essente toutes les crevasses du chêne. Il construit, avec du bardeau, un petit clocher surmonté d'une croix de fer qui s'élève au-dessus du feuillage. Ce clocher, qui figure sur la gravure d'Eustache-Hyacinthe Langlois, ne subsiste plus aujourd'hui. Dans la partie intérieure du tronc, il établit une chapelle qu'il dédia à Notre-Dame-de-la-Paix, comme il est encore possible de le lire sur la porte de la cellule : « Érigée par M. l'abbé du Détroit, curé d'Allouville, en l'année 1696 »[11].

L'oratoire champêtre, long de 1,75 m, large de 1,17 m, mesure 2,28 m de hauteur. Il est parqueté comme un salon et on peut apercevoir au fond un autel de bois éclairé par deux chandeliers et une lampe suspendue au plancher. Les images de sainte Marie, de saint Joseph et de saint François-Régis ont été tapissés sur les murs. La porte a été grillagée pour empêcher l'entrée au sanctuaire sans en cacher la vue[11].

Cellule ermitale[modifier | modifier le code]

Gravure du chêne datant du XVIIIe siècle.

L'abbé du Détroit a complété son œuvre en installant au-dessus de la chapelle une chambre dans laquelle est installé un lit assez spacieux pour coucher un homme de petite taille. Un escalier de bois conduit à cette cellule monastique, qui, en 1710, accueille le père Du Cerceau qui s'y fait ermite. Poète reconnu, il y écrit notamment un poème sur le chêne et l'épine d'Allouville, aujourd'hui disparu. Après son départ, la cellule reste inoccupée[12],[N 2].

Biologie[modifier | modifier le code]

Description du Chêne pédonculé
Article principal : Chêne pédonculé.

Le chêne pédonculé (Quercus robur L. = Q. pedunculata Ehrh.) est un arbre à feuillage caduc des régions tempérées de l'hémisphère nord, appartenant à la famille des Fagacées. Il est très commun dans les plaines de France, sauf dans la région méditerranéenne et en Corse. Ses différents noms viennent du latin robur « fort » et pedunculatus « pédonculé », car le fruit est porté par un long pédoncule. C'est un grand arbre de 25 à 35 mètres de haut. Son feuillage est caducifolié. Il a une longévité de 500 à 1 000 ans[14]. C'est une espèce monoïque et postpionnière. L'écorce est lisse chez les jeunes arbres puis devient très profondément crevassée avec des gerçures horizontales.

Il possède des bourgeons ovoïdes, ses feuilles sont alternes avec un très court pétiole et des oreillettes. Les lobes sont peu marqués (ondulés)[15]. Les glands qu'il donne mesurent de 1 à 5 centimètres et sont portés par un long pédoncule (de 2 à 10 cm)[14].

La hauteur du chêne d'Allouville-Belfosse, comparativement à sa grosseur, est relativement faible. Son tronc, qui est totalement creux, présente à peu près, depuis le sol jusqu'au sommet, c'est-à-dire jusqu'à l'endroit où il semble avoir été rompu, la forme d'un cône. Il est toujours actif et produit feuillage et glands[15].

Références au chêne[modifier | modifier le code]

Article principal : Le Chêne d'Allouville.

Le chêne est au centre du film Le Chêne d'Allouville (aussi connu sous le titre Ils sont fous ces Normands) comédie réalisée par Serge Pénard en 1981 avec Jean Lefebvre, Bernard Menez et Henri Guybet. Il raconte les efforts des villageois pour sauver leur arbre, menacé par un projet d'élargissement soutenu par le député et le maire de la commune[16],[17].

Autres chênes[modifier | modifier le code]

Depuis 1981, le chêne-chapelle d’Allouville-Bellefosse est jumelé avec le Gros-Chêne de Liernu[18].

Il existe d'autres chênes abritant des chapelles en France dont Saint-Sulpice-le-Verdon en Vendée. À Villedieu-la-Blouère dans le Maine-et-Loire, une chapelle a été construite sur un chêne que le tronc traverse.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À trois reprises, M. Cholet a publié une notice biographique sur ce végétal fameux, et chaque fois, il a augmenté son {{subst:oe}}uvre de nouveaux documents. La première édition parut en 1843 et était intitulée : « Le Chêne-Chapelle, végétal remarquable et peut-être le plus vieux et le plus gros de tous les chênes qui se trouvent en Europe, dans le cimetière d'Allouville - Bellefosse, près d'Yvetot (Seine-Inférieure) », in-8 de 23 p. avec une planche « Paris, Bailly, 1843 ». La seconde édition parut en 1856, et elle comptait 64 pages du même format. La troisième édition a été publiée en 1863. Elle fut imprimée à Bol-bec, chez Valin, imprimeur des Pères Franciscains. Cette notice est double et elle est ainsi intitulée : « Notice sur le Chêne-Chapelle d'Allouville-Belle » - « fosse, suivie d'une notice historique sur Pierre Dlain d'Esnambuc, fondateur de la puissance française aux Antilles ». La partie concernant le chêne-chapelle compte 80 pages in-8. Celle qui regarde d'Esnambuc en compte 70.
  2. Indépendamment du gros Chêne, il existait jadis, au fond du presbytère d'Allouville, un hêtre et une épine d'une grosseur colossale, que le vandalisme de 1793 n'a pas épargnés. Cette épine supportait une espèce de rotonde à fenêtres et plan-chéièe, où une douzaine de personnes pouvaient se mettre à table. On accédait dans cette salle par un escalier en bois. Le feuillage du hêtre formait un dôme immense pouvant abriter soixante à quatre-vingts personnes. Ces merveilles de la nature, que le respectable Du Détroit croyait léguer aux âges futurs, ont disparu.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Ragot, Guide de la nature en pays de Caux : flore, faune, géologie, Éditions des Falaises , novembre 2005, (ISBN 978-2-84811-035-6), p. 166.
  2. http://www.paris-normandie.fr
  3. Les arbres remarquables Jeroen Pater Éditions du Rouergue Octobre 2006.
  4. a, b, c et d http://allouvillebellefosse.free.fr
  5. a, b, c, d et e Gustave Gouellain, Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867, p. 564
  6. a et b http://www.univ-lehavre.fr
  7. Les Églises du l'arrondissement d'Yvetot, 2e édition, T. n, p. 382.
  8. http://krapoarboricole.unblog.fr
  9. Jacques Ragot, Guide de la nature en pays de Caux : flore, faune, géologie, Éditions des Falaises, novembre 2005, (ISBN 978-2-84811-035-6), p. 167.
  10. Paris Normandie, 1er novembre 2008
  11. a et b Gustave Gouellain, Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867, p. 565
  12. Gustave Gouellain, Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867, p. 566
  13. Gustave Gouellain, Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867, p. 566
  14. a et b ansBARY-LENGER Anne, Les chênes pédonculé et sessile en France et en Belgique., Bruxelles, 1993, (ISBN 2-87114-095-2), p. 124
  15. a et b Jacques Ragot, Guide de la nature en pays de Caux : flore, faune, géologie, Éditions des Falaises, novembre 2005, (ISBN 978-2-84811-035-6), p. 168.
  16. http://www.imdb.com
  17. http://www.cinemotions.com
  18. www.chenemillenairedeliernu.be

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Ragot, Monique Ragot, Guide de la nature en pays de Caux, éditions des falaises, Fécamp, 2005, (ISBN 284811035X)
  • BARY-LENGER Anne, Le chêne. Les chênes pédonculé et sessile en France et en Belgique., Bruxelles, 1993, (ISBN 2-87114-095-2)
  • Marquis, Notice sur le Chêne-Chapelle d'Allouville dans le pays de Caux, in-12 de 7 p., Rouen, 1822.
  • Id., Précis analyt. des Trav. de l'Acad. do Rouen, 1822, p. 40-46.
  • Id., Archives de la Normandie, 1.1", p. 83-84 et pi.
  • Dubreuil, Quelques Notes sur l'accroissement des arbres exogènes, in-4°, Caen, 1847.
  • Id., Mém. de l'Institut des Provinces, 1.i", in-4", Caen, 1847.
  • De Glanville, Promenade archéol. de Rouen à Fécamp , p. 80-83.
  • Les Églises de l'arrond. d'Yvetot, I1" 6dit., t. 11, p. 384-88 ; 2' édit., t. n, p. 379-83.
  • L'abbé Cholet, Le Chêne-Chapelle, etc., dans les cimetières d'Allouville-Bellefosse, in-12 de 24 pages, Paris, Bailly, 1810. Plusieurs fois réimprimé.
  • Gustave Gouellain, Jean Benoît Désiré Cochet, Revue de la Normandie, Impr. E. Cagniard, 1867.