Château du Champ de Bataille

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Château du Champ de Bataille
Image illustrative de l'article Château du Champ de Bataille
Type Château
Début construction XVIIe siècle
Propriétaire initial Maréchal de Créqui
Propriétaire actuel Jacques Garcia
Protection Logo monument historique Classé MH (1952, 1971, 1995)
 Inscrit MH (1995)
Coordonnées 49° 10′ 06″ N 0° 51′ 34″ E / 49.1682, 0.859449° 10′ 06″ Nord 0° 51′ 34″ Est / 49.1682, 0.8594  [1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Normandie
Région Haute-Normandie
Département Eure
Commune Le Neubourg

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château du Champ de Bataille

Le château du Champ-de-Bataille, sis en Haute-Normandie, au Neubourg, dans l'Eure, a été édifié au XVIIe siècle pour le maréchal de Créqui.

Situation[modifier | modifier le code]

Le château de Champ de Bataille est situé à 5 km du Neubourg, sur la commune de Sainte-Opportune-du-Bosc, dans le département de l'Eure.

Il a été construit dans la plaine du Neubourg, à une heure de route de Giverny.

Historique[modifier | modifier le code]

Les origines du nom[modifier | modifier le code]

Étymologistes, érudits et historiens se disputent sur l'origine du nom. Plusieurs hypothèses sont avancées :

  1. En 935, une grande bataille se serait déroulée sur ces lieux entre deux familles: celle qui régnait sur le Cotentin et dirigée par le comte du Cotentin, contre celle de Guillaume Longue Épée commandée par Bernard le Danois, ancêtre de la famille d'Harcourt. Guillaume Longue Épée l'ayant emporté, l'indépendance de la Normandie s'en trouva confortée. C'est la légende la plus communément invoquée.
  2. Le nom viendrait de l'appartenance d'un champ à un certain Bataille.
  3. Le nom ferait allusion à des combats de sangliers qui auraient eu lieu épisodiquement sur le site où fut construit le château.
  4. La toponymie commémorerait une victoire de la famille d'Harcourt sur sa rivale des Tancarville.

Une construction du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1651, Alexandre de Crequi, frondeur et ami du prince de Condé, est exilé par le Cardinal Mazarin, qui gouverne la France pendant la minorité du roi Louis XIV, sous la régence de la reine Anne d'Autriche, femme de feu le roi Louis XIII. Alexandre de Crequi, condamné à résidence, décide, alors, de se faire construire un palais qui lui rappellerait les fastes de la cour des rois de France, cour qu'il n'allait plus jamais connaitre. Les travaux durèrent de 1653 à 1665.

De ce château, les seuls documents qui sont parvenus ou connus à l'heure actuelle sont deux plans attribués à Le Nôtre.

Malheureusement, faute d'une charge à la Cour, Alexandre de Crequi meurt ruiné. Son neveu, le marquis de Mailloc, hérite du château et de ses dettes. Le marquis, peu intéressé par le château n'y résida jamais et n'y fit jamais de travaux. À sa mort, il légua le château au duc de Beuvron.

Une propriété de la famille d'Harcourt[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, Anne-François d'Harcourt, duc de Beuvron et gouverneur de Normandie, fit du château du Champ de Bataille sa résidence principale. À cette époque, le château était très délabré et les décors du XVIIe siècle étaient irrécupérables. Le duc entreprit alors d'énormes travaux. Mais la Révolution française interrompit cette tâche gigantesque. Les travaux furent suspendus et la restauration resta inachevée.

Comme beaucoup de propriétés appartenant à l'aristocratie, le château fut pillé en 1795, puis abandonné pendant de longues années.

Au retour de la monarchie, le château fut vendu. Il connut, ensuite, cinq propriétaires tout au long du XIXe siècle.

Au XXe siècle, il servit d'hospice puis de camp de prisonniers de guerre en 1944 et enfin de prison pour femmes.

De nouveau, au cours du XXe siècle, plus précisément en 1947, le château fut acquis par un duc d'Harcourt, chef de famille des seigneurs d'Harcourt, en compensation de la ruine du château de Thury-Harcourt lors de la bataille de Normandie de 1944. Le millénaire de la famille d'Harcourt, réunissant les branches française et anglaise, y fut célébré dans les années soixante.

La famille d'Harcourt vendit le château en 1983.

L'histoire présente[modifier | modifier le code]

Pendant 20 ans, le château fut entretenu et restauré par un particulier qui créa l'actuel golf de renommée dans les bois. De nombreux sons et lumières et concours d'attelages s'y déroulèrent jusqu'en 1992 quand il fut vendu au décorateur Jacques Garcia [2].

Le château fait l’objet de multiples protections au titre des monuments historiques 14 mai 1952[3] : des classements en 1952 (certains éléments extérieurs), en 1971 (abords du château), en 1995 (communs, parc) et une inscription en 1995 (parc).

Les jardins sont labellisés « Jardin remarquable ».

Description du château[modifier | modifier le code]

L'extérieur[modifier | modifier le code]

Construit sur un plan carré, le château se compose de deux vastes ailes reliées, du côté de l'entrée, par une galerie surmontée d'une balustrade et percée par un portique.

Du côté du parc, les deux corps du château sont reliés par un mur bas ponctué de pilastres reliés par des grilles : au centre, une porte monumentale est surmontée de statues allégoriques représentant les quatre éléments.

Le bâtiment d'habitation et les communs ont 80 mètres de développement chacun. Ce sont deux admirables constructions, d'aspect semblable, en brique et en pierre avec une toiture d'ardoise. Le style est classique avec des lignes parfaites. Le jeu des couleurs et des volumes en fait un ensemble harmonieux.

Le pavillon central de chaque aile est orné d'un fronton triangulaire avec des trophées guerriers.

La façade principal est ornée de bustes d'empereurs romains. Ce principe peut rappeler les aménagements réalisés par Hardouin-Mansart au château de Versailles sur les façades donnant sur la cour de marbre.

Les échauguettes qui ornent les angles de la construction, sont plus un souvenir d'une architecture, alors, en cours de défaveur qu'un rappel d'un quelconque rôle militaire.

La chapelle, dédiée à Saint Alexandre, a été aménagée en 1785.

L'intérieur[modifier | modifier le code]

Le château est décoré et meublé aujourd'hui d'objets acquis par Jacques Garcia durant ces trente dernières années. En effet, lors de son achat, outre l'escalier magistral, deux pièces uniquement avaient échappé aux destructions de l'histoire et à la succession des propriétaires : le vestibule-haut et le salon de compagnie. De nos jours, la visite des Grands Appartements montre un spectaculaire salon d'Hercule et une opulente chambre de parade.

Le public peut visiter:

  • Le vestibule d'honneur réaménagé par le duc de Beuvron sous le règne de Louis XVI.
  • La salle des gardes ou salon d'Hercule.
  • Le cabinet des porcelaines qui présente une collection de porcelaines de Chine et du Japon datant des XVIIe et XVIIIe siècles.
  • Le salon Louis XV.
  • La chambre de parade.
  • La grande salle à manger.
  • Le salon de compagnie qui a conservé une grande partie de son décor d'origine.
  • La salle du billard.

Les jardins[modifier | modifier le code]

La Source

Il est difficile en s'y promenant d'imaginer que tous les jardins sont d'une conception récente et qu'il a fallu procéder à un terrassement de plus d'un million de mètres cubes de terre pour restituer les niveaux originaux du XVIIe siècle. La perspective recréée à partir du château fait 1,5 km de long. Pour gommer l'ouverture sur les champs de certaines perspectives, il a fallu remonter le fond du terrain en certains endroits de 10 mètres.

L'inspiration d'ensemble[modifier | modifier le code]

Les jardins du château ont été recréés à partir de rien. Les jardins du XVIIe siècle avaient, sans doute, été somptueux mais le temps avait effacé toutes les traces. En effet, en 1992, lorsque Jacques Garcia achète le château le jardin est de style anglais. Mais une terrible tempête, abat une grande partie des arbres centenaires en 1993.

Seul un bout de croquis avait échappé à l'oubli, croquis qui est attribué de nos jours, sans certitude, à André Le Nôtre. Ce document désigne à grands traits l'emplacement de la Grande Terrasse, le dessin des vieilles broderies de buis, les anciens bosquets de part et d'autre, ainsi que les proportions des Carrés de Diane et d'Apollon. Ces rares éléments d'époque ont été restitués dans les jardins actuels.

Rejetant l'option d'une reconstitution des jardins "à la française", le propriétaire du château, Jacques Garcia en collaboration avec Patrick Pottier, pris le parti de créer une œuvre contemporaine prenant sa source dans l'Antiquité et dans la philosophie de l'Humanité. Ce choix est illustré par la symbolique des 7 degrés de la création. Ces degrés vont de l'univers matériel symbolisé par le corps du logis vers l'univers immatériel.

C'est sur plus de 100 hectares que les superbes jardins déroulent bosquets, parterres à la française, broderies de buis, bassins, terrasses, escalier de verdure, plans d'eau, fontaines, fabriques et sculptures modernes et anciennes..

Les sept degrés[modifier | modifier le code]

Le degré minéral[modifier | modifier le code]

Le premier, le degré minéral, englobe le corps de logis du château, la Grande Terrasse et ses prolongements, les marches de pierre avec les sphinges et les deux bassins appelés Cabinets de Marbre.

Le prolongement de la Grande Terrasse conduit à un Portique à droite, en ayant le château derrière soi, et à l’Allée des Sphinx à gauche. Le Portique évoque la civilisation.

Le degré végétal[modifier | modifier le code]

Le degré végétal s’étend, sur le grand axe, jusqu’au bassin circulaire. Il comprend, au centre, les Dentelles de Buis (symbole de germination). Ces dernières sont bordées par des cabinets de verdure.

À droite, le Bosquet de l’Erèbe. L'Erèbe était l’entité qui préexistait à la création. Fils de Chaos et frère de Nyx (la nuit), Erebos symbolisait la mort dans sa dimension fertile et nécessaire, parce que régénératrice. Il évoque une végétation chaotique. En son sein, l’Arbre Remarquable figure la forêt primitive.

À gauche, le Bosquet de l’Eden. L'Eden désigne le paradis terrestre. Ce terme hébreux n’appartient pas à la mythologie gréco-romaine mais à l’ancien testament. Il recouvre l’entité parfaite, achevée et délicieuse – qui survit à la création. Il évoque une végétation ordonnée, aérienne (symbole de pureté et d’abandon).

La partie centrale de cet espace, avec sa borderie de buis, est décorée d'une authentique statuaire du XVIIe siècle. Les vases sont de la même époque et ont été rapportés par l'actuel propriétaire.

Le degré animal[modifier | modifier le code]

À la limite du degré végétal et du degré animal, le bassin circulaire, appelé la Source, est une évocation de l’océan originel ; les dauphins qui le peuplent symbolisent déjà le règne des animaux marins.

Le degré animal s’étend de part et d’autre de l’esplanade venant après la Source.

À droite, entouré de rosiers, le Kiosque de la Salamandre qui évoque le règne des reptiles. Il symbolise la régénérescence à l’issue de l’Erèbe.

À gauche, la Fourmilière qui évoque le règne des insectes. Elle symbolise la perfection présidant à l’Eden. À gauche, s’étend la Pièce d’eau des Cygnes que parcourent des couples de cygnes noirs. Elle évoque le règne des oiseaux. Elle est ornée du Temple du Trésor de Léda. Léda était l'épouse du roi de Sparte. Elle fut aimée de Jupiter, qui s’était transformé en cygne pour lui plaire. Des œufs qu’elle mit au monde sortirent deux couples de jumeaux : Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre.

Le Temple du Trésor de Léda

Le Temple du Trésor de Léda est une étonnante évocation de la Grèce antique avec son temple et, de chaque coté du miroir d'eau, des tonnelles et des vignes. Le temple, qui fait pendant aux arcs de triomphe de l'entrée du château est de style romain. Toutefois, il est une création de Jacques Garcia. Il est composé de colonnes et de statues antiques, d'une corniche d'époque romaine et de blocs de pierre provenant d'un mur de la ville de Rouen datant du XIIIe siècle. L'intérieur est tapissé de pierres semi-précieuses. Il a été construit en 2003.

Le degré de l'humanité[modifier | modifier le code]

Le degré de l’humanité comprend dans l’axe, une perspective appelée la Voie, cernée par deux séries de douze paliers d’eau qui symbolisent le double cheminement matériel et spirituel de l’être humain.

La Voie est bordée de promenades en surplomb ; la première, à gauche, s’ouvre en son centre sur un lieu de représentation, le Théâtre de Verdure, évoquant la sociabilité, la seconde à droite s’ouvre sur un lieu de méditation, l’Ermitage (à l'abandon).

Le degré de la conscience[modifier | modifier le code]

Le degré de la conscience correspond à la zone de l’escalier d’eau qu’on appelle les Marches.

Il symbolise le passage de la vie terrestre à la vie céleste. Est-ce pour cela que d'énormes grenouilles dorées tiennent concile ?

Sur l’axe transversal, à droite, le pavillon dénommé la Volière d’Actéon (inaccessible en 2012 du fait de travaux liés à l'extension du jardin). Souvent représenté en peinture, pour avoir violé l’intimité de Diane au bain, ce grand chasseur fut transformé en cerf par la déesse, et ainsi dévoré par ses propres chiens. Il symbolise la mutation.

À gauche, une fabrique est composée d'éléments provenant du château des Tuileries, détruit par un incendie, en 1870, lors de la Commune de Paris.

Les marches des escaliers qui encadrent la grande cascade sont d'origine phénicienne et ont plus de 2 000 ans. La grande cascade, quant à elle, est directement inspirée de celle de Saint-Cloud dont Jacques Garcia a pu faire des moulages en plomb des masques et des vases.

Le degré de la lumière[modifier | modifier le code]

Le degré de la lumière correspond à la zone du grand canal appelé le Reflet. Il symbolise le rayonnement de l'esprit.

Le Reflet fait 550 mètres de long.

Le degré de l'esprit[modifier | modifier le code]

Le degré de l'esprit culmine par la Sphère au sommet de la colonne.

Le jardin du belvédère[modifier | modifier le code]

Dans ce jardin, situé juste après le Temple du Trésor de Leda, est d'inspiration italienne. Un escalier circulaire permet de gravir une tour qui fait office de Belvédère (accès interdit au public). D'en haut, il est possible d'admirer le parc à 360°.

C'est l'une de ces fabriques qui parsèment le parc, moins fonctionnelles que belles, mais qui sont créées pour le plaisir des yeux et l'atmosphère dépaysante et mystérieuse qu'elles dégagent.

Entre les "Tuileries" et le jardin du Belvédère, une allée est bordée de statues antiques, renforçant le caractère italianisant de cette partie du parc.

Les carrées de Diane et d'Apollon[modifier | modifier le code]

Les proportions de cette partie des jardins a été reconstituées en fonction des rares documents retrouvés du XVIIe siècle.

Les carrés sont encadrés par des Volières coté jardins abritant une collection de poules, et, coté extérieur du parc, de serres. L'une d'elle, l'Orangerie, sert de salon chinois (ne se visite pas). Au centre des serres, un salon d'été, en hauteur, dans une loggia, permet d'avoir une superbe vue sur les jardins (ne se visite pas). Au pied de la loggia, le bassin de Diane. Il s'agit d'une fontaine ornée de multiples coquillages nacrés (des porcelaines).

Dans ce jardin de fantaisie, les mixedborders sont traités en potager nourricier.Les talus, bordés d'obélisques feuillus, sont taillés de telle manière qu'ils épousent la forme de vagues. Au milieu, bassin, rond, avec un jet en son centre. Tout autour du bassin, des agaves au feuillage panachée sont en pot et alternent avec des 8 chênes.

Le jardin indien[modifier | modifier le code]

Sa réalisation est terminé mais pas encore ouverte au public en 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Caroline Holmes, « Le château du Champ de Bataille, Le Neubourg » in Folies et fantaisies architecturales d'Europe (photographies de Nic Barlow, introduction de Tim Knox, traduit de l'anglais par Odile Menegaux), Citadelles & Mazenod, Paris, 2008, p. 244-247 (ISBN 978-2-85088-261-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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