Château de Rochebaron

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Château de Rochebaron
Image illustrative de l'article Château de Rochebaron
Vue générale du château. À gauche, la grande tour ronde
Période ou style Gothique
Type Château fort
Début construction XIIe siècle
Fin construction XVe siècle
Propriétaire initial Pons de Rochebaron
Protection Logo monument historique Classé MH (1951)
Coordonnées 45° 18′ 57″ N 4° 06′ 00″ E / 45.3157, 4.145° 18′ 57″ Nord 4° 06′ 00″ Est / 45.3157, 4.1  [1]
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne
Département Haute-Loire
Commune Bas-en-Basset

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château de Rochebaron

Le château ruiné de Rochebaron coiffe le sommet d’un éperon rocheux situé dans la commune de Bas-en-Basset, à environ 1,5 km au nord-ouest de cette localité, dans l’extrême nord-est du département français de la Haute-Loire, aux confins du Velay et de l’ancien comté de Forez.

Les ruines actuelles sont les vestiges d’un vaste ensemble érigé au début du XVe siècle sur les fondations d’un château plus ancien, et comprennent en particulier la façade méridionale d’une chapelle, la porterie à tourelles que la jouxte, et deux hautes tours, connues sous le nom de tour circulaire et triangulaire. La forteresse, relevant du comté de Forez et inféodée tour à tour à différentes familles nobles, fut l’un des enjeux de la rivalité entre les évêques du Puy et les comtes de Forez.

Progressivement abandonné à partir du XVIIe siècle, n’ayant même plus de propriétaire depuis le début du XIXe siècle, le château ne put que se délabrer rapidement. Une association de bénévoles s’attache depuis 1972 à le sauvegarder et à le mettre en valeur, et à organiser des visites. Le château de Rochebaron fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis décembre 1951[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines et inféodation[modifier | modifier le code]

Vue de la forteresse depuis le sommet de la grande tour ronde, montrant le complexe porterie/chapelle au centre.

Le château de Rochebaron, qui est mentionné pour la première fois en 1173, dans le cartulaire du prieuré de Chamalières, était à l’époque féodale le siège d’un fief seigneurial occupant une position stratégique à la lisière sud du comté de Forez. Le territoire de juridiction (le mandement) de Rochebaron comprenait la totalité de la grande paroisse de Bas-en-Basset, qui comptait plusieurs villages et hameaux. Il est possible que le château ait été construit à l’emplacement d’un ancien oppidum gallo-romain[3].

Le château de Rochebaron appartint tour à tour à différentes familles nobles, la première en date étant celle des Rochebaron, laquelle cependant n’apparaît dans les textes, à travers la figure de Pons de Rochebaron, qu’à partir de 1169. Tout porte à admettre que le château de Rochebaron fut fondé par les comtes de Forez au milieu du XIIe siècle, et que ceux-ci l’inféodèrent à une famille du même nom.

Au cours des XIIIe et XIVe siècles, la mouvance féodale de Rochebaron se trouvait partagée entre deux puissances suzeraines, qui entrèrent en concurrence à plusieurs reprises : le comté de Forez, et l'évêché du Puy, dont relevait la paroisse de Bas-en-Basset. D’autre part, le château fut l’un des objets, avec d’autres châteaux du Velay, d’une lutte d'influence entre la couronne de France et les comtes de Forez. En témoigne en particulier un acte pris par le roi Philippe-Auguste ― qui, face à la montée en puissance du comte, entend s'assurer du contrôle de certains châteaux du Velay dépendant du comte de Forez ― acte par lequel Brocard de Rochebaron, élu évêque du Puy en 1213, fut destitué par le roi, qui désigna ensuite à ce poste un sien cousin, Robert de Mehun. De plus, en 1215, Philippe-Auguste gratifia son cousin de la suzeraineté de six châteaux du Velay, dont Rochebaron, relevant en principe du comte de Forez. Toutefois, Robert de Mehun ne réussissant pas, comme obligation lui en avait été faite, à acquérir de droit le château, celui-ci ne fut en réalité jamais soustrait à la suzeraineté du comte de Forez, à telle enseigne qu’en 1325, celui qui était alors le seigneur de Rochebaron, Érail (ou Héracle), rendit des aveux au comte de Forez, excepté pour le village de Bas-en-Basset, qui continuait de relever de l’évêque du Puy.

Reconstruction gothique (début XVe)[modifier | modifier le code]

Tour circulaire (au fond à gauche) et complexe porterie/chapelle à droite.

C’est à cet Érail, figure ambitieuse, que l’on doit, selon toute probabilité, l’initiative de reconstruire le château de Rochebaron. Non content d’augmenter ses apanages, pourtant enrichis déjà d’un certain nombre de terres dans le Gévaudan, Érail nourrissait en outre des ambitions politiques, se faisant notamment, en pleine Guerre de Cent Ans, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne Jean sans Peur, et s’opposant à Armand de Polignac. Le tempérament d’Érail, qui le portait à mettre le château davantage au service de ses intérêts personnels qu’à ceux de ses suzerains, ne laissera pas d’ailleurs de mettre à mal aussi son allégeance au comte de Forez.

Cette personnalité particulière du seigneur de Rochebaron est un élément propre à rendre plausible le fait que le château de Rochebaron ait pu, au début du XVe siècle, faire l'objet d'une campagne de modernisation, tant résidentielle que défensive, et ce en un temps où l’architecture seigneuriale développe de nouvelles formes, inspirées notamment des chantiers royaux de Charles V ou des constructions des ducs de Bourgogne. Des textes du début du XVe siècle viennent corroborer cette thèse : ils indiquent en effet qu’en 1402, le château comportait une maîtresse tour carrée, dont on peut supposer que l’actuelle tour dite triangulaire constitue le vestige, et qu’une seconde tour d'importance architecturale équivalente, correspondant assurément à l'actuelle grande tour ronde, y aurait été construite à neuf peu avant 1419. D’autre part, jusqu'au début du XVe siècle, aucune source historique ne fait état de ce que tel seigneur de Rochebaron, ou tel comte de Forez, ait entrepris, depuis la fondation initiale du château, des travaux de reconstruction de quelque envergure à Rochebaron.

La mort prématurée de Guigue de Rochebaron, fils d'Érail, qui périt en 1424 à la bataille de Verneuil, fait douter que les travaux de reconstruction se soient poursuivis au-delà de 1419, cela d'autant plus qu'avec lui vint à s’éteindre la branche aînée des Rochebaron. Son unique descendance en effet, une fille mineure, épousera dix ans plus tard Louis de Chalencon, lequel fut appelé ainsi à fonder la branche Chalencon-Rochebaron. La première charte désignant Louis de Chalencon seigneur de Rochebaron n’apparaît qu’au cours de la décennie 1460.

Dans la première moitié du XVIe siècle, le château, chef-lieu du riche mandement de Rochebaron, fut un foyer de peuplement. Outre les maisons possédées par des chevaliers, petits tenanciers de fiefs, maisons situées près de la basse-cour du château ou dans la basse-cour même, et dont certaines sont citées dès 1484, c’est tout un village qui se constitua autour du château.

Déclin[modifier | modifier le code]

Les deux grandes tours (circulaire et triangulaire), avec la courtine qui les relie, vues depuis l'ouest.

Les La Rochefoucault, qui obtinrent la seigneurie par voie d'alliance au milieu du XVIIe siècle, n’habitaient plus guère le château que par intermittence, lequel est alors pratiquement abandonné par ses possesseurs. Les aveux de Louis de la Rochefoucault cependant décrivent encore le château comme se composant de « deux grandes tours, d’appartements et d’offices ordinaires, entouré de fortes murailles, dans l'enceinte desquelles il y a des habitants qui y résident et les justiciables d'icelle terre, obligés de faire les réparations des murailles... ». Laissés sans entretien, les bâtiments résidentiels se délabrent, tandis que la chapelle et deux des tours (ce qui désigne sans doute les deux grandes tours) font l'objet encore d'un entretien minimal, peut-être en raison du fait qu’elles avaient du moins conservé une fonction : celle de bâtiment carcéral. L’acte de foi rendu en 1743 par Pierre-Francois de Giry, récent acquéreur de la seigneurie, fait état déjà d’un « château en ruines, avec tous les matériaux y étant, une maison pour un fermier, une grange à foin, des greniers et caves pour fermer les denrées, une chapelle avec tous les ornements anciens ; il y a deux tours pour les prisons... ». Il ressort donc que la ruine partielle du château remonte au moins à la première moitié du XVIIIe siècle.

Si lors de la Révolution, la chapelle castrale Saint-Antoine fut pillée méthodiquement par deux ouvriers dépêchés sur les lieux par les membres du district, c’est après la Révolution, et jusqu'au milieu du XIXe siècle, qu’eurent lieu, en vue de récupération de matériaux, les démolitions délibérées les plus importantes. Deux sources graphiques nous renseignent sur l’état du château au milieu du XIXe siècle : d’une part le plan cadastral de Bas-en-Basset de 1841, où la chapelle, les deux tourelles de la porterie attenante, les deux grandes tours et la troisième tour d'angle (ronde, au nord) sont figurés comme du bâti couvert ; et d’autre part, une gravure publiée vers 1850 par les frères Rouargue représentant le château doté encore de combles sur les deux tourelles de la porterie, et où la grande tour circulaire a encore des superstructures (parapet, couronnement) au-dessus du niveau des mâchicoulis, mais où la chapelle apparaît déjà ruinée.

Topologie et vestiges[modifier | modifier le code]

Le château de Rochebaron, sis sur un éperon rocheux à 1,5 km environ, à vol d’oiseau, en contrehaut et au nord-ouest de la localité de Bas-en-Basset, est constitué d’un vaste périmètre renfermant plusieurs enceintes successives emboîtées. L’enceinte extérieure, la plus ample, dessine grosso modo un rectangle allongé, de 200m sur 50m, dont l’axe long est orienté très approximativement est-ouest, et auquel donne entrée une porte fortifiée encadrée de deux tourelles. Les trois cinquièmes ouest de ce périmètre abritaient autrefois la majeure partie du hameau castral, dont il ne subsiste plus guère de traces. Les deux cinquièmes est, délimités à leur tour par une enceinte, comprennent, au sud, la basse-cour du château, dans laquelle s'élevaient d'autres maisons (dont celle récemment restaurée, et qui sert de bâtiment d’accueil) et la grange seigneuriale, et, au nord, coiffant le sommet arrondi de l'éperon, délimité par de nouvelles murailles, le château proprement dit. À son tour, celui-ci peut être subdivisé en deux parties :

Complexe porterie/chapelle.
  • un noyau central résidentiel et défensif, jadis densément bâti, situé au point le plus haut de l’éperon, et dont subsistent, sur son flanc sud, une porterie à deux tourelles, le flanc méridional et occidental de la chapelle castrale, et la dénommée tour triangulaire à l’ouest. De la plupart des autres murs ne reste, çà et là, que la base au sol ;
  • autour de ce noyau, un terre-plein s’étendant de trois à cinq mètres en contrebas du noyau central, et entourant celui-ci sur trois côtés (nord, sud, et est, c'est-à-dire les trois côtés les mieux protégés par la déclivité naturelle de l’éperon). Ce terre-plein est environné d'une muraille d’enceinte, composée de courtines assez rectilignes, dont un long tronçon est encore visible au sud ; cette muraille d’enceinte, qui se raccorde du côté ouest (côté le plus exposé) à la tour triangulaire, comporte, sur ce même côté, deux tours d'angle circulaires, dont l'une, dominant le chemin d'accès, est plus haute et plus robuste, et aussi, ayant fait l’objet d’entretien jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la mieux conservée. Attendu que[4] cette tour ― dite tour ronde ou circulaire, ou encore tour des prisonniers, en raison de son ancienne fonction carcérale ― se trouve reliée de façon directe et privilégiée à la tour triangulaire (partie constitutive du noyau central) par un segment de courtine rectiligne, et compte tenu de sa haute taille, il y a lieu de la considérer, du point de vue hiérarchique et symbolique, quoique appartenant à une enceinte extérieure au noyau castral, non comme une banale tour d'angle, mais bien comme une seconde tour-maîtresse ; la dénomination de donjon qui lui est parfois appliquée n’est donc pas un terme tout à fait impropre.
La tour triangulaire vue du sommet de la tour ronde.

L’ensemble recèle quelques éléments antérieurs aux reconstructions du début du XVe siècle. L'angle nord-est de la tour triangulaire est, sur toute sa hauteur, le résidu d'une tour plus ancienne écroulée. Les soubassements du complexe composé de la chapelle et du portail à tourelles attenant, pourraient, comme le suggère le fait qu’ils sont construits avec des moellons d’une taille presque deux fois supérieure à ceux du reste de l'élévation, appartenir aux constructions antérieures à la Guerre de Cent ans et remonter au XIIIe siècle. En tout état de cause, le château gothique est certainement redevable aux constructions antérieures pour ce qui est du plan général du noyau central, plan qui fut repris tel quel.

La façade du complexe porte à tourelles/chapelle semble avoir été érigée en plusieurs étapes, mais très rapprochées dans le temps, et paraît devoir être considérée comme à peu près contemporaine de la grande tour circulaire. Les caractéristiques architectoniques de ces deux éléments permettent sans équivoque de situer leur construction au XVe siècle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées prises sur Géoportail
  2. « Notice no PA00092594 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Selon l'inventaire des Monuments historiques.
  4. Nous suivons (et citons presque littéralement) le raisonnement exposé dans le rapport de synthèse qui fut commandé, en vue d’une restauration partielle du château, par l’association les Amis de Rochebaron ― voir § Liens externes.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Site de l'association Les Amis de Rochebaron, qui œuvre à la préservation du château.
    Consulter en particulier le rapport de synthèse (dans le menu cliquer sur Recherches, puis sur Documentation) rédigé par l'historien de l'art Christian Corvisier, source principale du présent article.