Château de Châteaubriant

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Château de Châteaubriant
Image illustrative de l'article Château de Châteaubriant
La façade sur douves des logis de la Renaissance
Période ou style Architecture militaire médiévale, Renaissance
Type Château fort et château de plaisance
Début construction XIe siècle
Fin construction XIXe siècle
Propriétaire initial Brient, premier seigneur de Châteaubriant
Destination initiale Forteresse
Propriétaire actuel Conseil général
Destination actuelle Site touristique
Protection Logo monument historique Classé MH (1921)
Coordonnées 47° 43′ 12″ N 1° 22′ 24″ O / 47.72, -1.373333 ()47° 43′ 12″ Nord 1° 22′ 24″ Ouest / 47.72, -1.373333 ()  
Pays Drapeau de la France France
Région historique Bretagne
Région Pays de la Loire
Département Loire-Atlantique
Commune Châteaubriant

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Château de Châteaubriant

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Château de Châteaubriant

Le château de Châteaubriant est une forteresse médiévale fortement remaniée à la Renaissance située en Loire-Atlantique, dans la ville de Châteaubriant. Le château a été établi au XIe siècle sur les Marches de Bretagne et, comme ceux de Vitré, Fougères, Ancenis et Clisson, il était chargé de défendre la Bretagne face au royaume de France. Il est d'ailleurs le pendant breton du château de Pouancé, situé en Anjou.

Le château a été réaménagé plusieurs fois au cours du Moyen Âge, et la ville de Châteaubriant s'est développée autour, s'entourant elle-même de remparts au XIIIe siècle. L'ensemble est élevé en baronnie au XIIe siècle, puis passe aux familles de Dinan et de Montfort-Laval. Pendant la Guerre folle, au XVe siècle, le château est pris par les Français après un siège. Le logis et le donjon, endommagés, sont restaurés. Enfin, au XVIe siècle, le château prend son aspect définitif, avec la construction de nouveaux logis et d'une grande galerie Renaissance.

La baronnie de Châteaubriant revient à la Maison de Condé au XVIIe siècle. Après la Révolution française, le château, plusieurs fois vendu, accueille diverses administrations. La fermeture du tribunal en 2009 puis le départ des services sous-préfectoraux permettent d'envisager une nouvelle présentation du château aux visiteurs.

Ce château figure sur la liste des 1 034 premiers monuments historiques français classés en 1840[1]. La protection a cependant été retirée en 1887. Il fait à nouveau l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 11 juillet 1921[2]. Il fait par ailleurs partie d'une liste préparatoire visant à faire inscrire les Marches de Bretagne au Patrimoine mondial de l'Unesco.

Situation[modifier | modifier le code]

Le château est situé entre la ligne de Châteaubriant à Rennes à l'est et la vieille-ville de Châteaubriant à l'ouest. Au nord, il est bordé par la Chère, qui forme des douves naturelles, et au sud, il s'ouvre sur la place Charles-de-Gaulle.

La Chère est par ailleurs retenue par une chaussée du Moyen Âge qui forme l'étang de la Torche. Cette chaussée servait d'accès à la ville médiévale et faisait partie intégrante des remparts. Enfin, le château était à l'origine bordé à l'ouest par le ruisseau du Rollard, recouvert au XIXe siècle. Ce ruisseau se trouvait légèrement à l'ouest de la rue Rigale et traversait la Grande rue.

Le sous-sol castelbriantais est formé de roches sédimentaires appartenant au massif armoricain, comme du schiste et du grès, et forme des plissements et des affleurements[3]. Le château se trouve sur l'un de ces affleurements. Abrupt au niveau de la Chère, cet affleurement descend en terrasses vers le sud.

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le châtelet du XIIIe siècle

Le château est mentionné pour la première fois entre 1030 et 1042, mais il existe depuis le début du XIe siècle[2]. Il a été fondé par Brient, sur ordre du comte de Rennes, afin d'assurer un avant-poste dans le pays de la Mée. Cette région centrée sur Châteaubriant était alors une zone tampon entre les comtés rivaux de Rennes, Nantes et Angers, mais aussi un espace d'échanges commerciaux. Ainsi, la foire de Béré, qui se tient tous les ans à la sortie de la ville, a été créée en 1049. Brient fonde aussi le prieuré de Béré et fait construire l'église Saint-Jean[4].

Le premier château est construit en bois sur une motte castrale dominant le confluent de la Chère et du Rollard. Il possédait deux rangées de douves, l'une sèche, l'autre en eaux, et un grand donjon carré. Ce donjon est rapidement remplacé par une tour en pierre au XIe ou XIIe siècle[4]. Des logis en dur sont construits au XIIe siècle et la chapelle est édifiée du XIIe au XIIIe siècle. À cette époque, la ville de Châteaubriant prend forme à l'ouest du château, sur les berges du Rollard. Elle se dote de remparts, construits du XIIIe au XVe siècle et intégrés aux murs du château[5].

Le donjon et ses fenêtres percées après la Guerre folle

Le mur d'enceinte et les tours qui le ponctuent sont réalisés au XIIIe siècle, comme le châtelet. Ce dernier est constitué de deux tours identiques qui faisaient 25 mètres de haut. Les logis, remaniés à plusieurs reprises, sont totalement refaits au XIVe siècle, comme le donjon, qui reprend les fondations du XIe siècle. Enfin, le Pavillon des Champs, qui sert d'entrée à la basse-cour, est construit à la fin du XIVe siècle[6].

La dynastie de Brient s'éteint en 1383 et la baronnie de Châteaubriant revient à Charles de Dinan. La famille de Dinan se trouve à son tour sans postérité mâle en 1444. L'héritière, Françoise de Dinan, est l'épouse de Guy XIV de Laval, compagnon de Jeanne d'Arc. Après la mort de ce dernier en 1486, elle s'oppose au duc François II de Bretagne et fait signer le traité de Châteaubriant par lequel des barons de Bretagne font appel au roi de France pour régler une querelle interne bretonne. Le traité, qui trahit l'autorité de François II, est une des raisons de la Guerre folle, qui oppose le roi de France à ses seigneurs vassaux. La Bretagne et la France entrent en guerre, et les places fortes bretonnes sont prises les unes après les autres par les Français. Le siège de Châteaubriant, en 1488, dure une semaine, puis les assiégés capitulent.

Après le siège de 1488 et le retour de la paix, Françoise de Dinan fait reconstruire et améliorer le château. Le donjon et les logis sont ouverts par des baies et de nouvelles cheminées à décor flamboyant sont installées[6].

Renaissance[modifier | modifier le code]

Le château de la Renaissance : à gauche, le Bâtiment des Gardes, au centre, le logis Jean de Laval, à droite, la galerie

L'aménagement du donjon et des logis est le prélude à de grands travaux. En effet, Françoise de Dinan fait ensuite construire un nouveau logis, adossé à la courtine orientale, dans la basse-cour. Il prend le nom de « Bâtiment des Gardes » pendant la Révolution française, parce qu'il est alors occupé par Gardes nationaux. Le nouveau logis est terminé au début du XVIe siècle sous Jean de Laval-Châteaubriant, petit-fils de Françoise de Dinan et gouverneur de Bretagne. Il est caractéristique de la Première Renaissance et une galerie le relie au donjon[7].

Jean de Laval-Châteaubriant fait ensuite construire un nouveau logis en prolongement. Les travaux ont lieu pendant les années 1530, et l'édifice, typique de la Seconde Renaissance, abandonne l'aspect médiéval employé pour le Bâtiment des Gardes. Il suit avec rigueur les canons italiens tout en conservant quelques éléments français, comme son toit pentu. Un escalier rampe sur rampe est construit à la jonction des deux logis. Jean de Laval fait aussi édifier la grande galerie qui forme une aile en retour au nouveau logis et permet de le relier au Pavillon des Champs. Celui-ci est d'ailleurs remanié à la même occasion[7].

Jean de Laval meurt sans descendance en 1543 et désigne Anne de Montmorency pour héritier. Ce dernier poursuit les travaux et embellit le parc, mais établit sa résidence principale au château d'Écouen.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Détail de la Chambre dorée, réalisée au XVIIe siècle

La baronnie de Châteaubriant reste dans la Maison de Montmorency jusqu'en 1632. Henri II de Montmorency est alors décapité pour avoir intrigué contre le Cardinal de Richelieu. Châteaubriant est réattribué à la Maison de Condé qui le conserve jusqu'à la Révolution.

Henri II de Bourbon-Condé effectue quelques aménagements intérieurs peu après 1632, comme la création de la « Chambre dorée » dans le logis Jean de Laval[7]. Néanmoins, les Condé ne résident pas à Châteaubriant, mais au château de Chantilly et dans leur hôtel parisien. L'éloignement des ducs de Montmorency puis des princes de Condé permet une certaine autonomie à la ville de Châteaubriant. Ainsi, elle se dote d'institutions municipales indépendantes du pouvoir seigneurial. Néanmoins, le château reste occupé par des officiers princiers qui conservent un certain pouvoir sur la vie locale[8].

La toiture du donjon s'effondre dans les années 1720 à la suite d'une tempête. L'édifice tombe ensuite progressivement en ruine[9].

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution française, le prince Louis V de Bourbon-Condé est un des premiers nobles à quitter la France, dès 1789. La Garde nationale de la ville s'installe au château. Il accueille aussi divers entrepôts ainsi que la gendarmerie en 1797. Certaines parties sont aussi mises en affermage et des lots sont vendus. Enfin, une partie des douves est comblée en 1820[10].

Le château est progressivement restitué au prince de Condé pendant la Restauration. Celui-ci en possède la majorité en 1819, mais souhaite revendre l'ensemble. La ville, qui cherche des nouveaux locaux pour sa prison, son tribunal et sa mairie, est intéressée par la vente. Cependant, le prince ne veut pas traiter avec l'administration, et c'est le maire, Martin Connesson, qui fait l'achat personnellement. Il rétrocède ensuite le Pavillon des Champs au département qui y installe la prison, et le reste à la ville[10]. La transaction est également compliquée par la présence de plusieurs usufruitiers. Le tribunal est installé au château en 1825[11]. Martin Connesson conserve aussi un terrain dans l'enceinte du château. Il y fait édifier un hôtel particulier en 1822[10]. Martin Connesson faisait en outre partie des propriétaires de lots du château avant que celui-ci ne soit récupéré par le prince de Condé[12].

Le logis Jean de Laval, occupé par le tribunal de 1855 à 2009

En 1839, la municipalité envisage la destruction du donjon, afin de récupérer les pierres pour construire un pont et une école. Ce projet rencontre cependant une vive opposition et le château est inscrit sur la liste des premiers Monuments historiques de 1840[9].

Le château s'avère d'ailleurs être un fardeau pour la ville, et elle le revend au duc d'Aumale en 1845[10]. Ce dernier s'installe dans la maison construite par Martin Connesson et la fait redécorer[12]. Fils de Louis-Philippe Ier, il suit son père en Angleterre après la Révolution de 1848. Il remet le château en vente en 1853 ; ce dernier est repris par le conseil général de la Loire-Inférieure[9]. La sous-préfecture s'y installe en 1854 et la maison de Martin Connesson devient le logement de fonction du sous-préfet[12]. La gendarmerie, le tribunal et la prison, qui avaient quitté les lieux lors de la vente en 1845, reviennent en 1855[13],[14].

Le conseil général demande le déclassement des Monuments historiques en 1887, à cause des contraintes de conservation trop importantes. Des travaux de resatauration sont toutefois menés à partir de 1909, notamment sur le donjon, qui conserve son aspect ruiné. Enfin, le site redevient Monument historique en 1921[9]. En 1944, l'extrémité sud des logis Renaissance est détruite lors d'un bombardement[15].

Plusieurs grandes opérations de conservation sont menées dans les années 1960, puis à partir des années 2000[9]. Cependant, le château n'est jamais vraiment ouvert au public, puisque les visiteurs ne peuvent accéder qu'aux extérieurs et à certaines pièces comme la salle des Gardes, qui accueille des expositions temporaires. Le reste des bâtiments a longtemps continué à accueillir des administrations, comme la sous-préfecture et le Tribunal d'instance, ainsi que la bibliothèque municipale. Cependant, la gendarmerie quitte les lieux en 1971[13], la bibliothèque suit en 2006, puis le tribunal est fermé en 2009 et les services de la sous-préfecture déménagement en 2012. Ces départs permettent au conseil général d'engager d'importants travaux, comme la restauration des logis médiévaux, et d'envisager une nouvelle présentation du site. La maison du duc d'Aumale demeure quant à elle le logement de fonction du sous-préfet.

Architecture[modifier | modifier le code]

Plan du château, avec ses principaux éléments et leur époque de construction

Château médiéval[modifier | modifier le code]

La haute-cour et la chapelle

Le château médiéval est divisé en deux espaces. La basse-cour ou « bayle », au sud, s'ouvre par le Pavillon des Champs et commande elle-même l'accès à la haute-cour, fermée par un châtelet. Cette haute-cour se trouve au nord, sur la partie la plus élevée du terrain, en surplomb de la Chère. Elle est bordée par la chapelle et les logis. Le donjon se dresse à cheval à la fois sur les deux cours et sur l'enceinte nord.

Le donjon se trouve à l'emplacement du château à motte primitif. Ses fondations datent du XIe siècle, mais l'édifice actuel a été construit au XIVe siècle. En ruines depuis le XVIIIe siècle, il forme un carré irrégulier de 18 mètres de côté sur lequel subsistent des mâchicoulis. Il partage une tour d'escalier octogonale avec le Grand Logis. Ses larges fenêtres à meneaux datent de la fin du XVe siècle, tout comme ses cheminées monumentales. Les murs du donjon font plus de 3,5 mètres d'épaisseur à la base. Ses salles faisaient de 11 à 13 mètres de côté[4].

Le Petit et le Grand Logis, construits en équerre au pied du donjon, ont eux-aussi été reconstruits au XIVe siècle. Ils sont très simples d'apparence, avec des fenêtres à meneaux et des lucarnes du XVe siècle. Le Petit Logis, partiellement détruit, possède une toiture à l'impériale, c'est-à-dire qu'elle présente une courbe et une contre-courbe, comme un bulbe aplati. La charpente a été datée par dendrochronologie et remonte à 1562. Il s'agit probablement d'une construction expérimentale, car le résultat montre un manque de maîtrise[16].

Le Pavillon des Champs

Située à côté, la chapelle date du XIIIe siècle et se trouve sur les restes d'un édifice plus ancien, consacré vers 1142. Au XIVe siècle, elle a été divisée en deux, et la moitié ouest est devenue le logis du chapelain. La chapelle est romane à l'origine, mais les fenêtres gothique à lancette datent du XVIe siècle[4]. Les ouvertures du logis du chapelain forment quant à elles une travée avec des meneaux et une lucarne à gable. Des fouilles archéologiques ont permis de découvrir les fondations romanes ainsi que des peintures murales et un pavement en terre cuite du XVe siècle[6].

Le châtelet, en ruines, ainsi que les tours et les courtines datent du XIIIe siècle. Le châtelet est composé de deux tours sans toiture de 14 mètres de haut. Il est construit en grès alternant avec des bandes de schiste. Il présente encore des restes de mâchicoulis. À côté, il y a une autre tour éventrée, qui présente encore des cheminées et des ouvertures. L'ancien chemin de ronde est en partie préservé par endroits[4].

Le Pavillon des Champs, qui permet l'accès à la basse-cour, possédait à l'origine un pont-levis. Il a été construit en deux fois, la partie arrière date du XIVe siècle, tandis que la façade extérieure date du XVIe siècle. Le système défensif a aussi été amélioré au XVe siècle avec la construction d'un bastion, qui englobe une tour plus ancienne[4].

Château Renaissance[modifier | modifier le code]

Le château de la Renaissance est situé dans la basse-cour. Il forme un long alignement de logis adossés sur l'enceinte orientale, avec une galerie en équerre. Le terrain étant plus plat, les façades sur douves ne sont pas autant situées en hauteur que celles des logis médiévaux. Elles sont par ailleurs plus ornementées et ouvertes par de grandes fenêtres.

Bâtiment des Gardes[modifier | modifier le code]

Le Bâtiment des Gardes vu depuis le château médiéval

Le plus vieux logis est le Bâtiment des Gardes. Il se trouve à l'extrémité nord de l'ensemble Renaissance, et sa pauvreté ornementale contraste avec celle des logis plus récents. Édifié vers 1500, il est typique de la Première Renaissance. Son toit est haut et pentu et sa hauteur correspond d'ailleurs à celle de la façade. Cette dernière est ouverte côté cour par de grandes fenêtres à meneaux à l'étage et par des petites ouvertures inégalement réparties au rez-de-chaussée. Ces ouvertures sont surmontées de simples linteaux en schiste, et deux portes sont aménagées en retrait, sous des petites arches en plein cintre. La travée située à l'extrémité nord est surmontée d'une lucarne à gable. La façade côté douves est encadrée par deux tours médiévales qui ont été conservées. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont petites, tandis que celles de l'étages sont identiques à celles côté cour. Le logis est soutenu à son extrémité nord par une tour rectangulaire postérieure, ouverte par des fenêtres à meneaux et des lucarnes typiques de la Seconde Renaissance.

Le Bâtiment des Gardes se caractérise aussi par des murs très épais et par de vastes pièces. Ainsi, au rez-de-chaussée, la « Salle verte », rebaptisée « Salle des Gardes » à la Révolution, fait trente mètres de long sur dix mètres de large. Elle fait aussi dix mètres de haut et sa cheminée est large de deux mètres. Le schiste bleu est omniprésent : il est utilisé pour les plafonds des corridors, pour les cheminées et l'encadrement des fenêtres[17].

Logis Jean de Laval[modifier | modifier le code]

Façade sur douves du logis Jean de Laval ; la tour Françoise de Foix est à droite

Le Logis Jean de Laval, construit à partir de 1532 d'après des plans de Jean Delespine, est de son côté caractéristique de la Seconde Renaissance. Sa façade sur cour compte deux niveaux ouverts sur cinq travées. Les fenêtres à meneaux sont encadrées par des pilastres en tuffeau, mais le schiste reste présent puisque les niches placées entre les fenêtres du premier étage sont faites avec ce matériau. Les fenêtres sont surmontées de lucarnes à l'italienne. Des irrégularités persistent toutefois, ainsi les travées n'ont pas toutes le même écartement. Enfin, les fenêtres de la travée sud sont tronquées car une porte occupe le rez-de-chaussée. La façade donnant sur les douves réemploie l'enceinte médiévale et ses contraintes, elle est courbée et ponctuée par des tours, dont celle de Françoise de Foix, ouverte par une fenêtre combinant meneaux et arc en plein cintre. Les travées sont irrégulières et les lucarnes n'ont pas de gable comme sur le côté cour, mais elles sont surmontées de frontons arrondis. Enfin, alors que la façade sur cour est enduite, celle donnant sur les douves est en pierre apparente. Les cheminées, construite en brique et en tuffeau, donnent une certaine polychromie.

L'entrée du logis se fait par l'escalier d'apparât, construit à la jonction avec le Bâtiment des Gardes. Il est construit rampe sur rampe et il est ouvert à l'étage par des baies jumelées formant une loggia. L'intérieur, en tuffeau, est décoré de pilastres et de plafonds à caissons, alternant calcaire et schiste[17].

La « Chambre dorée », qui est l'unique salle du logis ouverte au public, est située à l'étage. Elle est accessible grâce à un escalier à vis installé dans une cage carrée et au plafond décoré de caissons. La chambre en elle-même, aménagée au XVIIe siècle, est typique des années 1630, avec des tentures rouges sur les murs et un trumeau de cheminée en bois comprenant des sirènes en cariatides et des cornes d'abondances encadrant une huile sur toile[17].

La Grande Galerie[modifier | modifier le code]

La Grande Galerie et son pavillon

La Grande Galerie était à l'origine reliée au donjon par une colonnade dont il reste quelques éléments. Cette colonnade fermait ainsi le jardin à la française qui s'étale devant le logis Jean de Laval. La galerie comporte deux niveaux. Le rez-de-chaussée est ouvert par 21 arches en plein cintre qui forment une longue loggia. Ces arches sont soutenues par des colonnes doriques en schiste, alors que le gros-oœuvre est construit en brique rouge, ce qui permet d'afficher deux couleurs très distinctes. L'étage est ouvert par sept fenêtres à meneaux encadrées de schiste. Elles sont surmontées de frontons, également en schiste, à l'exception de celle du milieu. La galerie est terminée par un pavillon qui abrite un escalier droit. Comme le rez-de-chaussée, il est ouvert par des arches soutenues par des colonnes formant des loggias[17].

Tourisme[modifier | modifier le code]

Accueil et gestion[modifier | modifier le code]

Le donjon et une partie du chemin de ronde ouvert au public

Le château de Châteaubriant est la propriété du Conseil général de la Loire-Atlantique et c'est d'ailleurs l'un des trois domaines départementaux avec le château de Clisson et la Garenne-Lemot. Il est géré par une section du service Action culturelle et Patrimoine du département, qui compte un responsable du château et une équipe de trois personnes[18].

L'enceinte du château est ouverte aux visiteurs toute l'année et l'entrée est gratuite. Un bureau d'accueil est également à disposition pendant les heures d'ouverture. La grande majorité des intérieurs ne se visite pas, à l'exception notable de la Chambre dorée, dont l'entrée est elle-aussi gratuite. La Grande Galerie, l'escalier d'apparât ainsi que le chemin de ronde de la haute-cour sont eux-aussi en accès libre. Enfin, certaines salles du Bâtiment des Gardes sont ouvertes au public lors d'expositions temporaires. L'ensemble du château est ponctué de 25 panneaux explicatifs qui forment un parcours d'interprétation[19].

La direction organise des visites scolaires thématiques, destinées aux élèves de la maternelle au lycée, ainsi que des ateliers-jeux, des visites guidées payantes pour adultes en français et en anglais[20],[21]. Les visites guidées permettent de découvrir quelques lieux habituellement fermés, comme la chapelle. La restauration du donjon, entammée en 2012, permettra de l'inclure dans les circuits. Le projet prévoit par exemple l'installation d'un plancher panoramique à son sommet[9].

Fréquentation[modifier | modifier le code]

Le château est, avec l'Abbaye de Melleray et la Carrière des fusillés, l'un des trois sites les plus visités du Pays de Châteaubriant. Le site a accueilli 17 975 visiteurs en 2009, ce qui le place légèrement au-dessus du château de Vitré (16 817 visiteurs), mais largement en dessous du château de Fougères, qui a alors reçu plus de 70 000 visiteurs[22].

Expositions et animations[modifier | modifier le code]

Le Bâtiment des Gardes accueille tous les ans des expositions temporaires gratuites. Celles-ci sont généralement axées sur l'histoire locale. Le château a ainsi accueilli l'exposition « Voyages au siècle de Victor Hugo » en 2004, qui présentait la vie, l'œuvre et les voyages de Victor Hugo, dont les parents se sont recnontrés à Châteaubriant. En 2006, « Des charrues et des hommes » présentait l'histoire métallurgique et agricole de la région, en 2007, « Terre de schiste » s'intéressait à cette pierre bleue caractéristique du Pays de Châteaubriant, et en 2008, une exposition sur le patrimoine du XXe siècle de la Loire-Atlantique cohabitait avec des œuvres de Mario Marti, plasticien castelbriantais.

Depuis 2008, le service patrimoine de la Loire-Atlantique a développé un programme culturel axé sur les Marches de Bretagne et leur histoire. Des partenariats sont par exemple menés avec des sites de la Région Bretagne et l'exposition « Les Marches de Bretagne, les frontières de l'histoire » s'est tenue dans le Bâtiment des Gardes en 2010.

Le château sert aussi à des reconstitutions historiques médiévales. Il accueille aussi, avec le château de Clisson et le domaine de la Garenne-Lemot, des spectacles de la programmation des « Beaux Jours », organisés par le conseil général. Pendant l'été, des concerts, des spectacles de danse ou encore du théâtre en plein air y sont ainsi proposés.

Personnalités et légendes liées au château[modifier | modifier le code]

Le château, ayant appartenu à plusieurs grandes familles françaises, a connu plusieurs propriétaires et visiteurs illustres. Le site est particulièrement lié à deux légendes, avivées et répandues par les historiens du XIXe siècle. La première concerne Sybille, femme de Geoffroy IV de Châteaubriant. Celui-ci part en Croisade en 1252, puis il est fait prisonnier en 1250 en Égypte. L'armée est touchée par la peste, et la mort de Geoffroy IV est annoncée à Châteaubriant en 1252. Sybille fait le deuil de son mari, mais celui-ci serait revenu quelques mois plus tard. En le retrouvant, elle serait morte dans ses bras[23].

La deuxième légende est construite autour de Jean de Laval et sa femme Françoise de Foix. Ils sont fiancés en 1505 grâce à Anne de Bretagne. Après la mort de cette dernière puis de son mari Louis XII, le nouveau roi de France, François Ier fait venir Jean à sa cour afin de l'aider à faire l'union de la Bretagne à la France. Françoise de Foix devient dame d'honneur de la reine, Claude de France, et la favorite de François Ier. Jean fait les Guerres d'Italie, puis il est nommé gouverneur de Bretagne en 1531. Françoise de Foix est quant à elle rejetée de la cour en 1525[24].

Elle meurt dans la nuit du 16 octobre 1537, et des rumeurs d'assassinat circulent rapidement. Selon elles, Françoise aurait été tuée par son mari, jaloux de sa liaison avec le roi. Des légendes se construisent ensuite autour des rumeurs : Jean aurait séquestré sa femme dans une chambre, puis l'aurait saignée ou empoisonnée. Depuis, tous les 16 octobre, à minuit, une procession fantomatique défilerait dans le château. Par ailleurs, la Chambre dorée a souvent été présentée comme le lieu de l'assassinat, mais son décor actuel ne date que du XVIIe siècle[24].

François Ier a lui-même séjourné au château en 1521, 1531 et 1532. Outre Jean de Laval, parmi les propriétaires du château les plus illustres, il y a un certain nombre de femmes, notamment Jeanne de Belleville, femme de Geoffroy VIII de Châteaubriant puis d'Olivier IV de Clisson, surnommée la « tigresse bretonne » pour sa rébellion contre le roi de France, et Françoise de Dinan, gouvernante d'Anne de Bretagne, qui a pris part à la Guerre folle en trahissant le duc de Bretagne. Le château a aussi appartenu au connétable Anne de Montmorency, à Henri II de Bourbon-Condé et à Henri d'Orléans, duc d'Aumale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] « Liste des monuments pour lesquels des secours ont été demandés », Ministère de la culture
  2. a et b « Notice no PA00108582 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. L'histoire géologique de la Bretagne, Emmanuèle Savelli, consulté le 12 novembre 2010
  4. a, b, c, d, e et f « Le château médiéval », Châteaubriant.org
  5. « Fortification d'agglomération », base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. a, b et c « Le château médiéval », Pays de Châteaubriant
  7. a, b et c « Le château de la Renaissance », Pays de Châteaubriant
  8. « Une ville close à l’abri du château », Châteaubriant.org
  9. a, b, c, d, e et f « Pourquoi on bichonne le château de Châteaubriant - Châteaubriant », Ouest-France,‎ 15 décembre 2012
  10. a, b, c et d Charles Goudé, « Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse, Chapitre VI (suite) », Amaury de la Pinsonnais,‎ 1870
  11. « 1825 », Châteaubriant.org
  12. a, b et c « La sous-préfecture », Conseil général de la Loire-Atlantique
  13. a et b « La gendarmerie », Conseil général de la Loire-Atlantique
  14. « La prison », Conseil général de la Loire-Atlantique
  15. « Livre - Les bombardements de Châteaubriant », sur site d'information sur Châteaubriant,‎ 27/12/2009 (consulté le 12 novembre 2010)
  16. « Une charpente à l’impériale : le Petit Logis à Chateaubriant (Loire-Atlantique) », Dendrotech
  17. a, b, c et d « Le château Renaissance », sur Châteaubriant histoire, journal La Mée (consulté en 11 février 2013).
  18. « L'équipe du service Action culturelle et Patrimoine », Loire-Atlantique
  19. « Parcours d'interprétation du château », Pays de Châteaubriant
  20. « Animations pédagogiques au château de Châteaubriant », Loire-Atlantique
  21. « Tarifs - sites départementaux », Loire-Atlantique
  22. « Fréquentation touristique des 15 principaux sites patrimoniaux et culturels », Pays de Châteaubriant,‎ 2009
  23. « Sybille », Loire-Atlantique
  24. a et b « Chambre dorée de Françoise de Foix », Pays de Châteaubriant

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]