Château de Beauté

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48° 49′ 58″ N 2° 28′ 31″ E / 48.83290833, 2.47520833

Le château de Beauté, représenté sur une gravure de Claude Chastillon, 1610.

Le château de Beauté était un château royal proche de Vincennes, situé sur le territoire de l'actuelle commune de Nogent-sur-Marne.

Le château de Charles V[modifier | modifier le code]

« Sur tous les lieux plaisans et agréables
Que l'on pourroit en ce monde trouver,
Edifiés de manoirs convenables,
Gais et jolis, pour vivre et demourer
Que c'est à la fin du boys
De Vicennes, que fit faire ly roys
Charles - que Dieu donne paix, joye et santé! -
Son fils aîné, Dalphin de Viennois,
Donna le nom à ce lieu de Beauté. »

Ballade d'Eustache Deschamps (1346-1406)

Charles V, qui recherche le calme à l'écart de la cour officielle de Vincennes fait restaurer en 1373 Beauté. Passé le pont-levis et le mur d'enceinte, on entre dans un jardin où il a fait construire une fontaine. Le manoir est une grosse tour dans laquelle chaque étage correspond à une pièce. Au premier étage, on trouve la chambre des Évangélistes où couche le roi. Il y a d'ailleurs fait aménager sa bibliothèque. Au second étage, se trouve une autre chambre avec un autel pour y dire la messe. L'ensemble est raffiné, ainsi en attestent les 62 carreaux, composant un ensemble littéraire, qui ont été retrouvés lors de la construction du chemin de fer et qui sont maintenant déposés au Musée Carnavalet à Paris.

Il faut constater que rien n'est aménagé pour accueillir la reine, à qui Charles V achète en 1375 le manoir de Plaisance (qui donnera son nom à la commune de Neuilly-Plaisance) que détenait son frère le Duc de Bourgogne. On sait également que le Duc d'Anjou, autre frère du roi, se fait construire un autre manoir près de Beauté. Mais de celui-ci, nous n'avons absolument aucune trace.

En 1378, Charles IV de Luxembourg, roi tchèque et empereur germanique, vient rendre visite à son neveu Charles V. Visite diplomatique, car les Anglais viennent de reprendre les hostilités, et la chrétienté se voit nantie de deux papes. Il s'agit donc de renforcer l'alliance entre les deux monarchies, déjà ancienne, la maison de Luxembourg étant d'ascendance française.

Un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France montre Charles V, roi de France, accueillant l'empereur Charles IV et son fils Wenceslas IV, roi de Bohême

L'empereur réside au manoir de Beauté du 12 au 16 janvier, et Charles V, resté à Vincennes, le visite tous les jours :

« À beauté fu l'Empereur plusieurs jours et le Roy chascun jour l'aloit visiter et en secret parloient longuement » écrit Christine de Pisan.

Les deux hommes échangent des cadeaux luxueux ainsi que des anneaux, puis le 16, Charles V raccompagne son oncle qui repart jusqu'au manoir de Plaisance.

Charles V meurt à Beauté le 16 septembre 1380, et le manoir tombe dans l'oubli.

Le château d’Agnès Sorel[modifier | modifier le code]

Il faut attendre que Charles VII en fasse cadeau à sa maîtresse « Agnès Sorel, Dame de Beauté » pour en reparler.

« Et comme entre les belles estoit tenue pour la plus belle du monde fut appelée damoyselle de Beauté tant pour cette cause que pour ce que le roy lui avait donné à sa vie la maison de Beaulté lez Paris. » (Enguerrand de Monstrelet 1390-1453)

C’est en 1443 qu’Agnès Sorel (1422-1450), fille d’un gentilhomme Picard, Jean Soreau, entre dans la vie de Charles VII. Elle fait partie de la suite d’Isabelle de Lorraine, épouse de René d’Anjou. Lorsque Charles la voit pour la première fois, il en tombe follement amoureux, et n’a de cesse que de l’attacher à sa cour et d'en faire sa maîtresse.

En 1444, elle devient la première favorite officielle d’un roi de France. Couverte de cadeaux par Charles, elle s’intéresse aussi aux affaires de l’État. Elle a bientôt un train de maison digne des plus grands personnages du royaume, ce qui provoque un véritable scandale à la cour.

« Elle avait plus beaux parements de lit, meilleure tapisserie, meilleur linge et couvertures, meilleure vaisselle, meilleurs bagues et joyaux, meilleure cuisine et meilleur tout. » écrit Chastelain (1405-1475).

Un tableau de l’époque la montre vêtue d’une robe richement brodée et rehaussée de fourrure, largement décolletée, laissant voir sa poitrine qu’elle a fort belle.

On peut donc imaginer, au travers de tout ce luxe, le château de Beauté sur Marne que le roi lui donna en 1448, la faisant ainsi Dame de Beauté.

« C’est le plus bel et jolis et le mieulx assis qui fust en toute l’Isle de France ».

C’est dans cette ambiance que Charles VII affirme son autorité. Il est entouré de Jean Bureau, Jacques Cœur et Étienne Chevalier qui lui apportent leur précieux concours dans la gestion des affaires publiques.

Ils accordent une confiance partagée à la belle Agnès, et ces vers, attribués à François Ier sont là pour le rappeler :

Plaque à Nogent-sur-Marne (7, avenue Watteau ; près de la gare de Nogent-sur-Marne)

« Gentille Agnès, plus d'honneur tu mérites
La cause étant de France recouvrer
Que ce que peut dedans un cloître ouvrer
Clause Nonnain ou bien dévôt hermitte. »

Elle meurt en février 1450 au manoir du Mesnil, en Normandie alors qu'elle est partie rejoindre le roi, trois jours après son accouchement. Grossesse difficile, c'est probable, mais intoxication par les sels de mercure utilisés comme vermifuge possible. On dit aussi que le dauphin, le futur Louis XI, dont elle aurait repoussé les avances, l'a empoisonnée. Elle repose à Loches, en Touraine. Son tombeau, initialement situé dans l'église Notre-Dame fut profané à la Révolution et sa statue abattue. Plus tard, il a été transféré dans le vieux logis du château avant de retrouver son emplacement initial dans l'église en 2005.

Une gravure de 1610 de Claude Chastillon montre encore la tour du château, que Richelieu fera raser en 1626.

Une plaque signale son emplacement à Nogent-sur-Marne.

Notes et références[modifier | modifier le code]