Château de Bagatelle (Seine)
| Château de Bagatelle | |||
Le château de Bagatelle vu du jardin à l'anglaise. |
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| Période ou style | Néo-palladianisme | ||
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| Type | Château | ||
| Architecte | François-Joseph Bélanger | ||
| Début construction | 1777 | ||
| Propriétaire initial | Comte d'Artois | ||
| Destination initiale | Folie (maison de plaisance) | ||
| Propriétaire actuel | Commune de Paris | ||
| Protection | |||
| Coordonnées | [1] | ||
| Pays | |||
| Région | Île-de-France | ||
| Département | Paris (préfecture) | ||
| Commune | Paris | ||
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Géolocalisation sur la carte : Paris |
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Le château de Bagatelle est un pavillon de plaisance, ou « folie, » construit en 1777 pour le comte d'Artois dans le bois de Boulogne, à Paris.
La pavillon de Bagatelle, sauf les bâtiments annexes, fait l'objet d'un classement au titre des Monuments historiques depuis le 31 janvier 1978[2].
Historique [modifier]
Constructions antérieures et genèse de la « Folie d'Artois » [modifier]
Une petite maison dans le Bois [modifier]
Il existait au début du XVIIIe siècle plusieurs portes au bois de Boulogne, domaine de chasses royales, logements "de fonction" concédés par le roi à un portier titulaire, grand seigneur ou haut dignitaire.
En 1716, celle de ses maisons qui était située sur l'ancien chemin menant de Neuilly à l'abbaye de Longchamp et offrant une vue sur la vallée de la Seine et le Mont-Valérien, fut concédée à Paul-Louis Bellanger, avocat à la Cour des Aides[3].
Cette jouissance fut ensuite concédée par brevet royal du 17 août 1720 au duc d'Estrées[3], maréchal de France, qui entreprit d'importants travaux sur l'édifice afin de le transformer en pavillon de plaisance sous la direction de l'architecte Pierre Mouret[4].
Il en fit alors cadeau à son épouse, amie de Louise-Anne de Bourbon, dite Mademoiselle de Charolais, fille naturelle légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, qui résidait au "Petit Madrid", partie du château de Madrid contigue à Bagatelle, et ces deux femmes utilisèrent le pavillon pour des réunions galantes destinées au Régent puis au jeune Louis XV. Pour cette raison, le domaine aurait alors été surnommé « Bagatelle »[5].
Ce terme qui désignait au XVIIIe siècle une chose frivole, s'appliquait aussi bien à l'usage qui était fait du pavillon que, par dérision, au prix exorbitant qu'il avait coûté.
Ce même esprit se retrouvait dans la désignation des pavillons construits pour la marquise de Pompadour dans le parc du château de Bellevue[note 1]. Le mot « bagatelle » serait la transcription française de l'italien bagatella, tour de bateleur[6].
Deux autres demeures françaises du même siècle portent ce nom[note 2].
Un pavillon de plaisir réputé [modifier]
"On dîne à Madrid chez Mademoiselle de Charolais; on soupe à la Muette. Dans l'après- midi, à Bagatelle, chez la maréchale d'Estrées, on passe joyeusement le temps, on y fait l'amour, si vous voulez; tout est bien réglé". (D'Argenson, 1739).
La maréchale d'Estrées morte le 11 juin 1745, le Roi concéda la jouissance du domaine à Lévesque de Gravelle, conseiller au Parlement et avocat général à la Cour des Aides, qui la conserva deux ans et en 1747 Bagatelle revint à Cécile Thèrèse Pauline de Rioult de Curzay (1707-1787), cousine de la marquise de Prie - la maîtresse du duc de Bourbon, quasi-Premier Ministre - marquise de Monconseil [3], et épouse du gouverneur de Colmar et de Huningue.
Marié en novembre 1725 à cette femme très introduite à la Cour, Étienne Guinot (1695-1782), qui fut Grand Veneur de Stanislas Leczinski, beau-père du Roi, fut nommé Introducteur des Ambassadeurs le mois de son mariage, puis titré en 1729 marquis de Monconseil par Louis de Lorraine, prince de Pons; il put faire bâtir en 1738 puis agrandir en 1767 un hôtel à Saintes (Charente-Maritime, actuel musée municipal Dupuy-Mestreau) et édifier un château dans son domaine de Tesson (détruit au XIXe siècle) où se lisait l'influence de l'architecte Boffrand.
Mari apparemment complaisant il laissait sa femme libre de ses actions, ce qui permit à celle-ci d'organiser à Bagatelle des fêtes fort "courues".
Mlle de Charolais (Louise Anne de Bourbon) est décrite comme « une célibataire libertine qui menait une vie dissolue qui à peu près chaque année, se retirant un mois ou deux à Bagatelle pour accoucher discrètement du fruit de ses amours » [7]. Vers 1753 elle créa "l'Ordre de Bagatelle" réservé aux intimes de la maison la maréchale de Luxembourg, la marquise de Monconseil ou la princesse d'Hénin, afin de participer à des spectacles de théâtre.
Le duc de Luynes décrit ainsi Bagatelle en 1757 :
« La maison est fort petite; à droite en entrant une pièce d'assemblées assez grande (…). À gauche, une antichambre qui sert de salle à manger pour douze à quatorze personnes. Plus loin, un autre cabinet d'assemblées, ensuite une chambre à coucher. En haut et dans les mansardes, il y a sept ou huit logements de maîtres; la maison donne sur les murs du bois de Boulogne et sur un chemin par-delà lequel est une prairie que Mlle de Charolais a fait planter et qui forme un coup d'œil et des promenades agréables. La cour est pavée et peut contenir cinq ou six carrosses; à droite et à gauche sont deux parterres sur le double desquels, du côté bois, sont des bosquets divisés par des petites salles qui multiplient les promenades (…)».
Le 5 septembre 1757 y fut donnée une fête sur le thème de "la foire au village" avec Préville, acteur comique du Théâtre-Français, son frère Chanville, acteur de la Comédie italienne, et Mademoiselle Favart en l'honneur de Stanislas Ier Lesczinski qui devait partir pour Lunéville, dont Fréron se fit l'écho dans l'Année littéraire; on y représenta Les Ensorcelés ou la nouvelle surprise de l'amour[8].
Mme de Monconseil obtint du Roi d'agrandir son parc, mais son époux n'ayant pu accéder au maréchalat et retiré dans ses terres saintongeaises en 1760, sa fortune entamée par ces fêtes, ne put continuer à assurer l'entretien d'une maison aux terrasses menacées par les crues de la Seine qui détérioraient les fondations de ses murs, qu'elle se vit obligée de quitter en 1770.
En 1772 ce fut M. de Boisgelin (cf. les anciens hôtels de ce nom à Aix-en-Provence et à Paris) qui en prit la jouissance, suivi en 1774 par M. de La Regnière, qui la même année le céda à Pierre d'Hénin, prince de Chimay[3], capitaine des Gardes du comte d'Artois, et finalement, le 20 août 1775, Charles-Philippe, comte d'Artois, frère de Louis XVI, et futur roi Charles X, qui acquit l'usufruit de la propriété[3].
Construction du nouveau château [modifier]
Le bâtiment était alors en mauvais état, et son nouveau propriétaire décida de le raser pour construire à sa place un petit château digne des fêtes qu'il projetait y organiser. Sa belle-sœur, la reine Marie-Antoinette, le mit alors au défi de réaliser cette construction en cent jours, soit moins de trois mois[9], pour le retour de la cour à Fontainebleau[4]. Le comte d'Artois releva le défi et paria[3] la somme de 100 000 livres[10]. Commencé le 21 septembre 1777, le chantier, qui employa pendant 64 jours et nuits près de 900 ouvriers et nécessita même la confiscation sur ordre des matériaux passant à proximité[5], fut achevé à temps pour l'inauguration le 26 novembre 1777, ayant finalement coûté au moins le triple du montant du pari[note 3].
Le château fut alors surnommé « la Folie d'Artois » [7].
Une célèbre « folie » néo-palladienne [modifier]
Pour l'Académicien Jean-Jacques Gautier, il s'agit d'« un retour à l'antique, qui devait être un des témoignages, à l'époque, parmi les plus achevés de ce goût »[11].
« Son vestibule est orné de quatre bustes de marbre, à l'antique, au fond, sous l'escalier, s'élève la statue d'une nymphe. Dans la salle à manger une cuvette, placée au bas d'un miroir, reçoit deux jets d'eau rejetés par des dauphins. Le salon à l'italienne, agrémenté d'une d'arabesques, possède une belle coupole, et une pendule, dont le cadran forme le centre d'un trophée, orne la salle de billard. Un joli escalier aux marches d'acajou conduit aux appartements supérieurs où la salle de bains est décorée de glaces et de tableaux de Hubert Robert (…). La chambre à coucher du comte, conçue comme une riche tente de campement militaire, comprend un lit à fer de lances et un plafond à gros plis retenus par les foudres de Mars. La cheminée aux jambages figurant deux couleuvrines en cuivre ciselé posées sur leur culasse, portant un entablement à frise de symboles militaires, possède des chenets en forme de boulets et de bombes. Partout, sur les murs drapés, sont accrochés boucliers, panoplies et attributs guerriers. Le premier étage, réservé aux petits appartements, n'a que deux chambres à coucher prenant jour par de petites fenêtres carrées »[12].
C'est François-Joseph Bélanger, premier architecte du comte d'Artois depuis mars 1777, qui dirige la construction, après avoir l'avoir dessiné, ainsi que son décor intérieur, dû aux sculpteurs-ornemanistes Lhuillier et Dugourc, comprenant une chambre en forme de tente militaire et un « boudoir revêtu de miroirs et de panneaux peints », son mobilier ; les travaux ne sont toutefois achevés qu'en 1786 et on grave sur son fronton ces mots latins Parva sed apta (« petite mais bien conçue »). Son mobilier est exécuté par les ébénistes George Jacob et Boulard, qui avait livré huit marquises et un « fauteuil du roi » en noyer sculpté et doré, disposés en 1778 dans le salon en rotonde sur le parc[13].
Une des maîtresses du prince, Rosalie Duthé, de l'Opéra, souvent court vêtue, aurait prêté ses traits à l'une des deux sphinges en marbre ornant la façade sur jardin[14].
Fut probablement destiné à la chambre princière le « coffre de chambre et de voyage » ou coffre-fort[15] recouvert de maroquin bleu puis marqueté et orné de bronzes dorés, dont deux couronnes de feuillages avec monogramme — certains ayant pu être modifiés sous Charles X (fleurs de lys aux angles) — fourni en 1778 par le marchand Delaroue pour 1758 livres; le pied est de Jacob et J.B. Rode [16].
Gautier indique que Bélanger se réserva l'édification et la disposition des fabriques et des sculptures, mais confie les plantations au célèbre architecte-paysagiste écossais Thomas Blaikie, « inspecteur des jardins du comte d'Artois », qui réalise sur quinze hectares des jardins dans le genre anglo-chinois son projet de jardin à l'anglaise[17].
De 1778 à 1782 les vases et statues, essentiellement des copies d'antiques, destinés au jardin sont importées d'Italie par le Contrôleur Général des Marbres du Roi, le chevalier Trouard de Riolle[18] — peut-être mis en rapport avec le prince par Chalgrin — « qui possédait des carrières à Carrare et qui fournit les frères de Louis XVI »[19], conjointement avec celles prévues pour le château de Maisons ; ils transitent par voie d'eau depuis Gênes par Rouen ou par les canaux de Briare et du Loing (1781).
En 1779, Bagatelle reçoit ainsi un buste de Vestale; Gautier présume qu'en 1780 y aurait été livrée la Diane de Versailles, visible sur une représentation des jardins en papier peint, qui fut remarquée en 1785 par le prince russe Karansine.
À l'été 1780 le marbrier Augustin Bocciardi confectionna les bases de marbre pour les vases posés aux quatre angles du château, et les socles des sculptures de ses niches.
Le sculpteur Daniel Auger exécuta « l'obélisque en pierre rehaussé de quatre tortues (érigé en décembre 1780), deux têtes de Méduse en plomb » (placées en mars 1781), et quatre vases flanquant le pont chinois en pierre enrichie de plomb. Gautier lui attribue aussi le décor de roches qui subsisterait pour l'essentiel.
En 1783 un bosquet est transformé en un « pavillon du Philosophe », dont le sommet est orné de quatre dragons dus à Lhuillier, et un mémoire évoque les deux fontaines dans le soubassement de la terrasse, « composé de coquilles, nageoires et feuilles décor de grandeur plus que naturel ».
En 1787 un magistrat nancéien visite le domaine :
« Bagatelle, maison de plaisance du comte d'Artois. Les jardins sont dessinés à l'anglaise, et renferment des rochers, des grottes avec des eaux jaillissantes, des forêts, des prairies, des déserts, une montagne, un lac, une rivière et une cascade, le tout imitant péniblement la nature. Ce qui est étonnant c'est qu'en parcourant toutes les parties du jardin, on tourne autour du pavillon sans l'apercevoir, quoiqu'il soit considérable […]. Le prince occupe le pavillon du fond, dont la pièce principale est un salon octogone surmonté d'un dôme ; les décorations ne sont qu'en plâtre, mais sont travaillées avec un très grand art ; les divers appartements sont petits et meublés avec simplicité; une propreté minutieuse règne partout »[20]
Pendant la Révolution française le domaine sert à des fêtes champêtres, est acquis en 1810 par l'empereur Napoléon Ier? qui le fait restaurer « dans son état pompéien », afin de servir de résidence à son fils unique, le Roi de Rome.
À la Restauration il revient au duc de Berry, qui l'entretient, puis à son fils le jeune duc de Bordeaux et futur comte de Chambord, Henri d'Artois.
L'écrin raffiné d'une collection unique [modifier]
En 1832 la demeure est démeublée, puis vendue en 1836 avec son domaine pour 300 000 francs à un des hommes les plus riches d'Angleterre, Francis Charles Seymour (1772-1842), 3e marquis d'Hertford alias le comte de Yarmouth, vice-chambellan de la maison royale de 1812 à 1821, conseiller artistique du Prince-Régent, futur roi Georges IV du Royaume-Uni, pour le compte duquel, servi par des circonstances économiques favorables, il peut acquérir entre autres une quarantaine de tableaux de grands maîtres hollandais et flamands (collection royale anglaise); à cette époque sont édifiés l'orangerie, la grille de l'entrée d'honneur et les écuries.
Il transmet ensuite la propriété des lieux à son fils, Richard Seymour Conway (1800-1870) qui, élevé en France, avait acquis en 1829 un hôtel particulier à Paris, 2, rue Laffitte, où il accroît considérablement la déjà très importante collection familiale de tableaux, meubles, pendules et porcelaines « montées », et autres objets rares du XVIIIe siècle français. Célibataire et ami du couple impérial, le 4e marquis avait créé à Bagatelle un manège pour les leçons d'équitation du prince impérial, suivies par sa mère depuis le « kiosque chinois » ; vers 1895, la très jeune Pauline de Broglie (1888-1972) découvre dans une remise à outils « un fauteuil délabré et tout rongé de vers, orné d'une aigle couronnée », qui pouvait être celui où prenait place l'impératrice, qui y apprit de Napoléon III la déclaration de guerre à la Prusse (été 1870).
Une photographie montre le 4e marquis assis sur une terrasse du château en compagnie de « Madame Oger » (Suzanne Louise Bréart), en face de Richard Wallace[21]. Une photographie prise à l'époque de lord Hertford montre la façade d'entrée surmontée d'un importante marquise en fonte et verre, qui fut supprimée ensuite[22].
Le marquis y meurt peu de temps après la chute du Second Empire, ayant transmis le marquisat à un cousin au second degré et, à la surprise générale, sa fortune et ses immenses biens fonciers anglais et irlandais à un employé personnel de sa mère devenu ensuite son secrétaire, infirmier et prétendu fils adoptif, Richard Jackson (1818-1890) dit Wallace, qui aurait su capter cet énorme patrimoine en falsifiant le testament du marquis, selon l'historienne d'art Lydie Perreau[23].
Transformation bourgeoise d'un « pavillon de plaisir » princier [modifier]
Selon Eisner[24], c'est lord Herford qui vers 1862 aurait surélevé par un dôme assez lourd le pavillon originel; les vues de Bagatelle par Ricois (lithographie non datée) et Grandsire (vers 1850 ?) montrent l'état antérieur : petites fenêtres de l'étage presque carrées et plus basses, corniche à modillons, pas d'acrotère.
Cette modification qui altéra la pureté de l'œuvre de Bélanger est attribuée à Wallace, entre autres, par Montebianco[25] ; le domaine ayant souffert de la présence de l'armée prussienne en 1870, celui-ci y fit faire d'importants travaux : modification du porche, démolition du pavillon des Pages, construction, pour son fils unique ou pour abriter ses collections[26] du bâtiment appelé « Le Trianon » ; dateraient aussi de cette époque les deux pavillons de gardiens symétriques et les terrasses.
Gautier précise[27] : « Bagatelle fut redécoré par le marquis de Herford […]. Des modifications en 1855, une surélévation en 1864, Wallace vers 1872, la Ville de Paris en 1925, contribuèrent à modifier la demeure qui plus est dans un style Louis XVI comme on l'entendait au XIXe siècle - c'est-à-dire plus classique que pompéien - ce que n'était pas le Bagatelle de Bélanger. Pour ce faire, on détruisit, mais aussi on copia, on réutilisa, et on s'inspira du décor primitif […]. Beaucoup du décor d'origine n'existe plus ».
Wallace, qui sera fait baronnet par la Reine en 1871, après avoir considérablement augmenté, en quantité sinon en qualité, la collection Hertford - qui porta aujourd'hui son nom - par l'achat à haut prix de très importantes collections particulières, notamment d'armes anciennes et d'objets d'art médiéval et Renaissance, et en avoir transféré au printemps 1872 la majeure partie à Hertford House demeure louée et agrandie pour ce faire, s'y installa
Il y vécut jusqu'à la mort de son fils (1887) pour revenir vivre seul en France, où il ne sortit plus de Bagatelle, y conviant des personnalités sans assister aux repas qu'il leur offrait mais - aux dires de lord Warwick - les observait par une ouverture circulaire aménagée dans un mur[28].
Il y mourut trois ans plus tard, selon Montebianco sans avoir déterminé le devenir de la collection, selon d'autres après avoir testé en faveur de sa vieille compagne française Julie Amélie Charlotte Castelnau (1819-1897), épousée en 1871, qui de fait hérita de tous ses biens anglais et français.
À cette époque une petite fille de la noblesse française joue dans le célèbre parc :
« Bagatelle en ce temps-là (1895) était bien différent du parc public qu'il est devenu depuis. Sir Richard Wallace était mort et Lady Wallace, bien que française et n'ayant jamais appris à parler anglais, délaissait Bagatelle et n'y venait que très rarement. La propriété était jalousement fermée et nous partagions avec les Greffulhe et les d'Arenberg le privilège unique d'y entrer librement […]. Les jardins, les pelouses, les bosquets étaient remplis de statues. Diane chasseresse, Vénus au bain et le Faune cymbalier protégeaient nos jeux […]. Dans les nombreuses pièces d'eau, les amours chevauchaient les dauphins et des crapauds fantastiques effrayaient les cygnes et les poissons rouges en vomissant des torrents d'eau […]. Dans une grotte artificielle, un éphèbe tout nu, de grandeur nature, retirait une épine de son pied. Des vases surmontés de dragons ailés ou de sphinx à têtes de femmes ornaient les carrefours. Des colonnes de marbre rose et des obélisques antiques se dressaient au milieu des prairies. Devant l'orangerie, sur la pelouse transformée aujourd'hui en roseraie, se trouvait une piste circulaire où le prince impérial avait appris à monter à cheval […]. Tout au fond du parc se trouvait le cimetière des chiens. Des colonnes brisées, des urnes païennes […]. Bien que toujours inhabité, le domaine était très bien tenu, comme si les propriétaires étaient attendus à tout moment. Un jardinier en chef et une trentaine d'ouvriers suffisaient à peine à ce coûteux entretien […]. Un marbre noir du plus grand prix, Le Discobole, avait été volé […]. Il fut retrouvé le nez dans la fange d'un fossé du bois de Boulogne. Le régisseur se borna à faire murer les petites portes du parc et à installer des veilleurs de nuit dans des logettes […]. »[29]
Nouvelle détentrice à 72 ans d'une énorme fortune et d'une des premières collections artistiques d'Europe Lady Wallace légua en 1894, d'une part à la nation anglaise près de 5 500 meubles, tableaux et objets d'art - dont les plus importantes séries de meubles d'André-Charles Boulle et de porcelaines de Sèvres connues - à la condition qu'elle prit le nom de son défunt mari (le musée, qui comporte 25 galeries, ouvre en 1900), d'autre part à son secrétaire et homme de confiance, John Murray Scott, la somme d'un million de livres, l'immeuble de la rue Laffite, Bagatelle, un domaine irlandais et leur riche contenu.
Un domaine délaissé puis menacé de disparition [modifier]
« Seery (John Murray Scott) avait une autre maison à Paris (Bagatelle), dans le Bois. C'était un bijou, construit pour Marie-Antoinette, nichée au fond d'un jardin du genre « jardin anglais ». La maison était vide, mais nous y allions pour pique-niquer. Dans une grotte, une statue de nymphe baignait son pied dans l'eau […]. Des années plus tard, Seery a vendu cette statue. Un jour, je l'ai vue dans un grand magasin d'antiquités de Londres et j'ai éclaté en sanglots[30] »
En effet, s'il loue la plus grande partie de l'ancien hôtel des Hertford (1 324 m2) en s'en réservant un grand appartement comme « pied-à-terre », Scott vide Bagatelle de son riche mobilier et de ses ornements extérieurs - dont plusieurs statues censées provenir du château de Bercy, démoli en 1861 - le néglige, puis souhaite lotir son parc de 80 hectares, projet qui est empêché par la vente en 1904 - par acte du 12 janvier 1905 ? - à la Ville de Paris pour 6 millions de francs - ou 6,5 millions selon les sources - et c'est le 23 juin de cette année que l'antiquaire parisien Elie Fabius acquit pour plus de 6 000 francs « quatre groupes en bronze et socle en marbre de Bagatelle », sans plus de précision (O.Gabet, op. cit.).
"Les jardins abandonnés depuis cinq ou six ans, non seulement sont en triste état, mais n'offrent pas un attrait assez vif de curiosité dans tous les détails pour en faire un but fréquent de promenade" regrette le conservateur des Parcs et Jardins de la Ville, Jean-Claude Nicolas Forestier, qui à partir de 1905 mit en place sa propre réalisation en utilisant les serres, les pépinières et la carrière d'équitation - de nombreuses fabriques avaient disparu - afin de ne pas dénaturer ce qu'il considérait comme un témoignage de l'évolution des jardins.
Le 17 janvier 1912 Scott meurt à Hertford House ayant légué une partie des biens mobiliers Hertford-Wallace à son amie intime Victoria Sackville-West (1862-1936), qui vend en 1914 le contenu du mythique appartement-musée parisien estimé à 350 000 livres, à l'antiquaire Jacques Seligmann qui, sans l'avoir vu, dit-on le paye 270 000 livres et le disperse.
Malgré la vente séparée des ornements des jardins de Bagatelle ami avant 1905, Lady Sackville s'en était approprié certains, puisque vers 1930 elle offrira à sa fille et à son gendre Harold Nicolson six vases en marbre en provenant pour leur propriété de Sissinghurst Castle (Kent).
Une lente renaissance [modifier]
À partir de 1905 le parc s'articula en trois secteurs :
- au centre, le jardin anglo-chinois de Blaikie remanié par Varé, architecte-paysagiste du bois de Boulogne sous le Second Empire, en conservant la plupart des fabriques anciennes; longeant la terrasse, le parterre à La Française;
- au Nord, le jardin anglais de Varé : un lac, deux grandes pelouses, des massifs de fleurs;
- au Sud, le jardin moderne de la Ville : l'ancienne orangerie du marquis d'Hertford, la roseraie, le jardin hispano-mauresque et sa fontaine dite des Amours de Sudre, le potager et le jardin des Présentateurs, par Forestier.
« Si les jardins et la roseraie furent bien tenus (en 1988, 35 jardiniers y étaient employés[réf. nécessaire]), le pavillon, privé de tout entretien, ne cessa de se dégrader. Faute de surveillance, des cheminées disparurent encore au début des années 1970. Un nouveau départ est donné en 1977 quand Mme Jacqueline Nebout, adjoint au maire de Paris, reçoit la « Délégation à l'environnement et aux parcs et espaces verts de la capitale ». En dix ans, son budget sera multiplié par dix et les travaux de restauration extérieure et intérieure ont absorbé plus de trois millions de francs depuis 1984 » (Eisner, op. cit. p. 92).
Mme Nebout, attachée au souvenir de Napoléon III, présida l'association des « Amis du parc et du château de Bagatelle ».
Du 18 juin au 14 juillet 1988 fut tenté un remeublement temporaire dans son état fin XVIIIe siècle et un décor conçu par le décorateur Jacques Grange, grâce à l'association inédite de conservateurs de musées nationaux et du Mobilier National et de six grands antiquaires parisiens ayant prêté entre autres meubles rares douze sièges de J.B. II Lelarge provenant d'un salon de la comtesse d'Artois au château de Saint-Cloud et une commode de Joseph Baumhauer ayant appartenu au marquis de Marigny ; à l'issue de cette présentation, ils offrirent au château la paire de faunesses en bronze qui avaient orné les montants de la cheminée en marbre de la salle à manger et en avaient été retirés, comme le montre une photo illustrant un article sur Bagatelle paru dans un Connaissance des Arts des années 1980 (paire similaire attribuée à Gouthière dans le salon dit des Fragonard de la Frick collection, New-York).
Un retour inespéré [modifier]
Plusieurs statues réalisées pour Bagatelle entre 1778 et 1781 par les sculpteurs Auger, Simon, Lhuillier, Roland - auteur de deux sphinx sculptés en pierre de Conflans « de la plus belle qualité, posé(s) de chaque côté du perron qui monte au pavillon côté de la cour, coiffé(s) dans le style égyptien »[31] - sont vendues vers 1900 au notaire parisien Gustave Gatine, qui les transporte dans le parc de son château de Bonnemare à Radepont (Eure) ; huit des dix statues : une prêtresse, Hébé, Flore, Clio, Mars, La Fidélité, le Secret ayant orné la façade du pavillon dit « du Commun » ou « du Gouvernement » sont reproduites par Gautier[32].
En mai 1780 Bachaumont y vit « six statues (qui) caractérisent davantage son usage (que l'inscription du fronton précitée), le silence, le mystère, la folie, etc. Plus loin, un Hercule dans ses plus brillants attributs parait partager avec celles-ci l'empire du lieu »[33]. Les statues ont été restituées au domaine par ses héritiers après en avoir fait réaliser des copies pour les remplacer[34].
Gautier indique que des photos du temps de Wallace montrent « deux lions en marbre disposés sur des pieds-droits, surplombant l'entrée de l'office »[35]. Eisner espérait en 1988 le retour au château de dix panneaux peints par Callet - auteur du grand portait officiel du jeune roi Louis XVI (en 1774 ?) - pouvant en provenir, et repérés dix ans plus tôt « dans un château du Vendômois »[36].
Annexes [modifier]
Bibliographie et documents [modifier]
- Francois Cognel, La Vie parisienne sous Louis XVI, Calmann-Lévy, Paris, 1882, arch. pers. ;
- Souvenir de Bagatelle - texte français et anglais, album en deux formats différents de douze cartes postales de vues des extérieurs du château animées de quelques promeneurs et de plusieurs fabriques du parc, dont « Le Grand Rocher » (vestiges des créations de Blaikie ?), des édicules de style néo-gothique, et de la roseraie créée en 1905 sur l'emplacement du manège du Prince Impérial, ornée d'un grand groupe cynégétique en bronze (ND.Phot. s.l.n.d. - archives pers.), très connue par de prestigieux concours annuels, et comptant sur un hectare 6 500 sujets en 1988 ;
- Album de photographies du XIXe siècle relié au chiffre des Hertford, contenant une série de vues de Bagatelle meublé (vendu à l'Hôtel Drouot vers 1990 ; deux vues reproduites dans Montebianco, op. cit., p. 17) ;
- Jacques Hillairet, Connaissance du vieux Paris, 1965, p. 536 et 537 ;
- G.Duchesne, Histoire de Bagatelle, Paris, 1907 ;
- Jean-Claude Nicolas Forestier, Bagatelle et ses jardins, Paris, 1910 ;
- L.de Quellern, Le Château de Bagatelle. Études historique et descriptive, suivie d'une étude sur la roseraie, s.d. vers 1910 ;
- Jean Stern, À l'ombre de Sophie Arnould, François Joseph Bélanger, premier architecte du comte d'Artois, Paris, 1930, 2 vol. ;
- Ouvrage collectif, La Folie d'Artois, 1988 ;
- Maurice Eisner, Bagatelle, Un moment de perfection, Spectacle du Monde, no 307, août 1988, p. 92 à 96 ;
- Jean-Jacques Gautier, inspecteur au Mobilier national, L'art des sculpteurs de Bagatelle, l'Estampille-l'Objet d'Art, no 252, novembre 1991, p. 64 à 83) ;
- Yves Le Floc'h Soye, "Les quatre saisons de Bagatelle" (éditions du Chêne, 1997 - arch. pers.) ;
- Pierre Cabanne, Les grands collectionneurs, Les Éditions de l'Art, 2003 ;
- Roland Montebianco, Sir Richard Wallace, cet illustre inconnu, Éditions Didier Carpentier, 2007 ;
- Olivier Gabet, Un marchand entre deux Empires - Elie Fabius et le monde de l'art , Skira/Flammarion, 2011.
Iconographie [modifier]
- François-Edme Ricois (1795-1881) : Vue de Bagatelle; la lithographie de Jean Jacottet d'après cette œuvre met en scène un groupe dans le parc et la façade sur jardin, son avant-corps "en rotonde" percé de trois portes-fenêtres à agrafes sculptées, surmonté de trois bas-reliefs et du dôme, un perron en demie-lune de trois marches interrompu par les socles de deux statues, à droite côté Seine un départ de balustrade surmonté d'un animal couché, et côté cour d'honneur un autre bâtiment à la façade percée de niches abritant des statues (arch. pers.); ce paysagiste a dessiné une Vue du Bois de Boulogne avec la grande Cascade (Paris, musée du Louvre, cabinet des Arts Graphiques depuis 1927);
- Pierre-Eugène Grandsire (1825-1905): Bagatelle (Seine-Inférieure - sic); la lithographie d'après cette œuvre par Lemercier (vers 1850 ?), montre le château de profil, son dôme sommé d'un petit cône, un groupe au pied d'un escalier - à deux volées ? - de six marches encadré de deux statues sur de hauts socles, une autre statue sur socle côté cour d'honneur, et au premier plan, sur un petit tertre arboré, une chaumière "rustique" en rondins à toit conique entourée d'une clôture de même genre.
Expositions [modifier]
- Exposition Hommage à Richard Wallace (Trianon de Bagatelle, du 7 octobre au 1er novembre 1988).
Notes et références [modifier]
Notes [modifier]
- Les deux petits pavillons édifiés pour la marquise de Pompadour dans le parc du château de Bellevue portaient l'un ce nom, l'autre celui de « Brimborion », synonyme ; le nom de "Fantaisie" a également été donné à des pavillons plus ou moins coûteux édifiés pour le plaisir.
- L'une en Bretagne, qui aurait remplacé un rendez-vous de chasse des princes de Léon, l'autre dans la Somme, qui fut vers 1750 un petit pavillon de trois pièces où le manufacturier van Robais pouvait recevoir ses clients
- Selon les sources, le coût final est estimé entre 300 000 et 600 000 livres, selon que l'on prend en compte ou non l'aménagement des jardins.
Références [modifier]
- Coordonnées trouvées sur Géoportail.
- Pavillon de Bagatelle, base Mérimée, ministère français de la Culture. Consulté le 31 mars 2012
- La folie XVIIIe, sur http://www.lafoliedix-huitieme.eu/. Consulté le 5 avril 2012.
- Le château de Bagatelle, sur http://paris1900.lartnouveau.com/. Consulté le 5 avril 2012.
- Bagatelle, la folie d'Artois, sur http://www.parcsafabriques.org/. Consulté le 5 avril 2012.
- Ernest de Ganay, Châteaux de l'Île-de-France, Fréal, 1939, page ?.
- Adolphe Joanne, Paris illustré, p. 266, L. Hachette et Cie, Paris, 1867.
- Yves Le Floc'h Soyes, Les quatre saisons de Bagatelle, p. 14, éditions du Chêne, 1997
- Bagatelle, sur http://www.historia.fr/. Consulté le 5 avril 2012.
- Les jardins de Bagatelle à Paris, sur http://www.perso-jardins-bagatelle.net/. Consulté le 5 avril 2012.
- Jean-Jacques Gautier, op.cit., p. 82.
- Description donnée (source non citée) par Le Floc'h Soye, op.cit., p. 16 et 17)
- Eisner, op.cit p. 93.
- idem., p. 92.
- Ventes Demidoff, villa San Donato, Florence, 1881, puis collections particulières.
- reprod. par Pierre Verlet dans Les meubles français du XVIIIème siècle, P.U.F. 1982
- (aquarelle, 1778, Archives Nationales de France) ; une vue dite arbitraire du jardin montrant un pont chinois (coll. particulière) ont été reprod. par Gautier (p. 81).
- Trouard Riolle, Un complot contre-révolutionnaire en 1790, Paris : Éditions de la Beuvrière, p. 59
- Gautier, op.cit p. 80.
- Francois Cognel (1762-1844), La vie parisienne sous Louis XVI, 1882, p. 31 et 32.
- Wallace collection, reprod. ds James Stourton, Petits musées, grandes collections, Scala, 2003.
- reprod. ds Montebianco, op. cit. p. 17.
- Les origines de la collection Wallace sont remises en question
- op. cit. p. 96.
- op. cit. p. 71.
- Eisner, idem.
- op. cit. p. 64.
- Cité par Montebianco, op. cit., p. 77.
- Comtesse Jean de Pange, née Laure Marie Pauline de Broglie, Comment j'ai vu 1900, Grasset, 1968, pp .33 à 37.
- Victoria-Mary Sackville-West, récit d'après ses manuscrits publiés par son fils Nigel Nicolson sous le titre Portrait d'un mariage, Stock, 1974, p. 30 et suiv.
- Description de Lhuillier.
- op.cit, p. 76 à 79.
- Cité par Gautier, op.cit. p. 77.
- Châteaux de Normandie, vol. 2, hors-série de la revue Maisons Normandes, s.d., p. 138 à 149.
- p. 82.
- op. cit p. 93