Château d'Abbadia

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Château d'Abbadia
Image illustrative de l'article Château d'Abbadia
Nom local Abbadia
Période ou style style néo-gothique
Architecte Eugène Viollet-le-Duc
Début construction 1864
Fin construction 1879
Propriétaire initial Antoine d'Abbadie d'Arrast
Propriétaire actuel Académie des sciences
Protection Logo monument historique Classé MH (1984)
 Inscrit MH (2012)
Coordonnées 43° 22′ 39″ N 1° 44′ 57″ O / 43.3775, -1.7491743° 22′ 39″ Nord 1° 44′ 57″ Ouest / 43.3775, -1.74917  [1]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Labourd
Région Aquitaine
Département Pyrénées-Atlantiques
Commune Hendaye

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Château d'Abbadia

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Château d'Abbadia

Le château-observatoire Abbadia est un château de style néo-gothique situé sur la commune d'Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), dans la province du Labourd6 km de Saint-Jean-de-Luz et 1 km d'Hendaye). Construit par Eugène Viollet-le-Duc et Edmond Duthoit sur une commande d'Antoine d'Abbadie, il est classé comme monument historique et Maison des illustres. Les riches collections scientifiques, d'archives et de mobiliers sont d'origine et représentent un considérable patrimoine culturel représentatif du XIXe siècle.

Le projet et la construction[modifier | modifier le code]

Les origines et sources d'inspiration[modifier | modifier le code]

La famille d’Abbadia (d’Abbadie) est installée à Arrast (Hourristoia) dans la province de Soule depuis le XIVe siècle au moins. Une maison face à l’église y porte le nom d’Abbadia[2].

Antoine d’Abbadie nait à Dublin en 1810 de père basque et de mère irlandaise. La famille d’Abbadie installée à Toulouse entre 1820-27 vient régulièrement sur la côte basque. Puis la famille d’Abbadie s’installe à Paris jusqu’en 1837. Antoine rejoint alors avec son frère Arnauld une expédition d’une douzaine d’années en Abyssinie (Éthiopie), le futur château sera imprégné par cette région. Fait courant à l’époque, les deux frères d’Abbadie souhaitaient ouvrir la voie aux missionnaires catholiques, sans succès mais sans doute ce réseau leur a-t-il était utile. Ils quittent l’Afrique orientale fin 1848 et restent en relation avec des seigneurs éthiopiens.

Après un premier court séjour aux confins du Béarn, Antoine d’Abbadie s’installe à Urrugne en 1849 et continue de voyager pour ses recherches en Norvège, Espagne, Algérie, etc. En 1852, il est élu à l’Académie des Sciences de Paris comme membre correspondant dans la section de Géographie et de Navigation. Le train arrive à Bayonne en 1855 et à Hendaye en 1864 et facilite les relations entre la côte basque et Paris. En dépit de tous ses déplacements à l’Académie des Sciences et à l’étranger, Antoine d’Abbadie très attaché à la culture basque comme le montrent les inscriptions du château, poursuit ses travaux sur la langue basque. Il crée également à Urrugne des fêtes basques et lance des concours (poésie, pelote, irrintzina, bétail…) à partir de 1851[2]. À sa mort, il sera surnommé Euskaldunen Aïta en raison son investissement pour la culture basque.

En 1859, Antoine d’Abbadie épouse Virginie de Saint-Bonnet (1828-1901) originaire du Dauphiné et de 1864 à 1870, il fait construire le château sur la corniche basque. Le couple d’Abbadie s'est considérablement investi dans la construction de l'édifice.

E. Viollet-le-Duc et E. Duthoit[modifier | modifier le code]

Dominant l'océan, le château est construit dans le domaine d'Abbadia selon les plans d'Eugène Viollet-le-Duc et d'Edmond Duthoit dans un style néogothique entre 1864 et 1879, conçu à la demande d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, astronome et explorateur, mais aussi anthropologue et linguiste, membre de l'Académie des Sciences, qui rêvait d'un château observatoire de style néogothique où se mêlent ses passions orientalistes[4], africaines et chrétiennes. L'influence orientaliste des voyages d'A. Abbadie en Abyssinie (Éthiopie) et en Égypte se retrouve très largement dans toute la décoration intérieure.

En 1857, Antoine d'Abbadie commande à l'architecte Clément Parent, un plan « dans le style à ogives ». Le projet de C. Parent (1859) évoque trop la Renaissance française. Antoine d'Abbadie se tourne alors vers Auguste Magne (1860) et le chantier commence en 1864.

En 1857, Eugène Viollet-le-Duc restaure le château de Pierrefonds (Oise) et poursuit une campagne de restauration de forteresses médiévales dans les années 1860 tout en s’intéressant à l'Égypte ancienne. Le 13 mai 1864, Antoine d'Abbadie sollicite E. Viollet-le-Duc qui a peu de temps à consacrer au projet néogothique et le confie à son disciple E. Duthoit[5] qui s'enthousiasme pour l’architecture arabe (il est alors directeur en chef des Monuments historiques en Algérie)[6]. Finalement, les plans de C. Parent sont conservés mais les façades modifiées. Les maîtres d'œuvre se succèdent (Darrigo, Delarocque, Fréson et Dartéguy).

Les rôles respectifs des maîtres d’œuvre, E. Viollet-le-Duc et E. Duthoit, ont longtemps été discutés tant leurs réalisations peuvent se confondre. Leur collaboration a été exemplaire[7],[8]. En effet, la contribution d'E. Viollet-le-Duc au projet architectural d’Abbadia a été notamment très discutée à l'occasion de l’exposition Viollet-le-Duc au Grand Palais (1979). L'édifice ne figure pas au catalogue de l'exposition, référence reconnue[9] pour l'étude du restaurateur de Carcassonne, Vézelay et Notre-Dame de Paris. Abbadia a ainsi longtemps été considéré comme une œuvre essentiellement réalisée par E. Duthoit[10].

E. Viollet-le-Duc remania l’organisation horizontale proposée par C. Parent, notamment en ce qui concerne l'accueil et la logique de circulation. E. Duthoit qui a effectué des relevés de monuments arabes, s'en inspire dans les salons orientaux du château Abbadia et de Roquetaillade dans la chapelle Saint-Michel. Son goût pour l'art arabe et la polychromie trouve sa source dans ses voyages scientifiques avec le marquis de Voguë[11].

En 1858, un premier observatoire astronomique circulaire est construit, il sera détruit par la suite et remplacé par l’actuel bâtiment parallélépipédique. En 1865, les deux ailes occidentales et orientales sont couvertes.

La conception architecturale d'E. Viollet-le-Duc à Abbadia propose un art total sans doute annonciateur des prémisses de l’Art nouveau[10].

Un large réseau artistique[12][modifier | modifier le code]

L’architecte-paysagiste Eugène Bühler travaille au parc d’Abbadia, crée la ferme Aragorri - les communs du château - et réalise un remaniement territorial du quartier de Subernoa où le château est implanté et dont Antoine d’Abbadie est le principal propriétaire. Ami intime d'Antoine d'Abbadie, E. Bühler apparaît comme un véritable conseiller en matière d’architecture et de décoration[10].

Le réseau artistique du château d'Abbadia compte des noms réputés du monde de l’art du XIXe siècle[13] : Charles-Laurent Maréchal (vitraux), Adrien Guignet (peinture), Dantan jeune (sculpture), Léon Parvillée (céramique orientaliste)[14], Schoch-Läderach (céramiste), la faïencerie de Gien, Placide Poussielgue-Rusand et Jean-Alexandre Chertier (arts précieux), Philippe-Joseph Brocard (émailleur sur verre), Raulin (ébénisterie chinoisante)[15] et la firme berlinoise Renaissance (mobilier)[16].

Eclectisme, luxe et raffinement s'allient aux progrès technologiques et sociétaux du temps, des commandes sont adressées aux entreprises anglaises Simpson & Son, Maw & Co et Hart, Son, Peard & Co et aux enseignes parisiennes comme Au Bon Marché et aux Grands Magasins du Louvre[10][13].

La main d'œuvre et les matériaux[modifier | modifier le code]

Le recrutement des ouvriers repose sur la population basque, plus que pour de traditionnelles raisons logistiques, par solidarité culturelle, A. d'Abbadie avait conscience du moteur économique que représentait son projet. Le chanoine Inchauspé et le père biscayen Arana sont impliqués le recrutement de la main d’œuvre[10].

Les gargouilles, crocodiles, serpent qui décorent le porche d’entrée du château sont taillés dans du calcaire de Béhobie (Crétacé supérieur). Moellons roses, blancs et noirs constituent les façades. La carrière d'Iharxekoborda, proche du château, a fourni les matériaux - un calcaire blanc ou un peu rougeâtre, le « calcaire de Lasseube » - pour les moellons des murs comme la carrière de Lohia, au pied de la falaise, et qui était la propriété d'A. d'Abbadie. Les moellons noirs proviennent vraisemblablement de la carrière de Laffitenborda à Urrugne et les moellons roses de la cité espagnole de Fontarrabie. Ils constituent une autre nuance du calcaire de Lasseube acheminé par bateau à travers la Bidassoa et débarquée à Ondarralzu (plage d'Hendaye aujourd’hui endiguée, Cf. la promenade de la baie de Chingoudy). La majorité des encadrements, portes et fenêtres, viennent de la carrière de Sorgin Silo, entre la baie de Lohia et la maison Haïçabia. Enfin, la pierre blanche est un calcaire albien (Crétacé inférieur) d’Ascain, acheminé sur la Nivelle jusqu’à Saint-Jean-de-Luz puis par charrette à bœufs jusqu’à Abbadia[17].

Les éléments du château[modifier | modifier le code]

L'architecture extérieure de l'édifice est de style néo-gothique irlandais et se compose d’un bâtiment central d’où partent trois ailes ayant chacune une affectation : la bibliothèque et l'observatoire, la chapelle et enfin, l'habitation. L'ensemble porte des tours crénelées.

La décoration intérieure polychrome[18], chargée de motifs orientalistes, rappelle les explorations des frères d'Abbadie et les formes décoratives médiévales occidentales ou mauresques d'E. Duthoit.

Citations et bestiaire[modifier | modifier le code]

Les animaux emblématiques et symboliques témoignent du goût du XIXe siècle pour l’orientalisme. Crocodiles, serpents, éléphants, singes, coquillages, etc., une faune exotique couvre les murs extérieurs du château sur les façades, les escaliers, les colonnes, etc. Chien, grenouille, escargot, chat chassant le rat complètent le cortège.

Sous le porche d’entrée, une citation en gaélique accueille le visiteur par Cead Mile Failte (Cent mille bienvenues). D'autres formules ornent par exemple une des cheminées Plus estre que paraistre et Transit vita sicut fumus (la vie passe comme la fumée). Des dictons en basque comme "Jainkoa bera langile on izanagatik, nahi du lankide" (Dieu étant bon ouvrier, il veut un compagnon de travail) ou Bizi bedi euskara célébrent le Pays basque. Des érudits comme Jules Mohl, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, participent à l’élaboration des inscriptions ornementales.

À la porte principale, deux crocodiles veillent redoutablement sur l'entrée. Le crocodile symbolise le voyage en Abyssinie. Un serpent constitue un symbole ambivalent de la culture musulmane, hayya évoque le mythe de la création, Eve et El Hay, un des noms de Dieu, le Vivifiant.

La chapelle[modifier | modifier le code]

Vers l'est, une galerie conduit à la chapelle. La décoration est dirigée par E. Duthoit. La nef, constituée en une grande salle rectangulaire, pouvait accueillir les fermiers du domaine d'Abbadia. Le chœur est éclairé par trois vitraux : au centre le Christ aux outrages encadré par les Pères de l’Église, saint Thomas d’Aquin et saint Augustin. L'extrémité Ouest du chœur est décorée de fresques représentant l'ermite Paul de Thèbes et de saint Antoine le Grand au désert. Les arcs de la charpente portent un plafond de bois peint. Les murs rouges peints en trompe l'œil, portent le monogramme S.A. (saint Antoine le Grand)[19].

Face à l'autel, un balcon de la chambre de Virginie donne accès à la chapelle. Antoine et Virginie d'Abbadie reposent dans une crypte sous l'autel.

L'observatoire[modifier | modifier le code]

Antoine d'Abbadie poursuit avec l'astronome Rodolphe Radeau, la publication définitive de son ouvrage sur la géodésie de l'Éthiopie (1860 - 1873) et en 1878, il devient membre du Bureau des longitudes, passionné d'astronomie, il édifie dans son château un observatoire, c'est la pièce la plus vaste du bâtiment.

Des astronomes britanniques comme Sir George B. Airy et Richard C. Carrington assistent E. Duthoit dans la création de l’observatoire.

Le château-observatoire est animé par une équipe de six à huit scientifiques. L'observatoire est la dernière salle mise en place à la fin de la construction du château en 1879. La lunette méridienne[20],[21], réalisée par W. Eichens, est unique.

L'observatoire est aussi équipé pour détecter les légères secousses telluriques. Les scientifiques de la physique du globe continuent de s'intéresser à ces données. Dans la cave, in inclinomètre et un sismomètre au contact de la roche mesurent les variations de la verticale qui matérialisent l’élasticité et les déformations terrestres lors de secousses sismiques et des marées océaniques et terrestres. Antoine d’Abbadie y a fait installer deux nadiranes (de nadir, en opposition à zénith) : dans le parc (ancré à 8 mètres de profondeur sur 71 mètres de long) et, à l’intérieur du château (la cuve est le seul vestige visible restée dans la cave du laboratoire)[22].

A. d'Abbadie avait demandé que les recherches scientifiques s'y poursuivent et qu'un prêtre y assure les services religieux pour les villageois. En 1897, à la mort d'Antoine d'Abbadie, le château est légué à l'Académie des Sciences, encore propriétaire et l'observatoire fonctionne jusqu'en 1975.

La bibliothèque[modifier | modifier le code]

L'architecture de la bibliothèque comporte une galerie en châtaignier, des consoles de fer à gros boulons et elle préfigure l’Art nouveau.

Des publications astronomiques et des machines à calculer évoquent encore l'ancien observatoire.

Au cœur du château, la bibliothèque témoigne de l’esprit curieux d’Antoine d’Abbadie. Lors du legs à l’Académie des Sciences, elle comptait plus de 11 000 volumes (une partie est actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France) dont 234 manuscrits bibliques et littéraires, des écrits en ghez (langue liturgique éthiopienne), des romans, des recueils de poèmes et surtout, 960 ouvrages basques. Issu d'une grande famille bourgeoise et de père souletin (Arrast-Larrebieu), Antoine d'Abbadie mit sa fortune et sa notoriété au service de la culture basque et comme son père, Michel d'Abbadie, dès son retour d'Irlande, il soutint la culture basque. Il fut également maire d'Hendaye.

L'entrée, le vestibule et l'escalier principal[modifier | modifier le code]

E. Viollet-le-Duc dessine le bestiaire du porche, de l’escalier d’honneur et vraisemblablement du sanctuaire. Du vestibule s’articule toute la demeure. Les décors intérieurs évoquent la fin du Second Empire alors que la Cour impériale séjournait à Biarritz.

Dans le vestibule, un vitrail héraldique et dix fresques ethnographiques éthiopiennes sont dessinées par E. Viollet-le-Duc et E. Duthoit. Les fresques de l’entrée montrent la vie quotidienne en Abyssinie, d'un orientalisme propre à l'époque, teinté de romantisme ; elles présentent sans doute des détails plus réalistes que la plupart des réalisations de cette période (enfants enchaînés à l’école, travail campagnard - vanner et moudre le grain - , repas d’un grand chef, guerrier, procession, orateur au parlement) car A. d'Abbadie a passé douze années en Éthiopie, pieds nus, portant le turban et la toge des éthiopiens[23]. Les devises : « plus être que paraître » et « ma foi et mon droit » ornent les murs ainsi que des boucliers et cornes d’animaux éthiopiens.

Le grand escalier reliant le rez-de-chaussée aux chambres supérieures était utilisé par le couple et leurs amis (un autre escalier assure le service). L'escalier est éclairée par une fenêtre avec des vitraux. Une inscription latine accueille les visiteurs : "Bienvenue à celui qui entre sous ce toit...". En haut de l'escalier, il y a une statue en bois d'Abdullah portant un flambeau, le jeune esclave éthiopien libéré par Antoine d'Abbadie et, les fresques de la cage d'escalier représentent des scènes de la vie quotidienne en Éthiopie.

La salle à manger[modifier | modifier le code]

Les murs de la salle à manger sont recouverts de cuir de buffle. Comme dans la chambre d'amis, le mobilier conçu par E. Duthoit comprend une table avec des incrustations et une commode qui servait spécialement à la porcelaine des banquets. Les chaises autour de la grande table portent chacune une lettre éthiopienne. L'ensemble, dans l'ordre, permet de lire la devise : "Puisse-t-il autour de cette table ne jamais se trouver de traître".

Le salon d'honneur, le petit salon et le boudoir[modifier | modifier le code]

  • le salon arabe du rez-de-chaussée ;
  • le salon oriental d'architecture circulaire (2,40 m de diamètre et 2,20 m de haut) dans la tour Sud ; les murs sont peints en bleu avec le monogramme doré A et V ( Antoine et Virginie ) en caractères gothiques ; la cheminée constitue l’ornement principal, de style médiéval, de ce salon. Elle est réalisée en pierre d’Angoulême selon un dessin d'E. Duthoit ; la hotte porte le blason d’Antoine d’Abbadie et sa devise plus être que paraître, le manteau, une citation latine la vie passe comme la fumée. Un décor sur le thème du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle termine le tout.
  • le boudoir circulaire de la chambre à coucher ;

Les chambres[modifier | modifier le code]

Les chambres sont à l'inventaire du classement des monuments historiques (MH) : de Madame d'Abbadie, d'Éthiopie, de Jérusalem et de Napoléon III :

  • la chambre d'Éthiopie et la chambre de Jérusalem ; cette chambre tire son nom d'une carte de la Sainte Jérusalem sur la cheminée avec l'inscription latine " vos pensées vont à la même hauteur que la flamme". Les murs de la salle symbolisent la Passion et le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Cette chambre des invités contient des meubles conçus par E. Duthoit. Les boiseries murales sont ornées d'inscriptions en arabe et le lit à baldaquin d'une autre en latin "Doux sommeil, des rêves d'or pour quiconque repose ici, un réveil plein de bonheur, un excellent matin" ;
  • la Chambre de la Tour ou chambre de l'Empereur : Napoléon III qui devait mettre la dernière pierre à l'édifice n'y est jamais venu en raison de la défaite de Sedan ; la chambre impériale est décoré par un mobilier de belle facture en chêne noir dans le style néo-gothique tardif. Le dessus du lit est richement décoré par des animaux fantastiques (dragons et hiboux) et une inscription latine : " les voyageurs bénéficient d'une pause au calme dans une maison accueillante ". La partie supérieure d'une imposante cheminée se compose d'une sculpture en pierre d'Antoine le Grand, saint patron Antoine d' Abbadie ; la cheminée est carrelée de majolique jaune et bleu turquoise avec un proverbe arabe : « Ne jette point de pierres dans le puits dont tu bois l’eau ».
  • la chambre de Virginie comporte un balcon qui s'ouvre sur la chapelle ; elle présente des murs lambrissés et une fenêtre sur l'océan, au sud, la vue porte sur la montagne. Un grand miroir doré couvre le manteau de la cheminée de marbre noir où de part et d'autre se trouvent les portraits d'Antoine d'Abbadie et son épouse Virginie. La chambre a un accès direct à la chapelle.

Le domaine d'Abbadie[modifier | modifier le code]

À l'époque de l'acquisition du domaine par A. d'Abbadie, un parc avec de nombreuses espèces exotiques a été aménagé autour du château. À la fin de la vie d'A. d'Abbadie, la propriété comptait 415 hectares. L'activité agricole du domaine a laissé quelques fermes qui appartiennent au Conservatoire du Littoral (Larretxeaberri, Nekatoenea, Asporotsttipi). En 1910, un golf dix-huit trous a été créé qui transforma profondément le site. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le mur de l'Atlantique a son tour modifia le paysage notamment par l'abattage d'arbres et la construction de blockhaus. Après la guerre, l'activité agricole reprit[24],[25].

Le Conservatoire du littoral et des rivages lacustres[modifier | modifier le code]

La corniche basque constitue le dernier vaste espace naturel de la côte basque française avant la frontière espagnole. Les paysages "naturels" du promontoire, dominant les falaises, sont spectaculaires multipliant les points de vue sur l'océan Atlantique, avec des criques et les célèbres rochers Jumeaux et, les montagnes (La Rhune et Jaizkibel). Le domaine d'Abbadia qui comptait 250 ha est en partie (84 ha) devenu propriété du Conservatoire du littoral et géré par les municipalités d'Hendaye et d'Urrugne.

Vue de la corniche basque depuis le domaine

Le domaine est classé au titre de ZNIEFF de type 1 et d'intérêt communautaire (proposition Natura 2000). Abbadia offre une variété de milieux : falaises maritimes végétalisées, landes atlantiques, formations arbustives, haies bocagères, pelouses aéro-halines et prairies pâturées, chênaies-frênaies, aulnaies, ruisseaux intermittents. Des espèces méditerranéennes (nerprun alaterne, salsepareille, aulne de Corse, canne de Provence, etc.) s'y développent mais surtout des espèces exotiques, implantées volontairement dans les jardins du château comme le palmier de Chine, l'eucalyptus, les hydrangeas, etc. ou invasives comme l'herbe de la Pampa ou le baccharis.

La corniche basque, espace "naturel" du littoral, offre aux oiseaux une halte migratoire avant le franchissement des Pyrénées (courlis, milan royal, pluvier argenté, oedicnème criard, etc.). Certaines espèces y hivernent ou nichent sur le site comme le grand corbeau, le faucon pèlerin et le faucon crécerelle. La coronelle grise, reptile rarement signalé dans la région, y est présente comme le lapin de garenne, l'écureuil, la belette, la genette et le renard.

Les premières parcelles sont acquises par le conservatoire en 1979, une convention de gestion est signée avec la commune d'Hendaye puis en 2000, le département est associé dans la gestion. Le site est entretenu par une équipe communale. Trois éleveurs gèrent les prairies avec des brebis manex à tête rousse. Le site est classé au titre de la loi du 2 mai 1930 des sites et monuments et concerné par loi littoral (loi du 3 janvier 1986)[26] et une partie du domaine est en réserve de chasse.

Domaine d'Abbadia : château et troupeau de brebis

Le verger conservatoire[modifier | modifier le code]

Depuis fin 1988, le domaine d’Abbadia accueille, sur un hectare, une antenne du Conservatoire végétal d’Aquitaine (Cf. Parc naturel régional des landes de Gascogne), le Groupe des ressources phytogénétiques d'Aquitaine. En effet, un grand nombre de variétés fruitières, potagères et céréalières risque de disparaître. Une centaine de variétés de pommiers (dont Blanche à longue queue, Plotet, Pomme rangatte, Chocoli, Perdigan, Carnorou, Gezia beltza, Apez sagarra)[27], une cinquantaine de cerisiers, seize de pruniers, six de poiriers, quatre de néfliers, trois d’abricotiers et soixante de vigne composent la collection du verger.

Le public découvre des variétés anciennes, locales et rustiques et le technique de taille, de greffage, etc. Le CPIE Littoral basque[28] récolte les pommes pour l’élaboration de sagarno (cidre basque traditionnel) et de jus de pommes (Cf. "Bizkiak").

Le rayonnement culturel[modifier | modifier le code]

L'Académie des Sciences[modifier | modifier le code]

Le château est aujourd'hui la propriété de l'Académie des sciences. En 1895, Antoine d'Abbadie légue sa propriété à l'Académie dont il est membre à partir de 1867 et président en 1892, avec comme condition que l'observatoire soit dirigé par un prêtre. Il fait une donation à l'Académie en particulier pour financer des travaux d'astronomie à l'Observatoire d'Abbadia.

Lors de la fermeture de l'observatoire en 1976, l'Académie crée le Prix d'astronomie Antoine d'Abbadie[29].

La gestion commerciale du château a été assurée par la Fondation Antoine d’Abbadie jusqu’en 2011. Par une procédure de Délégation de Service Public (DSP, la gestion a depuis été attribuée à la mairie d’Hendaye et son office de tourisme.

Monument historique[modifier | modifier le code]

Le château est classé comme monument historique le 21 décembre 1984[30]. L'observatoire d'Abbadia est le premier et unique observatoire décimal. La remarquable lunette méridienne décimale construite par W. Eichens (1879) et ses accessoires est le seul exemplaire au monde dont les cercles gradués sont divisés en 400 grades puis en décigrades. Les microscopes permettent une lecture des distances polaires au 1/10 000 de grade près. Le 25 octobre 2001, cet ensemble instrumental a été classé au titre des Monuments historiques.

Meubles et objets mobiliers ont été classés au titre de Monuments historiques le 1er avril 2003 (arrêté de classement du 10 septembre 2003). Ils constituent un remarquable ensemble historique et artistique.

Le château a fait l'objet de 1997 à 2008 d'un vaste programme de restauration avec le soutien de la Direction régionale des Affaires culturelles, de la Région Aquitaine, du Département des Pyrénées-Atlantiques, de la Fondation Rhône-Poulenc-Institut de France et d'un mécène.

Maison des Illustres[modifier | modifier le code]

En 2011, le ministère de la Culture et de la Communication crée un nouveau label : Maisons des Illustres au titre de la conservation et de la transmission en mémoire de femmes et d’hommes les ayant habitées et s'étant illustrés dans l’histoire politique, sociale et culturelle de la France (111 maisons sont actuellement labellisées). Abbadia reçoit le label en 2012. Le label délivré par le ministère est attribué pour une durée de cinq ans renouvelable aux maisons ayant une ouverture au public d'au moins 40 jours par an[31]. La visite est ouverte du 24 janvier au 30 décembre.

L'Association des Amis d'Abbadia[modifier | modifier le code]

L'Association des Amis d'Abbadia (Abbadiako Adixkideak) organise des classes patrimoine et depuis 1994, le domaine d’Abbadia, accueille deux artistes en résidence chaque année.

Des partenariats mis en œuvre avec des établissements d'enseignement et des associations traduisent la vocation pédagogique du musée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Coordonnées vérifiées sur Géoportail et Google Maps
  2. a et b J.-B. Hiriart-Urruty, 2011
  3. Antton Abbadia
  4. Y. Cardaillac-Hermosilla, 1998 - L’orientalisme au château d'Abbadia. Antoine d’Abbadie 1897-1997, Congrès International, Hendaye, 1997, Donostia : Eusko Ikaskuntza, Bilbao : Euskaltzaindia, pages 327-336 [1]
  5. Nabila Oulebsir, 2009 - Edmond Duthoit. Un architecte néogothique et moderne, entre Picardie et Méditerranée. In Nabila Oulebsir et Mercedes Volait (dir.), L’Orientalisme architectural entre imaginaires et savoirs, Paris, Picard (« Les livres d'InVisu ») 155-176
  6. Bernard Toulier, Un parfum d’Orient au cœur des villes d’eaux, In Situ, revue des patrimoines [2]
  7. Foucart-Borville J., 1985 - Une collaboration exemplaire : Viollet-le-Duc et Duthoit à Roquetaillade. Bulletin de la Société d’Histoire de l’art français, Paris, 1985-1987 : 269-281
  8. Bruno Foucart, 1996 - Viollet-le-Duc et Duthoit en Abbadia. Connaissance des Arts, 531, 84-93 (citation p. 85).
  9. Viollet-le-Duc, Galeries nationales du Grand Palais. Centre des Monuments Nationaux, Paris, 1980
  10. a, b, c, d et e V. Delpech, "Le château d« V. Delpech, "Le château d'Abbadia, monument idéal d'Antoine d'Abbadie" », Euskonews (En ligne), n°667,‎ 2013
  11. Delpech V., 2011 - L’Éthiopie au château d’Abbadia : de la création à l’expression d’un programme orientaliste. Annales d’Éthiopie, Centre Français des Études Ethiopiennes-CNRS-De Boccard, Paris, 26 : 129-165
  12. « Delpech V., "Le château d'Abbadia, monument idéal d'Antoine d'Abbadie" », Euskonews n°667,‎ 2013. URL: http://www.euskonews.com/0667zbk/gaia66703fr.html
  13. a et b « Delpech V. "Le château d'Abbadia, le monument idéal d'Antoine d'Abbadie" », Euskonews (En ligne), n°667,‎ 2013. URL: http://www.euskonews.com/0667zbk/gaia66703fr.html
  14. voir Architecture et décorations turques au XVe siècle de Léon Parvillée
  15. Victor Raulin succède à son père en 1878 et participe aux Expositions universelles de Paris de 1878 et 1889 où il obtint des médailles d'argent voir Denise Ledoux-Lebard, 1984 - "Les ébénistes du XIXe siècle", p. 543.
  16. V. Delpech, 2006, 2008, 2012
  17. Étude pétrographique du Château d’Abbadie (Sud-Ouest, 2009)
  18. Hélène Guené, 1986 - Abbadia, Viollet-le-Duc et la polychromie. Monuments historiques de la France, 147, 31-38
  19. Animation sur la chapelle
  20. Françoise Le Guet-Tully, Jean Davoigneau, L’inventaire et le patrimoine de l’astronomie. L’exemple des cercles méridiens et de leurs abris. In Situ, revue des patrimoines [3]
  21. Ministère de la Culture, catalogue des objets scientifiques et éléments architecturaux d'Abbadia [4]
  22. Site de l'Académie des sciences
  23. Cf. Yvette Cardaillac-Hermosilla, 1998
  24. Abbadia, corniche basque (Conservatoire du littoral)
  25. le domaine d'Abbadia (Rivages de France)
  26. Légifrance
  27. Guide des pommes
  28. Centre permanent d'initiatives pour l'environnement littoral basque (Euskal itsasbazterra) [5]
  29. Institut de France, Académie des sciences, Le château-observatoire d'Antoine d'Abbadie à Hendaye [6]
  30. « Classement du château d'Abbadie », base Mérimée, ministère français de la Culture
  31. Ministère de la Culture et de la communication, Maisons des Illustres

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, 1991 - Domaine d'Abbadia. Ed. l'Association Abbadiako Adixkideak - Les Amis d'Abbadia, 48 pages
  • Delpech Viviane, 2006 - Château d’Abbadia : les enjeux culturels et touristiques de la restauration du parc. Mémoire de Master 1 professionnel Ingénierie touristique, Université de Pau et des Pays de l’Adour
  • Delpech V., 2008 - Orientalisme rêvé et souvenirs de voyage au château d’Abbadia. Mémoire de Master 2 recherche Histoire de l’art, Université de Pau et des Pays de l’Adour
  • Delpech V., 2012 - Le métissage architectural et ornemental du château d’Abbadia à Hendaye. Thèse de l'Université de Pau et des Pays de l’Adour
  • Delpech V., 2013, 3Le château d'Abbadia, monument idéal d'Antoine d'Abbadie", in Euskonews (en ligne), no 667. URL: http://www.euskonews.com/0667zbk/gaia66703fr.html
  • Jean Dercourt (dir.), 2010 - Antoine d'Abbadie (1810-1897) : de l'Abyssinie au Pays basque, voyage d'une vie. Ed. Atlantica, Biarritz, France
  • Foucart B., 1996 - Viollet-le-Duc et Duthoit en Abbadia. Connaissance des Arts
  • Foucart-Borville J., 1985 - Une collaboration exemplaire : Viollet-le-Duc et Duthoit à Roquetaillade. Bulletin de la Société d’Histoire de l’art français, Paris, 1985-1987 : 269-281
  • Fourrel de Frettes S., 1994 - Le château d’Abbadia (1857-1879). Mémoire de maîtrise d’Histoire de l’art, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III.
  • Gracianne Hastoy, 2006 - Livre de pierre, le château d'Abbadia. Ed. Atlantica, 120 pages
  • Jean-Baptiste Hiriart-Urruty, 2011 - Antoine d’Abbadie (1810-1897) : d’Irlande au Pays basque, en passant par Toulouse, l’Éthiopie et bien d’autres contrées. Communication à l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, séance du jeudi 9 juin 2011, 11 pages
  • Pierre Loti, 1892 - Ramuntcho
  • Matthys R., 2010 - Souvenir d’une arcadie. Les fresques éthiopiennes du vestibule in Dercourt J. (dir.), Antoine d’Abbadie. De l’Abyssinie au Pays basque, voyage d’une vie. Ed. Atlantica, Biarritz, p. 117-142.
  • François Pouillon, 2008 - Article "Antoine d'Abbadie" in Dictionnaire des orientalistes de langue française. Karthala Éditions, 1007 pages
  • Jean-François Terrasse, Alan Johnston, 1998 - Le domaine d'Abbadie, corniche basque. Ed. Actes Sud, coll. Conservatoire du littoral.
  • Urkizu P. (dir.), 1998 - Antoine d’Abbadie (1897-1997). Actes du congrès International, Eusko Ikaskuntza/Euskaltzaindia, Bayonne/Donostia-San Sebastian.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Institut de France
  • Fondation Antoine d'Abbadie de l'Académie des sciences [7]
  • Sites et musées en Pays basque Château-observatoire Abbadia [8]

http://www.sitesetmuseesenpaysbasque.com/