Ceinture verte européenne

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Carte présentant (en vert) le tracé de la "Ceinture verte européenne)

La ceinture verte européenne (European Green Belt pour les anglophones) est une initiative soutenue par l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) qui en 2008 a « instamment » prié les gouvernements des 23 pays européens concernés et l'Union européenne « d'accorder la plus haute priorité à la mise en place du réseau écologique de la ceinture verte européenne et d'apporter leur soutien aux correspondants nationaux et aux coordonnateurs régionaux dans la poursuite du programme de travail ».

Cette ceinture pourrait ainsi devenir le premier exemple concret de réseau écologique transfrontalier traversant l'Europe entière, selon l'UICN [1], une première amorce de taille significative pour le réseau écologique paneuropéen.

Le projet vise aussi à promouvoir et soutenir des initiatives régionales de développement basées sur la conservation de la nature. Les objectifs de ces initiatives concernent tous les niveaux, du local au global (c'est-à-dire écozones continentales et biodiversité à l'échelle de la biosphère).

Enfin, pour l'UICN, c'est aussi un « monument historique et culturel de l'histoire récente de l'Europe » [1] que ce réseau pourrait contribuer à entretenir.

Le projet[modifier | modifier le code]

Exemple de paysage, après la chute du rideau de fer (Allemagne)
Exemple de renaturation sur l'ancien tracé sur rideau de fer

Il consiste à créer une sorte de méga-corridor biologique long de près de 13 000 km, constituant une des ossature du futur réseau écologique paneuropéen. Ce corridor connecterait biologiquement l'Arctique (via la Mer de Barents) à la mer Noire et à la Méditerranée, en passant par 23 pays[1].

C'est un projet qui peut ainsi fortement contribuer au réseau écologique paneuropéen et aux projets locaux de trame verte, y compris corridors biologiques sous-marins en mer Baltique ; ce réseau couvre en effet une grande partie des habitats les plus importants pour la biodiversité en Europe. Il serait représentatifs de la presque-totalité des biotopes des grandes régions biogéographiques d'Europe (seules l'Espagne et la France n'en feraient pas partie, parmi les pays européen les plus riches en biodiversité). Mais la trame verte et bleue du Grenelle de l'environnement en bénéficierait indirectement, via l'Allemagne et l'Italie.

Cette « ceinture verte » relie concrètement entre eux des parcs nationaux, des parcs naturels, des réserves de biosphère et des aires protégées transfrontalières, ainsi que des zones non-protégées longeant ou traversant les frontières administratives.

Bioéographie du réseau[modifier | modifier le code]

Le réseau s'appuie surtout sur des territoires situés sur l'ancien rideau de fer, qui étaient devenu, de facto une zone de protection de la faune, car no man's land, ou protégé des intrusions du public par les gardes-frontière et différentes mesures de sécurité. Il s'agit de conserver et entretenir les caractéristiques écologiquement intéressantes de cette vaste bande de terrain, tout en valorisant le fait que les murs et barbelés et autres clôtures électriques ont disparu, permettant à nouveau à la faune de circuler de part et d'autre des frontières, en les traversant lorsqu'elle en a besoin. Kai Frobel, le père de ce projet, a néanmoins remarqué que, dans une partie aujourd'hui reboisée de cette ceinture (sur la frontière entre la Bavière et la Tchécoslovaquie, 18 ans après la suppression de la barrière frontalière, les chevreuils semblaient toujours refuser de franchir la frontière, comme s'ils n'avaient pas oublié les mines les clôtures électriques, les phares et les nombreux chiens des gardes-frontières.

23 pays sont concernés :

Intérêt faunistique[modifier | modifier le code]

Cette « ceinture verte européenne » est selon l'UICN [1] une importante voie de migration pour plusieurs espèces de mammifères menacées, dont ;

Il comprend des couloirs de migration (vallées) et des aires de repos pour des oiseaux migrateurs. C'est l'un des "derniers bastions" [1] d'espèces gravement menacées comme ;

…notamment dans les paysages très anthropisés d'Europe centrale ;

The route of the Green Belt is divided into three regional sections: Les trois grandes régions biogéographiques à reconnecter (Connectivité écologique) sont :

Chacune dispose d'un coordinateur au sein de l'UICN

En suivant un tracé correspondant en grande partie à celui de l'ancienne frontière entre ex-Europe de l'Est et Ex-Europe de l'ouest, ce réseau a aussi valeur de symbole pour l'effort mondial en faveur d'actions commune, transfrontières pour la conservation de la nature et le développement durable. En outre, l'initiative vise aussi à mieux harmoniser les activités humaines avec l'environnement naturel, pour un développement socio-économique plus durable et soutenable pour les communautés locales.

Intérêt scientifique[modifier | modifier le code]

  • C'est un des rares cas où sur la planète il est possible d'étudier les effets de 50 ans de jachères entretenues et de différents modes de gestion de ces milieux.
  • Ce corridor a probablement conservé des graines, plants et souches d'espèces qui ont disparu ou régressé dans les milieux voisins cultivés ou urbanisés. L'étude de la circulation des gènes dans un tel espace pourrait être source d'enseignements intéressants sur les effets de la gestion croisée avec ceux d'une moindre fragmentation des milieux et des effets du dérèglement climatique qui semble en cours en Europe.

L'initiative[modifier | modifier le code]

Ce projet « Ceinture verte européenne » a été lancé en septembre 2004 sur les bords du lac Fertő (Neusiedler See en allemand), Parc national en Hongrie. Ce parc national est situé dans la zone frontalière Autriche-Hongrie, où il constitue une aire protégée transfrontalière largement connue pour ses vastes roselières accueillant de nombreux oiseaux d'eau. Il représente aussi les dimensions culturelles et historiques de l'initiative, en tant qu'une des premières régions où le rideau de fer a été ouvert en 1989. Il était déjà devenu évident que les zones de sécurité autour du rideau de fer était également devenue une zone-tampon ayant valeur de refuge pour la faune (Refugium en biologie des populations), un exemple de « réserve involontaire ».

En 2004, des écologues et représentants officiels des pays situés le long de la ceinture verte se sont réunis pour identifier les étapes nécessaires pour faire du projet de ceinture verte un succès. Le principal résultat de cette réunion a été la définition d'un programme de travail, qui a ensuite été discuté et complété par les acteurs et les partenaires de la ceinture verte.

C'est un des moyens pour les pays riverains de contribuer à rembourser une partie de leur dette écologique et d'appliquer certaines conventions internationales et accords internationaux dont

Organisation du projet[modifier | modifier le code]

  • Chaque section géographique du projet dispose d'un coordonnateur régional.
  • L'initiative elle-même est supervisé par un « coordinateur ceinture verte » (IUCN Green Belt coordinator) au sein de l'UICN.
  • Le secrétariat de l'Initiative est accueilli dans les bureaux régionaux de l'UICN pour l'Europe à Bruxelles.
  • Dans les pays limitrophes de la Ceinture Verte, des représentants nationaux, dûment autorisés par leurs États respectifs, via les organismes officiels (Agences, ministères chargés de l'environnement ou de la conservation de la nature et organismes chargés du développement régional), servent de « points focaux nationaux » (National Focal Points).
  • Par cette structure, l'initiative prend en compte le fait que la ceinture verte signifie des choses différentes pour les différents acteurs tout au long de son tracé.

Membres et parties prenantes[modifier | modifier le code]

La Ceinture verte est une initiative multi-partite, construite en collaboration avec de nombreux organismes gouvernementaux et des ONG . Les membres sont des ONG nationales et internationales, des organismes ou agences d'État dédiés à la conservation de la nature et au développement régional, des autorités de gestion d'aires protégées et les coordonnateurs régionaux et responsables des points focaux nationaux - qui représente les membres de l'UICN.

Histoire de l'Initiative[modifier | modifier le code]

Un médecin allemand (Kai Frobel) quand il était jeune vivait très près de la partie ouest-allemande du rideau de fer[2],[3] près de Cobourg.

Il s'est rendu compte que l'exclusion du public du no man's land et des zone de sécurité situées le long du rideau de fer en avait fait de facto une réserve faunique. Quand le rideau de fer est tombé en 1989, il a proposé de faire ces réserves fauniques relativement préservés un vaste corridor aujourd'hui nommé « Ceinture verte européenne »

Il dirige Ribbon of Life qui d'un rideau de fer est devenu un ruban de vie ; le projet visant à préserver l'intégrité écologique et la valeur de refuge de ces zones[2]. Le projet est notamment soutenu par le BUND (Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland).

Il a noté que la faune avait été mieux préservée le long de nombreuses régions frontalières[4], notamment car :

  • L'interdiction de pulvérisation de pesticides a permis la conservation de nombreux insectes devenus rares ou très rares ailleurs.
  • Les anciens cratères creusés par l'explosion de mines sont devenus des mares pour la faune sauvage
  • En maintenant par fauchage une végétation rase aux abords de la frontière (pour que les gardes-frontières puissent facilement la surveiller) et en entretenant une bande de sable de part et d'autre des clôtures (pour détecter les traces de pas) les pays riverains ont évité que cette bande ne deviennent une forêt continue, préservant ainsi l'équivalent une vaste clairière linéaire, jouant le rôle de refuge et de corridor favorables à la survie, mais aussi à la circulation des animaux et plantes ayant besoin de milieux ouverts.
  • Dans la section située entre la Grèce et la Bulgarie, ce corridor vert abrite de nombreux nids d'aigle impérial (Aquila heliaca), considérés comme un très bon bioindicateur.
  • Lorsque la rivière Drave faisant office de frontière entre la Hongrie et l'ex-Yougoslavie (devenue Croatie), : la méfiance mutuelle des deux pays a empêché les travaux d'amélioration rivière, de sorte que le fleuve et ses rives sont aujourd'hui caractérisés par une naturalité qui a souvent disparu ailleurs. Le cours d'eau continue à naturellement éroder ses berges et créer des falaises de sable utiles aux hirondelles de rivage (Riparia riparia), aux martin-pêcheurs (Alcedo atthis) et insectes fouisseurs qui creusent leurs nids dans le sable ou la terre de ces falaises.
    La Drave a pu continuer à divaguer naturellement, recoupant ses anciens méandres, et laissant de nombreux morceaux de territoire de chaque nation sur le mauvais côté de la rivière. Ces zones n'ont pas été utilisées par les éleveurs et sont – de fait – également devenues l'équivalent de réserves fauniques.
  • Le long de la côte du Mecklembourg (région située au nord de l'Allemagne, comprise entre la mer Baltique, la Recknitz, la Trebel, l'Elbe, la Basse-Saxe et le Holstein, zone d'accès restreint à la côte durant la guerre froide, pour empêcher les gens de traverser en bateau ou à la nage) l'interdiction faite aux navires (hors gardes-frontières) a également contribué à préserver la faune marine et du littoral.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]