Ceci n'est pas un conte

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Ceci n'est pas un conte
Publication
Auteur Denis Diderot
Langue Français
Parution Drapeau de la France France, 1773
dans la Correspondance littéraire.
Intrigue
Genre Conte philosophique
Personnages Tanié
Madame de Reymer
Gardeil
Mademoiselle de la Chaux
Nouvelle précédente/suivante
Madame de La Carlière Suivant

Ceci n’est pas un conte est un conte de l’écrivain français Denis Diderot écrit en 1772.

Les trois contes moraux[modifier | modifier le code]

Ceci n’est pas un conte forme avec Madame de La Carlière et le Supplément au voyage de Bougainville un triptyque de contes moraux rédigés en 1772[1] qui paraîtra (partiellement) dans la Correspondance littéraire en 1773.

De l'intention de Diderot même, les trois contes doivent être considérés ensemble : le troisième conte donnera son sens aux deux premiers, dit-il au lecteur. Cette intention est confirmée par le titre initial de Madame de la Carlière, Second conte, et par les allusions à des personnages ou des développement d'un des contes dans un autre. Par la suite pourtant, les éditeurs ne respecteront pas cette unité matérielle et intellectuelle et les textes seront édités séparément. Naigeon lui-même publie les trois textes dans son édition des œuvres complètes de Diderot (1796), mais sépare le Supplément au voyage de Bougainville des deux autres textes.

Il semble cohérent de considérer les Deux Amis de Bourbonne dans la lignée de ces trois contes : la rédaction prend place à la même époque, la thématique et le style sont proches[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Il y a dans Ceci n'est pas un conte, deux contes différents.

Le premier raconte l'histoire d'un certain Tanié amoureux d'une femme vénale et cupide, Madame Reymer. Pour elle, Tanié part une dizaine d'années à Saint-Domingue pour faire fortune. Madame Reymer en profite pour avoir des amants. Lorsque Tanié revient de son voyage, il vit avec Madame Reymer pendant environ 5 ans. M. de Maurepas lui propose alors de partir commercer avec le Nord, ce que Tanié accepte à contrecœur puisqu'il sait que Madame Reymer n'est avec lui que pour sa fortune. Il meurt de la fièvre quelques jours après son départ.

Dans le deuxième conte, Diderot raconte cette fois l'histoire de Gardeil et de Mademoiselle de la Chaux. Mademoiselle de la Chaux abandonne tout pour suivre Gardeil par amour : son honneur, sa fortune, sa famille. Ils vivent heureux tant bien que mal. Traducteur, Gardeil travaille à n'en plus pouvoir. Sa femme l'aide donc en apprenant le grec, l'hébreu et d'autres langues. Elle se donne corps et âme pour satisfaire son mari mais un jour celui-ci la quitte car elle ne lui est plus d'aucune utilité. Elle le prend très mal mais s'en remet quelques années plus tard. Elle s'inscrit à l'Académie des inscriptions et belles-lettres et écrit ensuite un livre (Les Trois Favorites) qu'elle envoie à la marquise de Pompadour, fervente admiratrice des Belles Lettres. Invitée à Versailles, mademoiselle de la Chaux repoussera ce rendez-vous et ne s'y rendra finalement jamais. Elle finit sa vie dans la misère.

Diderot conclut son livre en disant que c'est aller un peu vite que de juger quelqu'un sur un seul trait de caractère mais que dans les généralités il y a beaucoup de vérité.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le titre de Ceci n’est pas un conte, suivi d’un Second conte dont le titre contredit le titre du premier dénonce le jeu de Diderot. Il joue avec la réalité et l’apparence, le vrai, le faux, la perception du vrai du faux, du bien, du mal et la relativité de ces notions. Le Supplément au voyage de Bougainville qui évoque la morale d’une civilisation du bout du monde apparait alors bien comme la clé de voûte qui confirme la nécessité de réfléchir à la relativité de la morale et de la culpabilité. A l’image du tableau Ceci n’est pas une pipe de René Magritte, Diderot veut nous dire que le comportement de quelqu'un n’est pas en soi moral ou immoral. La moralité n’est pas universelle et partant, pas révélée non plus[3].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Diderot indique la fin de sa rédaction dans une lettre à Melchior Grimm datée du 23 septembre 1772.
  2. C'est en tous cas l'option prise par Laurent Versini dans son édition des Œuvres de Diderot.
  3. Ce qui annonce une des thématiques de l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de *** qui sera rédigé un an plus tard.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Les trois contes[modifier | modifier le code]

  • Christiane Frémont, « Diderot : les contes de la culpabilité », Stanford French Review, (ISSN 0016-1128), 1988, vol. 12, n° 2-3, p. 245-264.
  • Béatrice Didier, notice introductive, dans Denis Diderot, Contes, LGF, « Le Livre de poche » classique no 3144, 1998.
  • Michel Delon, notice introductive dans le volume Romans et Contes des œuvres de Diderot, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2004.
  • Valérie André, « Diderot », Féeries, 3, Politique du conte, 2006, [En ligne], mis en ligne le 4 mai 2007. URL : http://feeries.revues.org/document149.html. Consulté le 2 juillet 2008.

Ceci n'est pas un conte[modifier | modifier le code]