Ce qu'il faut pour vivre

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Ce qu'il faut pour vivre

Titre québécois Ce qu'il faut pour vivre
Réalisation Benoît Pilon
Scénario Bernard Émond, Benoît Pilon
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau du Canada Canada
Genre Drame
Sortie 2008
Durée 102 minutes (1h42)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Ce qu'il faut pour vivre est un film québécois (2008), réalisé par Benoît Pilon.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En 1952, Tivii, chasseur inuit atteint de tuberculose, quitte la Terre de Baffin et sa famille pour aller se faire soigner dans un sanatorium de Québec. Sans repères, ne comprenant pas le français, l'autochtone fugue mais est bientôt retrouvé dans une cabane, épuisé. De retour à l'hôpital, il refuse de s'alimenter et exprime son désir de mourir, ce que son médecin ne peut accepter. Sommée de trouver un moyen de le faire manger, l'infirmière Carole décide de transférer au sanatorium Kaki, un orphelin inuit qui, ayant été élevé par des Blancs, peut servir d'interprète à Tivii. Au contact du jeune garçon, le chasseur reprend goût à la vie et guérit peu à peu. Il en vient alors à caresser le projet d'adopter Kaki, afin de lui redonner un foyer ancré dans sa culture d'origine, projet qui ne se réalisera pas suite au décès de l'enfant atteint de la même maladie.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

Introduction[modifier | modifier le code]

Dans Ce qu’il faut pour vivre, Bernard Émond s’inspire d’événements historiques s’étant réellement produits dans les années 1950, de sa connaissance du Grand Nord et de la culture inuit pour écrire avec justesse l’histoire de Tivii. Le scénario découle nécessairement de recherches pour réussir à faire un portrait réaliste de l’histoire. Le film comprend une part de faits historiques tels que les bateaux-cliniques qui passaient dans le grand nord à chaque été arctique et l’épidémie de tuberculose qui règne dans les années 1950. Le regard anthropologique de Bernard Émond et de Benoît Pilon donne ainsi au film un aspect de documentaire sur les répercussions du traitement des Inuits dans les sanatoriums.

La tuberculose chez les Inuits[modifier | modifier le code]

Les Inuits font partie des communautés les plus touchées par la tuberculose. En effet, le nombre de personnes atteintes par la tuberculose au Nunavut était 38 fois plus élevé en 2008 que celui de la population canadienne[1]. Selon un rapport du Parlement du Canada, l’infection des populations autochtones serait en lien direct avec les premiers contacts avec les Européens au XIXe et XXe siècle. Des facteurs comme le déplacement des Autochtones vers les réserves et pensionnats où le surpeuplement des logements, la pauvreté et la malnutrition ont contribué à la propagation de la tuberculose et au passage de l'infection à la maladie[1]. Dans les années 1950, le tiers des Inuits sont affectés par la tuberculose[2].

Les bateaux-cliniques[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1940, le gouvernement canadien réalise un examen de dépistage auprès des Inuits et autres populations autochtones qui habitent au nord du Canada et évacue ceux qui présentent des symptômes de la maladie vers les hôpitaux du sud[2]. Pour ce faire, des bateaux se rendent sur les terres du Nord où l’on passe des radiographies et des tests médicaux à tous les membres des communautés. Le film témoigne de l’arrivée des bateaux-cliniques et du départ des malades vers les sanatoriums. Tout comme dans le film, chaque individu qui embarque sur le bateau est identifiée par un numéro pour passer des tests. Si la personne ne présente aucun symptôme de la maladie, on leur dessine une flèche sur la main, alors que si la personne est atteinte de tuberculose, on lui écrit les lettres « TB » sur la main. Cela indique que la personne doit aller se faire soigner et ne peut plus quitter le bateau[3]. Ces moments sont alors considérés comme des épreuves difficiles pour la plupart des Inuits. On estime que 7 à 10% de la population inuit fut hospitalisée vers la moitié des années 1950[4]. Les Inuits se retrouvent dans l’inconnu total alors qu’on leur diagnostique la tuberculose. Les séjours à l’hôpital durent parfois plusieurs années. Alors que certains Inuits retournent dans leur communauté, plusieurs ne reviennent jamais, ce qui relie la venue des bateaux-cliniques à une grande peur chez les Inuits[3]. Ils ne savent pas où ils seront amenés ni s’ils reverront leur famille un jour. Des témoignages recueillis en 2008 pour une recherche dans la revue Inuit studies illustrent l’ambiance de peur et de drame qui règnent à ce moment. Selon un témoignage, certains qui se savaient malades tentèrent de fuir sur les terres afin d’éviter les tests mais furent retrouvés par des hélicoptères qui se promenaient au-dessus des terres afin de trouver les fugitifs[2]. Les membres de la famille n’ont pas le droit d’accompagner le malade. Ils doivent immédiatement sortir du bateau. Les gens de la communauté qui restent sur les terres sont alors également affectés par le départ de membres de la famille. Dans le cadre du film, Tivii est le père d’une famille, donc celui qui est responsable de la survie de celle-ci. Les familles vivaient alors beaucoup de stress sans le père pour chasser ou la mère pour faire les vêtements et s’occuper des enfants[2]. De la même façon Tivii est affecté par le fait de laisser sa famille se débrouiller seule. Il chante d’ailleurs une chanson inuit qui raconte comment il est un mauvais père puisqu’il les a laissés seuls.

Les sanatoriums[modifier | modifier le code]

L’arrivée des Inuits au sanatorium est souvent accompagnée par un gros choc culturel. Pour la plupart, il s’agit de la première fois qu’ils voient des voitures et des bâtiments. Ils n’ont alors aucune idée de ce qu’est une douche ou une toilette[3]. Dans le film, Tivii se questionne sur le fonctionnement des toilettes. Il demande d’où vient l’eau des toilettes, où va l’eau de celles-ci ensuite et de quelle eau provient le poisson qu’il mange. La réflexion que Tivii apporte démontre bien le choc des cultures. Dans le film, la scène d’arrivée de Tivii est semblable à celle qu’un Inuit, Kay Dier, rapporte comme témoignage. Dès leur arrivée, on les déshabille, jette leurs vêtements traditionnels, les lave, les rase et les rhabille dans de nouveaux vêtements. Ils sont ensuite confinés dans des chambres d’hôpital à attendre leur traitement[2].Un autre élément porteur de grandes difficultés est la connaissance de la langue française ou anglaise. Les interprètes présents sont souvent des patients inuits qui ont appris la langue dû à la longue durée de leur séjour.

La perte de culture[modifier | modifier le code]

Selon une recherche sur les Inuits évacués de la tuberculose menée par la revue Études Inuits, l’hospitalisation dans le sud affecta durement l’identité des patients inuits. Des témoignages permettent de voir l’impact qu’ont eu les traitements de la tuberculose sur les individus, la communauté et la culture en général[2]. En tant qu’individu, plusieurs Inuits firent des dépressions dues à leur solitude face à une autre culture : « Je ne savais pas qu’on pouvait se sentir plus seul au milieu des Blancs que perdu dans la toundra » (Pilon, 2008). Tivii tente d’ailleurs de fuir et de se laisser mourir. Certains enfants étaient amenés si jeunes dans les sanatoriums qu’ils n’apprirent pas leur langue maternelle mais plutôt le français ou l’anglais. La transmission de la culture a donc été plus difficile pour certains. Dans le film, ce problème est présenté par Kaki, le jeune Inuit qui est assimilé par la culture occidentale. Il parle français, écoute des émissions de télévision, ne connait pas sa propre culture ni ses traditions. Les contacts que Tivii avec la religion et les autres malades « blancs » amène d’ailleurs un changement dans son mode de pensée.

Médiagraphie[modifier | modifier le code]

Luc Chaput (2008). Ce qu’il faut pour vivre : chaleur humaine, Québec, Séquences, p. 33

Patrick Foucault (2012). Ethnohistoire de la tuberculose arctique ; L’impact culturel de la tuberculose et de son traitement par la biomédecine entre 1870 et 1960 sur les Inuits du Grand Nord canadien, Ottawa, Université d’Ottawa, 46 p.

Pat Sandiford Grygier (1994). A Long Way from Home the Tuberculosis Epidemic among the Inuit, Montreal, McGill-Queen’s University Press, 747 p.

Ebba Olofsson, Tara L. Holton et al. (2008). Negotiating identities: Inuit tuberculosis evacuees in the 1940s-1950s, Montréal, Inuit studies, p. 127-149.

Parlement du Canada (n.d.). La voie de l’avenir : comment réagir aux taux élevés de tuberculose dans les réserves des Premières Nations et les collectivités inuites, Canada.

Quinn Duff, (1988). Road to Nunavut. The Progress of the Eastern Arctic Inuit since the Second World War, Kingston and Montreal, McGill-Queen’s University Press

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b [1] Parlement du Canada
  2. a, b, c, d, e et f (en) Negotiating identities: Inuit tuberculosis evacuees in the 1940s-1950s Parlement du Canada
  3. a, b et c (en) Grygier, Pat Sandiford (1994). A Long Way from Home the Tuberculosis Epidemic among the Inuit, Montreal, McGill-Queen’s University Press 747 p.
  4. (en) Duffy, Quinn (1988). Road to Nunavut. The Progress of the Eastern Arctic Inuit since the Second World War, Kingston and Montreal, McGill-Queen’s University Press.

Liens externes[modifier | modifier le code]