Cavalier thrace

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Cavalier thrace au Musée National d’Histoire de Sofia

Le cavalier thrace est une divinité et un héros thrace souvent qualifié de cavalier-héros thrace. Le cavalier armé incarne un dieu guerrier, représenté sous forme stylisée. Plus de 2500 monuments représentatifs de ce culte ont jusqu’alors été retrouvés. Le cavalier thrace était honoré dans de nombreux sanctuaires thraces de l’époque romaine (Ier et IIe siècles).

Le cavalier thrace constitue un des premiers témoignages de la vie religieuse des Thraces. Il s’agit d’un culte local, même s’il a subi l’influence grecque et romaine. L’origine autochtone du culte du cavalier thrace est manifeste quand on considère l’origine ethnique des donateurs des monuments et l’épithète attribuée dans les dédicaces au divin cavalier.

Représentation[modifier | modifier le code]

Relief représentant le cavalier thrace (avec un autel surmonté d'un arbre et une figure féminine). Musée d'Histria (Roumanie)

Le cavalier thrace est représenté dans des scènes de chasse ou simplement en mouvement. Dans les scènes plus complexes, le cavalier peut être représenté tourné vers un autel sur lequel se dresse un arbre entouré d’un serpent. Près de l’autel se trouve parfois une ou plusieurs femmes voire un ou plusieurs animaux offerts en sacrifices. Parfois, le cavalier est accompagné d’un chien ou d’un personnage auxiliaire. La lance et la proie sont souvent aussi des attributs du cavalier thrace. Le portrait du roi à cheval ou du cavalier divin figure sur des ornements de harnachement, par exemple dans les trésors thraces du IVe siècle av. J.-C. découverts dans la région de Loveč, à Letnica[1] ou à Lukovit[2], ou encore sur des vases ou des anneaux. La plupart de ces objets sont en métaux précieux et sont liés à la domination royale ou aux cultes à mystères thraces.

La représentation du cavalier thrace avait déjà été trouvée sur différents objets archéologiques antérieurs à l’époque romaine, mais ces représentations d'une divinité à cheval des Thraces antérieures à l’époque romaine ne présentent pas encore de typologie précise. Sur le plan iconographique, on distingue deux types de cavalier thrace : dans le premier, la cavalier est assis calmement et tient en général une patère (coupe à boire) dans sa main droite, dans le deuxième, un chasseur à cheval est représenté.

La représentation du cavalier thrace a évolué et a survécu dans l’art chrétien : saint Démétrios de Thessalonique, saint Georges et saint Menas sont représentés sous forme de guerriers à cheval. Les icônes représentant saint Georges et saint Démétrios sont particulièrement populaires, encore aujourd’hui, dans les pays de tradition chrétienne orthodoxe.

Sur quelques plaques votives représentant le cavalier thrace trouvées dans la région de la Dobroudja se trouve également une figure féminine considérée par certains interprètes comme une référence au culte de Cybèle et d’Attis, déesses originaires d’Asie Mineure. Deux reliefs trouvé à Constanţa (l’ancienne Tomis ou Tomi des Grecs), représentent Cybèle trônant entre deux lions à droite du cavalier. Le peuple phrygien, qui vivait en Asie Mineure, semble avoir eu des liens de parenté avec les Thraces, dans la mesure où des mouvements migratoires avaient eu lieu aux deuxième et premier millénaires avant notre ère de l’espace thraco-macédonien vers l’Asie Mineure[3]. Cela pourrait expliquer pourquoi la déesse Cybèle était également connue des peuples balkaniques comme les Thraces. La communauté cultuelle reliant le cavalier thrace et la déesse d’Asie Mineure est en effet confirmée par une inscription votive grecque du IIe siècle trouvée sur l’île thrace de Thasos, dédiée au héros thrace, à Cybèle et à la Dea Syria[4]. La Dea Syria (Dercéto), à laquelle Lucien de Samosate a consacré un écrit, était également honorée en Thrace intérieure.

Enfin, l’Apollon-Kendrisos thrace, qui résultait d’une fusion syncrétique entre l’Apollon grec et le dieu thrace Kendrisos, était le dieu principal de la cité de Philippopolis (aujourd’hui Plovdiv) et était également représenté sous forme de cavalier thrace[5].

Diffusion[modifier | modifier le code]

En Thrace, région de la partie orientale de la péninsule balkanique, la représentation du cavalier thrace se trouve souvent sur des objets relevant de la toreutique (travail en relief sur les métaux) et de la glyptique (sculpture sur pierre). Mais dans la région antique de Macédoine (aujourd’hui en Grèce, Serbie orientale, Ancienne République Yougoslave de Macédoine, Bulgarie), on trouve également des objets de ce type, ainsi que dans les villes grecques du Pont-Euxin telles Apollonia Pontica (aujourd’hui Sozopol), Mésembrie (aujourd’hui Nesebăr) ou Odessos (aujourd’hui Varna).

À l’ouest de cette région, le nombre d’objets trouvés diminue rapidement. En Dacie (aujourd’hui en territoire roumain), on n’en trouve qu’un nombre relativement faible. Des exemples sporadiques de cavalier thrace trouvés dans d’autres régions sont vraisemblablement explicables par le fait que des soldats romains d’origine thrace ont dû y être stationnés.

Les reliefs votifs et funéraires les plus anciens représentant le cavalier thrace ont vu le jour sur la côte occidentale de la mer Noire et sur le littoral septentrional de la mer Égée. Ils ont été réalisés au plus tard à l’époque préhellénistique. En revanche, les premiers reliefs de pierre dédiés au cavalier thrace n’apparaissent dans l’intérieur des terres que vers la moitié du IIe siècle.

L’hellénisation croissante conduisit à la réalisation à grande échelle de reliefs et d’autels votifs et de statuettes votives sculptées dans la pierre, et ces dédicaces étaient également le fait des couches moyennes et inférieures des villes, ainsi que des paysans et des soldats. Les invasions barbares qui commencèrent dans les Balkans vers le milieu du IIIe siècle mirent fin à cette activité.

À Karasura (site romain proche du village de Rupkite à l’est de Plovdiv, sur la Via Militaris), un grand nombre de reliefs représentant le cavalier thrace ont été découverts en 1981[6]. Sur le site du castellum de Iatrus (près du Danube, à l’est de Svištov), on a trouvé un relief représentant le cavalier thrace, auquel des inscriptions accordent un attribut du dieu grec Apollon[7].

Iconographie et épigraphie[modifier | modifier le code]

Stèle représentant le cavalier thrace à Philippes (assortie d'inscriptions latines)

On connaît peu de choses de la mythologie des Balkans préhistoriques. Il est certain cependant que les divinités thraces étaient déjà vénérées dans les lieux de culte de Thrace avant l’époque romaine, et qu’elles ont plus tard été identifiées à des dieux grecs voire romains aux fonctions analogues (Interpretatio Graeca et Interpretatio Romana).

Ultérieurement, à l’époque romaine, le culte du cavalier thrace se répandit dans presque tous les Balkans antiques : Thrace, Moésie et Scythie Mineure. Le cavalier thrace est également qualifié de « héros thrace » et souvent dénommé par l'expression latine heros equitans. Cela se manifeste par le fait qu’à Odessos (aujourd’hui Varna), le héros était dénommé « Karabazamos ». Karabazamos est un dieu chtonien habituellement représenté sur des statuettes funéraires comme cavalier tuant un fauve avec une lance[8].

Sur les reliefs votifs, le cavalier représente le dieu thrace lui-même, alors que sur les stèles funéraires, il représente le défunt héroïsé assimilé à la divinité.

Les modèles utilisés pour le cavalier thrace sont les reliefs grecs représentant des héros. Dans les inscriptions, le cavalier est parfois aussi qualifié de héros. Le culte grec des héros présentait des similitudes directes avec celui du cavalier thrace.

Certains objets trouvés portent des inscriptions qui qualifient le cavalier de « dieu » ou « seigneur ». Souvent, le terme de « héros » est également complété par un nom grec ou romain de dieu.

Cependant, malgré le fait que son culte ait été très répandu dans l’espace thrace et que sa représentation ait été relativement homogène, le cavalier ne constitue pas un dieu universel au sens du monothéisme. En outre, le cavalier ou héros thrace a vu le jour dans les Balkans orientaux, et n’est pas dû à des influences orientales.

La déesse de la chasse Artémis (Diane dans la mythologie romaine), représentée chevauchant une biche, faisait également partie de l’univers religieux des Thraces, ainsi que le dieu de la vigne Dionysos et Hermès, représenté chevauchant un bélier.

Le cavalier danubien (dieu équestre danubien), que l’on trouve surtout en Dacie, a été élaboré à partir du cavalier thrace. Son attribut le plus important est un poisson. Le cavalier thrace et le cavalier danubien constituent les deux manifestations du culte du cavalier dans l’Europe du Sud-Est.


Cavalier de Madara[modifier | modifier le code]

Article principal : Cavalier de Madara.

L’une des représentations les plus connues en Bulgarie du guerrier à cheval est le cavalier de Madara, relief sculpté représentant un cavalier grandeur nature (ou presque) qui se trouve à 23 m de hauteur sur une falaise de 100 m de haut. Le cavalier est accompagné d’un chien, et il transperce un lion de sa lance. Près du relief, des inscriptions datant des Proto-Bulgares, en langue grecque, ont été conservées. Certains chercheurs considèrent que le cavalier de Madara doit interprété comme un héritage de la tradition artistique thrace. D’autres en revanche estiment qu’il appartient entièrement à l’univers protobulgare, dans la mesure où un étrier est représenté sur le relief, alors que cet ustensile était inconnu dans l’Antiquité.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manfred Oppermann, « Thrakische und Danubische Reitergötter und ihre Beziehung zur Orientalischen Kultur ». In : Maarten Jozef Vermaseren (édit.): Die Orientalischen Religionen im Römerreich (série Études préliminaires aux religions orientales dans l'Empire romain, 93), Leyde, Brill, 1981, p. 510-536.
  • Manfed Oppermann : Der thrakische Reiter des Ostbalkanraumes im Spannungsfeld von Graecitas, Romanitas und lokalen Traditionen. Schriften des Zentrums für Archäologie und Kulturgeschichte des Schwarzmeerraumes, Band 7. Langenweißbach, Beier & Beran, 2006, 414 p. (ISBN 978-3937517186).
  • Margarita Tacheva-Hitova : Eastern Cults in Moesia Inferior and Thracia: 5th Century Bc-4th ad (série Education and Society in the Middle Ages and Renaissance). Leyde, Brill Academic Publishers, 1984, (ISBN 978-9004068841).
  • Димитър Дечев, « Тракийскиятъ херосъ като богъ-ловецъ ». Докладвано въ Историко-филоложкия клонъ на 22. XII. 1944 г. В: Списание на Българската академия на наукитѣ и изкуствата, София, 1945, LXX, ст. 185-199 [Dimităr Dečev, « Trakijskijat heros kato bog-lovec ». Dokladvano v Istoriko-filoložkija klon na 22. XII. 1944 g. V: Spisanie na bălgarskata akademija na naukite i izkustvata, Sofija, 1945, LXX, st. 185-199 - « Le héros thrace comme dieu-chasseur ». Conférence donnée à la section d'histoire et de philologie le 22 décembre 1944. In : Revue de l'Académie bulgare des sciences et des arts, Sofia, 1945, LXX, p. 185-199.]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Cet article utilise le système de l'Organisation des Nations unies de translittération de l'alphabet cyrillique (également appelé « système scientifique de translittération »), le seul qui constitue une norme scientifique internationalement reconnue.

  1. Cf. (bg) (en) Съкровището от Летница (site sur les trésors thraces, consulté le 15 septembre 2009).
  2. Cf. (bg) (en) Луковитско съкровище (ibid.).
  3. Cf. Les Phrygiens, trois petites notes et puis s'en vont par Jacques des Courtils, professeur d’archéologie à l’université de Bordeaux. (Revue en ligne Clio, site consulté le 15 septembre 2009).
  4. Jean Pouilloux, « Grecs et Thraces à Thasos et dans la Pérée », in : Pierre Lévêque, Marie-Madeleine Mactoux, Évelyne Geny (édit.), Mélanges Pierre Lévêque, vol. 2, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 1989, p. 367-372, plus particulièrement les notes 21 et 22 p. 372, consultable en version restreinte sur Google books (site consulté le 16 septembre 2009) ; Manfred Oppermann : « Thrakische und Danubische Reitergötter und ihre Beziehungen zu orientalischen Kulten »; in: Maarten Jozef Vermaseren (édit.) : Die orientalischen Religionen im römischen Reich. Leiden, Brill, 1981, p. 510-536.
  5. Théodore Reinach, Apollon Kendrisos et Apollon Patrôos en Thrace. Paris, E. Leroux, 1901.
  6. (de) Karasura (site de l’université Martin-Luther de Halle proposant un descriptif des fouilles et une bibliographie, consulté le 15 septembre 2009).
  7. Gerda von Bülow, « Das spätantike Kastell Iatrus am Unterdonau-Limes in Bulgarien. Stand und Probleme der Erforschung », in : Bericht der Römisch-Germanischen Kommission, Band 75, Saverne, Mainz, 1994, p. 5-22.
  8. Benjamin Isaac : The Greek Settlements in Thrace Until the Macedonian Conquest (Studies of the Dutch Archological and Historical Society) Brill Academic Publishers, 1997, (ISBN 978-9004069213).